LIV. I, CHAP. XIII, ACIDE BORIQUE
Mais la propriété saillante du bore amorphe réside dans la faculté qu’il a d’absorber l’azote libre, avec dégagement de chaleur et de lumière ; il se produit un azoture de bore (BoAz) blanc et infusible : l’expérience est plus brillante avec le bioxyde d’azote. Le bore au rouge sombre absorbe à la fois l’azote et l’oxygène de l’air, et donne un mélange d’acide borique et d’azoture de bore :
5Bo -f- 5AzO- == 2Bo')3 + 3BoAz.
C’est le seul corps connu qui jouisse de la propriété d’absorber à la fois les deux éléments de l’air.
2° Bore cristallisé. — L’oxygène ne l’attaque qu’à une température élevée, encore l’action n’est-elle que superlicielle, parce que l’acide borique qui prend naissance protège le reste du bore contre une oxydation ultérieure. Toutefois, il est remarquable que le bore cristallisé gonfle comme le diamant au moment de sa combustion.
Le bore cristallisé brûle dans le chlore, à la température du rouge. Celte propriété le distingue du charbon que le chlore n'attaque sous aucun état, et permet facilement de le séparer de ce corps. Aucun acide ou mélange d’acides ne l’attaque; on ne peut l’altérer qu’en le chauffant au rouge vif avec du bisulfate de potasse, avec du carbonate de soude ou de la soude hydratée. L’azotate de potasse fondu ne l’attaque même pas. Le bore cristallisé est donc, comme on le voit, le plus inaltérable des corps simples.
ACIDE BORIQUE BoOr>.
C’est la seule combinaison oxygénée du bore connue.
475. Préparation. — On dissout 1 partie de borate de soude (borax) dans 2 parties 1/2 d’eau bouillante, et l’on verse dans la liqueur filtrée de l’acide chlorhydrique du commerce jusqu’au moment où la liqueur communique à un papier de tournesol la couleur rouge pelure d’oignon. Par refroidissement, l’acide borique se dépose sous forme de paillettes cristallines, qu’on purifie par de nouvelles cristallisations.
On peut purifier avec avantage l’acide borique naturel ; il suffit de le faire cristalliser après avoir ajouté à sa dissolution un peu d’acide sulfurique pour saturer les bases qu’il contient.
476. Propriétés physiques. — L’acide borique ainsi obtenu cris-
CHIMIE INORGANIQUE
tallise avec 5 équivalents d’eau Bo05,3HO. Il se présente sous forme de paillettes cristallines incolores, transparentes et brillantes, d’une saveur faiblement acide, ou par évaporation lente, en prismes hexagonaux transparents, volumineux. Quand on le chauffe, il fond et se boursoufle en perdant 45, G d’eau de cristallisation, ce qui correspond à -5 équivalents d’eau. Au rouge, l’acide anhydre éprouve la fusion ignée; il passe d’abord par tous les états de viscosité et se résout ensuite en un liquide assez flîiide. Par refroidissement, il se prend en une masse vitreuse et transparente ; mais peu à peu il perd sa transparence, et, dans l’air bumide, il se recouvre d’une pellicule blanche d’acide borique hydraté. 11 se vaporise à une température très élevée, surtout dans un courant de gaz. Nous avons vu (17) comment Ebelmen a utilisé cette propriété pour la préparation du corindon (alumine) et d’autres espèces minérales importantes.
L’eau dissout 1/55 de son poids d’acide borique à 10°, et 4/5 à 100°. Si l’on fait bouillir cette dissolution, la vapeur d’eau entraîne mécaniquement des quantités très notables d’acide borique ; c’est ce qui explique comment, dans certaines localités, des jets de vapeur et de gaz qui s’échappent des crevasses du sol contiennent assez d’acide borique pour devenir une source abondante de ce produit (480).
L’alcool dissout mieux l’acide borique que l’eau ; il brûle alors avec une flamme verte caractéristique.
477. Propriétés chimiques. — La dissolution d’acide borique rougit faiblement la teinture de tournesol* comme tous les acides faibles ; mais si l’on opère, comme l’a montré M. Malagutti, avec une dissolution concentrée et bouillante d’acide borique, la teinture prend la teinte pelure d’oignon qui caractérise les acides énergiques. Il brunit le papier de curcuma. Quoique ce soit un acide très faible, à la température rouge, il chasse, à raison de sa fixité, la plupart des acides de leurs combinaisons ; il s’unit avec tous les oxydes basiques.
Aucun métalloïde isolé n’attaque l’acide borique: mais, si l’on fait agir à la fois le charbon et. le chlore il se produit au rouge de l’oxyde de carbone et du chlorure de bore :
2Bo03 + 6C 4- 5C1 = 3C202 + 2BoCF\
Si l’on fait passer sur un mélange de charbon et d’acide borique chauffé au rouge de la vapeur de soufre, ou mieux, du sulfure de carbone, il se produit de l’oxyde de carbone et du sulfure de bore cristallisé, BoS3, découvert par M. Fremy.