L1V. I, CÏIAP. VII, ACIDE SULFURIQUE
ce gaz peut servir théoriquement à l’oxydation d’une quantité illimitée d’acide sulfurique, avec le concours de l’air atmosphérique.
Si l’acide sulfureux désoxyde l’acide hypoazotique en présence de l’eau, cela tient évidemment à l'instabilité de l’acide hypoazotique en présence de ce liquide. L’eau décompose l’acide hypoazotique en acide azotique et acide azoteux :
2Az04 + H-0- = AzCUHO + Az05H0,
qui se dissolvent tous deux dans l’excès d’eau.
La dissolution d’acide azoteux transforme instantanément l’acide sulfureux en acide sulfurique, en repassant à l’état de bioxyde d’azote, tandis qu’une solution étendue d’acide azotique (à 3 % par exemple) n’est pas réduite à froid par l’acide sulfureux et ne l’est que très lentement à 40°. Il semble donc que l'acide sulfurique formé devrait se charger d’une forte proportion d'acide azotique, mais il n’en est rien ; tous les produits azotés tels que les acides azoteux, hypoazotique ou azotique, dissous-dans un acide concentré comme l’est celui des chambres de plomb dans leur marche normale (acide à 52° C.) sont facilement réduits par l’acide sulfureux, de sorte qu’en réalité, on ne trouve d’acide azotique que dans les acides dilués ou dans l’acide déjà concentré (à 60°B. par exemple) où l’on n’a pas détruit préalablement les produits nitrés. Cet acide à 60° absorbe facilement les vapeurs nitreuses, et donne naissance à des produits (cristaux des chambres de plomb dissous) que l’acide sulfureux ne réduit que très difficilement.
Ces diverses réactions peuvent être mises en évidence au moyen de l’appareil suivant (fig. 90). On prend un grand ballon dans le fond duquel on met un peu d’eau; son col est fermé par un large bouchon qui laisse passer quatre tubes, dont trois descendent jusqu’en son milieu. Deux de ces tubes sont mis en communication, l’un avec un appareil à acide sulfureux, l’autre avec un flacon où l’on produit du bioxyde d’azote; des deux autres tubes, le plus long permet d’insuffler de l’air, s’il est besoin, dans l’appareil; le plus court laisse dégager au dehors les gaz expulsés par l’insufflation. Au commencement de l’expérience, le bioxyde d’azote, arrivant dans le ballon, s’empare de l’oxygène et y produit des vapeurs rutilantes qui disparaissent bientôt au contact de l’acide sulfureux, surtout si l’on a soin de chauffer l’eau du ballon pour produire de la vapeur d’eau ; on arrive ainsi à une décoloration complète, l’acide hypoazotique étant ramené à l’état de bioxyde d'azote,
CHIMIE INORGANIQUE
et l’opération s’arrêterait si l’on n’insulïlait de nouveau de l’air pour introduire une certaine quantité d’oxygène. Il se produit, alors de nouvelles vapeurs rutilantes qui disparaissent à leur tour, et ainsi de suite. On peut constater qu'il s’est produit de l’acide sulfurique pendant la réaction, car un sel de baryte versé dans l’eau du ballon y détermine un abondant précipité de sulfate de baryte.
Si l’on ne chauffe pas l’eau, les parois du ballon se tapissent de cristaux assez semblables aux cristaux de glace qui recouvrent nos vitres pendant les froids de l’hiver; ce sont les cristaux des chambres de plomb; on peut les détruire en les mettant au contact de l’eau; ils dégagent alors du bioxyde d’azote qui se transforme à l’air en vapeurs
rutilantes. Il est bien évident que la production de ces cristaux doit être évitée dans une fabrication normale , puisqu’ils auraient pour effet de retenir une grande quantité de produits ni très qui seraient perdus pour la transformation ultérieure de l’acide sulfureux. Dans la préparation en grand, le ballon de verre est remplacé par d’immenses chambres dont les parois sont recouvertes de lames de plomb soudées entre elles ; on y fait arriver de l’acide sulfureux produit par la combustion directe du soufre ou par le grillage des pyrites, et de la vapeur d’eau; le bioxyde d’azote est donné par de l’acide azotique, qui, au contact de ces deux corps, se transforme, comme nous l’avons vu (276), en bioxyde d’azote, et produit de l'acide sulfurique; enfin on fait pénétrer de l’air dans l’appareil. C’est lui qui fournit en définitive l’oxygène dont l’acide sulfureux a besoin pour se transformer en acide sulfurique. Nous