LIV. I, CHAP. XIV, CARBONE
491. Graphite <m plombagine. — Celte variété de carbone, connue aussi sous le nom de mine de plomb , se trouve disséminée dans les terrains primitifs, quelquefois sous forme de petites paillettes hexagonales d’un gris métallique; le plus souvent elle forme des masses feuilletées que l’on peut rayer avec l’ongle, et qui laissent toujours une tache noire sur les doigts; aussi sert-elle à la fabrication des crayons, à noircir les tuyaux de poêle, etc. Mélangé aux corps gras, il donne une matière très onctueuse (cambouis) que l’on emploie pour graisser les roues des voitures et les engrenages, afin de diminuer les frottements; il est également employé dans la galvanoplastie pour métalliser les surfaces, à cause de sa grande conductibilité électrique, et pour la fabrication de creusets réfractaires.
La plombagine a pour densité 2,2 0; sa combustibilité est très faible ; comme le diamant, elle ne brûle dans l’oxygène que lorsqu’elle y est fortement chauffée. Elle ne contient d’ordinaire que 1 ou 2 pour 100 de matières étrangères.
On purifie la plombagine en la traitant par un mélange de chlorate de potasse et d’acide sulfurique (1 partie de graphite, 2 d’acide sulfurique, 1/14 de chlorate). On chauffe le tout au bain-marie dans un vase de fer jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de gaz chloré, on lave ensuite à l’eau. Le graphite ainsi traité, chauffé au rouge, augmente beaucoup de volume et se réduit à un état de division extrême ; par lévigation on l’obtient alors extrêmement pur.
On produit artificiellement ce corps en mettant de la fonte de fer en fusion en contact avec du charbon; elle laisse déposer, en se solidifiant, des lames hexagonales de charbon noir parfaitement pur; on peut obtenir plus facilement ce charbon cristallisé en faisant passer, sur de la fonte portée au rouge dans une petite nacelle de charbon de cornue, des vapeurs de chlorure de carbone. Le chlore s’empare du fer et forme avec lui une matière volatile; le carbone mis en liberté se dissout dans la fonte restante. On voit donc que le fer disparaît peu à peu, tandis que la proportion du carbone dissous augmente ; aussi ne tardet-il pas à cristalliser, et si l’opération est suffisamment prolongée, on peut l’obtenir parfaitement isolé, tout le fer ayant été volatilisé. (II. Sainte-Claire Deville.)
C’est de Sibérie, près d’irkoutzk, que nous vient actuellement la majeure partie du graphite employé en Europe.
492. Anthracite. — L’anthracite est une variété de carbone beaucoup moins pure que la précédente; elle contient 90 à 92 pour 100 de car-
CHIMIE INORGANIQUE
bone pur. C’est un charbon compact, d’un noir brillant, que l’on ne peut brûler qu’à une température élevée. Quoiqu’il se délite en brûlant, il n’en rend pas moins de grands services, à cause de la grande chaleur qu’il dégage dans sa combustion.
On le trouve abondamment aux Etats-Unis, dans le Massachusetts et dans le Connecticut ; il en existe plusieurs gisements* en Angleterre et en France, dans les environs d’Angers.
495. Mouille. — A côté de l’anthracite nous placerons la houille, qui a une certaine ressemblance d’aspect avec ce corps et dont l’origine est la même. Ces deux combustibles sont tous deux des produits résultant de l’altération de matières ligneuses, dans des circonstances qui ne sont pas bien connues ; mais les débris de végétaux, assez bien conservés pour qu’on ait pu en déterminer la nature, que l’on rencontre fréquemment dans ces dépôts, ne laissent aucun doute sur leur origine. Beaucoup moins riche en carbone que l’anthracite, la houille n’en est pas moins un combustible éminemment précieux.
Disons aussi un mot des lignites, produits de décomposition de végétaux plus récents que ceux qui ont donné la houille, et dans lesquels la forme primitive subsiste parfois tout entière ; aussi, certaines variétés provenant de grands arbres, connues sous le nom de jais , ont-elles une dureté suffisante pour qu’on en puisse fabriquer des objets que l’on recherche pour leur belle couleur noire et leur poli.
Il est assez remarquable que le degré de pureté de ces divers charbons est d’autant plus grand qu’ils appartiennent à des époques géologiques plus reculées1; les combustibles minéraux qui se produisent actuellement autour de nous, comme la tourbe, sont encore plus impurs que les lignites. Leur incombustibilité est ainsi d’autant plus grande qu’ils sont plus purs.
CHARBOiNS ARTIFICIELS.
494. Coke. — La distillation de la houille, en même temps qu’elle permet d’obtenir le gaz de l’éclairage, produit également le coke, dont l’emploi est si fréquent aujourd’hui. L’aspect du charbon varie avec la nature de la houille qui a servi à le produire, et avec la rapidité plus
1 Nous n’entendons pas parler ici du diamant, dont l'origine est tout à fait inconnue, et il serait difficile de préciser, dans l’état actuel de la science, les circonstances dans lesquelles ce corps si remarquable a dû se produire.