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LIV. I, CIIAP. XVIIÎ, CYAMÉLIDE

On doit éviter de chauffer trop fortement, pour que l’acide cyanurique ne se transforme pas en trop grande quantité en acide cyanique.

La matière ainsi préparée n’est pas pure ; on la purifie par un moyen qui met bien en évidence la différence de stabilité de cet acide et de l’acide cyanique. On dissout, en effet, l’acide cyanurique dans l’acide sulfurique concentré, qui se colore en brun : on ajoute goutte à goutte de l’acide azotique jusqu’à décoloration complète, puis un égal volume d’eau : par refroidissement, la liqueur laisse déposer des cristaux d’acide cyanurique.

596. Propriétés. — Ces cristaux sont des prismes rhomboidaux obliques contenant 4 équivalents d’eau de cristallisation ; ils s’effleurissent au contact de l’air en perdant toute cette eau. La matière effleurie a pour composition Cy303,5II0 ; on peut la faire cristalliser en la dissolvant dans l’acide azotique ou dans l’acide chlorhydrique bouillant; par refroidissement, il se dépose sous forme d’octaèdres à base carrée.

Nous avons dit que la chaleur transformait l’acide cyanurique en acide cyanique. 11 se combine avec les bases ; mais 2 équivalents d’eau seulement sont remplacés par 2 équivalents de base réelle. La formule des cyanurates est donc :

2M0,H0,Cy303.

597. Cyamélide. — Il n’est pas nécessaire dépasser par l’acide cyanique pour obtenir cette substance ; on peut encore l’obtenir en broyant du cyanate de potasse avec de l’acide nitrique et sulfurique fumants, avec les acides oxalique et tartrique cristallisés ou l’acide acétique concentré. L’acide cyanique serait donc déplacé par les corps précédents et se transformerait immédiatement en cyamélide. Si les acides étaient étendus, ils transformeraient, comme nous l’avons vu, l’acide cyanique en acide carbonique.

Le cyamélide est insoluble à froid et à chaud, dans l’eau, l’alcool, l’éther et les acides étendus ; l’acide sulfurique concentré la dissout. En chauffant quelque temps cette dissolution, il se produit de l’acide carbonique, du sulfate d’ammoniaque par suite d’une décomposition d’une petite partie de ia matière ; l’autre partie se transforme en acide cyanurique. Nous avons étudié (69), au point de vue physique, la transformation de l’acide cyanurique de la cyamélide en acide cyanique et la transformation inverse.

CHIMIE INORGANIQUE

ACIDE SULFOCYANIQUE CyS,HS — CyHS.

L’acide sulfocyanique représente l’acide cyanique, dans lequel l’oxygène est remplacé par du soufre.

598. Préparation, — On l’obtient en faisant passer un courant d’hydrogène sulfuré sur du sulfocyanure de mercure bien sec. L’acide se condense dans un mélange réfrigérant,

CyS,HgS + HS = HgS + CyS,HS.

Le sulfocyanure de mercure s’obtient en précipitant une dissolution de sulfocyanure de potassium par une dissolution de chlorure de mercure HgCl. Quant au sulfocyanure de potassium KS, CyS, on le prépare en chauffant au rouge sombre, dans un creuset fermé, un mélange d’une partie de soufre en fleur et de deux parties de ferrocyanure de potassium. On reprend par l’eau, on précipite le fer que la dissolution contient encore par du carbonate de potasse, on évapore à sec le liquide filtré et on reprend par l’alcool, qui ne dissout que le sulfocyanure.

599. Propriétés. — Liquide incolore, solidifiable à 12°, 5 et bouillant à 102°.

En présence de l’acide sulfurique étendu, l’acide sulfocyanique fixe les éléments de l’eau; il se forme de l’oxysulfure de carbone (576) et de l'ammoniaque qui reste combinée à l’acide :

C2AzS,HS + H202 = AzH3 + C202S2.

Cette réaction doit être rapprochée de celle que donne l’acide cyanique dans les mêmes circonstances (593).

L’acide sulfocyanique fixe les éléments de l’hydrogène sulfuré pour donner de l’ammoniaque et du sulfure de carbone,

C2AzS,HS + H2S2 = AzlI3 + C2S4.

L’acide sulfocyanique et les sulfocyanures alcalins donnent avec les sels de sesquioxyde de fer une coloration rouge-sang. C’est le réactif le plus sensible des sels de sesquioxyde de fer.

L1V. I, CIIAP. XVIII, CHLORURES DE CYANOGÈNE.

CHLORURES DE CYANOGÈNE

Il existe deux chlorures de cyanogène ayant même composition centésimale; ils correspondent à l'acide cyanique et à l’acide cyanurique le premier est gazeux ou facile à volatiliser, le second est solide.

CHLORURE GAZEUX CyCl.

600. Préparation. — On le prépare en faisant agir le chlore sur le cyanure de mercure humide ou dissous, mais on peut l’obtenir également dans l’action du chlore sur l’acide cyanhydrique étendu et convenablement refroidi. On obtient plus facilement le chlorure de cyanogène par le procédé suivant, indiqué par M. Cloez.

Après avoir saturé de chlore à 0°, dans un grand flacon, 4 litres d’eau, on ajoute 100 grammes de cyanure de mercure et on abandonne le tout pendant 24 heures. L’hydrate de chlore formé à basse température et le cyanure de mercure réagissent peu à peu, et le chlorure de cyanogène reste dissous.

11 est facile de le séparer en chauffant la solution et condensant sa vapeur dans un tube entouré d'un mélange réfrigérant, après l’avoir desséché sur du chlorure de calcium, et débarrassé du chlore en excès en le faisant passer sur de la tournure de cuivre.

601. Propriétés. — Gaz incolore, vénéneux, d’une odeur piquante et insupportable qui provoque le larmoiement. Lorsqu’il est parfaitement pur, il se solifîe à — 7°, 04 et bout à 4- 12°. Sa densité de vapeurs est 5,124. 11 est donc formé de volumes égaux de chlore et de cyanogène unis sans condensation.

A 20°, l’eau en dissout 25 fois son volume, l’alcool 100 fois, l’éther 50 fois ; sa dissolution aqueuse se transforme à la longue en donnant de l’acide carbonique et du chlorhydrate d’ammoniaque par suite de la fixation des éléments de 4 équivalents d’eau :

C2AzCl + 4HO = C204 -f AzIIMICl.

Les alcalis produisent immédiatement cette réaction et donnent un carbonate, un chlorure alcalin avec dégagement d’ammoniaque. On

peut dire qu’il se forme du cyanate, qu’un excès d’alcali transforme aussitôt en acide carbonique et ammoniaque.

Le chlorure de cyanogène forme des combinaisons avec les chlorures de bore, de titane, d’antimoine, de fer et avec l’acide cyanhydrique, qui sont représentées par les formules

BoCl3,CyCl Ti2Cl4,CyCl SbCl3,CyCl Fe2Cl3,CyCl et CyH.CyCI.

CHLORURE SOLIDE CysCl3.

602. Le chlorure de cyanogène CyCl liquéfié se transforme rapidement en chlorure solide quand il contient un peu de chlore ; bien purifié, il se conserve indéfiniment.

On obtient plus facilement le chlorure solide en versant de l’acide cyanhydrique liquide dans un vase rempli de chlore sec, et exposant le mélange aux rayons solaires; il se produit de l’acide chlorhydrique gazeux et des cristaux prismatiques de chlorure de cyanogène, d’une odeur de souris, fusibles à 140° et bouillant à 190°; sa densité de vapeur est 6,39, c’est-à-dire triple de celle du chlorure gazeux ; il contient donc trois fois plus d’éléments sous le même volume ; de là sa formule Cy5Cl3.

L’eau bouillante le décompose en acide chlorhydrique et acide cyanurique ;

Cy3Cl3 + 6HO = 3HC1 + Cy303,3H0.

603. Bromure et iodure de cyanogène. — Le brome et l’iode donnent avec le cyanogène des composés solides, incolores, cristallisés, ayant pour formules :

CyBr et Cyl.

On prépare le dernier en chauffant légèrement un mélange d’iode et de cyanure de mercure. On obtient ainsi de longues aiguilles blanches, solubles dans l’alcool et l’éther. Plus dense que l’acide sulfurique, d’une odeur pénétrante, très vénéneux ; il bout au-dessus de 100°.

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