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L1V. III, C1IAP. VIII, ALUN DE POTASSE

luiiiiiiium, de chrome, de 1er ou de manganèse, et 24 équivalents d’eau. Tous ces composés ont la forme de l’alun ordinaire ; ils appartiennent au système cubique, et peuvent cristalliser ensemble en toutes proportions, sans que la forme du composé en soit altérée. On peut même y remplacer l’acide sulfurique par les acides sélénique ou tellurique, qui sont isomorphes de l’acide sulfurique. La série de ces composés offre donc un exemple très-remarquable d’isomorphisme.

Sulfate double d’alumine et de potasse.

1059* Préparation. — On prépare industriellement ce produit par l’un des trois procédés suivants :

1° On trouve dans la campagne de Rome, à la Tolfa et à Piombino, et dans la Hongrie, un minéral connu sous le nom d 'alunite, qui contient jusqu’à 57 p. 100 d’alun ordinaire, rendu insoluble par sa combinaison avec un excès d’alumine hydratée. Il suffit de calciner modérément Y alunite pour détruire cette combinaison ; on n’a plus alors qu’à lessiver la matière après l’avoir maintenue humide pendant quelque temps, pour obtenir une dissolution d’alun pur qu’on fait cristalliser. C’est ainsi que l’on prépare Y alun de Rome.

2° On grille des schistes alumineux, toujours mélangés de sulfure de fer (pyrites) ; le soufre, en passant à l’état d’acide sulfurique, transforme, en partie du moins, l’argile contenue dans ces schistes en sulfate d’alumine; on dissout ce sel, en même temps que le sulfate de fer produit par le grillage ; on évapore, et par cristallisation on sépare la majeure partie du sulfate de fer, bien moins soluble que le sulfate d’alumine. On ajoute aux eaux mères du sulfate de potasse (ou d’ammoniaque) ; l’alun, peu soluble à froid, se dépose. On le purifie par une nouvelle cristallisation, mais il contient toujours un peu de fer (aluns de Picardie, de Liège).

En Suède, les schistes qu’on emploie pour cet usage renferment assez de feldspath pour que ce corps puisse fournir à l’acide sulfurique la potasse nécessaire à la production de l’alun.

5° On fabrique de grandes quantités d’alun au moyen du sulfate d’alumine, obtenu parla réaction de l’acide sulfurique sur l’argile blanche, que l’on précipite par du sulfate de potasse ou d’ammoniaque, ou même du chlorure de potassium, dissous dans la plus petite quantité d’eau possible. On purifie l’alun précipité par une seconde cristallisation.

1040. Propriétés. — L’alun de potasse cristallise en octaèdres réguliers, qu’on peut obtenir très-volumineux. Ces cristaux s’eftleurissent

faiblement à l’air et seulement à la surface. Leur saveur est douceâtre et astringente. Ils sont notablement plus solubles à chaud qu’à froid. D’après M. Poggiale, à

0°, 100 parties d'eau dissolvent 3,29 parties d’alun.

L’alun fond quand on le chauffe vers 92°, et perd successivement 24 équivalents d’eau, ou 45,5 p. 100 de son poids, quand on le chauffe vers le rouge. Pendant sa dessiccation, P alun se boursoufle et forme un champignon qui s’élève notablement au-dessus de l’ouverture du creuset (fig. 159). On obtient ainsi Y alun calciné , employé comme caustique pour ronger les chairs. Cet alun se dissout complètement dans l’eau, mais avec une très-grande lenteur, comme beaucoup d’autres sels calcinés. Enfin il se décompose au rouge en acide sulfureux et oxygène qui se dégagent; il reste dans le creuset un mélange d’alumine et de sulfate de potasse.

La dissolution d’alun rougit faiblement la teinture de tournesol.

On a pendant longtemps préféré Y alun de Rome à tout autre, parce qu’il ne contient point d’oxyde de fer en combinaison. Les autres aluns contiennent de 5 à 7 millièmes de leur poids d’oxyde de fer combiné, qui exerce une influence fâcheuse dans beaucoup d’opérations de teinture. On reconnaissait l’alun de Rome à sa couleur de chair, due à une petite quantité de sesquioxyde de fer insoluble, interposé entre les lamelles qui constituent les cristaux; mais comme on communique cette couleur à l’alun ordinaire en roulant ses cristaux dans une poussière composée de brique pilée et d’alun pulvérisé, il faut nécessairement avoir recours à d’autres caractères. L’alun de Rome affecte la forme de cubo-octaèdres ou même de cubes parfaits, l’alun ordinaire est toujours octaédrique; la dissolution d’alun cubique chauffée à 50° laisse déposer une faible quantité de sous-sulfate d’alumine. Si, après avoir séparé ce dépôt on fait cristalliser, on n’obtient, plus que des cristaux octaédriques, tandis que si on laisse la dissolution au contact du dépôt, il se dissout en totalité, et les cristaux cubiques se reproduisent. Aussi peut-

Ll V. 111, CH AP. VIII, ALUNS BASIQUES.

on transformer l’alun ordinaire en alun cubique, en ajoutant à une dissolution d’alun chauffée à 30° ou 40° deux à trois centièmes de carbonate de soude sec qui précipite d’abord le fer, et un peu de sous-sulfate d’alumine. L’alun ainsi préparé est d’ailleurs exempt de fer, comme Yalun de Rome ; on constate l’absence du fer au moyen du cyanure jaune, qui donne alors un précipité blanc, tandis qu’il produit un précipité bleu dans les dissolutions contenant une trace de fer. On voit que l’alun de Rome doit ses propriétés spéciales au petit excès d’alumine qu’il contient.

1041. Usages. — L’alun est surtout employé dans l’art de la teinture, dans la fabrication des cuirs, dans la médecine. On en tire aussi un parti avantageux pour clarifier les eaux bourbeuses. Ainsi, avec 2 décigrammes d’alun par litre, on pourrait précipiter rapidement toutes les matières terreuses en suspension dans l’eau de Seine la plus trouble. Cela tient à ce que le bicarbonate de chaux contenu dans l’eau précipite une quantité correspondante de sous-sulfate d’alumine 4Al203,5S05-t- 36H0, qui entraîne avec lui, en se déposant, toutes les matières qui troublent l’eau.

Sulfate double d’alumine et de soude.

1042. L’ alun de soude a la même forme cristalline que l’alun ordinaire, mais ses cristaux s’eftleurissent à l’air et tombent en poussière. L’eau à 16° en dissout un peu plus de son poids. Cette grande solubilité, qui le rend difficile à séparer du fer, ne permet pas de l’employer dans l’industrie.

Sulfate double d'alumine et d’ammoniaque.

1045. h' alun ammoniacal ressemble tellement à l’alun de potasse qu’il est difficile de l’en distinguer au simple aspect. Sa solubilité est la même, et il peut remplacer l’alun de potasse dans la plupart des circonstances. Il a l’avantage de coûter un peu moins cher.

La calcination de l’alun ammoniacal donne de l’alumine pure.

Aluns basiques.

1044. Lorsqu’on fait bouillir du zinc avec une dissolution d’alun, dans une capsule de platine (ce qui facilite l’action), il se précipite une matière cristalline qui est identique à la lœvigite

'K0,S05)J-5(Al-0r>,S03) J-9HO (H. Dobray).

Ce précipité qui se forme quand on fait bouillir une dissolution d’alun avec de l’alumine en gelée a la même composition.

La lœvigite accompagne ordinairement X alunite

dont elle ne diffère que par l’eau d’hydratation. L 'alunite paraît donc s’être formée, dans la nature, à une température plus élevée, et on peut la reproduire en chauffant du sulfate de potasse avec du sous-sulfate d’alumine, ou même une dissolution très-étendue d’alun à 200° (A. Mits— cherlich).

L'alun ammoniacal, l’alun de soude et celui de fer donnent dans les mêmes circonstances des alunites correspondantes. En ajoutant de l’ammoniaque à une dissolution d’alun ammoniacal jusqu’à ce que le précipité persiste, on obtient un précipité

AzH40.S03 -j- 5(Al2Q3,S03) -f 9110.

qui correspond à la lœvigite .

Sulfite d’alumine.

1045. L’alumine précipitée de ses sels par l’ammoniaque se dissout facilement dans l’acidé sulfureux, ce que ne fait pas l’alumine des aluminates.

Le sulfite d’alumine est extrêmement soluble ; sa solution dégage de l’acide sulfureux quand on la chauffe. On a utilisé ce sel dans la fabrication du sucre pour la défécation du jus de betteraves ; ce sel agit alors par son acide sulfureux qui préserve le jus de la fermentation et par son alumine qui précipite les matières albuminoïdes.

Azotate d’alumine.

M)46. On l’obtient en dissolvant l’alumine hydratée dans l’acide azotique concentré. On évapore la liqueur maintenue acide; par refroidissement, elle laisse déposer des cristaux si déliquescents qu’il est difficile d’en déterminer la forme. Ils contiennent 15 équivalents d’eau comme le composé correspondant du sesquioxyde de fer, et cristallise probablement comme lui en prismes rhomboidaux droits.

11 se décompose vers 150° en alumine et acide azotique hydraté; cette propriété permet de séparer facilement l’alumine de la chaux ou de la

LIV. IÏÏ, CHAP. VIII, PHOSPHATES D’ALUMINE, magnésie dont les azotates se décomposent plus difficilement. (Henri Sainte-Glaire Deville.)

Phosphates d’alumine.

1047. On obtient le phosphate d’alumine (Ph0s,Al205)-t- 9110 en précipitant une dissolution d’alumine par le phosphate de soude ordinaire. Ce précipité est soluble dans la potasse et dans les acides, excepté l’acide acétique. Cette propriété que le phosphate d’alumine partage avec le phosphate de fer et d’urane permet de le séparer assez approximativement des phosphates de chaux et de magnésie. Pour cela on dissout ces phosphates dans l’acide azotique et on précipite le phosphate d’alumine par l’acétate d’ammoniaque. On reconnaîtra facilement par cette réaction si un phosphate naturel contient du fer ou de l’alumine.

On trouve dans la nature un phosphate basique d’alumine combiné à du fluorure d’aluminium (4 (APO3) 5Ph05) -f- Al2Fl5-t- 56HO, c’est la wawellite.

L’ amblygonite est un phosphate double d’alumine et de lithine contenant des fluorures d’aluminium et de sodium dont la composition est encore incertaine.

La turquoise est un phosphate d’alumine et de cuivre hydraté.

L’analyse du phosphate d’alumine n’est pas sans difficulté. La meilleure manière d’opérer la séparation de ses éléments consiste à dissoudre le phosphate dans l’acide azotique; on ajoute à la dissolution du citrate ammoniaco-magnésien qui précipite l’acide phosphorique à l’état de phosphate ammoniaco-magnésien sans entraîner sensiblement d’alumine. Les mêmes réactions s’appliquent au phosphate de fer; elles peuvent donc servir pour le dosage de l’acide phosphorique des phosphates naturels qui contiennent à la fois ces deux bases (979).

1048. Les sels d’alumine précipités par les carbonates alcalins ne donnent pas de carbonate d’alumine; ils donnent un précipité d’alumine retenant plus ou moins de carbonate alcalin. Avec le carbonate d’ammoniaque l’alumine est pure.

CARACTÈRES DES SELS d’aLUMINE.

1049. On reconnaîtra ces sels au moyen des réactions suivantes : Potasse. — Précipité blanc gélatineux d’alumine hydratée, soluble dans un excès de réactif.

Ammoniaque. — Précipité blanc, très-peu soluble dans un excès de réactif.

Carbonates alcalins. — Précipité blanc d’hydrate d’alumine insoluble dans un excès de réactif. Dégagement d’acide carbonique.

Sulfate de potasse et d'ammoniaque. — Précipité cristallin d’alun dans des dissolutions concentrées d’alumine.

Sulfhydrate d'ammoniaque. — Précipité blanc d’alumine, noir si l’alumine contient des traces de fer.

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