L1V. III, CHAP. XXIX, ACIDE OSMIQUE
Le chlore et tous les acides faibles le dédoublent en acide osmique volatil et bioxyde d’osmium.
Les sulfites alcalins produisent, dans la solution, un précipité jaune cristallin d’un corps peu étudié qui est sans doute un sulfite double analogue à ceux que donnent les dissolutions de platine quand on les traite par les sulfites.
Le chlorhydrate d’ammoniaque décompose à froid l’osmite de potasse et forme un sel jaune peu soluble dans l’eau qui, d’après M. Frémy, serait une combinaison d’osmiamide ( Os02AzH2 ) et de chlorhydrate d’ammoniaque, ou, d’après MM. Gibbs et Genth, un chlorure d’une base ammoniacale (0s02,2AzIl5) capable de former, avec le chlorure de platine un sel double et d’autres sels bien définis par double décomposition avec les sels d’argent.
L’hydrogène réduit facilement le chlorure jaune de M. Frémy et laisse un résidu d’osmium métallique très-divisé.
1801. Osmite de soude. — Sel rose plus difficilement cristallisable que le sel de potasse. Les osmites métalliques sont insolubles; ils sont peu connus. Il n’existe pas d’osmite d’ammoniaque.
Acide osmique OsO4.
1802. Préparation et propriétés. — Le grillage des osmiures riches en osmium, dans l’oxygéne à haute température, donne de beaux cristaux d’acide osmique ; mais il vaut mieux griller l’osmium compacte du sulfure dans un tube de verre présentant plusieurs ampoules. Le métal chauffé au rouge sombre dans un courant d’oxygène, se transforme complètement en acide osmique très-volatil, qui se condense dans les ampoules froides, partie en un liquide dense très-réfringent, se concrétant à 40° en une masse cristalline incolore, partie en belles aiguilles flexibles d’acide osmique.
L’acide osmique se volatilise vers 100° et se réduit en une vapeur incolore dont la densité est 8,9 (H. Sainte-Claire Deville et Debray). 11 émet à la température ordinaire des vapeurs odorantes, âcres et pénétrantes très-dangereuses à respirer. Elles agissent vivement sur les yeux comme le perchlorure de phosphore, et en se réduisant dans les voies respiratoires, elles y provoquent des troubles très-graves; l’intoxication par l’acide osmique est aussi accompagnée d’affections plus ou moins graves de la peau (dartres, etc.); il faut donc manier ce corps avec les plus grandes précautions. L’acide sulfhydrique est, jusqu’à un certain point, un antidote de l’acide osmique.
L’acide osmique est assez soluble dans l'eau quoiqu'il s’y dissolve avec une grande lenteur, l’alcool et l’élher le dissolvent en plus grande quantité, mais ne tardent pas à le réduire à l'état d’osmium métallique. C’est ce qui se produit avec un grand nombre de matières organiques ; il tache la peau en noir, et se trouve partiellement réduit par le tannin qui le fait passer par des teintes bleues et pourpres d'une grande richesse1.
Beaucoup de métaux (fer, zinc, cuivre, mercure) réduisent les solutions d'acide osmique ; le mercure réduit l'acide anhydre et en se dissolvant le métal devient capable d'étamer le verre. C’est ce qui arrive quand on ouvre les ballons à densité de vapeur de l’acide osmique sur la cuve à mercure.
L’ammoniaque en excès décompose l'acide osmique en donnant une combinaison ammoniacale, l’acide osman-osmique de Fritsche et Struve, de l’azote et de l’eau (1810). La potasse dissout l’acide osmique et donne des dissolutions rouges d’osmites avec dégagement d’oxygène, si l’on n’opère pas en présence d’une matière organique.
Chlorures d’osmium.
1803. Protochlorure OsCl. — D’après Claus, l’action du chlore bien desséché sur l’osmium métallique donne un sublimé noir de protochlorure, en même temps qu’un peu de bichlorure rouge plus volatil qui se condense plus loin du métal. Le protochlorure se dissout dans l’eau en la colorant en bleu violet; cette solution s’oxyde au contact de l’air, passe au vert, puis au pourpre et enfin se décolore en donnant de l’acide osmique, un mélange d’oxyde d’osmium et de l’acide chlorhydrique. La présence du chlorure de potassium lui donne de la stabilité.
1804. Sesquîchiorure 0s2Cl3. — En réduisant par l’acide sulfhydrique une solution fortement chlorhydrique d’acide osmique, il se forme une liqueur rose colorée par le sesquichlorure. Si on l’évapore avec du sel ammoniac elle donne des cristaux d’un chlorure double 2(AzH4Cl,-h0s2Cl5 (Claus). M. Jacobi a obtenu un autre chlorure double 5KCl,Os*ClM-6HO en beaux cristaux rouges foncés, très-solubles dans l’eau et dans l’alcool, en traitant l’osman-osmiate de potasse (1810) par l’acide chlorhydrique. Ces sels sont peu stables comme la solution du sesquichlorure.
1 Les naturalistes emploient la solution d'acide osmique au centième pour étudier le
système nerveux des animaux inférieurs. La substance des nerfs noircit en réduisant
l’acide étendu que les autres tissus altèrent peu.