PRINCIPAUX SELS DE MERCURE
Ce sont les azotates et les sulfates, nous dirons aussi quelques mots des phosphates, chromate et tungstate.
Azotates mercureux.
1565. Azotate neutre, Hg-20,Az05-f-2H0. — Lorsqu’on fait digérer à froid un excès de mercure avec de l’acide azotique étendu de la moitié de son volume d’eau', il se forme d’abord des cristaux appartenant au prisme rhomboïdal oblique, qui répondent à la formule :
Hg20,Az05+2H0.
1564. Azotates basiques. — Mais si cette action est longtemps prolongée, ces premiers cristaux disparaissent peu à peu, et sont remplacés par des cristaux volumineux, transparents et cristallisables à l’air, qui sont des prismes rhomboïdaux droits, ayant pour formule :
4Hg20,3Az05,H0.
Les eaux mères de ces deux azotates sont fortement acides ; bouillies pendant quelques heures avec du mercure, elles donnent par refroidissement des‘cristaux incolores d’un sel plus basique encore
5IIg20,3Az05,2H0 (Prisme doublement oblique)
qui a été découvert par M. Marignac.
Ces azotates ne se dissolvent que dans une eau chargée d’acide azotique comme l’azotate de bismuth; au contact d’une grande quantité d’eau même froide, ils se dédoublent en un sel acide soluble et un azotate bi-basique insoluble de couleur jaune. Ce précipité était connu autrefois sous le nom de turbitli nitreux , il a pour formule :
2IIg20,Az05,H0
par une ébullition prolongée avec beaucoup d’eau, on peut le transformer (ainsi que tous les sels mercureux) en mercure et sel mercurique.
Azotate mercuroso-mercurique .
1565. L’azotate mercureux neutre exposé à l’air jaunit peu à peu en absorbant de l’oxygène, il se transforme alors d’après Gerhardt en un mélange de deux azotates basiques,
2IIg20,Az05+4IIg0,Az05.
Ce sel se forme également lorsqu’on fond l’azotate mercureux neutre, par suite de la décomposition d’une partie de l’acide azotique, ou bien
LïV. III, CHAP. XXIV, SULFATES DE MERCURE.
encore lorsqu’on fait bouillir une partie de mercure avec 1 partie 1 /2 d’acide azotique de densité 1, 2. Cet acide étant peu concentré, il ne tarde pas à se former à l’ébullition un sel basique qui s’oxyde partiellement au contact de l’acide azotique.
Azotates mercuriques .
1566. Azotate neutre 2(IIg0,Az05),H0. — Ce sel se forme quand on fait bouillir du mercure ou un des sels précédents avec un excès d’acide azotique ; on évapore la liqueur incolore à une douce chaleur jusqu’à consistance sirupeuse, on l’abandonne ensuite sous une cloche contenant de la chaux vive jusqu’à cristallisation.
On obtient ainsi des cristaux déliquescents. Cette même liqueur sirupeuse refroidie à — 15° donnerait l’azotate neutre avec 8 équivalents d’eau d’hydratation.
1567. Azotate bibasique 2Hg0,Az0s,II0. — Il est bien évident que la dissolution de l’oxyde de mercure dans l’acide azotique en excès donnerait le même sel ; mais si l’on sature à chaud l’acide azotique étendu de son volume d’eau, et qu’on abandonne la liqueur au repos, elle laisse déposer peu à peu des aiguilles appartenant au système rhombique d'azotate bibasique (Marignac).
1568. Azotate tribasique 5FIg0,Az03. — Ces deux azotates, comme la plupart des sels de mercure, ne se dissolvent que dans l’eau contenant une quantité suffisante d’acide azotique ; l’eau pure les décompose en sel acide soluble et azotate tribasique insoluble.'
D’après Millon, ce sel est blanc quand il est exempt de sous-oxyde, mais le plus souvent il est jaune parce que l’azotate décomposé par l’eau, contenait une certaine quantité de sous-oxyde. Des lavages prolongés à l’eau bouillante le transforment facilement en oxyde rouge de mercure.
1569. Combinaisons de l’azotate de mercure. — 11 donne avec l’iodure et le cyanure des combinaisons cristallisées :
2HgI+Hg0,Az03 et Hg[+Hg0,Az03, HgCy -t-lIg0,Az03,2II0 et une combinaison amorphe avec le sulfure de mercure.
Sulfates de mercure.
1570. Sulfate mercureux Hg20,S05. — On le prépare en chauffant doucement du mercure avec de l’acide sulfurique concentré, la liqueur
se remplit de petits prismes incolores que l’on sépare par décantation de l’excès d’acide et qu’on lave avec un peu d’eau froide. 11 se dissout dans 500 parties d’eau froide et 500 d’eau bouillante, mais par une ébullition prolongée, il se décompose en mercure et sulfate mercurique. Il fond vers 500° en dégageant beaucoup d’acide sulfureux, il se forme alors de l’oxvde de mercure HgO, qui reste combiné au sulfate mercureux non décomposé. Cette facile décomposition du sulfate mercureux explique pourquoi par l’ébullition prolongée de l’acide sulfurique en excès avec du mercure, on n’obtient que du sulfate mercurique.
1571. Sulfate mercurique neutre HgO,$CK — Oll fait bouillir 5 parties d’acide concentré avec 5 parties de mercure, et quand tout le mercure a disparu, on chasse l’excès d’acide par la chaleur après y avoir ajouté un peu d’acide azotique pour bien oxyder le mercure. Poudre cristalline, anhydre, déliquescente, décomposable au rouge seulement en acide sulfurique et oxyde mercurique. L’eau le décompose en sulfate acide et sulfate tribasique jaune, 5IIgO,SO” qui est le turbith minéral.
Cette décomposition suit la loi que M. Ditte a fait connaître pour le nitrate de bismuth (1455); l’eau en agissant à 12°, par exemple, sur le sulfate neutre de mercure, le décompose en sous-sulfate et acide libre jusqu’à ce que la liqueur contienne 67 grammes d’acide sulfurique par litre. A partir de ce moment, le sulfate neutre que l’on ajoute à la liqueur s’y dissout sans décomposition. Si on élève la température d’une telle dissolution, supposée bien limpide, il s’y manifeste un précipité jaune de sous-sulfate parce que la quantité d’acide libre qui limite la décomposition croît avec la température. La présence d’autres acides ne change rien au phénomène.
Une liqueur contenant à 12° moins de 67 grammes d’acide sulfurique par litre, dissout seulement le sous-sulfate. La quantité de ce sel qui se dissout dans l’acide sulfurique étendu ou dans tout autre acide, croît régulièrement avec la quantité de ce dernier.
Les acides chlorhydrique, bromhydrique,iodhydrique et cyanhydrique déplacent facilement l’acide sulfurique des dissolutions acides de sulfate de mercure ; la même réaction a lieu par voie sèche. C’est une exception remarquable aux lois de Berthollet.
1572. Sulfate trihasique «le mercure. — Nous avons VU comment on le préparait. C’est un sel dense (D = 6,44) peu soluble dans l’eau (20V0 à froid et ^ à 100°), beaucoup plus soluble dans les acides étendus; il cristallise en petits rhomboèdres transparents.