LIV. I, CIIAP. III, EAU
refroidie parce qu’elle tend à monter à la surface de l’eau, tandis que le platine descend rapidement, et la vitesse de ce refroidissement est telle, qu’une portion de gaz échappe à la recomposition. Ceci implique seulement que, pour qu’une quantité finie d’un mélange explosif s’enflamme entièrement, il faut un temps fini, ce qui est démontré par l’action des toiles métalliques sur les gaz en combustion.
« De plus, dans les gaz obtenus par le procédé de Grove, on constate la présence d’une notable quantité d’azote. Il est probable que la vapeur d’eau dissociée résiste à la recomposition sous la double influence de la présence de ce gaz inerte et de la vitesse du refroidissement. C’est aussi la raison pour laquelle je n’ai pas réussi à dissocier l’eau pure transportée sous forme d’un courant très rapide de vapeur dans un tube de platine violemment chauffé. L’eau s’est entièrement reconstituée, d’abord à cause de l’absence d’un gaz étranger, et ensuite parce que la chaleur latente delà vapeur d’eau, qui est considérable, met obstacle à un refroidissement très rapide de la masse gazeuse. » (Deville, Leçons sur la dissociation , p. 59.)
155. Action de l’électricité. — L’électricité décompose également l’eau ; pour cette expérience, on se sert du courant de la pile, l’hydrogène se rend au pôle négatif, l’oxygène au pôle positif (159). La lumière k n’agit pas sur l’eau; l’action des métalloïdes et des métaux sur l’eau sera indiquée dans l’histoire de chaque corps.
154. Composition de l’eau. — L’eau se compose d’hydrogène et d'oxygène : 2 volumes d’hydrogène et 1 volume d’oxygène donnent 2 volumes de vapeur d’eau. En poids, elle est composée de- 8 parties d’oxygène pour 1 d’hydrogène. C’est ce qui résulte des expériences suivantes.
Priestley, en 1880, constata que l’hydrogène, en brûlant dans l’air ou dans l’oxygène, donnait un 'dépôt de rosée; mais il n’en tira aucune conclusion relative à la nature de l’eau. Cette expérience fut répétée par Watt, et surtout par Cavendish, qui s’occupait à cette époque d’essais sur la production de l’eau. C’est la disposition imaginée par ce dernier que nous allons indiquer.
155. Expérience de Cavendish. — On fait passer l’hydrogène qui se dégage d’un appareil ordinaire à travers un tube assez large rempli de chlorure de calcium, matière qui enlève au gaz toute l’humidité qu’il peut contenir ; il s’échappe ensuite par un tube abducteur recourbé dont l’extrémité est effilée (fig. 46). On l’enflamme et l’on entoure la flamme d’une cloche de verre bien sèche ; on voit bientôt
CHIMIE INORGANIQUE
des gouttes d’eau se déposer sur ces parois et ruisseler vers les parties inférieures. En continuant pendant quelque temps, on peut obtenir une notable quantité d’eau.
La véritable explication de ce phénomène ne fut donnée qu’en 1783 par Lavoisier. Cavendish admettait en effet, d’après l’opinion reçue à cette époque, que l’eau était un élément ; l’oxygène était alors de l’eau privée de phlogistique (88), l’hydrogène, de l’eau saturée de ce fluide, l’union des deux corps reformait l’eau dans son état ordinaire. Lavoi-
sier tira des expériences de Cavendish et de celles qu’il fit lui-même sur ce sujet une conclusion bien différente ; l’eau est un corps composé, formé de deux corps simples; le poids de l’eau provenant de l’union de ces deux corps est la somme des poids de ces corps. Cette découverte tire donc toute son importance de ce qu’elle conduisit. Lavoisier à formuler sa théorie antiphlogistique de la combustion ; et il se passa encore bien des années avant que Cavendish pût se convaincre de la justesse de la théorie nouvelle.
136. Analyse de l'eau par le fer. — L’appareil de Lavoisier est à peu de chose près celui qui nous a servi à préparer l’hydrogène, au moyen du fer et de la vapeur d’eau (119). Seulement, comme une partie de la vapeur échappe à la décomposition, on fait passer les gaz qui sortent du tube dans un serpentin refroidi : l’eau se condense alors dans un flacon où débouche l’extrémité du serpentin, et le gaz se rend dans une cuve à eau où on le recueille h Si l’on a pesé l’eau de
Fig. 46.
1 On sait qué, dans cette expérience, le fer se transforme en uh produit identique à