‹ Eléments de chimie (volume 2)Chapitre 88 sur 379 · LIV. I, CHÀP. IV, ACIDE AZOTIQUE · texte numérisé non relu

LIV. I, CHÀP. IV, ACIDE AZOTIQUE

siéme flacon à trois tubulures où il plonge dans l’eau. La tubulure médiane de ce troisième flacon est aussi munie d’un tube abducteur qui conduit le mélange des gaz dans un tube de verre assez large et effilé à son extrémité, contenant la mousse de platine. Le dégagement de l’hydrogène doit être deux ou trois fois aussi rapide que celui du bioxyde d’azote ; on peut en juger approximativement par le nombre de bulles qui se dégagent dans le même temps dans le flacon à trois tubulures par chaque tube abducteur; si celte proportion est gardée, on voit alors la mousse de platine s’échauffer d’elle-mème , et l’on peut constater à l'extrémité effilée du tube le dégagement d’ammoniaque à l’aide d’un papier de tournesol rougi par un acide qui reprend sa couleur bleue. Si la proportion d’hydrogène était plus considérable, la mousse de platine pourrait ne pas s’échauffer d’elle-même. On approcherait alors doucement une lampe à alcool dont la chaleur déterminerait la réaction.

La formule suivante rend compte de cette transformation :

AzO2 -f- 5H — AzH5 + 2H0.

185. Action de l’acide azotique sur les métaux. — L acide azotique peut oxyder tous les métaux ordinaires, l’or et le platine exceptés; comme le degré de concentration de l’acide influe non seulement sur son action, mais même sur la nature des produits qui peuvent prendre naissance, il convient d’examiner les divers cas qui peuvent se présenter.

1° Acide monohydraté. — Il agit à peine sur les métaux, excepté sur ceux qui sont éminemment oxydables, comme le potassium et le sodium. Il se produit dans cette circonstance de l’azotate de potasse ou de soude, et de l’azote est mis en liberté. Cette expérience n’est pas sans danger; elle peut être accompagnée d’une explosion. Le zinc produit également une décomposition très vive.

On comprendra le peu d’action que l’acide très concentré exerce sur les métaux, si l’on remarque que la plupart des azotates sont insolubles dans l’acide concentré.

L’acide azotique monohydraté produit sur le fer et sur ses analogues, nickel et cobalt, un phénomène très curieux, dont la découverte est due à Schœnbein. Non seulement il ne l’attaque pas, mais il le rend inattaquable par l’acide étendu, qui d’ordinaire agit sur lui avec la plus grande énergie. On dit alors que le fer est devenu passif , mais on peut lui faire perdre celte passivité en frottant sa surface ou en le tou-

CHIMIE INORGANIQUE

chant, dans l’acide étendu, avec une tige de cuivre, qui tend à produire une pile dans laquelle le fer est le pôle négatif1; aussitôt que l’action a commencé, elle continue sans l’intervention de la lame de cuivre.

2° Acide ordinaire. — Pour dissoudre les métaux usuels, on se sert d’acide du commerce (Az05,4H0) étendu de son volume d’eau. L’argent, le mercure, le cuivre, lui enlèvent 3 équivalents d’oxygène, et se transforment en oxydes qui se combinent à l’acide non décomposé. Les formules suivantes rendent compte de ces réactions :

5Cu -f- 4Az05 -f- Aq — 3(Cu0,Az05) 4- AzO2 + Aq,

3Ag + 4Az05 + Aq = 3(Ag0,Az05) + AzO2 + Aq,

5Hg -j- 4Az05 + Aq = 3(Hgü, AzO») 4- AzO2 -f Aq.

Si la température s’élevait, le cuivre pourrait même désoxvder plus complètement l’acide azotique et donner du protoxyde d’azote et même de l’azote qui se mélangeraient au bioxyde ; c’est ce qui arrive d’ordinaire (166). Avec des métaux plus oxydables, comme le fer et le zinc, on obtient même ainsi du protoxyde d’azote presque pur.

La réaction suivante rend compte de la production de ce gaz :

4Zn 4- 5Az05+ Aq = 4(Zn0,Az03) + AzO -j- Aq.

L’étain et l’antimoine, soumis à l’action de l’acide azotique, ne donnent pas d’azotates, mais les produits résultant de leur oxydation sont des acides (l’acide métastannique et l’acide antimonique) qui se déposent sous forme de poudre blanche. Il se dégage encore du bioxyde d’azote dans ces circonstances.

3° Acide azotique très étendu. — Le cuivre, l’argent ne sont plus attaqués par l’acide azotique très étendu, mais les métaux qui décomposent l’eau sous l’influence des acides étendus, comme le zinc, sont encore attaqués. Toutefois, il ne se dégage jamais d’hydrogène, il se produit de l’azotate d’ammoniaque, et il se dégage du protoxyde d’azote et de l'azote. On peut même, en opérant sur un acide convenablement dilué (12 à 15° de Baumé), arriver à dissoudre l’étain sans dégagement sensible de gaz.

1 Le phénomène de la passivité semble dû à la production, dans l’acide concentré,

d’une couche mince d’un oxyde insoluble de fer (Fe504 probablement) à la surface du

métal. Si l’oa enlève mécaniquement, ou tout autrement, cette couche, l’action des

acides étendus se produit. C’ast ce qui arrive quand on relie le fer à un lil de cuivre dans l’acide azotique étendu. Le cuivre s’attaque d’abord et la couche d’oxyde se réduit;

on voit aussitôt l’attaque du cuivre cesser et celle du fer commencer.

Page 1