CHAPITRE XXIX
IRIDIUM, RUTHÉNIUM, ET OSMIUM
IRIDIUM Ir = 98.50.
Ce métal a été découvert en 1805 par S. Tonnant, en même temps (pie l’osmium avec lequel il est combiné dans l’osmiure d’iridium. Cel osmiure reste mélangé aux diverses matières minérales que le lavage n’a pu séparer du minerai de platine. Pour en retirer l’osmium et l’iridium, il est d’abord essentiel de le séparer de toutes ces matières minérales et ensuite de le pulvériser pour le rendre plus facilement attaquable. Les procédés suivants dus à MM. II. Sainte Claire Deville et Debray permettent d’y arriver facilement.
1761. Purification «les osmiures. — On fond le sable contenant l’osmiure 1 avec de la litharge, de l’acide borique (ou du verre) et du plomb pauvre dans un creuset de terre ; on maintient au rouge pendant une demi-heure et après refroidissement on trouve un culot de plomb contenant tout l’osmiure, la silice a été dissoute par la litharge et forme un verre qui retient aussi toutes les autres matières minérales plus légères que le plomb.
On dissout le culot de plomb dans l’acide azotique étendu; il se dissout en même temps que ce métal, un peu de palladium; il reste un résidu d’osmiure mélangé à un peu de platine et de rhodium restés dans le résidu de la dissolution du platine; on enlève ces derniers métaux en traitant l’osmiure par l’eau régale.
17C2. Pulvérisation «les osmiures. — L’osmiure ainsi purifié se présente sous forme de lames ou de grains difficiles à attaquer et tellement durs, qu’ils pénètrent dans l’acier lorsqu’on essaie de le pulvériser dans le mortier d’Abich ; on les désagrège très-facilement par le
4 Ce sable contient 20 à 25 p. 100 d’osmiure.
moyen suivant. On mêle les osmiures avec huit ou dix fois leur poids de zinc pur dans un creuset de charbon de cornue contenu dans un creuset de terre que l’on fait chauffer d’abord au rouge sombre pendant une heure et que l’on chauffe ensuite au bon rouge jusqu’à volatilisation complète du zinc. Il reste dans le creuset une masse poreuse excessivement friable d’osmiure, mélangée seulement de quelques paillettes que l’on peut facilement séparer du reste par le tamisage.
Les deux métaux de l’osmiure se dissolvent en effet dans le zinc avec dégagement de chaleur, l’évaporation du zinc les laisse à un état de division extrême.
On peut encore diviser l’osmiure, même en grains très-gros, en le fondant au rouge vif avec deux fois son poids d’étain pur, dans un creuset de charbon de cornue, on chasse ensuite l’étain en chauffant le culot au rouge sombre dans un courant d’acide chlorhydrique. Cette dernière opération peut se faire dans un tube de verre réfractaire.
1763. Préparation de l’iridium. 1° Procédé de M. Wôhler. — On mêle l’osmiure d’iridium avec son poids de sel marin bien pulvérisé, on introduit le mélange dans un tube de verre large et long, et après l’avoir chauffé au rouge sombre on y fait passer un courant de chlore gazeux tant que ce gaz est absorbé par la masse chaude. Il se forme alors des chlorures doubles d’iridium, d’osmium et de sodium, et si le chlore est humide il se dégage en même temps beaucoup d’acide osmique qu’on peut recueillir dans un ballon refroidi adapté au tube. On traite ensuite le contenu du tube par l’eau, qui se colore en brun rougeâtre, et l’on distille la liqueur décantée après y avoir ajouté de l’acide azotique pour transformer le chlorure d’osmium en acide osmique. L’acide osmique se dégage et doit être recueilli dans une eau chargée d’ammoniaque. Lorsque la moitié du liquide a passé à la distillation, tout l’acide osmique est chassé, on arrête l’opération et l’on filtre. On ajoute alors à la liqueur un excès de carbonate de soude, ce qui détermine la production d’un précipité brun d’abord, mais qui devient bleu-noir quand on le fait bouillir. On évapore à siccité et on calcine légèrement. Ce résidu se compose de sesquioxyde d’iridium, de sel marin et d’un excès de carbonate de soude ; on sépare ces deux dernières matière» par un lavage à l’eau bouillante; il reste bien un peu de soude retenu par l’oxyde d’iridium, mais l’acide chlorhydrique étendu l’enlève facilement quand on réduit l’oxyde d’iridium par l’hydrogène.
Dans ce procédé, une grande partie de l’osmiure échappe à l’action du chlore, surtout s’il est en grains un peu gros; il est donc préférable