L1V. III, €HAP. IV, EXTRACTION DU SEL
se répand sur une énorme étendue où elle subit une évaporation trèsrapide, et après s’être concentrée, elle tombe dans un grand bassin creusé à la partie inférieure. On la fait remonter de nouveau dans un autre bassin supérieur, d’où elle retombe sur des fagots pour subir une nouvelle graduation . L’opération, répétée cinq ou six fois, donne une eau contenant 20 à 22 pour 100 de sel.
Les bâtiments de graduation ont une grande longueur (400 à 500 mètres) et une largeur de 2 à 3 mètres seulement, leur hauteur est de 1 0 à 15 mètres; ils sont dirigés perpendiculairement à la direction du vent le plus sec qui règne dans la contrée, afin que l’évaporation y soit plus active.
Les eaux ainsi concentrées contiennent une notable proportion de sulfate de chaux et de soude et de chlorure de magnésium, que l’eau salée a empruntés au sol qu’elle a parcouru. Si on les évapore, elles laissent déposer d’abord un sulfate double de chaux et de soude, qu’on désigne sous le nom de schlot. On retire ce sel à l’aide de râteaux, et quand le schlotage est terminé, le salinage commence, c’est-à-dire que du sel marin pur se dépose. On amène ce sel contre les bords de la chaudière, où il s’égoutte, et il ne reste plus qu’à le faire sécher.
On ne peut recueillir tout le sel contenu dans ces eaux, parce que le chlorure de magnésium, se concentrant dans les eaux mères, finirait, en se déposant avec le sel, par lui communiquer une amertume désagréable et le rendrait déliquescent. Il est facile d'éliminer la magnésie, comme l’a montré Berthier. On ajoute de la chaux aux eaux concentrées par la graduation ; elle déplace la magnésie qui se précipite, et forme du chlorure de calcium; si l’eau contient une quantité suffisante de sulfate de soude (sinon on en ajoute), il se produit par double décomposition du sulfate de chaux et du chlorure de sodium ; à la température de l’ébullition le sulfate de chaux se précipite en entraînant avec lui le sulfate de soude en excès, à l’état de schlot. Il ne reste plus qu’une dissolution de sel marin pur, que l’on fait cristalliser sans avoir d’eaux mères.
895. Extraction du sel de l’eau de mer. — On l’extrait ordinairement par l’évaporation spontanée de l’eau de mer dans des bassins imperméables, peu profonds et très-étendus, dont l’ensemble constitue un marais salant ou salin.
Dans le midi de la France, l’eau est amenée de la mer ou des étangs salés du littoral, dans un vaste bassin qui sert de réservoir. L’eau de ce bassin s’écoule lentement à l’aide de pentes ménagées dans une série de bassins rectangulaires très-peu profonds, où elle présente à l’air une
surface d’évaporation considérable. En sortant de ces bassins , elle tombe dans un puits d’où on la fait remonter à l’aide d’appareils hydrauliques. On la conduit dans d’autres bassins, où l’évaporation se continue, et quand elle commence à déposer du sel, on la fait arriver (en l’élevant s’il est nécessaire, dans de nouveaux bassins plus petits et plus profonds, qu’on appelle tables salantes. La couche d’eau qui recouvre les tables à 5 à 6 centimètres d’épaisseur, et on la renouvelle à mesure qu’elle s’évapore. Le sel se dépose sur les tables en couche compacte, on l’enlève quand il est en quantité suffisante. A cet effet, on met les tables à sec, en faisant écouler l’eau mère qu’elles contiennent, et l’on enlève le sel à la pelle pour l’amonceler en tas ayant la forme de pyramides quadrangulaires, où il s’égoutte. Le chlorure de magnésium déliquescent. s’infiltre peu à peu dans le sol, et l’on obtient ainsi du sel très-pur.
Voici maintenant la théorie de l’opération.
L’eau de mer présente la composition suivante :
Chlorure de sodium. . .
— de potassium. .
— de magnésium .
Sulfate de magnésie. . .
— de chaux. . .
Carbonate de magnésie . .
— de chaux. .
— de potasse. . .