Zirkonium. ... Zr = yc
Un regard sur ce Tableau permet de reconnaître, q^ue les poids de combinaison diffèrent considérablement les uns des autres^ ils vont en chiffres ronds de i à 240. Dans cet intervalle ils se répartissent d'une manière assez uniforme.
On voit aussi sur ce Tableau que le poids de combinaison de l'hydrogène est très voisin de l'unité, sans être exactement égal à I . Ce fait s'explique par une raison historique. A l'origine on avait déterminé les poids de combinaison en faisant l'hydrogène égal à 1 . Mais, comme les éléments qui peuvent entrer en combinaison avec l'hydrogène sont en très petit nombre, on dut employer, pour déterminer les poids de combinaison, le procédé indirect que nous avons décrit. On détermina donc le poids de combinaison de l'oxygène par rapport à l'hydrogène pris égal à i, et c'est au nombre ainsi déterminé pour l'oxygène, nombre qui se trouve égal à 16, qu'on rapporta les autres éléments en utilisant leurs com-
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ly-l CHAPITRE VII.
posés oxygénés. Quant aux éléments dont on ne pouvait étudier les composés oxygénés, on fit les mesures par l'intermédiaire d'autres éléments dont les poids de combinaison avaient été déterminés par rapport à l'oxygène et non à l'hydrogène. L'oxygène était donc la base véritable de toutes les mesures, et l'hydrogène n'était qu'une unité formelle et non réelle, adoptée parce que le poids de combinaison de l'hydrogène est le plus petit de tous.
Or, on a découvert dans la suile que le rapport de i à i6,oo, adoplé pour l'hydrogène et l'oxygène, avait été déterminé d'une manière assez inexacte, et que le rapport vrai est
1 ,000 : i5,88 ou
Il fallait choisir entre ces deux formes du rapport exact, et l'on a décidé de conserver la seconde. La raison essentielle de ce choix est que le nombre 16, adopté pour l'oxygène, avait en fait servi de base à toutes les déterminations et à tous les calculs relatifs aux poids de combinaison. Si l'on abandonnait 16 pour i5,88, il fallait changer tous les nombres établis par rapport à 16. Si, au contraire, on conservait pour l'oxygène le nombre 46, et si Ton prenait pour l'hydrogène le nombre i ,008 à la place de i , il n'y avait pas lieu de modifier tous les autres nombres, la valeur du poids de combinaison de l'hydrogène était seule affectée par le changement. On a donc adopté pour l'avenir le nombre 16 comme poids de combinaison de l'oxygène et comme base pour la fixation des poids de combinaison des autres éléments.
Précision de la loi des poids de combinaison. — Comme la loi des gaz n'est qu'une loi limite (p. s*4) et que nous avons fondé sur elle la loi des poids de combinaison, nous avons à nous demander quel est le degré de précision de cette dernière loi, et s'il faut la considérer elle aussi comme une loi limite.
L'expérience a montré que la loi des poids de combinaison est aussi exacte que la loi de la conservation du poids ; c'est-à-dire que, jusqu'à présent, on n'a pas trouvé de limite à sa précision.
Cela s'accorde avec le fait que la loi des poids de combinaison s'applicpie universellement, qu'il s'agisse de gaz ou de substances à un autre état physique. Nous l'avons déduite de la loi des volumes des gaz dans l'intérêt de la clarté intuitive, mais elle a été établie en fait par la voie de l'analyse chimique quantitative, des déterminations de poids.
Symboles et formules chimiques. — Comme loules les matières composées sont des combinaisons des éléments, on peut définir brièvement leur composition en indiquant les éléments dont elles procèdent. La désignation des éléments prend une forme très simple si F'on emploie pour chaque élément, non pas son nom, mais un signe abrégé facile à comprendre.
L'usage des procédés de ce genre est presque aussi ancien que les premiers écrits chimiques, car déjà, dans les plus anciennes productions des alchimistes, les plus importantes des substances en question sont représentées par des signes caractéristiques. L'emploi d'une langue symbolique persiste pendant tout le développement de la chimie. Mais les essais en ce sens, d'abord 1res variés, n'ont pris une forme durable qu'après que la loi des poids de combinaison eut cté découverte, et que Berzélius eut institué, pour la fixation des symboles, un système extrêmement simple et commode.
Auparavant tous les symboles avaient été choisis d'une façon plus ou moins arbitraire et n'offraient aucune prise à la mémoire. Berzélius déduisit les symboles des noms des éléments, en prenant pour symbole de chaque élément sa lettre initiale. Pour éviter la diversité des signes d'une nation à l'autre, il prit, pour les abréger, les noms latins ou grecs des éléments. Dans le cas fréquent où les noms de plusieurs c'déments commencent par la même lettre, on ajoute à la lettre initiale une seconde lettre caractéristique.
C'est de cette façon qu'ont été établis les symboles indiqués dans le Tableau des pages 1 ^o et i ^ i .
Les premiers symboles chimiques avaient seulement un sens qualitatif; la loi des poids de combinaison permet de leur donner en outre un sens quantitatif. Ce sens consiste en ce que le symbole de chaque élément représente un poids de combinaison de cet élément. La lettre O, symbole de Toxygène, représente non pas simplement Toxygène, mais 16 parties d'oxygène.
Comme les combinaisons des éléments entre eux ont lieu suivant les poids de combinaison ou des multiples entiers de ces poids, il suffit, pour indiquer la composition qualitative et quantitative d'une combinaison, d'écrire les symboles des éléments qui y entrent et les facteurs par lesquels il faut multiplier leurs poids de combinaison respectifs. Pour plus de commodité, on a adopté l'usage d'écrire les facteurs près de chaque élément comme des exposants ou comme des indices. Le fait que l'eau est composée de deux poids de combinaison d'hydrogène et d'un poids de combinaison d'oxygène se représente par la formule H-0 ou H2O; on sous-entend, suivant
l'usage, le facteur i . Celle formule exprime que l'eau comprend, en poids, 2 X 1 ,008 parties d'hydrogène el i X 16,000 parties d'oxygène, qu'elle contient ces éléments et n'en contient pas d'autre.
Pour les matières dont on peut déterminer la densilé à l'élat gazeux et le poids molaire, il est d'usage d'écrire la formule de telle manière qu'elle représente un poids molaire de la substance considérée. Comme, suivant nos principes, les poids de combinaison des éléments sont choisis de telle manière qu'un poids molaire contienne toujours un nombre entier de poids de combinaison, il est toujours possible d'établir des formules correspondant au poids molaire, sans recourir à des fractions des poids de combinaison. Ces formules donnent aussi la densité de vapeur des matières considérées, puisque le poids molaire est proportionnel à cette densilé.
Équations chimiques. — Étant données la loi de la conservation du poids et la loi de conservation des éléments (p, 72), on peut représenter les phénomènes chimiques par des équations dans lesquelles les matières sont désignées par leurs symboles. Ces deux lois indiquent : premièrement que, dans les deux membres de l'équation, les poids doivent être égaux, et, deuxièmement^ que de chaque colé doivent se trouver les mêmes éléments, avec le même nombre de poids de combinaison. Au contraire, la façon dont les éléments sont unis entre eux peut varier d'un membre à l'autre.
Ainsi, la formation de l'eau par combinaison du gaz oxygène et du gaz hydrogène est représentée par l'équation suivante :
Il est d'usage d'écrire les équations en plaçant à gauche du signe = les matières qui servent de point de départ et à droite les produits de la réaction. Le fait qu'à une température très élevée l'eau se décompose en ses éléments serait représenté par l'équation
Comme on le voit, quand plusieurs poids de combinaison des substances considérées prennent part à la réaction, on écrit les facteurs correspondants avant la formule, tandis que les facteurs des éléments dont il existe plusieurs poids de combinaison dans un même composé (c'est le cas de l'hydrogène dans l'eau) s'écrivent en indices
Si, comme il arrive fréquemment, on veut que les formules indiquent en même temps les poids molaires des matières considérées,
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îl faul le plus souvent écrire Téquation d'une manière un peu plus différente. Les poids molaires de l'hydrogène et de l'oxjgène contiennent deux poids de combinaison de ces éléments ; il faut donc écrire
Une équation de ce genre, étant donnée la signification du poids molaire, permet en même temps de connaître les rapports de volume des gaz qui réagissent. Celle que nous venons d'écrire indique immédiatement qu'un volume d'oxygène et deux volumes d'hydrogène donnent deux volumes de vapeur d'eau.
Actuellement, on ne distingue par aucune marque spéciale les formules qui représentent des poids molaires de celles qui n'indiquent que des poids de combinaison. C'est là une véritable imperfection. Dans le présent ouvrage, d'une façon générale, on donnera dans les équations les poids molaires, s'ils sont connus.
L'hypothèse atomique. — Pour représenter les lois simples et générales que suivent au point de vue du poids et du volume les combinaisons chimiques, il existe une conception hypothétique, mise en usage dès l'époque de leur première découverte, et qui, en donnant une image très commode des relations constatées, rend de grands services à l'enseignement et aux recherches scientifiques. En raison de son importance, cette hypothèse est devenue la base de la langue et des idées chimiques; les résultats des recherches chimiques ont été exposés presque exclusivement dans le langage ainsi constitué, et, pour cette raison seule, il serait déjà nécessaire de la connaître.
D'une manière générale, une hypothèse est un moyen de représenter les choses. Parmi les phénomènes extérieurs, il en est qu'une expérience continuelle nous rend si familiers que nous en connaissons tous les aspects avec une grande sûreté.
Quand nous trouvons une classe nouvelle de phénomènes qui ne nous sont pas familiers, nous cherchons involontairement des faits comparables parmi ceux que nous connaissons bien. Si nous réussissons à établir une analogie, cela présente pour nous deux avantages. D'abord, cette analogie aide singulièrement la mémoire à conserver ces faits nouveaux. En second lieu, elle fournit un moyen de former des notions vraisemblables sur ce que deviennent ces phénomènes dans des conditions où on ne les a pas encore étudiés.
Un groupe de faits bien connus, analogues aux faits mal connus, constitue le fondement de l'hypothèse. Comme de tous les phénomènes, les phénomènes mécaniques nous sont les plus familiers, la
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plupart des hypothèses sont des représentations mécaniques de phénomènes non mécaniques.
L'hjpothèse dont il s'agit ici présente ce caractère. On w explique » les rapports de poids dans les phénomènes chimiques par une certaine supposition sur la constitution mécanique des matières.
Cette supposition consiste à considérer toutes les substancescomme composées de très petites particules ou atomes. Les atomes de tout élément sont semblables entre eux, simples, et didérents des atomes des autres éléments. Les atomes d'un composé chimique sont semblables entre eux, et composés des atomes des éléments dont le concours donne naissance à ce composé.
De ces suppositions résultent immédiatement les lois des combinaisons chimiques. La similitude parfaite des atomes ou des groupes «l'atomes qui constituent une substance déterminée fournit une image pour la loi de la fixité des propriétés de chaque substance. La diversité essentielle des atomes des divers éléments figure l'impossibilité de transformer les éléments les uns dans les autres; et Thypothèse que dans les combinaisons les atomes des éléments subsistent et changent seulement de mode de groupement, figure le rapport constant entre les di\ers dérivés d'un même élément.
Les lois quantitatives des combinaisons trouvent leur image dans les mêmes hypothèses. Comme tous les atomes d'un élément déterminé sont semblables, il y a lieu d'admettre qu'ils sont égaux en poids. Quand donc deux ou plusieurs atomes distincts s'unissent d'une manière déterminée pour former une combinaison, le nombre et la nature des atomes élémentaires déterminent les rapports de poids suivant lesquels la combinaison a lieu. Enfin, comme toutes les combinaisons sont considérées comme des assemblages d'atomes élémentaires, leurs poids de combinaison doivent être représentés par la somme des produits de chaque espèce d'atome par le nombre des atomes de cette espèce dans la combinaison. I^e poids de combinaison d'un élément devient, dans ce mode de représentation, le poids d'un atome, et l'expression ^o«V/5 atomique est uni\ersellement employée dans le sens de poids de combinaison.
A tous ces points de vue, l'hypothèse atomique a été un instrument très utile pour la théorie et la recherche, en ce qu'elle a beaucoup facilité l'intelligence et l'emploi des lois générales. Mais il ne faut pas se laisser entraîner par l'accord existant entre l'image et la réalité à confondre l'une avec l'autre. Dans le domaine jusqu'à présent étudié, les phénomènes chimiques se passent comme si les matières étaient composées d'atomes de la façon que nous avons
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exposée. Mais il résulte de là tout au plus, quant à l'existence de ces atomes, une possibilité et nullement une cer/Z^^/rf^. Car il est impossible de démontrer qu'une hypothèse tout autre ne permettrait pas de déduire aussi parfaitement les lois des combinaisons chimiques.
Ce ne sera donc pas renoncer à l'usage de l'hypothèse atomique que de se rappeler toujours que cette hypothèse représente les relations expérimentales par une image commode et facile à manier, mais qu'il n'est pas légitime de la substituer aux faits eux-mêmes. 11 faut X toujours s'attendre à ce que la réalité se comporte tôt ou tard autrement que son image ne le fait prévoir.
En particulier, quand des considérations quelconques, bien fondées, conduisent à des résultats contradictoires avec l'hypothèse atomique, on n'a pas le droit de les regarder pour cela comme fausses. La faute peut très bien être du côté de j'hypothèse atomique ellemême.
C'est Dalton qui, en i8o5, a institué l'hypothèse atomique telle que nous venons de l'exposer; la vérification de sa conséquence la plus importante, la loi des poids de combinaison, a été exécutée par Berzélius (p. 167). Le parfait accord de cette loi avec l'expérience a donné à l'hypothèse beaucoup d'autorité, et lui a assuré un emploi universel, au point que même aujourd'hui elle règne en Chimie d'une façon presque exclusive.
Dans le présent ouvrage, on ne s'écartera sur aucun point essentiel de cet usage général. Cependant il serait assurément conforme à l'intérêt de la science d'observer à cet égard plus de réserve, et c'est pourquoi on a tenu ici à être aussi sobre que le permet la langue chimique actuelle dans l'emploi des expressions qui dérivent de l'hypothèse atomique.
L'hypothèse moléculaire. — De même que les lois pondérales, les lois relatives aux volumes dans les réactions entre gaz ont donné lieu à des hypothèses mécaniques, qui ont joué dans le développement de la chimie un rôle analogue à celui de l'hypothèse ^tomique, quoique moins important.
Comme les gaz se combinent à volumes égaux, ou multiples les lins des autres, l'hypothèse la plus naturelle consiste à admettre que des volumes égaux des divers gaz contiennent le même nombre d'atomes. Effectivement on a commencé par faire cette hypothèse.
Mais elle ne s'accorde pas avec ce fait que deux volumes d'hydrogène et un volume d'oxygène donnent deux volumes de vapeur d'eau. En effet, soit N le nombre des atomes dans l'unité de volume; si l'on O. 12
admet, ce qui est logique, que la loi générale s'applique à la vapeur d'eau, N atomes d'oxygène et 2N atomes d'hydrogène devraient donner 2 N atomes d'eau, et ainsi chaque atome d'eau contiendrait la moitié d'un atome d'oxygène.
Cette difficulté n'est pas la seule de ce genre; il s'en présente d'analogues dans presque tous les cas de combinaison entre des gaz.
Pour éviter la contradiction, on a été obligé de distinguer entre les atomes et les plus petites particules des gaz. En supposant que ces parties ultimes, que l'on appelle molécules, sont composées de plusieurs atomes, on peut représenter d'une façon satisfaisante les rapports de volume des gaz.
De l'examen de tous les cas connus il résulte qu'on peut s'arrêter à une hypothèse très simple. En admettant que dans les gaz élémentaires, par exemple l'oxygène et l'hydrogène, les molécules sont *■*** composées de deux atomes, on peut déjà éviter la contradiction signalée. Pour d'autres éléments, d'autres hypothèses sont à certains égards nécessaires; elles seront exposées en temps utile.
D'après cette hypothèse, des volumes égaux de différents gaz ne contiennent pas le même nombre d'atomes, mais le même nombre de molécules. Supposons les molécules d'oxygène et d'hydrogène composées, comme nous l'avons dit, de deux atomes chacune, et soit N le nombre des molécules (et non des atomes) dans l'unité de volume, on a le compte suivant :
Un volume d'oxygène contient N molécules, par conséquent, 2N atomes. Il forme avec deux volumes d'hydrogène (soit 4N atomes) deux volumes de vapeur d'eau, qui doivent contenir 2 N molécules d'eau. Si l'on admet que chaque molécule d'eau contient un atome d'oxygène et deux atomes d'hydrogène, les atomes énumérés forment exactement 2N molécules de vapeur d'eau, et les faits sont bien représentés par l'hypothèse.
L'hypothèse des molécules est par rapport à la notion du poids molaire, que nous avons introduite antérieurement en la fondant sur la loi de Gay-Lussac (p. io5 et 169), ce qu'est l'hypothèse atomique par rapport à la notion du poids de combinaison. Au point de vue de l'hypothèse moléculaire, le poids molaire devient le poids relatif d'une molécule on poids moléculaire. Car si l'on admet que des volumes égaux des différents gaz contiennent tous le même nombre de molécules, les poids des diverses molécules doivent être entre eux comme les poids de volumes égaux des différents gaz, c'est-à-dire comme les densités ou les poids molaires.
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La règle suivant laquelle les poids normaux ne doivent contenir que des nombres entiers de poids de combinaison prend cette forme intuitive, qu'il n'y a pas de fractions d'atomes dans les molécules.
On se sert universellement de l'expression poids moléculaire pour désigner le poids molaire que nous avons précédemment défini. On peut se servir de ce terme indépendamment de l'hypothèse dont il dérive, pour> u qu'on se rappelle qu'il exprime une relation de fait, la densité du gaz considéré.
L'hypothèse que nous venons d'expliquer a été formulée par Avogadro et Ampère presque simultanément, en 181 1 et 181 2. On appelle quelquefois loi d'A\>ogadro l'hypothèse suivant laquelle des volumes égaux de gaz contiennent le même nombre de molécules. Cela pourrait induire en erreur, car une hypothèse n'est jamais une loi. On peut appeler cette hypothèse \ej>ostulat d'Avogrado. La loi qui est à la base de ces considérations est celle que Gay-Lussac a découverte, la loi des rapports entiers des volumes dans les réactions chimiques entre gaz.
Action du sodium sur l'eau. — La réaction entre le sodium et l'eau produit différents effets, parmi lesquels nous n'avons étudié jusqu'à présent que le dégagement de l'hydrogène provenant de l'eau (p. 99). Il nous faut passer à l'étude des autres produits de cette réaction.
Tout d'abord l'eau qui a servi à la réaction conserve son aspect extérieur; la substance qu'a formée le sodium doit donc être soluble dans l'eau et donner une solution incolore. La présence d'une substance nouvelle se traduit par la saveur de l'eau, qui a un goût de savon désagréable, et par des réactions que l'eau pure ne présente pas. Une des plus frappantes de ces réactions est le changement de couleur de certaines matières. Un papier coloré en violet par le tournesol (matière colorante qu'on tire des lichens) devient instantanément bleu si on l'asperge du liquide obtenu. Un papier incolore, mais contenant de la matière colorante artificielle appelée phénolphtaléine (cette sorte de papier est employée par les électriciens, sous le nom de papier indicateur de pôles, pour déterminer la direction du courant électrique dans un conducteur), se colore en rouge pourpre, et un papier coloré en jaune par le curcuma, couleur végétale, devient rouge brun.
Ce qui se passe lors de ces changements de couleur ne pourra être expliqué que dans la suite de cet ouvrage; pour le moment, ils nous servent à caractériser la matière obtenue.
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CIIAPITHE Vil.
Pour obtenir cette matière à l'état de pureté, il faut la débarrasser de Feau dans laquelle elle est dissoute. On y parvient en chauffant la solution jusqu'à Tébullition; alors l'eau passe à l'état de vapeur et s'échappe, tandis que la matière dissoute, qui n'est pas volatile, reste dans le récipient.
Ce procédé, employé d'une manière générale pour préparer les matières en solution quand elles ne sont pas volatiles ou le sont peu, s'appelle procédé par évaporation. Les appareils dont on se sert varient suivant l'importance de l'opération, mais ils ont tous ce caractère d'avoir une forme qui rend aussi grande que possible la surface libre du liquide à vaporiser. En elfet, la vitesse de vaporisation, c'est-à-dire la quantité vaporisée dans l'unité de temps, croît, toutes choses égales d'ailleurs, proportionnellement à la surface de vaporisation.
Fig. 57.
Soude. — En évaporant la solution produite par l'action du sodium sur l'eau, on obtient une matière blanche, solide à la température ordinaire, mais qui fond facilement et qui se redissout au contact d'une petite quantité d'eau. C'est la même matière qui nous a ser\i, dans l'expérience décrite page 44 î » retenir les vapeurs et les gaz résultant de la combustion. Si, en effet, on dissout dans l'eau un peu de cette matière, le liquide donne avec les colorants les mêmes réactions que la solution obtenue par l'action du sodium sur Feau.
Cette matière, outre le sodium, doit contenir de l'oxygène, puisqu'elle a été produite par la combinaison du sodium et de l'eau
avec dégagement d'hydrogène; elle doit contenir l'oxygène auparavant combiné avec l'hydrogène qui s'est dégagé. Mais il n'est pas nécessaire qu'elle soit composée uniquement de sodium et d'oxygène; elle peut aussi contenir de l'hydrogène provenant de l'eau.
Effectivement elle contient encore de l'hydrogène, comme le démontre l'expérience suivante : on mélange un peu de cette matière avec du fer finement pulvérisé et l'on chauffe ce mélange dans un petit tube en verre résistant (yî^. 5^), fermé par un bouchon que traverse un autre petit tube effilé. Bientôt il se dégage à l'extrémité de ce tube un gaz inflammable qui est de l'hydrogène, car un verre froid, placé au-dessus de la flamme, se
recouM-e de goullelettes d'eau (*). Comme le fer, étant un étémeni, ne contient pas d'hydrogène, Fliydrogène qui se dégage provient de la substance que nous étudions.
L'analyse exacte de cette substance montre qu'elle est composée de sodium, d'hydrogène et d'oxygène dans les rapports de poids suivant : 23, o5 de sodium pour 1,01 d'hydrogène et 16,00 d'oxygène, tille contient donc le même nombre de poids de combinaison d'hydrogène que d'oxygène. Le poids de combinaison du sodium a été d'autre part trouvé égal à 23, o5; le symbole du sodium étant Na, la formule qui répond à cette combinaison est NaOH. Dans la langue chimique on l'appelle hyr/raie de sodium ou, plus brièvement, soude.
Le terme d'hydrate (en allemand hydroxyd) a pour but d'indiquer que, outre l'hydrogène, la combinaison renferme encore de l'oxygène.
Il existe beaucoup de composés constitués de la même manière que l'hydrate de soude, c'est-à-dire renfermant, à côté d'un métal, de l'oxygène et de l'hydrogène en nombres égaux de poids de combinaison. Presque tous les métaux peuvent former des composés de ce genre. Ils ont des propriétés communes qui tiennent à ce qu'ils renferment tous ces deux éléments; pour la commodité, on a donné un nom spécial à cette catégorie de substances, et aussi une désignation propre au groupe OH. On appelle ces composés des hases et le groupe OH hydroxyle. Les bases sont donc des combinaisons de métaux et d'hydroxyle.
Dans ces combinaisons, ce n'est pas toujours un groupe hydroxyle qui correspond à un poids de combinaison du métal. On a souvent été amené à fixer les poids de combinaison de telle manière que, à un poids de combinaison du métal, s'unissent deux, trois ou même quatre groupes hydroxyles. Les hydrates ou bases ont alors pour formules
M(OH)î, M (OH)', M(OH)S
dans lesquelles M représente un métal. On appelle ces métaux et les hydrates qui en proviennent bivalents, trivalents^ quadrivalents. Toutes les bases, dans la mesure où elles sont solubles dans l'eau, se comportent comme la soude à l'égard des réactifs colorés. Ces réactions ne sont donc pas dues aux différents métaux dont les bases proviennent, mais à Fhydroxyle qui leur est commun.
(') La flamme de l'hydrogène est généralement teintée de juanc, pour les raisons indiquées page 100.
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l82 CHAPITRE VII. — EAU.
Matières déliquescentes. — Quand on fait évaporer des solutions de soude, on constate que les derniers restes de l'eau disparaissent difficilement; cela tient à ce que la tension de vapeur des solutions pauvres en eau est beaucoup plus faible que celle de Teau pure.
Inversement, la soude débarrassée de son eau a la propriété de devenir humide au contact de Tair. La vapeur d'eau contenue dans l'air se condense sur la soude (p. i47)î q^î fii^i^^ P^r avoir absorbé assez d'eau pour se transformer en une solution. On dit pour cette raison que la soude est une matière déliquescente.
La déliquescence n'est pas caractéristique de la soude; beaucoup de substances très solubles présentent la même propriété. La condition de la déliquescence est que la matière considérée forme une solution dont la tension de vapeur soit plus petite que la tension moyenne de la vapeur d'eau dans l'air. Alors la matière enlève de l'eau à l'air humide jusqu'à ce que la tension dans l'air et celle de la solution produite soient égales. Si l'air se renouvelle, par exemple, si les substances se trouvent dans des récipients ouverts, le phénomène ne s'arrête que quand il s'est formé une solution dont la tension de vapeur est égale à celle de l'air.
Comme la tension moyenne de la vapeur d'eau dans l'air est comprise entre i^et-^de la tension maxima, sont déliquescentes toutes les substances qui peuvent former des solutions dont la tension de vapeur soit inférieure à 0,6 de celle de l'air à la même température.