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LIV. I, CIIAP. IX, SÉLÉNIUM

additionne la liqueur d’acide chlorhydrique en excès, ce qui transforme l’acide sélénique en acide sélénieux, et, après l’avoir réduite à un petit volume, on la sature par un courant d’acide sulfureux et l’on porte à l’ébullition. L’acide sulfureux désoxyde l’acide sélénieux, qui se précipite sous forme d’une matière rouge floconneuse qui se contracte pendant l’ébullition. Cette méthode, due à Wohler, peut également s’appliquer à l’extraction du sélénium des séléniures métalliques naturels; mais il vaut mieux, dans ce cas, d’après le même savant, traiter le minerai finement pulvérisé par l’acide chlorhydrique, qui lui enlève ses carbonates terreux, et chauffer au rouge sombre le résidu lavé et séché avec son poids de flux noir (mélange de carbonate de potasse et de charbon). On transforme ainsi le sélénium en séléniure de potassium, que l’on sépare des métaux (cuivre, plomb, argent), auxquels il était uni au moyen d’eau bouillante bien privée d’air. Le liquide coloré, ainsi obtenu, exposé à l’air dans de larges capsules, en absorbe l’oxygène et laisse déposer une poudre grise cristalline de sélénium, qu’on lave et qu’on distille après l’avoir séchée.

Nous avons signalé (292) la présence du sélénium dans l’acide sulfurique commercial préparé avec des pyrites sélénifères. Dans la préparation industrielle du sulfate de soude, par le sel marin et l’acide sulfurique, le sélénium libre ou provenant de la réduction de l’acide sélénieux par les matières organiques du sel ou le plomb des cuvettes, est volatilisé à la température élevée des fours, entraîné avec le gaz chlorhydrique, et vient se condenser dans les touries et les colonnes de condensation. 11 se forme à la longue, dans ces appareils, des dépôts notables, renfermant jusqu’à 45 pour 100 de sélénium, et qui constituent une source de ce métalloïde abondante et facile à purifier.

340. Propriétés physiques. — Le sélénium, qui se rapproche beaucoup du soufre par ses propriétés chimiques, se présente comme lui sous divers états allotropiques, qui ne sont pas encore bien connus. Ainsi le sélénium obtenu en réduisant l’acide sélénieux par l’acide sulfureux est, sous forme de flocons rouges, insoluble dans le sulfure de carbone ; celui qu’on obtient par l’oxydation lente des dissolutions des séléniures alcalins est noir, cristallin et insoluble dans le sulfure de carbone.

A ces variétés insolubles se rattachent le sélénium vitreux, qu’on obtient en refroidissant brusquement le sélénium fondu, et le sélénium métallique qui résulte de la transformation lente de la variété vitreuse. Le sélénium vitreux constitue une masse noire brillante, à cassure con-

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choïde. Vu par transparence sous une faible épaisseur, il est rouge. Sa densité est alors 4,28.

A la température ordinaire, il se transforme très lentement en sélénium cristallisé, en prenant une teinte grisâtre et une cassure finement grenue. On peut le transformer plus rapidement en sélénium cristallin en le pulvérisant et surtout en le chauffant; il donne alors une poussière rouge foncé. Régnault a observé qu’en élevant lentement la température du sélénium vitreux, lorsque le thermomètre indiquait 96 à 97°, la température montait tout d’un coup avec une grande rapidité, et, en peu de minutes, elle dépassait 200°. C’est un phénomène analogue à celui qui se produit avec le soufre mou. La surface du sélénium ainsi modifié présente une couleur d’un gris bleuâtre et un éclat franchement métallique. La cassure ressemble alors à celle de la fonte grise et la masse peut s’aplatir sous le marteau avant de se casser. La densité du sélénium métallique est 4,8 environ.

Le sélénium vitreux est insoluble dans le sulfure de carbone, mais fondu et coulé dans l’eau froide en petits grains, et abandonné dans un vase fermé en présence du sulfure de carbone, il se dissout lentement dans ce liquide.

Le sélénium, provenant de la décomposition par la pile de l’acide sélénhydrique ou l’oxydation lente à l’air libre de sa dissolution, est presque complètement soluble dans le sulfure de carbone (Berthelot).

Au reste, la solubilité du sélénium dans le sulfure de carbone est toujours très faible; à 0°, le sulfure de carbone en dissout 0,00016 de son poids; à 46° il en dissout 0,001 environ; il y cristallise en prismes rhomboïdaux obliques, d’après Mitscherlich. Le sélénium est complètement insoluble dans l’eau; il est un peu soluble dans l’acide sulfurique concentré; l’addition d’un peu d’eau le précipite.

Le sélénium vitreux se ramollit vers 100°, et, si on le laisse refroidir après l’avoir porté à cette température, il reste mou pendant un certain temps et peut s’étirer en longs fils. Il fond vers 250° (Sacc.), tandis que le sélénium cristallisé d’après Hittorff fond à 217°, sans subir de ramollissement préalable.

Le sélénium bout à 665° (Troost) et se transforme en un gaz jaune, qui se condense en gouttelettes rougeâtres sur les parois de la cornue de verre où l’on fait l’opération. Sa densité de vapeur est :

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