DES RACINES
On emploie en médecine un très-grand nombre de racines. On se sert tantôt de l’écorce seulement ( Grenadier , Simarouba ), ou bien du bois (Rhubarbe), tantôt de tout le tissu ( Salsepareille , Valériane).
Parmi ces racines, les principales sont : 1° Y Ipécacuanha, 2° la
(I) Pedicularis palustris Linn., vulgairement Fferbe-aux-poux, Pédiculaire des marées.
(9.) Polygonum hydropiper Linn., vulgairement Poivre d'eau , Curage^ Persicaire âcre.
(3) Polygonum amihœmorrhoidale Mart., vulgairement Erv a do bicho.
(4) Spigeliu anthelmia Linn., vulgairement Poudre-aux-vers, Brinvillière , Yerba de lombrices.
(5) Spigelia Marylandia Linn., vulgairement Œillet de la Caroline.
Rhubarbe, 3° la Gentiane , 4° la Salsepareille, 5° ia Valériane, 6° le Jalap, 7° Y Aconit, 8° le Vyrètlire, 9° le Sénéga, 10° la Ratania, 11° le Grenadier, 12° le Simarouba, 13° le Raifort, 14° la Guimauve.
§ I. — Racines d’Ipécnciiauha.
On désigne sousle nom A' lpécacuanha (I), plusieurs racines appartenant à des végétaux de genres et même de familles différents.
1° Histoire. — Marcgrav et Pison ont parlé les premiers des vertus de Y lpécacuanha, dans leur Histoire naturelle médicale du Brésil. En 1672, un médecin, nommé Legras, qui avait fait trois fois le voyage de l’Amérique, cueillit une certaine quantité A’Ipécacuanha, qu’il déposa chez un pharmacien alors en vogue. Mais celui-ci, ayant administré des doses un peu trop fortes du nouveau remède, nuisit considérablement au débit de la racine américaine. Environ quatorze ans après, un certain Grenier, négociant, revenant d’Espagne, rapporta à Paris près de 140 livres A' lpécacuanha. Adrien Helvétius encouragea la vente de ce remède, et en surveilla l’administration. Louis XIV donna la permission de faire des essais à l’Hôtel-Dieu. L’efficacité de la racine du lîrésil fut constatée; Helvétius guérit même le Dauphin par son emploi. Le roi voulut en répandre les avantages, et fit l’acquisition du remède, jusqu’à ce moment tenu secret, moyennant une somme assez considérable. Il y eut alors un procès entre le négociant et le médecin, le premier voulant partager la récompense que Louis XIV avait accordée à Helvétius. Le Châtelet et le Parlement décidèrent que la récompense appartenait à celui dont l’habileté avait démontré, par expérience, les avantages de Y lpécacuanha. Depuis cette époque, l’usage de la nouvelle racine se répandit en Allemagne, en Angleterre et dans les autres parties de l'Europe..
La description et la figure données par Marcgrav et Pison sont tellement imparfaites, qu’on a élé pendant longtemps embarrassé pour savoir au juste quelle était la plante mentionnée. On a cru tour à tour que Y lpécacuanha était produit par une Parisette (Haj), par un Chèvrefeuille (Morison, Pluknel), et par une Violette (Linné). 11 est reconnu, aujourd’hui, que Y lpécacuanha (ou une racine analogue) est fourni par un grand nombre de plantes différentes.
(1) Officin. , radix Jpecacuanhœ. On l’appelait, dans le principe, Bécon quille ou Mine d'or .
RACINES. — 1PÉCACUANHA. 47
L' Ipécacuanha contient un extrait vomitif ( émétine noire), un extrait non vomitif, de la gomme, de l’amidon, du ligneux et une matière grasse odorante (Pelletier).
L 'émétine est un alcaloïde faible, pulvérulent, de couleur blanche.
2° Espèces. — On distingue généralement trois espèces d’Ipé
Fij. 8. — Céphdide ipécacuanha.
cacuanhas : i° Yannelé, 2° le strié, 3° l 'ondulé. Ce sont les espèces réellement officinales.
1° Ipécacuanha annelé. — L’ Ipccamanha annelé provient de la
Céihélide ipécacuanha (I), de la famille des Rubiacées. Cette plante habite les forêts ombragées du Brésil.
Description (fig. 8). — Tige herbacée, ascendante ou droite, obscurément quadrangulaire, pubescente vers le sommet. Feuilles opposées, brièvement péliolées, oblongues, ovales ou obovées, brièvement acuminées, entières, rudes en dessus, légèrement pubescentes eu dessous. Stipules assez grandes, réunies à la base, découpées supérieurement en 5 ou 6 lanières trèsétroites et subulées. Capitules terminaux-, petits. Pédoncules droits, plus lard pendants. Bractées au nombre de quatre, un peu larges, cordiformes et pubescentes. Fleurs petites, blanches. Calice à tube adhérent et à 5 dents. Corolle infundibuliforme, à tube dépassant de beaucoup le calice, presque cylindrique et à limbe 5-lobé ; ces lobes sont étalés, allongés et aigus. Étamines au nombre de o, insérées au-dessous de la gorge de la corolle ne dépassant pas celte dernière, à filet extrêmement court et à anthère presque linéaire. Style simple, atteignant à peine la moitié du tube de la corolle, terminé par deux petits stigmates linéaires et divergents. Fruit ( nuculaine ) ovoïde, peu charnu, couronné par les débris du calice, noirâtre, contenant deux petites noix oblongues, planes d’un côté, bombées de l’autre et blanchâtres.
Racine (2) (fig. 9). — Assez commune dans le commerce, de la grosseur d’une plume à écrire, allongée, irrégulièrement et flexueusement contournée ou coudée, simple ou rameuse, formée de petits anneaux saillants, très-rapprochés, inégaux, séparés par des enfoncements étroits. Cette racine est composée d’un axe plus ou moins grêle et d’une écorce plus ou moins épaisse; elle est lourde, compacte, cassante, à cassure brunâtre, manifestement résineuse dans sa partie corticale.
V Ipécacuanha annelé présente trois variétés principales de couleur : 1° L ’ annelé biun. Son épiderme est d’un brun plus ou moins foncé, quelquefois même presque noir. 2° L ’arnelé gris , dont les anneaux sont moins rapprochés et moins saillants et et dont l’épiderme est d’un gris blanchâtre. Cette variété n’est pas très-commune ; elle se trouve, parfois, mélangée avec la précédente. 3° L 'annelé rouge, dont l’épiderme e^t d’un brun
(1) Cep/tœlis Ipécacuanha Rich. ( Cnllicocca Ipécacuanha Brot., Ipécacuanha officinalis Arrud.)
(2) Oflicin., Ipécacuanha cineritia vulgaris , Peruviana, Ipécacuanha gris , pécaf vulgairement au Brésil Poaya , Poaya do mato, Poaya da botica
RACINES. — IPÉCACUANIIA.
rougeâtre, couleur de rouille. Il est aussi commun que le brun (A. Richard).
Odeur faible, mais nauséabonde. Saveur herbacée, un peu acre et amère.
2° Ipécacuanlia strié. — L’Jpécacuanha strié ou brun (I) provient de la Psychotrie émétique (2), de la famille des Rubiacées. Il habite le Pérou.
■Description. — Tige un peu ligneuse, droite, simple, velue. Feuilles opposées, brièvement péliolées, oblongues, étroites à la base, acuminées, entières, ciliées, pubescentes en dessus. Stipules très-courtes, ovales étroites et acuminées. Inflorescence en petites grappes axillaires bifurquées. Pédoncules peu ra-
Fig. 9. — Ipécacuanlia arinelé. Fig. 10. — Ipécacuanlia slrié.
meux, paucitlores. Calice à 5 lobes ovales. Corolle infundibuliforme, évasée, quinquéfide. Étamines au nombre de b, attachées au tube, incluses. Fruit ovoïde-globuleu.v,. lisse, bleuâtre.
Racine (fig. 10). — Plus rare dans le commerce que celle de Y Ipécacuanlia annelé, de la grosseur d’une plume à écrire, cylindracée, peu contournée, le plus souvent simple, non rugueuse, offrant d’espace en espace des espèces d’étranglements eireu-
(1) Ou noir.
(2) Psycholria ? emetica Mut. in Liun. [Cephœlis emetica Pers.) .
oÛ VÉGÉTAUX EMPLOYÉS EN MÉDECINE.
laircs et profonds. Surface avec des stries longitudinales plus ou moins marquées, d un brun foncé. Couche corticale moins cassante que dans 1 espèce précédente. Cassure brune, noirâtre, faiblement résineuse.
Odeur presque nulle. Saveur fade, nullement amère, offrant à peine une légère âcreté lente à se produire.
3° Ipecacuanha ondulé. — Cette troisième espèce a été attribuée pendant longtemps à une Violette, le Viola Ipecacuanha de Linné; mais elle provient d’une Kubiacée, comme les précédentes, très-voisine des Céphélides.
Cette Rubiacée a été appelée Richardsonie scabre (t); elle croît dans les prés, aux environs de Itio-Janeiro.
Description. — Plante couchée, velue.
Tiges grêles, ascendantes. Feuilles ovales ou ovales-lancéolées, un peu pointues, entières, rudes sur les bords. Stipules en forme de gaine divisée par le haut. Inflorescence en petits capitules terminaux, entourés d’un grand involucre composé de quatre bractées étalées. Calice sub globuleux, à lobes presque égaux, triangulaires et ciliés. Corolle en entonnoir, à lobes poilus au sommet.
Capsule d’abord couronnée par le calice, puis dénudée, se séparant en 3 ou 4 coques membraneuses indéhiscentes et monospermes. Graines peltées.
Racine (2) (fig. 11). — De la grosseur de la première espèce, très-sinueuse, quelquefois un peu annelée, mais n’offrant jamais les anneaux nombreux et serrés qui caractérisent la première racine, ni les stries longitudinales de la seconde espèce. La plupart des branches radicales fortement vermiculées, c’est-à-dire qu’une partie brusquement arquée ou creusée d’un côté répond à une partie fortement convexe, de l'autre; l’extrémité des ramifications radicales se rétrécit brusquement ; extérieur d’un gris blanchâtre, souvent terreux; l’intérieur d’un blanc mat, comme farineux.
(t ) Richardsonia scabra Saint-Hil. ( Richardia scabra Liim., R. pilosa Ruiz et Pav., Spermacoce hexandra A. Rich., Richardsonia Rrasiliensis Gomez), vulgairement Poaya do campo.
(2) Ipecacuanha blanc Bergius, Ipéc. amylacé ou blanc llérat.
Fig. il. — Ipéi.acuantaa ondjlé.
RACINES
IPECACUANHA.
Lorsqu’on casse Y Ipécacuanha ondulé, el qu’un instant après, on regarde la cassure au soleil, on aperçoit, à la simple vue, surtout vers la circonférence, des points éclatants et perlés, et la loupe fait \oir qu’il s’est élevé au-dessus de la cassure un las de matière blanche et micacée, qu’on ne peut méconnaître pour de l’amidon (Guibourt).
Odeur de moisi. Saveur moins âcre que celle de Y Ipécacuanha annelé, et un peu farineuse.
3° Faix Ipècacuanhas. — Les autres Ipécacuanha s offrent moins d’importance que ceux qui viennent d’élre décrits. On les retire de diverses plantes appartenant, comme les précédentes, à la famille des Hubiacées, ou bien à celles des Violuriées, des Asclépiadées et des Euphorbiacées.
1° Rubiaeées. — Suivant Auguste de Saint-Hilaire, on emploie dans diverses parties du Brésil , les racines de la Richardsonie rose (t), de la Borrérie poaya( 2) et de la Borrérie ferrugineuse (3).
Selon Dandrada, on fait également usage, en Amérique, de la Géophile réni forme (4).
2° Violariécs. — Les Ipècacuanhas retirés de cette famille ont généralement une couleur blanche. Voilà pourquoi on les appelle Ipècacuanhas blancs. Ils sont moins énergiques que les vrais Ipècacuanhas. Les espèces principales sont : Ylonidion ipccacuanlia (5), de Cayenne; Ylonidion poaya (0), du Brésil; Ylonidion parviflore (7), de Santa-Fé de Bogota, et Ylonidion brévicaule (8), du Brésil. Les propriétés des Violariées exotiques se retrouvent, mais à un faible degré, dans nos Violettes indigènes.
3° Asclépiadées. — Les espèces dont les racines sont employées sont la Cynanque vomitive (9), du Ceylan et de Java; la Cynanque cotonneuse (10), du Ceylag, el la Cynanque lisse (11), du Bengale;
(1) Richardsonia rosea S ai nt-H i 1 . [R. emetica Mari.), vulgairement Poaya do j campo.
(2) Rorreria Poaya DC. [Spermncoce Poaya Saint-Hil.).
(3) Borreria ferruginea DC. ( Spermacore ferruginea Saint-Hil., Sp. globosa
Pohl.) .
i (4) Geophila re.niform.is Cham etSchlecht. ( Psychotria herbacea Linn., Cephælis \ reniformis Kunth).
(5) lonidium Ipécacuanha V e ut. ( Viola Itoubou AuM., Pombalia Ipécacuanha, Vaml.,P. Itubu Ging.), vulgairement Poaya, Poaya da praia, Poaya branca.
(6) lonidium Poaya Saint-Hil., vulgairement Poaya do campo.
(") lonidium parvi/lorum Vent. [Viola parviflora Linn. f.).
(8) lonidium breviciule Mart.
(9) Cynanchum vomitorium Lam. [C. Ipécacuanha Willd.).
(10) Cynanchum tomentosum Lam.
(H) Cynanchum lœoigatum Het?.
la Périploque émétique (I), des Indes orientales; YAsclépiade de Curaçao (2), et le CamptQcarpe mauritien (3), des îles de France et de Bourbon.
4° Euphorbiacées. — Les racines de plusieurs Euphorbes ont été employées comme succédanées des lpécacuanhas ; telles sont celles deT Euphorbe ipécacuanha (4), de l’Amérique septentrionale, et celle de Y Euphorbe effilée (5), des grandes Indes.
4° Propriétés et usages. — Y’ Ipécacuanha agit comme émétique, comme irritant local ou comme tonique, suivant la dose.
On l’administre généralement en poudre suspendue dans de l’eau sucrée ou dans une infusion légère de camomille. On en compose aussi des pastilles et des sirops, ordonnés surtout aux enfants; un liniment, un vin, une teinture, un extrait.
§ Kl. — narine de Rhubarbe.
1° Plante. — La racine dont il s’agit est fournie principalement par la Rhubarbe palmée (0), de la famille des Polygonées. Cette plante est originaire de la Chine et de la Tartarie.
Description. — Tige dressée, cylindrique, simple, rameuse au sommet. Feuilles très-grandes, à pétiole engainant à la base, à limbe palmé divisé jusqu’au milieu de sa hauteur en sept lobes très-aigus, incisés latéralement et comme pinnatifides, légèrement onduleuses, à nervures très-fortes et très-saillantes. Inflorescence paniculée. Fleurs très-nombreuses, pédicellées, petites et jaunâtres. Calice gamosépale, un peu tubuleux inférieurement. Élamiues au nombre de 9, à filets capillaires et à anthères ovoïdes. Ovaire pyramidal, triquètre, à 3 styles portant chacun un stigmate comme pelté, plan, arrondi et glanduleux. Fruit sec, triangulaire, à angles légèrement membraneux.
2° Bacine (7). — Verticale, épaisse, de la grosseur du bras, d’un jaune plus ou moins foncé, rameuse, marbrée de veines Irès-apparentes ; son tissu est plus ou moins compacte et craque sous la dent, ce qui est dû à l'oxalate de chaux qu’il contient ; il colore la salive en jaune.
(1) Periplcca emetica Relz.
(2) Asclepias Curassaoica Linn., vulgairement Ipécacuanha blanc ou bâtard.
(3) Camptocarpus Mauritianus Due ( Pleriploca Mauritiana Poir.).
(4) Euphorbia Ipécacuanha Linn. ( Anisophyllum Ipécacuanha Haw.).
(5) Euphorbia Tirucalli Linn.
(6) Rheum pulmalum Linn.
(7) Offiein., Rhabarbarum, Rheum, Rhubarbe.