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LIV. II, CIIAP. Y, GÉNÉRALITÉS SUR LES SELS

Toutefois le contact d’une substance identique ou isomorphe n’est pas la seule cause capable de détruire la sursaturation. Un froid suffisamment intense détermine toujours la cristallisation, et, dans certains cas , de simples actions mécaniques la produisent. Ainsi , les dissolutions de chlorure de calcium, de biacétate de potasse, d’azotate d’ammoniaque sursaturées cristallisent, lorsqu’on frotte au contact du liquide un corps solide contre la paroi du vase. La cristallisation commence aux points frottés et se propage rapidement dans toute la masse; mais les actions mécaniques ne détruisent pas la sursaturation des dissolutions de sulfate, d’acétate et d’hyposulfite de soude que l’on maim tient à une température constante.

656. Conséquences. — Le fait que la sursaturation d’une liqueur peut' être détruite par le contact d’une substance isomorphe avec celle qui est en dissolution, permet d’expliquer d’une manière très-simple pourquoi des substances isomorphes cristallisent ensemble en toutes proportions. Voici, d’après M. II. Sainte-Claire Deville, comment cette cristallisation complexe peut s’effectuer.

Si l’on plonge un cristal d’alun de chrome violet dans une solution sursaturée d’alun ordinaire, il se formera immédiatement, sur toute la surface du cristal violet, une couche incolore d’alun ordinaire qui l’empêchera de se dissoudre dans le liquide. On augmentera à volonté l’épaisseur de cette couche en évaporant la solution d’alun, et le cristal mixte ainsi obtenu, plongé dans une solution sursaturée d’alun de chrome, se recouvrira de la même manière d’une nouvelle couche d’alun violet. Il est possible de superposer ainsi, en aussi grand nombre * qu’on le voudra , des couches d’alun ordinaire et d’alun de chrome. Considérons maintenant une dissolution très-légèrement sursaturée, contenant à la fois les deux espèces d’alun, dans laquelle on plonge un cristal d’alun ordinaire, il y aura d’abord précipitation de l’excès d’alun ordinaire sur le cristal, puis de l’alun de chrome, et si par une évaporation convenable, par exemple, on reproduit la plus légère sursaturation, les mêmes phénomènes se reproduiront indéfiniment, mais sans qu’on puisse constater par la rupture du cristal la succession des couches si visible dans la première expérience.

Le rapport des quantités d’alun de chrome et d’alun ordinaire existant dans ce cristal dépendra de la solubilité respective des deux aluns, mais ne sera pas nécessairement simple, comme cela a lieu dans les combinaisons ordinaires.

Les mêmes phénomènes se reproduisent avec les substances natu-

relies. « Qu’on se figure, dans les conditions propres à leur cristallisation, à une température et à une pression telle que leurs éléments aient exactement les mêmes formes, les carbonates de chaux, de magnésie, de manganèse et de fer. Ces conditions sont réalisées dans les sources minérales, où ces carbonates se forment et se déposent encore tous les jours. Ces solutions comme celle d’alun se sursaturent alternativement de chacun de ces carbonates. Ceux-ci se déposeront en couches successives d’autant plus minces et d’autant plus régulières que leur solubilité est plus faible, et que leurs proportions relatives sont plus constantes. Ces cristaux complexes seront formés de couches parallèles infiniment petites, de telle sorte qu’on pourra les considérer comme parfaitement homogènes, jusqu’à ce qu’une circonstance particulière démontre que cette homogénéité est seulement apparente. C’est ainsi que M. Dumas a pu constater, après, avoir calciné des cristaux rhomboédriques de spath calcaire limpides et incolores, des couches rhomboédriques très-régulières d’oxyde rouge de fer provenant de la décomposition des couches primitivement invisibles de fer carbonaté isomorphe avec le carbonate de chaux. » (Henri Ste-Claire Deville.)

637. Eau d'interposition. — Eau «l’hydratation. — Quand Ull Sel cristallise dans l’eau, il contient toujours un peu de ce liquide. Cette eau, en quantité très-minime dans le sel marin, l’azotate de plomb, est emprisonnée dans les intervalles que laissent entre elles les diverses couches de molécules dont l’ensemble constitue le cristal; aussi les cristaux très-petits en contiennent-ils peu. Cette eau, appelée eau d'interposition, peut être facilement constatée dans ces corps; on pulvérise finement quelques cristaux de sel marin, bien secs extérieurement, et on* met la pondre ainsi obtenue sur du papier buvard; celui-ci s’imprégne d’humidité au contact de la poussière du sel. La présence de cette eau permet d'expliquer la décrépitation qu’ils éprouvent quand on les chauffe vivement (640). L’eau d’interposition est une partie du liquide dans lequel s’est effectuée la cristallisation ; elle contient donc toutes les substances que renfermait ce liquide. Mais on voit qu’une nouvelle cristallisation dans l’eau pure permettra d’obtenir des cristaux contenant, il est vrai, encore un peu d’eau d’interposition, mais chargée cette fois d’une quantité de matières étrangères bien plus faible. On comprend ainsi que la cristallisation soit un moyen certain de purifier les corps, surtout si l’on empêche, par l’agitation du liquide, la production de cristaux volumineux. Il n’y a d’exception que pour les corps isomorphes que la cristallisation ne peut évidemment. séparer.

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