ACIDE SULFURIQUE ANHYDRE
Il a été isolé pour la première fois par Bussy en 1830.
285. Préparation. — On peut facilement l’obtenir en faisant passer un mélange d’oxygène et d’acide sulfureux bien secs sur de la mousse de plaline légèrement chauffée l. Mais on le prépare d'ordinaire au moyen de l’acide de Nordhausen. On introduit cet acide dans une cornue, à l’aide d'un tube à entonnoir; le col de la cornue pénètre dans un matras d’essayeur entouré de glace. On chauffe légèrement le liquide; il bout bientôt, en dégageant d’épaisses fumées blanches qui se condensent en aiguilles blanches soyeuses dans le récipient refroidi. Si l’on veut conserver ce corps, on devra fermer à la lampe le matras d’essayeur. L’acide de Nordhausen se décompose facilement en acide sulfurique anhydre, qui bout vers 35°, et en acide ordinaire, qui ne bout qu’à 325°; il est donc facile d’en séparer l’acide anhydre par une application ménagée de la chaleur.
En décomposant par la chaleur le bisulfate de soude, on obtiendrait encore de l’acide anhydre :
2(Na0,S20G) = 2Na0,S206 + S20G.
On préparera facilement ce bisulfate en chauffant, jusqu’à fusion du mélange, 5 parties en poids de sulfate de soude et 2 parties d’acide sulfurique du commerce. L’eau de l’acide est éliminée, et l’acide anhydre se combine au sulfate de soude :
2Na0,S20G + S206,H202 = 2(Na0,S20G) + HH)2.
On obtient encore de l’acide sulfurique anhydre lorsqu’on distille de l’acide ordinaire avec de l’acide phosphorique anhydre.
L’acide anhydre est préparé industriellement par l’un des trois pro-
1 M. Wïnkler a appliqué cette méthode à la préparation industrielle de l’acide
anhydre; il substitue à la mousse de platine de l’amiante platinée; le mélange
d’oxygène et d’acide sulfureux peut être obtenu par la décomposition, par la chaleur,
de l’acide ordinaire. Cependant il ne paraît pas que les difficultés pratiques que
suscite la préparation de ce mélange gazeux aient été jusqu’ici surmontées.
262 CHIMIE INORGANIQUE
cédés indiqués ci-dessus et livré aux fabricants de matières colorantes artificielles.
284. Propriétés. — C’est un corps solide formé de longs cristaux déliés, soyeux et brillants comme ceux de l’amiante. Il fonda 18°, se volatilise entre 50 et 35°. Sa densité à l’état solide est 1 ,97 ; à l’état de vapeur, elle est de 2,763. Conservés pendant quelque temps, les cristaux ne fondent plus qu’à 100°. M. Marignac attribue ce fait à une transformation isométrique de l’acide anhydre; il suffit de le fondre pour lui rendre ses propriétés primitives. Cependant, d’après M. Weber, l’acide anhydre parfaitement pur se présente en cristaux prismatiques, transparents, analogues au nitre, fondant à 14°, 8 et bouillant à 46°, 2. Il répand à l’air une fumée très intense, produite par la condensation de l’acide sulfurique hydraté qui prend naissance au contact de la vapeur d’acide anhydre et de la vapeur d’eau. L’acide anhydre a en effet une tension très forte à la température ordinaire, mais, dans l’air absolument sec, sa vapeur serait invisible. En s’unissant à l’eau contenue dans l’air, il donne un produit dont la tension de vapeur est à peu près nulle à la température ordinaire. Ce produit doit se condenser à l’état liquide, en donnant lieu à un épais brouillard1.
Si l’on projette une petite quantité d’acide anhydre dans de l’eau, il s’y dissout en faisant entendre le bruit qui se manifeste toutes les fois qu’on plonge un fer rouge dans l’eau, Quand on ajoute à une petite quantité d’acide sulfurique anhydre l’eau exactement nécessaire pour le transformer en acide monohydraté, la combinaison a lieu avec dégagement de chaleur et de lumière. L’acide est instantanément converti en vapeur, et le vase qui le contient est brisé avec explosion.
La réaction S206 solide -t- 11202 liquide dégage, lors de la formation de S2 *06,H202 liquide, -f- 20cal,4.
ACIDE DE NORDIIAUSEN
285. Préparation. — Cet acide s’obtient en distillant du sulfate de fer desséché. Le sulfate de fer du commerce (couperose verte) a pour
1 L’acide sulfurique ordinaire ne donne pas de fumée, malgré son avidité pour la vapeur d’eau; cela tient à ce que sa tension, extrêmement faible à la température
ordinaire, augmente «à mesure qu’il renferme plus d’eau. Sa vapeur, en arrivant au
contact de l’air humide, y devient, si l’on peut s’exprimer ainsi, plus volatile; elle
reste donc invisible. Par conséquent, un corps ne donne de fumée dans l’air que si le
produit résultant de son union avec l’eau est encore moins volatil que le moins volatil
du corps considéré ou de l’eau.