LIV. 111, CHAP. XX, TUNGSTÈNE. 4G
chlorhydrique, et l’on calcine ensuite fortement à l’abri de l’air le sulfure bien lavé, ce qui chasse le sulfure d’arsenic qui l’accompagne (le molybdate de plomb contient toujours des arseniates) et une partie du soufre; il reste du sulfure de molybdène MoS2, identique au sulfure naturel et dans un grand état de pureté. Ce sulfure servira à préparer l’acide molybdique et tous les autres composés du molybdène.
TUNGSTÈNE, Tu = 92.
On rencontre le tungstène dans plusieurs minéraux dont les principaux sont le tungstate de chaux ou scheelin calcaire, et le tungstate de fer et de manganèse (wolfram). Scheele, en 1780, démontra, dans le premier, l’existence d’un acide particulier auquel il donna le nom d’acide tungstique, les frères d’Elhuyart le retirèrent ensuite du wolfram et le réduisirent à l’état métallique.
TUNGSTÈNE.
1401 . Préparation et propriétés. — On réduit l’acide tungstique par l’hydrogène à une température élevée. Poudre métallique pesante (D = 18 environ) d’aspect métallique, encore plus infusible que le molybdène. On le fond dans l’arc voltaïque au contact du charbon, mais alors il se carbure fortement. Il s’oxyde seulèment à une température élevée et se transforme en acide tungstique. L’acide sulfurique et surtout l’acide chlorhydrique agissent à peine sur lui, l’acide azotique le transforme facilement en acide tungstique.
Le soufré agit sur le tungstène à chaud, moins vivement que le chlore qui l’attaque vers 250 ou 500° avec dégagement de chaleur et de lumière.
Le brome et l’iode produisent un effet analogue.
OXYDES DE TUNGSTÈNE.
On connait surtout trois composés oxygénés du tungstène, l’oxyde brun TuO\ l’acide tungstique TuO5 et un composé bleu intermédiaire que l’on connaît surtout en dissolution Tu205.
1402. Oxyde brun de tungstène. — On l’obtient comme l’oxyde rouge de molybdène en réduisant l’acide tungstique par l’hydrogène à
la température du rouge naissant, ou bien encore en chauffant dans un creuset fermé un mélange de tungstate de soude et de chlorhydrate d’ammoniaque. Il se forme du chlorure de sodium qui protège l’oxyde rouge résultant de la décomposition du tungstate d’ammoniaque contre l’oxydation ultérieure (Wôhler). Mais ces procédés donnent un produit mélangé d’acide ou de métal ; pour obtenir un produit pur, il faut chauffer l’acide tungstique dans un mélange à parties égales d’acide carbonique et d’oxyde de carbone (FU. Debray). On obtient ainsi un produit cristallin, doué de l’éclat métallique et de la couleur du cuivre. Le chlore se combine à cet oxyde et donne un composé volatil Tu02Cl.
Lorsqu’on réduit par une lame de zinc la dissolution d’un métatungstate dans l’acide chlorhydrique, la liqueur devient d’abord bleue (par suite de la production de l’oxyde intermédiaire), puis brune et laisse déposer l’oxyde TuÜ2 sous forme de poudre brun jaunâtre, facile à oxyder et qui constitue par conséquent un réducteur énergique.
ACIDE TUNGSTIQUE.
1403. Préparation et propriétés. On fait digérer à chaud le
wolfram réduit en poudre très-fine, avec un mélange de 4 parties d’acide chlorhydrique concentré et de 1 partie d’acide azotique, jusqu’à ce qu’il se soit transformé en acide tungstique jaune et pulvérulent, qu’on lave et que l’on dissout ensuite dans l’ammoniaque pour le séparer d’un peu de matière non attaquée et d’un petit dépôt blanc d’acides niobique et silicique.
On fait cristalliser le tungstate et on le calcine ensuite à l’air. On obtient ainsi une poudre d’un jaune pur, à moins qu’elle n’ait pris une teinte verdâtre au contact de certaines matières réductrices ; son poids spécifique est égal 6,12. L’acide tungstique est fusible à la température d’un feu de forge (fusion de la fonte de fer) ; il se prend en une masse cristalline par le refroidissement.
On l’obtient également cristallisé en faisant passer un courant d’acide chlorhydrique sur du tungstate de soude ; l’acide cristallise dans le sel marin sous forme de prismes rectangulaires de couleur vert olive foncé (par suite d’une réduction partielle de la matière) (ID. Debray).
1404. Hydrates de l’acide tungstique. — On obtient l’hydrate blanc (Tu03,2I10) en précipitant à froid des liqueurs étendues de tungstates alcalins par les acides. Le précipité ne se forme qu’au bout de quelques instants, il est un peu soluble dans l’eau bouillante (1/200).