LIV. I, CIIAP. XVII, FLAMME
Pour les corps diflîcilement combustibles, le manque d’air ou la raréfaction de l'oxygène détermineront l’extinction du corps. Ainsi le charbon s’éteint dans une atmosphère partiellement dépouillée d’oxygène dans laquelle les animaux peuvent encore respirer. Un bâton de phosphore plongé dans cette atmosphère continue à y brider tant qu’il y reste une trace d’oxygène.
L’insufflation de l’air froid sur une flamme a parfois le même effet; c’est ainsi qu’on éteint une bougie en soufflant dessus. Mais un des moyens les plus efficaces d’éteindre les flammes consiste dans l’emploi des toiles métalliques. Si l’on coupe avec une toile métallique la flamme d’une bougie, on voit sortir à travers les mailles de la toile une fumée, qu’on peut enflammer au dessus de la toile au moyen d’une flamme. On prouve ainsi que les gaz n’ont perdu aucune de leurs propriétés chimiques au contact du métal ; celui-ci a eu seulement pour effet de les refroidir. Aussi une toile métallique arrête d’autant mieux la flamme qu’elle est à maille plus serrée et d’une substance plus conductrice. Cette importante découverte est due à Davv, qui l’a utilisée dans la construction de la lampe de sûreté , destinée à prévenir les accidents causés par le feu grisou.
561. Lampe de sûreté. — Elle se compose essentiellement d’une lampe à huile, entourée d’un cylindre en toile métallique à maille serrée, séparant complètement la flamme de l’atmosphère extérieure. Si un mineur muni de celte lampe se trouve tout à coup au milieu d’un mélange détonant, et qu’il y ait explosion dans l’intérieur de la lampe, cette explosion ne pourra se propager au dehors, parce que la flamme, devant traverser la toile métallique, sera nécessairement éteinte. Ordinairement la flamme de la mèche s’éteint par suite de l’explosion ; pour que le mineur 11e soit pas dans l’obscurité complète, Davy a eu l’ingénieuse idée de suspendre dans la flamme une spirale de platine qui y est portée au rouge. Quand la flamme s’éteint par suite d’explosion, le platine se trouvant au contact d’un mélange détonant demeure incandescent, et fournit au mineur une lueur qui lui permet encore de se guider.
L’appareil de Davy présentait le grave inconvénient de donner peu de lumière ; on emploie aujourd’hui la lampe de Combes, qui n’a pas ce défaut, tout en conservant les avantages de la lampe primitive.
La mèche de la lampe à huile est entourée d’un cylindre de crislal épais surmonté d’une cheminée en cuivre destinée à activer le tirage et entouré d’une toile métallique à petites mailles. A la partie infé—
CHIMIE INORGANIQUE
rieure se trouvent deux ouvertures munies de toiles métalliques qui permettent à l’air de pénétrer dans la lampe. Enfin une spirale de platine est ordinairement suspendue au-dessus de la mèche, et se trouve portée au rouge par la flamme (fig. 149).
Les explosions du feu grisou sont encore malheureusement fréquentes, parce que les ouvriers mineurs commettent souvent l’imprudence d’enlever l’enveloppe qui doit les garantir. On comprend alors toute l’importance d’une ventilation active dans l’intérieur des galeries, quoique ce moyen soit insuffisant quand le feu grisou se dégage soudainement du sol en grande quantité, et vient au contact d’une lampe dépourvue de toile métallique.
562. De la flamme. — La flamme est toujours le résultat de la combustion d’une matière gazeuse. Le fer brûle sans flamme; le phosphore et le zinc, qui sont volatils, les gaz combustibles, brûlent tous avec une flamme plus ou moins brillante.
Quand des corps simples ou indécomposables brûlent, la flamme qu’ils produisent est partout homogène; il n’en est plus ordinairement de même, si les corps sont composés et facilement décomposables. L’intensité de la flamme et sa couleur varient en ses divers points, suivant la nature des substances qui s’y développent. La flamme de la bougie nous servira d’exemple {fig. 150).
On reconnaît facilement qu’elle se compose de trois couches concentriques. La couche extérieure e est mince, peu colorée, légèrement jaune vers le haut et bleue en bas ; elle est très chaude : un fil de platine excessivement fin peut y être fondu. La couche intermédiaire b est brillante; c’est de cette couche qu’émane la lumière, mais sa température est moins élevée. A l’intérieur o, tout autour et au-dessus de la mèche, se trouve l’espace obscur oû la température est très peu élevée. On met en évidence l’existence de ces trois couches, soit en coupant horizontalement la flamme par le milieu, au moyen d’une toile métallique, ce qui permet de les distinguer en regardant par-dessus, soit en tenant au travers de la flamme un
Fig. 149.
Fig. 150.