‹ Eléments de chimie (volume 2)Chapitre 31 sur 379 · LIV. I, CIIAP. I, OXYGÈNE · texte numérisé non relu

LIV. I, CIIAP. I, OXYGÈNE

dans la vapeur de soufre, que le phosphore, plongé dans le chlore, s’y enflammait comme dans l’oxygène. Le mot d e. combustion doit donc être pris dans le sens plus large de combinaison. Mais, dans le langage habituel, on conserve néanmoins au mot de combustion le sens restreint que lui avait donné Lavoisier.

87. Corps comburants. — Corps combustibles. — Dans la Combustion du charbon dans l’oxygène, l’oxygène est dit le corps comburant , le charbon est le corps combustible; mais, comme le sens du mot combustion a été étendu, nous entendrons sous la désignation de corps comburants tous les corps qui jouent dans une combinaison le meme rôle que l’oxygène, et de combustibles tous ceux qui jouent le rôle du charbon. Exemples : dans la combustion du cuivre dans la vapeur de soufre, le cuivre est combustible, le soufre comburant; de même le chlore est comburant, vis-à-vis du phosphore qui est combustible : le phosphore brûle dès qu’on l’introduit dans une atmosphère de gaz chlore.

Il faut bien remarquer ce qu’il y a de conventionnel dans ces désignations de comburant et de combustible. On peut à volonté enflammer un jet d’hydrogène au milieu d’une atmosphère d’oxygène, ou un jet d’oxygène dans une atmosphère d’hydrogène ; dans les deux cas il y a combinaison de deux corps avec production d’eau et même dégagement de chaleur. Si donc on dit avec Lavoisier que l’oxygène est comburant et l’hydrogène combustible, c’est-à-dire que l’hydrogène est brûlé par l’oxygène, on fait une convention qui n’a rien de nécessaire, puisque la convention contraire aurait pu être faite. Mais il est indispensable, une fois qu’elle est établie, de désigner sous le nom de comburants les corps qui se comportent comme l’oxygène vis-à-vis de l’hydrogène, et sous celui de combustibles les analogues de l’hydrogène.

88. Historique de la théorie de la combustion. — NOUS avons Supprimé pour plus de clarté, dans l’exposé de la théorie de la combustion, tous les détails historiques qui se rattachent à celte importante question ; nous allons rapidement les résumer ici, afin de montrer l’état de la chimie avant Lavoisier, et la transformation qu’elle a subie sous l’influence des travaux de ce puissant génie.

Les premières observations importantes sur ce sujet remontent à 1630, époque à laquelle Jean Rey, médecin du Périgord, fit connaître le fait de l’augmentation de poids de l’étain et du plomb pendant la calcination. D’après lui, cet effet était dû aune absorption de l’air. On retrouve cette opinion dans les écrits de plusieurs savants anglais, parmi lesquels il convient de citer Robert Hooke (1665), et surtout John Mayow, qui pu-

CHIMIE INORGANIQUE

blra, en 1674, un travail sur l’augmentation de poids éprouvée par le plomb et l’antimoine pendant leur calcination.

Mais, dès le commencement du dix-buitième siècle, les chimistes séduits par des hypothèses ingénieuses, perdent complètement de vue le fait si important de l’augmentation de poids des métaux oxydés, dont l’étude attentive pouvait seule conduire à la véritable théorie de la combustion.

Becker, chimiste allemand, attribua (1705) ce phénomène à une substance volatile ou à un soufre qui s’échappait de tous les corps combustibles, lorsqu’ils brûlaient. Son élève, Georges-Ernest Stahl, développa cette idée; il donna à cette substance le nom de phlogistique. D’après lui, tous les corps combustibles sont composés de phlogistique et d’un radical particulier non combustible. Ainsi le soufre contient du phlogistique et de l’acide sulfurique; le fer du phlogistique et de l’oxyde de fer. En brûlant, le fer laisse dégager son phlogistique, et il ne reste plus que de l’oxyde de fer. La réduction d’un oxyde métallique par un corps combustible s’opérait par le transport du phlogistique passant du corps combustible à l’oxyde métallique, qui se trouvait ainsi réduit. De là les expressions de déphi ogistiquer et de phlogistiquer qui correspondent aux termes d'oxyder et de désoxyder ou réduire. Ce qui doit surtout surprendre, c’est que les disciples de Stahl aient considéré le phlogistique comme doué de pesanteur; il résultait en effet de cette manière de voir que le fer, en perdant du phlogistique pour passer à l’état d’oxyde de fer, devait diminuer de poids ; les expériences des chimistes du siècle précédent auraient prouvé le contraire, si l’on s’était donné la peine de les répéter avec la balance, au lieu de les nier d’une manière systématique.

Si l’on remarque que, par son hypothèse, Stahl explique et relie entre eux, d’une manière très simple et probable (la nolion des poids oubliée), tous les phénomènes de combustion, on comprendra que ce chimiste soit devenu l’auteur d’une théorie chimique adoptée par tous les savants pendant plus d’un demi-siècle, et défendue au moment de sa chute par les meilleurs chimistes de l’époque.

Cette théorie avait cependant subi bien des modifications avant que Lavoisier vînt la détruire. Le phlogistique avait été regardé comme le principe du feu ; Macquer le supposait identique au principe de la lumière, parce que l’acide azotique, l'oxyde d’or et l’oxyde d’argent sont réduils par la lumière du soleil. Enfin, en 1774, Bayen fit voir que la théorie de Stahl ne pouvait expliquer la décomposition de

Page 1