LIV. ï, CHAP. XVII, FLAMME
fil de platine assez mince; on remarque alors que c’est dans la partie extérieure de la flamme qu’il rougit à blanc, tandis que dans la partie centrale il rougit à peine. Encore ce dernier effet n’est-il dû qu’à la conductibilité du métal. On peut en effet introduire de la poudre contenue dans une petite cuiller d’ivoire dans la partie interne de la flamme sans l’enflammer; on a même pu y maintenir un peu d’argent fulminant, pendant quelques secondes, sans en déterminer l’explosion.
L’explication de ces divers phénomènes est très simple. La mèche qui plonge dans la cire fondue fait monter ce liquide vers sa partie supérieure dans les intervalles capillaires que laissent entre elles les fibres de coton. La cire, étant composée de carbone, d’hydrogène et d’oxygène, est décomposée par la chaleur de la flamme ; il se produit une huile empyreumatique, divers carbures d’hydrogène et de l’oxyde de carbone, qui brûlent à leur tour pour donner de la flamme. Dans son contour extérieur, la flamme étant en contact avec de l’air en excès, la combustion est complète et la température très élevée ; mais, comme les seuls produits qui peuvent y exister sont de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau, la flamme est peu brillante. Dans la partie intermédiaire, les gaz ne brûlent qu’incomplètement, parce que l’air n’y pénètre qu’après avoir traversé la première couche ; aussi est-ce l’hydrogène qui brûle le premier; une portion de carbone se trouve ainsi mise en liberté ; ce corps solide porté à l’incandescence donne à la flamme l’éclat qu’elle possède. L’intervalle obscur est, pour ainsi dire, le réservoir de gaz résultant de la distillation de la cire amenée par la mèche. La partie inférieure de la couche extérieure i est bleuâtre, parce qu’il y brûle de l’oxyde de carbone et du carbure d’hydrogène, qui sont les premiers produits résultant de l’action d’une faible chaleur sur le liquide contenu dans la mèche.
565. Lampe à double courant. — La mèche de ces lampes, en coton tressé, est annulaire et baigne dans un réservoir où l'on fait arriver constamment un excès d’huile, qui s’écoule en partie par le bord supérieur du réservoir (lampe Garcel, lampe à régulateur). Si l’on enflamme cette mèche, on obtiendra une flamme annulaire dont les contours intérieur et extérieur seront en contact avec l’air ; le gaz combustible se dégageant en abondance, la flamme prendra beaucoup de développement, donnera beaucoup de fumée et sera peu éclairante; mais si l’on entoure cette flamme d’une cheminée en verre qu’on peut baisser et élever à volonté, afin de régler le tirage, la combustion deviendra plus complète, et il sera possible d’obtenir une
CHIMIE INORGANIQUE
lumière vive, sans dépôt sensible de charbon. On se fera une idée exacte de la constitution de cette flamme en la supposant formée par la réunion d un certain nombre de bougies, dont les mèches placées au contact formeraient un anneau d une faible épaisseur relativement à son diamètre. La coupe verticale de cette flamme doit donc représenter celle de deux bougies placées aux extrémités du diamètre par lequel on ferait cette coupe; c’est oe que représente la figure 151.
Le tirage produit par la cheminée diminue seulement l’épaisseur des couches sans rien changer à leur disposition. On voit facilement qu’un courant d’air trop actif aurait pour effet de brûler les gaz presque au sortir de la mèche; le cône intérieur pourrait être brillant, mais il aurait peu d’étendue, et, par conséquent, l’éclat total se trouverait diminué.
Cet éclat sera le plus grand possible quand, la combustion étant d’ailleurs complète, le cône intérieur brillant aura son maximum d’étendue.
La combustion des flammes du gaz de l’éclairage ne diffère pas de celle que nous venons d’indiquer. Si le gaz s’échappe par une seule ouverture, la flamme est assimilable à celle de la bougie; si le bec de gaz est cylindrique est entouré d’une cheminée en verre, sa flamme est assimilable à celle de la lampe à double courant ; il n’y a de changement que dans le remplacement de la mèche par un réservoir annulaire qui fournit le gaz. Quant aux flammes qui éclairent les rues, elles sont produites par une large nappe de gaz formée de deux couches extérieures peu brillantes, parce que la combustion y est complète, et d’une couche intérieure contenant un excès de charbon, qui donne à la flamme son éclat. En augmentant l’étendue de la couche intérieure par un écoulement convenable du gaz, on produit line vive clarté.
564. Du chalumeau. — On se sert, dans les laboratoires, de la flamme d’une bougie ou d’une chandelle alimentée par un chalumeau à air, pour produire sur de petites quantités de matière des effets calorifiques, accompagnés parfois de phénomènes d’oxydation ou de réduction. Ce chalumeau se compose d’un cône évasé, creux, portant latéralement dans sa partie large un petit tube terminé par un étroit orifice (fig. 152). Avec un peu d’habitude, on parvient, en insufflant