LIV. II, CIIAP. Y, GÉNÉRALITÉS SUR LES SELS
potasse ont leur convexité tournée vers la ligne OX ; on voit ainsi que leur solubilité, surtout celle de l’azotate de potasse, augmente rapidement avec la température.
La courbe de solubilité du sulfate de soude présente une forme singulière ; elle s’élève rapidement jusqu’à 55° environ, et, à partir de ce point, elle s’abaisse vers la ligne sur laquelle on compte les températures, en lui tournant toujours sa convexité. Il y a donc une brusque discontinuité dans la valeur du coefficient de solubilité, qui annonce un changement profond dans la constitution du sel, à cette température.
On constate, en effet, que le sulfate de soude, qui cristallise de sa dissolution au-dessous de 35°, contient toujours dû équivalents d’eau (Na0,S05-h ÎOIIO) ; au-dessus de 33°, il se dépose à l’état anhydre; le sel change donc de composition à cette température, il n’est donc pas étonnant qu’il change de solubilité. Si donc on voulait représenter le phénomène réel par des courbes, il faudrait construire une courbe entre 0° et 53° avec les quantités de sulfate de soude hydraté (Na0,S03-l- 10HO) dissoutes, et ne se servir de la courbe primitive, construite avec les quantités de sel anhydre, qu’à partir de 33°. Nous verrons bientôt l’importance pratique de ces courbes (652).
634. Solubilité des corps dans l’eau chargée de sels. — Quand deux sels de même base se trouvent dans une dissolution, la présence de l’un d’eux dans l’eau diminue la solubilité de l’autre. Ainsi, l’eau chargée de chlorure de potassium dissout -moins d’azotate de potasse que l’eau pure ; le contraire a souvent lieu, si les sels diffèrent par les bases et les acides. L’eau contenant du sel marin dissout, aux températures ordinaires, plus d’azotate de potasse, que l’eau pure. On admet que, dans ce cas, il y a double décomposition partielle entre les deux sels, et qu’il se produit de l’azotate de soude et du chlorure de potassium qui se dissolvent en même temps que les sels primitifs. Il n’y a rien d’étonnanl alors à ce que la quantité totale de potassium et de sodium contenue dans la liqueur soit augmentée, si l’on remarque surtout que l’azotate de soude et le chlorure de potassium sont plus solubles que le chlorure de sodium et l’azotate de potasse.
635. De la sursatura* ioas. — Si l’on fait bouillir dans une fiole 100 grammes d’eau avec 400 grammes de sulfate de soude ordinaire, . tout le sel se dissoudra et si l’on abandonne ensuite à elle-même la fiole fermée à la lampe ou ayant son ouverture recouverte seulement d’une feuille de papier, elle pourra revenir à la température ordinaire, sans qu’il y ait cristallisation du sel dissous. Cependant la dissolution ainsi ob-
tenue renferme environ 8 fois autant de sel qu’elle en aurait pris, si on l’avait préparée en mettant l’eau à cette meme température en contact avec un excès de sel. Ce phénomène, qui peut se produire avec beaucoup d’autres sels, est connu sous le nom de sur saturation. Il est l’analogue
de la sur fusion, phénomène dans lequel on arrive, par un refroidissement lent, à conserver à l’état liquide, à la température de — 12°, un corps loi que 1 eau. 11 suffit alors de mettre le corps surfondu en contact avec une parcelle solide de la même substance, pour que la solidification ait lieu, la température remontant au point normal de fusion. De même, il sulPit d introduire un cristal de sulfate de soude dans la dissolution sursaturée pour en déterminer immédiatement la cristallisation, qui s’effectue avec un grand dégagement de chaleur, facilement appréciable à la main.
I) apres M. Cernez, qui a fait une étude très approfondie de ces phénomènes, le contact de toute autre substance que celle de la dissolution ne peut amener la cristallisation de la liqueur sursaturée, et si l’on voit parfois la dissolution de sulfate de soude, par exemple, cristalliser par le contact d’une baguette de vcitq ou d’un autre sel, c’est que cette baguette a été touchée avec du sulfate de soude et en retient des traces, ou que le sel est impur et contient du sulfate de soude. 11 y a toutefois une exception fort remarquable à celte règle, pour les substances isomorphes de celles qui sont en dissolution sursaturée; elles eu déterminent la cristallisation aussi facilement qu’un cristal du sel dissous.