DE L'ACIDE PHOSPHOREUX
de l oxygène el le transforme en acide sulfureux ; il se dépose du soufre, taudis que dans les mêmes circonstances l’acide phosphoreux ne donne point de dépôt de soufre.
Lorsqu’il se combine aux bases , celles-ci ne déplacent qu’un équivalent d’eau , en sorte qiie les hypophosphites ont pour composition géné-r raie MO, Ph 0,2 HO.
(imposition. D’après Wurtz, cet acide serait composé d’un radical formé de 2 équivalents de phosphore, de 4 d’hydrogène, et de 3 équivalents d’oxygène J Ph^, 0^. M. Kose combat cette manière de voir, et donne pour composition à l’acide hypophosphoreux Ph 0. {Annales de chimie et de phys., 1843.) Quoi qu’il en soit, il contient en poids 80 de phosphore et 20 d’oxygène.
Préparation. On met dans de l’eau du phosphure de baryum pulvérisé (composé de phosphore et de baryum) , et l’on obtient du phosphate de insoluble , de l’hypophosphite et du phosphure d’hydro¬
gène gazeux. Il est évident que l’eau est décomposée ; l’oxygène forme avec le phosphore deux acides et de la baryte avec le baryum , tandis que l’hydrogène se dégage à l’état de phosphure d’hydrogène gazeux ; on filtre la liqueur, qui ne contient que l’hypophosphite de baryte , et on y verse de l’acide sulfurique étendu d’eau ; la baryte est précipitée à l’état de sulfate, et l’acide hypophosphoreux reste en dissolution : on le concentre par l’évaporation.
DK li’ ACIDE PBOSPHOptEIJX.. Ph 0^. Équivalent = 700.
Acide phosphoreux anhydre. Il est blanc, solide et voIatU ; il absorbe rapidement l’oxygène et passe à l’état d’acide pho^horique. Une température peu élevée suffit pour l’enflammer. Il espoluble dans l’eau.
Acide phosphoreux hydraté = PHO®, 3 HO. Il est incolore, inodore, très-sapjde, fortement acide, et çristallisable en parallélipipèdes transparents. A l’air il s’oxyde très-lentemetft et passe à l’état d’acide phosphprique : ce phénoniène a lieu plus promptement si l’acide est étendu
de beaucoup d’eau. Il est soluble dans ce liquide.
Ca^axtères distinctifs. 1“ La chaleur agit sur lui comme 'sur l’acide hypophosphoreux; 2° il décolore le sulfate rougBfe manganèse, surtout à chaud; 3° il précipite l’azotate d’argent en rOTwqui passe bientôt au noir. 4° Il forniie avec les oxydés métalliques des phosphîtes, sels par-
, ticuliers distincts des pho^l^s et des^ pas tous solubles : ai]||^HBron le ven
^phosphites, et qui ne sont Üins l’eau de baryte, il pro¬
duit un précipit
sphite de baryte , ce qui le distingue de
184 PREMIÊBE PARTIE.
Tacide hypophosphoreux pur. 5° Il ne donne point de soufre quand on le chauffe avec de l’acide sulfurique.
Lorsqu’on le combine aux bases, il produit des sels qui retiennent tous un équivalent d’eau , d’où il suit que deux équivalents seulement sur trois peuvent être chassés par les bases (Wurlz).
II est sans usages.
Il est formé de 57,14 de phosphore et de 42,86 d’oxygène.
Préparation de l’acide anhydre. On chauffe légèrement du phosphore dans un tube de verre effilé, où l’on fait passer lentement un courant d’air atmosphérique, de manière que l’oxygène ne soit jamais en excès; l’acide phosphoreux vient se condenser dans la partie froide du tube. Pour obtenir l’acide phosphoreux hydraté, on prend du protochlorure de phosphore (voy. page 79 ) , on le met dans l’eau , et il se forme de l’acide chlorhydrique et de l’acide phosphoreux; d’où il suit que l’eau est décomposée; l’oxygène se porte sur le phosphore, et l’hydrogène s’unit au chlore ; on fait évaporer le mélange jusqu’en consistance sirupeuse, puis on place la liqueur sous le récipient de la machine pneumatique; tout l’acide chlorhydrique se dégage, et l’acide phosphoreux reste pur; souvent même il est cristallisé, et alors il peut être représenté par PH03, 3 HO.
Ph C13 3 HO 3 HCl - Ph 03
ProtocUor. de phosphore. ’ Eau. A. chlorhydrique. ’ * A. phosphoreux. ’
M. Droguet a proposé de faire arriver un courant de chlore gazeux dans un long tube rempli d’eau distillée, dont le cinquième inférieur est occupé par du phosphore {Journ. de chimie médicale, mai 1828); mais en agissant aiœi , on court risque, pour peu que le chlore soit en excès , de transfdrjnw l’acide phosphoi'eux en acide phosphorique.
DE E’ACXDE BYPOPE^SPHORIQIIE. Ph O*, 2 Ph O®.
L’acide désigné sous les noms d’acide hypophosphorique ou phosphatique peut être considéré comme une combinaison de deux équivalents d’acide phosphoricme et d’un équivalent d’acide phosphoreux ; car, mis en contact avec te^Bses , il donne pour produit des phosphates et des phosphites. On ll^répare en introduisant dans un certain nombre de petits tubes de verre de ne^^ cylindres de phosphore placés dans un entonnoir, supporté lui-i^^Kar un fj^B^^^couvert d’une cloche mal fermée, afin de perm J^^l’air renouveler avec
facilité. Peu à peu le phosphore brûle; phosphoreux
DE l’acide phosphoriqce. 185
et phosphorique qui , combinés avec une certaine quantité d’eau , coulent sous forme d’un sirop dans l’intérieur du flacon placé sous l’entonnoir.
DE L’ACIDE PHOSPHORIOCE. Ph 0^ Équivalent = 9(X>.
L’acide phosphorique n’a jamais été trouvé pur dans la nature ; il y existe souvent combiné avec des oxydes métalliques, par exemple dans les phosphates de chaux, de plomb, etc., dans les os. Il est anhydre ou hydraté; mais selon les quantités d’eau qu’il contient, il offre des propriétés très-remarquables.
Acide anhydre. Lorsqu’on veut l’obtenir anhydre, il suffit de porter le phosphore à une températuè^ rouge sur un des points de sa surface , au contact de l’oxygène sec ou de l’air également sec, pour qu’il absorbe de suite la plus grande quantité d’oxygène qu’il puisse prendre. Pour cela on introduit un fragment de phosphore desséché dans une soucoupe de porcelaine que l’on place sous une cloche disposée sur la cuve à mercure et renfermant de l’air ou de l’oxygène desséché à l’aide d’un morceau de chaux vive. On enflamme le phosphore, et aussitôt des vapeurs blanches d’acide phosphorique viennent tapisser les parois de la cloche sous forme d’une neige légère , d’une grande blancheur. Il se produit eu outre une lumière très-vive et une haute température.
Ainsi préparé, cet acide est très-avide d’eau; car il tombe presque instantanément en deliquium à l’air, et si on le projette par petites parties dans ce liquide , il fait entendre le même bruit que produirait un fer rouge que l’on y plongerait; on tire même souvent parti, dans les laboratoires, de cette avidité pour l’eau pour dessécher des corps qui ne pourraient l’être par un autre moyen. Il se volatilise à une température blanche sans se décomposer. Le charbon lui enlève son oxygène à une température élevée (voy, p. 187 j. Il est assez énergique pour déplacer l’acide sulfurique de ses combinaisons à une température élevée. Lorsqu’on le chauffe avec l’acide sulfurique monohydraté, il le déshydrate et donne de l’acide sulfurique anhydre.
Dissous dans l’eau, il constitue l’acide hydraté, susceptible de crislalliser si on l’évapore, et de former l’acide trihydrat^h 0^, 3 HO.
Généralités sur les acides hydratés. L’acide phosphorique hydraté ne contient pas toujours la même quantité d’eau ; combiné avec trois équivalents de ce liquide, il constitue l’acide phosphorique le plus anciennement connu = Ph 0® 3 HO ; avec deux équivalents, il forme l’acide pyrophosphorique = Ph 0^, 2 HO ; enfin, s’il ne contient qu’un équivalent
d’eau, il est désigué sous le nom d’acide métaphosphorique=tPh O*, HO.
Ces acides sont caractérisés par des capacités de saturation différentes et proportionnelles à re.au qu’ils renferment , ainsi ils produisent avec les Éîises les séries salines suivantes :
L’acide trihydraté. . . MO“, Ph O® = métal avec 3 équivalents d’oxygène. L’acide bihydraté. . . MO’*, Ph O® = id. avec 2 id.
L’acide monohydraté . MO, Ph O® = id. avec 1 id.
Ils ont une grande tendance à prendre autant d’équivalents de base qu’ils contiennent d’équivalents d’eau; cependant ces bases peuvent être remplacées en partie par de l’eau, qui paraît remplir, dans les sels, le même rôle qu’un oxyde métallique; aîiÆ les phosphates et les pyrophosphates peuvent être représentés par jls formules suivantes (Graham et Liehig) :
/ Ph O® MO® I ' / pj^ Q5 jjQj
Phosphates | Ph O® MO*, HO | Pyrophosphates |
Ainsi le phosphate d’argent, qui est anhydre, contient trois équiva lents d’oxyde, tout comme l’acide phosphorique renferme trois équivalents d’eau ; le phosphate de soude contient deux équivalents de soude et un équivalent d’eau, ce qui représente trois équivalents de base (l’eau étant considérée comme basé). Les pyrophosphates ne renferment que deux équivalents de base , et les métaphosphates un seul , tout comme les acides pyrophosphorique et métaphosphorfque ne contiennent, lé premier que deux équivalents d’eau, et le dernier qu’un seul.
Aeide phosphorique trihydraté. II cristallise en prismes rhomboïdaux, transparents , incolores , inodores , très-sapides, rougissant fortement le tournesol. Calciné dans un creuset de platine, il fond, se vitrifie, perd deux équivalents d’eau, et se trouve réduit â l’état d’acide métaphosphorique = Ph 0^, HO, contenant 11,2 pour cent d’eau. Ce verre peut absorber deux équivalents d’eau , et passer à l’état d’acide trihydraté; si l’on emploie moins d’eau, et qu’il n’en prenne qu’un équivalent, il se trouve changé en acide bihydraté (acide pyrophosphorique).^
V acide trihydraté se volatilise à une température plus élevée , même dans des cornues de grès, d’après Javal. ■
Lorsqu’on l’humecte légèrement, et qu’on le soumet à l’âction de la pile électrique, il est décon^osé en oxygène et en phosphore, qui se rendent, le premier au pôle positif, et le dernier au pôle négatif.
Le gaz oxygène, le soufre, le sélénium, le chlore, le brome, Yiode, le phosphore et Vazote, n’exercent aucune action sur lui.
DE l'acide FHOSPHORIQüE, 187
Le charbon lui enlève son oxygène à une température élevée, et il eu résulte du gaz acide carbonique, du gaz oxyde de carbone, du carbure et du phosphure d’hydrogène, ainsi que du phosphore, qui s’enflamme comme je l’ai dit en parlant de la préparation du phosphore ; d’où il suit qu’il y a de l’eau décomposée. Une portion du phosphore mis à nu attaque le platine du creuset dans lequel on fait l’expérience et donne du phosphure de platine; il y a toutefois une portion d’acide phosphorique qui échappe à l’action du charbon et qui se volatilise.
Si l’on fait passer du gaz hydrogène à travers un tuyau de porcelaine incandescent contenant de l’acide phosphorique, celui-ci est décomposé : il se forme de l’eau, du phosphure d’hydrogène, et il y a du phosphore mis à nu.
Exposé à {'air atmosphérique , l’acide phosphorique floconneux et celui qui a été vitrifié attirent rapidement l’humidité et deviennent liquides s’ils sont purs ; il n’en est pas de même lorsque l’acide vitrifié renferme de la chaux ; dans ce cas, il absorbe lentement l’humidité.
Une partie d^eau peut dissoudre 4 à â parties d’acide phosphorique , qui porte alors le nom d'acide liquide ; cette dissolution , si elle est concentrée et soumise à l’influence du froid, peut cristalliser en prismes rhomboïdaux. Il est également soluble dans l’alcool. Les oxydes et les acides étudiés précédemment n’exercent sur lui aucune action chimique.
Caractères distinctifs. 1° Il est décomposé par le charbon, et donne du phosphore. 2° Si on verse dans l’eau de chaux une goutte d’acide phosphorique liquide, il se produit du phosphate de chaux blanc, insoluble dans l’eau, soluble dans une petite quantité du même acide. 3® Il ne précipite pas l’azotate d’argent. Uni à la soude ou à la potasse , il précipite ce sel en jaune; mais le précipité, qui est du phosphate d’argent’ serait du pyrophosphate blanc , si l’acide avait été récemment calciné: Dans cette expérience, le phosphate de soude = Na t)^, Ph 0^, HO perd l’équivalent d’eau et passe à l’état de pyrophosphate = Na 0^, Ph 0^. 4® Quand il n’a pas été calciné, loin de précipiter l’albumine, il dissout celle qui a été- coagulée ; tandis que, lorsqu’il a été .chauffé et ramené à l’état d’acide métaphosphorique, il la précipite avec tant d’affinité qu’il devient le meilleur réactif de ce corps. 5° Si l’on verse du molybdate d’ammoniaque en excès sur la dissolution d’un phosphate soluble , et quel’on ajoute de l’acide chlorhydrique ou azotique jusqu’à ce. que- l’acide molybdique précipité soit redissous , la liqueur jaunit et laisse déposer bientôt après un précipité jaune, modification particulière de l’acide nzolybdique; ce précipité, soluble dans l’ammoniaque et même dans un
excès de phosphate , ne se produit qu’en présence de l’acide phospho-
rique.
L’acide phosphorique est formé de 44,44 de phosphore et de 55,56 d’oxygène.
Usages. On emploie quelquefois l’acide phosphorique dans l’analyse des pierres gemmes. Il a été administré dans la carie vénérienne , dans la phthisie pulmonaire, et dans les cas d’épuisement par l’abus des plaisirs vénériens ; mais il faut de nouvelles et nombreuses observations pour adopter l’opinion de Lentin , qui le regardait comme un excellent médicament dans ces maladies; on en donne 20 à 25 gouttes par jour dans un verre d’eau sucrée.
Préparation. 1" On transforme le phosphore en acide phosphorique au moyen de l’acide azotique étendu d’eau; pour cela on introduit dans une cornue de verre à laquelle on adapte un récipient bitubulé une partie de phosphore coupé en petits fragments, et 6 parties d’acide à 20 degrés de l’aréomètre de Baumé; l’une des tubulures est fermée avec un bouchon percé d’un trou dans lequel passe un tube de verre droit qui donne issue au gaz; l’autre reçoit le col de la cornue ; on met quelques charbons rouges sous la cornue, et l’on ne tarde pas à observer que l’acide azotique est décomposé; son oxygène se porte sur le phosphore, et il se dégage du gaz bioxyde d’azote ou du gaz azote ; on ajoute des charbons incandescents si l’opération se ralentit, on en l'etire au contraire si elle marche avec trop de rapidité. Aussitôt que le phosphore a disparu et que la liqueur a acquis la consistance sirupeuse, on la verse dans un creuset de platine et on la chauffe jusqu’au rouge brun pour en dégager tout l’acide azotique. L’acide phosphorique ainsi obtenu renferme toujours, d’après Barruel, de l’acide silicique qu’il a enlevé au verre, et il en contiendrait beaucoup plus si, vers la fin de l’opération, on n’eût pas substitué le vase de platine à la cornue de verre. 2“ On décompose le phosphate de baryte par de l’acide sulfurique faible , en proportion telle qu’il enlève toute la baryte ; il se produit du sulfate de baryte insoluble, et l’acide phosphorique reste en dissolution. 3° On peut encore obtenir cet acide en traitant les os calcinés par l’acide sulfui'ique. (Voy. Phosphate de chaux.)
DE E’ACIDE PTROPHOSPHORI9IIÈ. Ph 0% 2 HO.
Il est vitreux et cristallisable. Sa dissolution aqueuse se transforme, au bout d’un certain temps, en acide phosphorique trihydralé Ph 0^, 3 HO; elle ne précipite ni l’albumine ni les sels de baryte; les pyrophosphates
DE l’acide métaphosphorique. 189
précipitent les sels d’argent en blanc. Il présente, d’après Rose, deux modifications isomériques.
Préparation. On calcine le phosphate de soude pour le transformer en pyrophosphate; on traite la dissolution aqueuse de celui-ci par l’acétate de plomb, qui donne du pyrophosphate de plomb insoluble, lequel, après avoir été lavé , est décomposé par l’acide sulfhydrique en acide pyrophospliorique, en eau et en sulfure de plomb.
UE E’ACIDE MÉTAPaOSPHOItlOCE. Ph O®, HO.
11 est vitreux, incristallisable ; il s’hydrate peu à peu au contact de l’eau, et passe d’abord à l’état d’acide pyrophosphorique, puis d’acide phosphorique. Il précipite l’albumine, les sels de baryte et les sels d’argent. On l’obtient soit en calcinant fortement l’acide trihydraté ou le phosphate d’ammoniaque, soit en décomposant par l’acide sulfhydrique le jnét^iosphate de plomb. Il offre, d’après Rose, trois isomériques.
Bcisamé sur les trois acides PhO®.
Si l’on prend l’acide anhydi-e, et qu’on lui donne un équivalent d’eau, on le transforme en acide métaphosphoi'ique PhO®, HO; si on lui en donne deux, il devient acide pyrophosphorique = Ph 0®, 2 HO ; enfin, si on lui en fait prendre trois, il passe à l’état d’acide phosphorique = Ph05,3H0.
Si l’on calcine l’acide trihydraté cristallisé , et qu’on lui fasse perdre un équivalent d’eau, il devient acide pyrophosphorique = Ph 0®, 2 HO; si on lui en fait perdre deux, il se transforme en acide métaphosphorique = Ph 0^ , HO.
Ph05, 3 HO, ne précipite pas l’azotate d’argent; uni à une base , il précipite cet azotate en jaune; il ne trouble pas l’albumine.
Ph05, 2 HO, uni à une base, précipite l’azotate d’argent en blanc, et ne trouble pas l’albumine.
Ph05, HO, précipite les sels d’argent en blanc ; à plus forte raison, les métaphosphates sont- ils dans ce cas ; il coagule l’albumine.