LIV. III, Cil AP. XXII, MASSICOT ET LITHARGE
est soluble dans la potasse ou dans la soude, même à froid, et il se dépose de ces liqueurs par évaporation ou par refroidissement, sous forme de cristaux anhydres diversement colorés, en jaune rose ou en rouge, suivant les circonstances de l’opération. Ces cristaux sont des octaèdres à base rhombe voisins du cube.
11 est sensiblement soluble dans l'eau (1/7000 environ), mais la présence de sels étrangers empêche cette dissolution. Les corps réducteurs (hydrogène, charbon, etc.) le ramènent très-facilement à chaud à l’état métallique ; on peut donc le considérer comme un oxydant énergique à une température suffisamment élevée.
L’hydrate de plomb (2PbO,HO) se déshydrate facilement par la chaleur, un peu au-dessus de 100°; en le faisant bouillir avec une dissolution de potasse insuffisante pour le dissoudre, on le transforme rapidement en oxyde cristallisé.
1445. massicot et litiiargc. — Dans le commerce, l’oxyde de plomb anhydre est connu sous le nom de massicot et de litharge. Le massicot est une poudre d’un jaune sale, obtenue par l’oxydation du plomb à une température inférieure à celle de la fusion de l’oxyde de plomb ; cet oxyde n’a aucune application par lui-même, c’est un produit transitoire qui sert à la préparation du minium (1446). Les litharges sont des produits de l’oxydation du plomb à une température élevée, capable de fondre l’oxyde. Elles sont préférables au massicot, parce qu’elles n’absorbent point, comme lui, l’acide carbonique de l’air ; d’ailleurs, ce sont des produits d’opérations métallurgiques inévitables, qui permettent de les livrer à plus bas prix que le massicot, qu’on n’obtient que par une oxydation spéciale du métal.
La litharge est tantôt jaune (litharge d’argent), tantôt rouge (litharge d’or), suivant que son refroidissement est plus ou moins rapide; on croyait autrefois, mais à tort, que le produit rouge devait sa couleur à un peu de minium ; c’est, en réalité, une simple modification moléculaire. M. F. Leblanc, à qui l’on doit la connaissance de ces faits, a constaté une autre propriété remarquable de la litharge, que nous rencontrerons bientôt pour l’argent et le platine ; fondue, elle absorbe l’oxygêne de l’air (50 centimètres cubes par kilogramme) et le dégage en se refroidissant.
La litharge est principalement employée dans la préparation de la céruse.
■ Minium, 2Pb0,Pb02.
1446. Préparation . — On prépare industriellement ce produit important en chauffant au contact de l’air, à la température de 500°, du massicot très-divisé. A une température plus élevée, le minium serait détruit.
On emploie à cet usage des fours à deux étages ; dans l’inférieur, plus fortement chauffé, on oxyde du plomb bien exempt de cuivre ; le produit de cette calcination est broyé entre deux meules, et, par le tamisage et des lavages, on sépare l’oxyde des parties de plomb qui ont pu échapper à l’oxydation. Le massicot ainsi obtenu est séché, puis introduit dans des caisses en tôle placées à l’étage supérieur, où il se suroxyde par une calcination soutenue, mais modérée. La beauté du produit dépend de la durée de l’opération ; de là les noms de minium à un feu , deux feux , etc., suivant qu’il a subi une ou plusieurs calcinations successives.
On prépare en Angleterre un minium fort estimé (mine orange), en oxydant le massicot très-divisé et très-pur qui provient de la calcination du carbonate de plomb (céruse).
1447. Propriétés et usages. — Le minium est une poudre lourde, d’un rouge vif, légèrement orangé ; la lumière le noircit à la longue, la chaleur le transforme en protoxyde et oxygène qui se dégage. L’acide azotique le transforme en azotate de plomb et oxyde puce.
On l’emploie comme couleur dans la fabrication des papiers de tenture, de la cire à cacheter ; mélangé à la céruse, il sert à fabriquer le mastic avec lequel on lute les orifices des machines à vapeur. Mais son principal usage est dans la fabrication du cristal, verre incolore à base de plomb ; l’oxyde de cuivre colorant le verre en bleu ou vert, on comprend pourquoi il est nécessaire d’employer à la préparation du minium du massicot ne contenant pas de cuivre ; la litharge ne peut remplacer le minium, elle contient des métaux étrangers qui colorent le verre, et en outre elle est trop facilement réduite par les matières organiques que peuvent contenir les substances employées dans la fabrication du cristal (particulièrement la potasse) ; le minium, outre sa pureté plus grande, dégage, en se transformant en protoxyde, de l’oxygène qui brûle toutes ces matières.
1448. Composition du minium. — La composition du minium du commerce est variable, elle dépend de la durée de l’oxydation : mais.
LIY. III, C1I AP. XXII, ACIDE PLOMBIQUE.
jamais ce produit ne contient plus d’un équivalent de bioxyde pour deux de protoxyde. Lorsqu’il contient plus de protoxyde que ne l’indique la formule 2Pb0,Pb02, il est facile de lui enlever l’excès de ce corps en le faisant bouillir avec une dissolution d’acétate neutre de plomb, qui a la propriété de dissoudre l’oxyde de plomb en se transformant en acétate tribasique.
M. Frémy a préparé un minium hydraté en faisant réagir deux dissolutions alcalines de protoxyde de plomb et de plombate de potasse ; il se forme un précipité jaune, qu’une légère calcination transforme en minium, 2Pb0,Pb02, d’une belle couleur rouge. Le minium est donc bien un plombate de protoxyde de plomb.
1449. Essai du minium. — Le minium est quelquefois mélangé avec des matières terreuses et en particulier avec de la brique pilée ou du colcothar ; on reconnaît cette fraude en faisant bouillir le minium suspecté avec de l’eau sucrée et un peu d’acide azotique. Le minium pur se dissout intégralement dans ce mélange, qui n’agit pas sur la brique pilée ou le colcothar. La dissolution, traitée par un excès d'ammoniaque, prendrait une teinte bleuâtre si le minium contenait des traces de cuivre.
Acide plombique, PbO2.
1450. Préparation et propriétés. — On fait chauffer du minium avec de l’acide azotique du commerce étendu de son volume d’eau; tout le protoxyde de plomb se dissout, et il reste une poudre de couleur puce, que l’on recueille sur un filtre. On la lave avec de l’eau distillée, jusqu’à ce que la liqueur ne contienne plus d’azotate de plomb ; on la sèche ensuite au-dessous de 100°. On obtient encore du bioxyde de plomb qui se dépose au pôle positif (comme un acide), lorsqu’on décompose par la pile une dissolution d’azotate de plomb.
Le bioxyde de plomb se décompose facilement sous l’influence de la chaleur ; c’est un oxydant très-énergique ; mélangé avec le sixième de son poids de soufre, il produit une poudre qui fulmine par le choc, en donnant du sulfate de plomb. Il devient incandescent dans l’acide sulfureux gazeux et produit du sulfate de plomb, Pb02-bS02 = Pb0,S03; il absorbe facilement l’acide sulfureux dissous, en produisant la même réaction. Cette propriété permet de séparer facilement l’acide sulfureux de l’acide carbonique.
On peut le combiner avec les bases ; M. Frémy a obtenu, entre autres
combinaisons, un plombate dépotasse en beaux cubes incolores, dont la composition est représentée par la formule K0,Pb02,5H0.
Chlorure de plomb, PbCl.
4451. séparation et propriétés. — On le prépare en attaquant à chaud la litharge par l’acide chlorhydrique étendu ; par refroidissement, le chlorure se dépose sous forme de cristaux aciculaires d’aspect nacré. Comme il est trés-peu soluble dans l’eau, il se produit toutes les fois qu’on mélange un sel de plomb en dissolution concentrée avec un chlorure.
Le chlorure de plomb se dissout à froid dans 155 parties d’eau, mais il est beaucoup plus soluble dans l’eau bouillante. Il est encore moins soluble dans l’eau acidulée d’acide chlorhydrique; mais l’acide chlorhydrique concentré en dissout davantage. Ainsi l’eau additionnée de 1 à 10 p. 100 d’acide dissout de 0,547 à 0,095 p. 100 de sel, tandis que l’acide de densité 1,116 (25,5 p. 100 de HCl) en dissout 2,566 p. 100 à 16°, 5 d’après J.-C. Bell. De sorte qu’une solution aqueuse de chlorure de plomb est précipitée par une première addition d’acide chlorhydrique, de même qu’une solution fortement acide de chlorure de plomb est précipitée par une addition d’eau.
Le chlorure de plomb est insoluble dans l’alcool concentré, il se dissout facilement dans l’hyposulfite de soude.
Il fond à une température inférieure au rouge et se volatilise à une température plus élevée. En se refroidissant il donne une masse translucide comme la corne (plomb corné), facile à couper au couteau.
Ce chlorure se combine avec l’oxyde de plomb et forme des oxy chlorures qui fournissent à la peinture de belles couleurs jaunes, quand ils contiennent beaucoup d’oxyde de plomb. Ainsi l'oxychlorure de plomb, PbO,PbCl, est blanc ; mais celui qui contient 7 équivalents d’oxyde de plomb pour 1 de chlorure est d’un beau jaune d’or (jaune de Cassel), il cristallise en beaux octaèdres par fusion. Les matières connues sous les noms de jaune minéral, jaune de Paris, de Vérone, de Turner, sont des oxychlorures de plomb.
1452. Chlorures doubles. — Le chlorure de plomb se combine aux chlorures alcalins et au chlorure de barium. M. Becquerel a obtenu ces composés cristallisés en faisant réagir dans un tube en U des dissolutions d’azotate de plomb et de chlorures à travers un tampon d’argile ; un fil de cuivre plongeait par ses extrémités dans les deux liquides.