LIV. I, CHAP. XVIII, CYANOGÈNE
Il s’unit directement avec l’hydrogène sous l’action de la chaleur pour former l’acide cyanhydrique (585). Il forme avec l’oxygène, le soufre, le chlore, le brome et l’iode, d’une manière indirecte, des composés bien définis. Il s’unit directement avec quelques métaux, comme le potassium (Gay-Lussac), le fer, le zinc, le cadmium (Berthelot), et indirectement avec tous. Ses propriétés chimiques, et surtout la composition de l’acide qu’il donne en s’unissant à l’hydrogène, le rapprochent du chlore, du brome et de l’iode.
Nous avons dit que sa dissolution aqueuse s’altérait rapidement et devenait brune. Parmi les produits qui prennent naissance dans l’action réciproque de l’eau et du cyanogène, on trouve l’oxalate d’ammoniaque, qui présente, avec le cyanogène, le rapport remarquable de composition déjà signalé entre le protoxyde d’azote et l’azotate d’ammoniaque (160). On a, en effet :
2(C2Az) + 4H202 = C4(AzH4)20s.
Aussi obtient-on du cyanogène, quand on distille de l’oxalate d’ammoniaque avec de l’acide phosphorique anhydre. Cette tendance du cyanogène à se combiner avec 4 équivalents d’eau se retrouve dans la plupart de ses composés, et permet d’expliquer la facilité avec laquelle ces corps se transforment en sels ammoniacaux.
Le cyanogène s’unit à l’acide sulfhydrique en deux proportions, et donne naissance aux composés :
C4Az2H2S2 = 2C2Az + 2HS.
C4Az2H4S4 = 2C2Az + 4HS.
On obtient le premier en faisant réagir le cyanogène en excès et l’acide sulfhydrique en présence d’un peu d’eau, dans un grand flacon dont les parois se tapissent bientôt de longues aiguilles jaunes. Le second s’obtient en faisant arriver les deux gaz dans l’alcool, l’acide sulfhydrique étant en excès; il se dépose bientôt des cristaux orangés.
581. Composition. — La composition du cyanogène peut se déduire de l’analyse eudiométrique.
On introduit dansl’eudiomètre à mercure 100 volumes de cyanogène et 300 volumes d’oxygène. Après le passage de l’étincelle, on trouve que le volume n’a pas varié, mais les 400 volumes contenus dans l’eudiomètre sont formés de 200 volumes d’acide carbonique, de 100 volumes d’azote et de 100 volumes d’oxygène, mis en excès. On le démontre en
introduisant dans le mélange une dissolution de potasse qui absorbe l’acide carbonique, puis un bâton de phosphore pour enlever l’oxygène ; il reste enfin 100 volumes d’azote. Comme on sait que 200 volumes d’acide carbonique contiennent 100 volumes de vapeur de carbone, il en résulte que 100 volumes de cyanogène contiennent :
100 volumes d’azote et 100 volumes de vapeur de carbone.
La considération des densités permet de vérifier cette composition : si
à la densité de l’azote 0,9714
on ajoute celle de la vapeur de carbone 0,8284
on obtient 1,7998
nombre qui diffère très peu de 1,806, trouvé expérimentalement.
On peut représenter la composition du cyanogène par la formule C2Az qui correspond à 2 volumes, puisque 2 volumes de ce gaz contiennent 2 volumes d’azote (Az) et 2 volumes de vapeur de carbone (C2). On la représente également par le symbole simple Cy, afin d’exprimer qu’il se comporte comme un radical. Il est bien entendu que Cy équivaut à C2Az = 26.
582. Circonstances dans lesquelles le cyanogène se produit. — Le cyanogène se produit toutes les fois que du charbon et de l’azote, libres ou naissants, se trouvent en présence d’une base ou de carbonates alcalins. — Exemples :
1° On calcine des matières animales azotées (sang, corne, chair musculaire, etc.) avec du carbonate de potasse pour produire des cyanures alcalins.
2° On fait passer un courant d’azote ou d’air atmosphérique sur un mélange de carbonate de baryte et de charbon ; à une température peu élevée, il se produit du cyanure de baryum.
585. Paracyanogène. — Le paracyanogène se forme toujours quand on décompose par la chaleur les cyanures d’argent ou de mercure. Pour préparer le paracyanogène, MM. Troost et Ilautefeuille décomposent le cyanure de mercure par la chaleur à 440°, en tubes scellés. Pour débarrasser le produit du mercure qui s’y trouve intimement mélangé, on fait passer dans le tube, porté de nouveau à 440°, et ouvert à ses deux extrémités, un courant de cyanogène gazeux qui entraîne le métal.
Chauffé en vase clos, dans le vide, le paracyanogène se transforme