LIV. II, CIIAP. V, GÉNÉRALITÉS SUR LES SELS
Mais un grand nombre de sels se combinent avec l’eau pour former des hydrates. Les sels hydratés ont une composition bien définie ; le nombre des équivalents d’eau est toujours dans un rapport assez simple avec le nombre d’équivalents du sel anhydre; et, comme toutes les combinaisons chimiques, ils se reproduisent avec la meme composition dans les mêmes circonstances. La température a une influence considérable sur leur composition; ainsi, le sulfate de manganèse se dépose avec 7 équivalents d’eau au-dessous de 6°, tandis qu’il n’en retient plus que 4, s’il cristallise au-dessus de 20°. Le sulfate de magnésie contient 7 équivalents d’eau à la température ordinaire et 12 équivalents audessous de zéro.
658. Sels effilorescents. — Sels déliquescents. — Lorsqu’un sel est exposé à l’action de l’air, tantôt, comme le carbonate de potasse ou le chlorure de calcium desséché, il absorbe l’humidité de l’atmosphère et se dissout graduellement dans l’eau qu’il lui prend, en augmentant considérablement de poids, tantôt, comme le carbonate de soude, il perd une portion de l’eau qu’il contient, son poids diminue, sa tranparence disparaît et le sel se transforme peu à peu en une masse farineuse blanche. Le carbonate de potasse est le type des sels déliquescents ; le carbonate de soude, celui des sels efflorescents.
Les sels déliquescents sont donc des matières avides d’eau, qui absorbent peu à^peu l’humidité de l’atmosphère jusqu’au moment où la tension du liquide ainsi formé est égale à celle de l’air ambiant dans les circonstances de température de l’expérience.
Les sels efflorescents ont au contraire une tension de vapeurs supérieure à celle qui existe dans l’air ambiant, mais s’ils sont placés dans une atmosphère limitée, ils cessent de s’effleurir, puisque la tension de l’humidité dans cette atmosphère est égale à celle de la vapeur qu’ils émettraient dans le vide. Un sel efflorescent ne perd donc pas d’eau, dans une atmosphère saturée d’humidité, il en prendrait au contraire s’il était déjà effleuri jusqu’au moment où il y aurait équilibre entre la tension de la vapeur du sel et celle de l’atmosphère ambiante supposée limitée (24).
659. Eau de constitistion. — On peut facilement, à l’aide de la chaleur, enlever aux sels l’eau d’interposition ou d’hydratation' qu’ils contiennent; leurs propriétés n’en sont nullement modifiées; quand on les dissout de nouveau, ils reprennent leur eau d’hydratation, s’ils étaient hydratés: mais l’eau peut exister dans les sels. à un autre état et jouer un rôle essentiel dans leur composition. Nous avons déjà signalé ce fait,
dans l’histoire de l’acide phosphorique ; nous le rappellerons néanmoins ici, à raison de son importance.
Le phosphate de soude du commerce, 2Na0,H0,Ph034-* 24HO, contient 25 équivalents d’eau ; on peut, en le desséchant au-dessous de 300®, lui en enlever 24, sans altérer ses propriétés. Mais si on lui enlève au rouge le dernier équivalent, retenu par une affinité bien supérieure, il change de nature. On le démontre en le dissolvant dans l’eau ; il ne reprend plus ses 25 équivalents d’eau; mais en évaporant la liqueur on obtient un nouveau sel :
2Na0,Ph05 -f-lOHO
qui ne donne plus avec les sels d’argent .de précipité jaune, de phosphate tribasique (5Ag0,Ph03), mais un précipité blanc de phosphate bibasique (2Ag0,Ph03).