LIV. III, CIIAP. XXVII, PRÉPARATION DU PLATINE
la condition de s’effectuer avec une solution concentrée de sel ammoniac; dans la pratique il reste toujours une certaine quantité de ces métaux dans l’eau mère où s’est précipité le chloroplatinate plus ou moins mélangé d’iridium. Nous verrons plus tard le traitement que l’on fait subir à cette eau mère (1716).
La présence de l’iridium dans le platine n’est pas nuisible, l’alliage a plus d’élasticité et de dureté que le métal pur; il n’est donc pas nécessaire de séparer les deux métaux dans une opération industrielle. On recueille le chloroplatinate d’ammonium, on le dessèche et on le chauffe doucement jusqu’au rouge naissant ; il se dégage du sel ammoniac, de l’acide chlorhydrique et de l’azote, et il reste du platine iridié sous forme de niasse spongieuse et peu cohérente de couleur grise. C’est, la mousse ou éponge de platine. Pour la transformer en métal, on la comprime à froid, au moyen d’une presse à vis, dans un anneau de fer et l’on martèle à chaud le disque ainsi obtenu ; le platine possède en effet, comme le fer, la propriété de se ramollir avant de fondre et de se souder alors à lui-même lorsqu’on le comprime.
Pour éviter les soufflures ou bulles qui se produisent quand le métal n'est pas bien soudé dans toutes ses parties et qu’on le chauffe dans une flamme riche en hydrogène, Wôllaston réduisait le chloroplatinate d’ammonium à la plus basse température possible et divisait la mousse de platine en poussière avec les mains, la délayait dans l’eau, et après l’avoir fait bouillir dans l’acide chlorhydrique, il la tamisait à travers un tamis très-fin. Les parties les plus grossières étaient broyées et divisées dans un mortier de bois, afin de ne pas brunir le métal. Toutes les parties qui avaient l’aspect métallique étaient soigneusement rejetées, les autres formaient avec l’eau une boue que l’on comprimait dans un cylindre de laiton, de forme légèrement conique, qui s’emboîtait à sa partie inférieure dans un bouchon d’acier. On obtenait ainsi une masse cohérente que l’on soumettait ensuite à l’action d’une presse. Le platine ainsi comprimé, déjà très-dense, était chauffé au rouge blanc dans un creuset de terre pour en souder les diverses parties; on le forgeait ensuite en le réchauffant à diverses reprises comme on le ferait pour un morceau de fer.
Ce procédé, qui donne à coup sûr un métal irréprochable, a été longtemps tenu secret par son auteur qui fabriquait la majeure partie du platine employé par les chimistes. XVollaston ne l’a publié que quelques années avant sa mort.
Bréant a étendu ce procédé à la limaille de platine,- c’est-à-dire qu’il
est parvenu à la souder, en la mélangeant toutefois à une petite quantité de mousse de platine et en comprimant fortement le mélange; il faut seulement que cette limaille soit très-propre; on la nettoie d’ordinaire en la faisant bouillir avec de l’acide chlorhydrique.
C’est encore par l’agglomération de la mousse et du métal bien décapé que les fabricants préparent une grande partie de Jeur platine. Les moyens de compression très-puissants dont on dispose rendent moins utiles les précautions minutieuses de Wollaston. Dans beaucoup de cas, on emploie aussi la fusion directe du platine.
1071. Préparation du platine pur. — 1° Procédé de Bcrzélius , — Le platine du commerce, préparé comme il vient d’être dit, contient toujours de l’iridium, avec des traces de ruthénium, de rhodium et de palladium, parce que les chlorures doubles de platine et d’iridium précipités dans une liqueur contenant ces métaux, en ont entraîné avec eux. Pour obtenir du platine chimiquement pur, on peut employer divers procédés.
Berzélius séparait le platine de l’iridium en chauffant lentement jusqu’à fusion, dans un creuset de platine, le chloroplatinate d’ammoniaque avec le double de son poids de carbonate de potasse. Il se forme du platine métallique, de l'oxyde d’iridium et du chlorure de potassium; on traite d’abord le mélange par l’eau et l’acide chlorhydrique qui enlèvent tout le chlorure de potassium et ensuite par l’eau régale étendue qui ne dissout que le platine avec des traces d’iridium. Il reste de l’oxyde d’iridium noir retenant un peu de platine.
La dissolution de platine, précipitée de nouveau par le chlorhydrate d’ammoniaque, donne un précipité jaune, qu’on devra traiter de nouveau par le carbonate de potasse, jusqu’au moment où le produit de la calcination se,ra entièrement soluble dans l’eau régale étendue. Dans ces traitements successifs les traces de palladium et de rhodium restent dans les eaux mères, ou se retrouvent avec l’iridium.
M. Bunsen qui a appliqué ce procédé n’est arrivé à obtenir du platine pur qu’après six traitements successifs du chlorure double par le carbonate de potasse et l’eau régale faible.
1 672. 2° Procédé de Dôbereiner. — Ce procédé repose sur une curieuse propriété du platine, découverte par John Herschel. L’hydrate de chaux ne précipite pas l’oxyde de platine dans l’obscurité ni à la lumière artificielle) tandis qu’il précipite les oxydes des autres métaux du platine. On ajoute donc de l’hydrate de chaux pure à la solution de platine du commerce, jusqu’à ce que la liqueur prenne une réaction faiblement