EAU DE LA MÉDITE
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Soumise à l’évaporation, elle laisse déposer en premier lieu son carbonate de chaux, puis du sulfate de chaux hydraté, quand elle marque de 15 à 18 à l’aréomètre de Baumé1. Ce sulfate s’est déposé complètement quand l’eau marque 25°. Cela tient à ce qu’il est insoluble dans une dissolution contenant une proportion notable de sulfate de magnésie; c’est ce qui arrive à l’eau de mer à mesure qu’elle se concentre.
Le sel commence alors à cristalliser, mais il faut enlever l’eau mère avant que tout le sel soit déposé, pour éviter le dépôt de sels magnésiens (pii se concentrent de plus en plus dans l’eau mère*
* Il ne sc forme pas de schlot, parce que le sulfate double de cliuux et de soude né se produit que dans une eau qui contient le sulfate de soude à l’état anhydre, c’esl-àdire dans des liqueurs échauffées au delà de 53°.
LIN. 111, Cil AP. IV, TRAITEMENT DES EAUX M EUES. 19Ô
894. Traitement des eaux mères. — Les eaux mères des marais salants étaient rejetées à la mer jusqu’à l’époque où M. Balard lit connaître des moyens pratiques d’en retirer du sulfate de soude et des sels de potasse. Nous allons les indiquer avec quelques détails, parce qu’ils nous offriront l’exemple le plus remarquable du parti que l’on peut tirer de l’étude des solubilités des sels et des doubles décompositions qui en sont la conséquence. D’ailleurs l’industrie tire de ce traitement beaucoup de chlorure de potassium qu’elle utilise dans diverses opérations.
Premier' dépôt. — Les eaux mères qui sortent des tables salantes marquent environ 50° à l’aréomètre de Baumé; on peut continuer de les évaporer sur le sol, elles donnent alors un mélange de sel marin et de sulfate de magnésie ; le premier se dépose par évaporation pendant le jour, le second par refroidissement pendant la nuit.
Les eaux concentrées jusqu’à 55B contiennent encore à peu près la moitié de leur sulfate de magnésie, qui se déposerait sous forme de sulfate double de magnésie et de potasse, par une évaporation subséquente. Afin de simplifier le traitement des dépôts , et pour retirer tout l’acide sulfurique de l’eau de mer sous forme de sulfate de magnésie, facile à transformer en sulfate de soude, on préfère continuer l’opération de la manière suivante : Les eaux à 55B sont conservées dans des bassins profonds, où elles cessent de s’évaporer, jusqu’à l’époque où la température est inférieure en moyenne à 6° ; on les expose alors en couches minces sur des surfaces préparées, où le sulfate de magnésie, peu soluble à froid, se dépose.
Deuxième dépôt. — Ces eaux, dépouillées de la majeure partie du sulfate de magnésie, sont mises de nouveau en réserve dans des bassins profonds, et on les évapore à 40“ sur le sol pendant l’été. Il se dépose par cristallisation du chlorure double de potassium et de magnésium, et les eaux mères, ne contenant plus que du chlorure de magnésium et très-peu de sels de potasse, sont rejetées.
895. Utilisation de ces deux dépôts. - — Premier dépôt : Mélange de sulfate de magnésie et de sel marin. — On le dissout dans l’eau et l’on ajoute assez de sel marin pour qu’il y ait 2 équivalents de sel marin pour 1 équivalent de sulfate de magnésie. Il y a donc double décomposition^ et à-l- 10° les 4/5 du sulfate de magnésie sont transformés en sulfate de soude. On sait tout le parti qu’on tire de ce sel pour la fabrication de la soude.
Cette opération ne peut s’effectuer qué pendant les froids de l’hiver*-
et c’est là, l’une des causes qui ont nui d’abord à l’extension de ces procédés. Dans ces derniers temps on est parvenu à régulariser ces opérations en utilisant le froid produit au moyen de machines où l’on évapore de l’éther ou plutôt de l’ammoniaque liquéfiée (machine Carré). On parvient ainsi, non-seulement à extraire plus fructueusement de la dissolution ci-dessus le sulfate de soude, mais il devient même possible de traiter l’eau de mer concentrée jusqu’à 28° Baunié. A ce point, nous avons vu qu’elle donnait du sel marin très-pur par évaporation à la température ordinaire; par un refroidissement vif, elle laisse, au contraire, déposer la majeure partie de l’acide sulfurique qu’elle contient à l’état de sulfate de soude h
Deuxième dépôt : Chlorure de magnésium et de potassium. — On expose le chlorure double de potassium et de magnésium à l’air humide, qui fait tomber le chlorure de magnésium en déliquescence. On peut aussi dissoudre les deux sels à chaud et évaporer; le sel qui se précipite d’abord est du chlorure de potassium presque pur. A la lin il se dépose un peu de chlorure double, on laisse refroidir; la plus grande partie du chlorure double cristallise, on recueille et on le traite comme il vient d'être dit. Les eaux mères ne contiennent plus que du chlorure de magnésium.
On n’a pas, jusqu’ici, trouvé d’usage à ce dernier sel, qu’on obtient abondamment dans le traitement des eaux mères.
896. Gisement de Stassfm’t. — En 1851, on a trouvé à Stassfurt, près de Magdebourg, un gisement considérable de sel gemme qui contient en outre les divers sels que nous venons d’indiquer2.
Gomme on retire aujourd’hui de ce gisement une grande partie du chlorure de potassium employé en Europe, nous entrerons ici dans quelques détails sur la nature et la position des diverses substances que l’on y rencontre.
1 L’eau à ‘28° Baume a déjà déposé les 4/5 de son sel marin; refroidie à — 18°, elle donne en sulfate de soude les 86/100 de son acide sulfurique. Les eaux mères sont alors évaporées à feu nu, comme les eaux salées, et donnent un beau sel blanc; le salinage est terminé quand l’eau marque 36°. Par refroidissement, l’eau mère à 56°, introduite dans des bassins bétonnés, laisse déposer toute sa potasse à l’état de chlorure double de potassium et de magnésium. D’après M. Balard, 1 mètre cube d’eau à 28l, qui, sans perte, correspond à 25 mètres cubes d’eau de mer, mais qui, à cause des infiltrations produites dans le sol, correspond à 75 mètres cubes, donne 40 kilogr. de sulfate de soude anhydre, 10 kilogr. de chlorure de potassium et 120 kilogr. de sel raffiné.
2 M. Becquerel avait constaté bien avant cette époque que les bancs supérieurs de sel gemme contenant des selsMe potasse exploitables dans les mines de Vie, de Saint- Nicolas, près de Nancy, etc.