CURARE
épais pour s’attacher aux flèches; dans le même but, on y ajoute aussi un suc gluant et mucilagineux, fourni par une plante bulbeuse appelée Muramu, suivant M. Schomburgk, ou par un arbre nommé Kiracague.ro , suivant Humboldt. Quelques auteurs ont cru qu’on y introduisait également du venin de certains serpents, une tâte de grenouille, des fourmis... Ces assertions n’ont pas été confirmées.
Le curare se rencontre dans le commerce, soit dans des calebasses,soit dans de petits pots d’argile d’une p^lle fine et très-dure.
Le curare est un extrait solide, d’un aspect résineux, d’un brun noirâtre, quelquefois gris, ressemblant assez au jus de réglisse concret. Héduit en poudre, il devient d’un brun tirant sur le jaune. Quand il est bien sec, il paraît se conserver indéfiniment. Il se ramollit dans l’eau et finit par s’y dissoudre en grande partie. Sa solution aqueuse est d’un rouge foncé, et sa teinture alcoolique d’un beau rouge.
L’analyse chimique y a démontré un principe amer alcalin, appelé curarine, une njatière grasse, une résine, de l'acide acétique et une matière colorante rouge....
La curarine est solide, d’une consistance cornée, translucide et même transparente, non cristallisablc ; en couche mince, elle paraît d’une couleur blonde. Elle attire fortement l’humidité; elle est très-soluble dans l’alcool et dans l’eau; elle est précipitée par la noix de galle.
Le curare est employé dans l’Amérique méridionale pour empoisonner les flèches. On en met une quantité plus ou moins considérable, suivant qu’on veut tuer ou seulement étourdir un animal. Une flèche empoisonnée au moins depuis quinze ans, et mouillée légèrement à son extrémité, a tué très-rapidement un oiseau piqué à la cuisse (Claude Bernard).
4° Action sur l’homme. — Le curare présente une saveur excessivement amère, qui n’est ni âcre ni piquante. La curarine offre aussi une très-grande amertume.
Le curare n’est vénéneux que lorsqu’on l’introduit dans une plaie (t). Il peut être ingéré sans inconvénient dans l’estomac. Humboldt assure que les Indiens le regardent comme un excellent stomachique.
Le curare agit sur le système nerveux moteur, et sur lui seul. Il est sans effet sur les nerfs de la sensibilité et sur les muscles
(l) Une goutte de dissolution de curare introduite dans la cuisse d’un oiseau, l’animal tombe au bout de quelques secondes, et meurt sans pou:ser un cri et sans convulsions. (Cl. Bernard.)
non soumis à la volonté : par exemple, ceux des tuniques intestinales et le cœur continuent à se mouvoir.
Pour tuer un homme, il faut une quantité de curare absorbée égale à la valeur de deux ou trois têtes d’épingle (Carrey).
Dans ces derniers temps, on a eu l’idée de s’en servir sur des malades atteints de tétanos traumatique. On y était encouragé par T’essai, suivi de réussite, sur deux chevaux atteints de la même maladie (Munter). Les résultats obtenus ont paru trop douteux pour que ce terrible agent ait été adopté par la thérapeutique. On a cherché aussi à employer le curare contre les effets de la strychnine (Vella) et dans le traitement de l’épilepsie (Thiercelin).
5° Poisons analogues. — D’après ce que nous avons fait pressentir, en parlant de la préparation du curare, il existe, chez les Indiens de l’Amérique du Sud, plusieurs poisons énergiques désignés sous le même nom.
Outre le Vomiquier vénéneux, les indigènes emploient aussi :
1° Le Cocculus toxifère (t) ;
2° Le Vomiquier de Castelnau (2);
3° Le Vomiquier violent (3) ;
4° Le Rouhamon de la Guyane (4) ;
5° Le Rouhamon curare (5).
Toutes ces plantes, à l’exception de la première, sont des Loganiacées.
Le Cocculus toxifère est une Ménispermacée. De Candolle a distingué les Cocculus des vrais Ménispermes par la présence de six étamines.
Les Rouhamons ne diffèrent des Vomiquiers que par leurs fleurs à quatre parties.
On a groupé les différentes sortes de curare en trois séries :
1° Le curare produit par le Vomiquier vénéneux ;
2° Le curare produit par le Cocculus toxifère et par le Vomiquier de Castelnau ;
3° Le curare produit par le Vomiquier violent et par les deux Rouhamons de la Guyane et curare.
Le premier est préparé par les Macusis, les Arécunas et les Wapisianas; le second, par les Tirunas, les Pebas, les Yaguas et les Orégones, et le troisième par les Guinans et les Maiongkongs.
(1) Cocculus toxiro férus Weild., vulgairement Parti .
(2) Strychnos Castelnœ na Wedd., vulgairement Ramon.
(3) Strychnos ? cogens Bentli., vulgairement Arimaru.
(4) Rouhamon Guianensis Aubl. ( Lasiostoma cirrhosa Willd., L. Rouhamon Gmel.), vulgairement, chez les Galibis, Rouhamon, Urari-hoa.
(5) Rouhamon ? Curare DC. [Lusiostoma? Curare Kunth).