DU POTASSIUM
il répand une légère odeur cyanhydrique à l’air, par suite de la décomposition que déterminent l’humidité et l’acide carbonique. 11 peut éprouver la fusion ignée sans se décomposer ; cependant, à une chaleur blanche, il se dégage de l’azote, et il reste du carbure de potassium. Il est très-soluble dans l’eau et il a une réaction fortement alcaline ; cette dissolution , exposée à l’air, donne de l’acide cyanhydrique , et finit par se transformer en carbonate de potasse. M. Pelouze a démontré qu’en la faisant bouillir, elle se transforme lentement en ammoniaque et en formiate de potasse. Les acides faibles décomposent le cyanure de potassium avec dégagement d’acide cyanhydrique. Il réduit par la voie sèche un grand nombre d’oxydes métalliques ; Liebig le regarde comme im des agents de réduction les plus puissants.
Préparation. On fait arriver de l’acide cyanhydrique dans une dissolution alcoolique de potasse (Wiggêrs); l’hydrogène de l’acide se combine avec l’oxygène de la potasse. Si l’on emploie le procédé du Codex, qui consiste à décomposer le cyanure jaune de potassium et de fer à une température rouge, le cyanure de fer seul est décomposé et laisse du carbure de fer ; on traite le produit par l’eau, qui ne dissout que le cyanure de potassium ; mais celui-ci n’est pas aussi pur que celui qui a été obtenu par le procédé de Wiggers. Si l’on calcine les substances azotées, telles que le sang desséché, la fibrine, etc., avec du carbonate de potasse, le produit renferme une énorme proportion de carbonate et fort peu de cyanure. On prépare actuellement en grand, pour les besoins du commerce , le cyanure de potassium , d’après le procédé de Desfosses , en faisant arriver de l’air atmosphérique sur un mélange de carbonate de potasse et de charbon.
Le cyanure de potassium agit sur l’économie animale comme l’acide cyanhydrique ; il est employé dans les mêmes circonstances et avec les mêmes précautions. S’il est pur, il est excessivement vénéneux ; celui que l’on obtient en calcinant les matières azotées est beaucoup -moins actif et n’agit guère que par le carbonate de potasse, qu’il renferme en si grande quantité ( voy. mon mémoire dans le Journal de chimie médicale, février 1843). Dans les arts, et notamment dans la dorure et dans l’argenture, on emploie le cyanure du commerce.
L’azote est sans action sur le potassium , en sorte que l’on peut trèsbien conserver ce métal si oxydable dans ce gaz.
Le silicium se, combine avec le potassium , et il en résulte un siliciure brun , sans éclat métallique.
Si l’on introduit un peu d’eau dans une éprouvette pleine de mercure, renversée sur la cuve de ce métal, et qu’on y fasse entrer un petit
fragment de potassium, la décomposition de Teau aura lieu dans Tinsstant même où le métal sera en contact avec elle; le gaz hydrogène sera mis à nu, et le potassium, en s’emparant de l’oxygène, passera à l’état de protoxyde, susceptible de verdir le sirop de violettes. Celte expérience aura lieu avec un léger dégagement de lumière , si la température de l’eau est à 70” c. , comme l’a prouvé M, Balcells, directeur du collège de pharmacie de Barcelone. Si , au lieu de faire réagir ces deux corps sans le contact de l’air, on jette quelques fragments de potassium dans une terrine pleine d’eau , le métal tourne , s’agite en tous sens , court à la surface du liquide, le décompose, et dégage une vive lumière ; ce dernier phénomène ne dépend pas exclusivement, comme on l’avait cru avant les expériences de M. Balçells , de ce que la chaleur développée est assez forte pour enflammer le ga^ydrogène, puisqu’il a lieu à l’abri du contact de l’air ; il tient à la fois à l’élévation de température produite par la combinaison de fôxygène de l’eau avec le métal , et à ce que la combustibilité de l’hydrogène est augmentée par une petite quantité de potassium avec lequel il est uni. Si, lorsque le potassium s’agite sur l’eau , on le frappe fortement avec une spatule de bois ou de fer en cherchant à l’enfoncer vivement dans l’eau , il se produit une forte détonation , et il se dégage beaucoup de gaz hydrogène qui , s’élançant dans l’air, s’enflamme tout à coup par le moyen du feu qui éclate à la suite du frottement brusque qui a été opéré (Wagner).
Les oxydes de phosphore et A'azote sont décomposés .à une température élevée , par le potassium , qui s’empare de -leur oxygène et passe à l’état d’oxyde. • . .
Les acides solides et gazeux, parfaitement desséchés , formés par l’oxygène et par un corps simple, tels que les acides borique, phosphorique, sulfureux, etc., sont décomposés eif totalité ou en partie, à une tempé^ rature élevée, par le potassium, qui l&ur enlève tout l’oxygène qu’ils renferment ; il en résulte des produits varjghies : l’acide borique, par exemple, donne du bore et du borate de protoxyde de potassium; avec l’acide carbonique, on obtient du carbone et^u protoxyde de potassium ; Vacide phosphorique fournit du protoxyde de potassium phosphoré, si le potassium est en excès; dans le cas contraii’e il donne du phosphate de protoxyde de potassium et (Æ 'phosphoro; le gaz ÿiCidit sulfureuçc transforme le potassium en protoxyde, et le soufre est mis à nu ; le gaz acide azoteux donne du protoxyde de potassium et du gaz azote, etc. Si les acides formés par l’oxygène contiennent de l’eau , cèlle-ciest décomposée, même à la température ordinaire, et il se forme du protoxyde de potassium hydraté (potasse), qui se combine avec l’acide non décomposé.
Dü POTASSIOM. 351
Les gaz acides chiork^rique, hromhydrique, iodhydrique, sulfhydrique séienhydrique, etc., sont décomposés à chaud par le potassium ; Thydrogène est mis à nu, tandis que le chlore, le brome, l’iode, le soufre ou le sélénium forment avec le métal un chlorure, un iodure, un sulfure, etc. Si l’on met peu à peu de l’acide fluorhydriqu& liquide sur du potassium, le gaz hydrogène se dégage, et il se forme du fluorure de potassium ; la quantité d’hydrogène et de calorique dégagée est tellement grande et subite, qu’il y aurait une vive détonation si l’on employait beaucoup d’acide. Le potassium, à une température élevée, décompose le gaz fluoborique, et il en résulte du bore et du fluorure de potassium. On ignore quelle est l’action de ce métal sur le carbure d’hydrogène gazeux ; il décompose à chaud le phosphune d’hydrogène, met l’hydrogène à, nu, et forme avec le phosphore un phqsphure de couleur de chocolat.
Si l’on chauffe du potassium ou du sodium dans du gaz ammoniac jusqu’à ce que les métaux aient disparu ên entier, une partie du gaz sera absorbée et une autre décomposée; il se dégagera un volume, d’hydrogène égal à celui que le potassium ou le sodium donnei’aient avec de l’eau. Le produit résultant de cette action sera solide, couleur d’olive, décomposable par la chaleur en ammoniaque, en un mélange d’hydrogène et d’azote dans les proportions de Az, et en un corps graphiteux non fusible qui parait avoir pour formule Az, tandis que le corps olive serait P Az, 2 H® Az.
Caractères distinctifs du potassium. 1° Ses propriétés physiques ; 2° son action sur l’eau , au contact de l’air et en vases clos; 3" son action sur l’air à la température ordinaire.
Le potassium a été découvert par H. Davy en 1807.
Préparation. On l’obtient en décomposant la potasse (ou protoxyde hydraté de potassium ) par plusieurs procédés. 1° On peut se servir de la pile, comme je l’ai dit: pour cela ou creuse une cavité dans un fragment de potasse pure; on y^et du mercure, et on ne tarde pas à la décomposer; l’oxygène de l’oxyde et de l’eau qu’il renferme se rend auhl positif, tandis que le fil négatif attire l’hydrogène, qui se dégage à l’état de gaz, et le métal, qui se combine avec le mercure ; on sépare celui-ci de cette combinaison en distillant le mercure. Lorsqu’on décompose ainsi la potasse, on ne^peut se procurer qu’une petite quantité de métal.
2° 11 n’en est pas de même lorsqu’on suit le procédé de Gay-Lussac , et Thénard, qui consiste à décomposer cet oxyde hydraté, par le fer à une température très-élevée, et mieux encore en employant le procédé de M. Brunner, qui est le seul suivi par le commerce aujourd’hui.
Ce procédé consiste à décomposer à une température élevée, dans une cornue de fer forgé, un mélange de 4 parties de tartre charbonné (cai*bonate de potasse et charbon ) et d’une partie de charbon de bois. La cornue étant placée dans un bon fourneau à vent, on adapte à son col un canon de fusil destiné à conduire le potassium en vapeur dans une sorte de boîte eu cuivre remplie d’huile de naphthe, où il se condense; dans la paroi externe, et vis-à-vis du col de la cornue, il y a un trou fermé par un bouchon qui permet d’introduire à volonté une tige de fer dans le tube lorsqu’il est obstrué ; on distille le potassium obtenu dans un vase de fer, afin de le priver du charbon qu’il a entraîné avec lui. Ce procédé est le plus économique, parce que les matériaux employés sont peu coûteux , et qu’on peut l’exécuter assez en grand pour obtenir 120 à 150 grammes de métal à la fois ; toutefois le potassium qui en provient est moins pur que celui qui a été préparé d’après la méthode de Gay-Lussac et Thénard. Cinq cents grammes d’un mélange fait avec 375 gi*ammes de tartre charbonné et 125 grammes de charbon de bois fournissent de 30 à 40 grammes de potassium. C’est dans cette opération qu’il se forme du croconate de potasse et du carbure de potassium.
M. démens a proposé quelques modifications à cet appareil (voyez Journ. de pharm., septembre 1847).
Ces oxydes sont au nombre de trois K2 0, KO, KO*.
Sous-oxyde — K* 0, Il décompose l’eau sans inflammation et dégage deux fois moins d’hydrogène que le potassium ; il s’enflamme à 25" ou 30", et donne du protoxyde et du peroxyde. On l’obtient en exposant à l’air humide des plaques de potassium présentant une gi*ande surface.
Protoxyde. Il existe dans la nature combiné aux acides; on le trouve aussi dans presque toutes les roches, dans le feldspath, et quelquefois en assez grande quantité dans la terre labourable et l’argile.
Lorsqu’il a été convenablement purifié et fondu , il est solide, anhydre, d’une belle couleur blanche, très- caustique, et plus pesant que le potassium ; il verdit fortement le sirop de violettes , et rougit la couleur du curcuma. Il fond un peu au-dessous de la chaleur rouge, et ne peut être décomposé à aucune température. Il est décomposable par la pile électrique. Le gaz oxygène le transforme en peroxyde de potassium, à une haute température. Vhydrogène, le bore et le carbone, n’exercent aucune action sur lui. Le phosphc^e et le sou/re s’y -unissent, et donnent des
Dës oxVdes de POTASSICM. 353
produits dont les propriétés sont analogues à celles du phosphnre et du sulfure, décrits à la page 343.
Si l’on fait passer de la vapeur d’iode ou du chlore gazeux parfaitement secs à travers ce protoxyde chauffé jusqu’au rouge obscur, il est décomposé, et l’on obtient du gaz oxygène et de l’iodure ou du chlorure de potassium. Si l’on fait un mélange d’eau, d’iode et de ce protoxyde, l’eau se décompose; il se forme de l’acide iodique et de l’acide iodhydrique qui , en se combinant avec le protoxyde, donnent naissance à de l’iodate et à de l’iodure de potassium. L’eau saturée de protoxyde de potassium est également décomposée par le chlore; son hydrogène forme avec ce corps de l’acide chlorhydrique , tandis que son oxygène donne naissance à de l’acide chlorique, et l’on obtient par conséquent du chlorate et du chlorure de potassium ( voy. p. 332), V azote est sans action sur \q protoxyde de potassium. Vair atmosphérique, à la température ordinaire, lui cède de l’eau et de l’acide carbonique, en sorte qu’il se forme du carbonate de protoxyde de potassium déliquescent; mais si la température est élevée, l’oxyde de potassium passe à l’état de peroxyde, qui ne tarde pas à être décomposé par l’acide carbonique , et il se produit encore le même sel. Veau est absorbée par ce protoxyde avec dégagement de clialeur, et il en résulte de l’hydrate de protoxyde de potassium (potasse).
11 n’a point d’usages.
Il est formé de 83,10 de potassium et de 16,90 d’oxygène.
Préparation. On l’obtient : 1° en faisant agir le gaz oxygène desséché sur le métal , qui ne tarde pas à se transformer en protoxyde ; on doit éviter d’employer l’air, qui contient toujours de l’acide carbonique; 2° en chauffant fortement l’azotate de potasse qui passe à l’état de peroxyde de potassium, lequel se transforme ensuite en oxygène et en protoxyde.
Potasse {hydrate de protoxyde de potassium), KO, HO. — La potasse jouit des mêmes propriétés physiques que le protoxyde de potassium ; elle fond au-dessous de la chaleur rouge et se volatilise ensuite en produisant des vapeurs blanches. Soumise à l’action de la pile électrique, elle est décomposée. Chauffée à Vair, elle perd une portion de son eau et passe en grande partie à l’état de peroxyde; à la température ordinaire, l’cir atmosphérique lui cède de l’eau, de l’acide carbonique, et la transfoi’me en carbonate déliquescent. Le charbon, à uné température rouge-cerise, décompose l’eau qu’elle renferme, et donne du carbure d’hydrogène gazeux et du gaz acide carbonique ; celui-ci s’unit au protoxyde de potassium ; si la chaleur est rouge blanc , la potasse est égale- I. 2.3
ment décomposée, et Ton obtient du carbure d’hydrogêne, du gaz oxyde de carbone, et da potassium. Si Ton chauffe du phosphore et de la potasse, on obtient de l’hypophosphite de potasse et du phosphure de potassium; celui-ci est décomposé par l’eau de la potasse, et donne du phosphore d’hydrogène gazeux , spontanément inflammable.
Le soufre agit sur la potasse à la chaleur rouge brun , et fournit du foie de soufre, c’est-à-dire un mélange de quintisulfure de potassium^ et de sulfate de potasse (voy. p. 343).
Lorsqu’on fait réagir le chlore sur de la potasse solide légèrement chauffée, il se dégage de l’oxygène et de l’eau, et l’on obtient du chlorure de potassium. Si le chlore agit sur une dissolution de potasse peu concentrée , il se forme de Veau de Javelle, dont les propriétés médicales sont les mêmes quenelles du chlorure de soude (voy. Soudé). Si la dissolution de potasse kait concentrée , on obtiendrait du chlorate de potasse et du chlorure de potassium.
L’eau de Javelle, qui détruit énergiquement les couleurs végétales , sert au blanchiment. Elle est généralement considérée comme un composé de chlonire de potassiuni et d’hypochlorite d’oxyde de potassium.
2 KO 2 Cl ^ KGl KO, CIO
Potasse. Chlore. Chlorure de potassium. Hypochlorite de potasse.
Plusieurs chimistes pensent qu’elle est formée de chlore et de chaux.
Viode s’unit très-bien à la potasse pure et sèche, d’après M. Grouyelle ; à une température rouge, il la décompose, et en dégage du gaz oxyçène.
La potasse détermine dans la dissolution aqueuse du cyanogène la formation d’acides cyanhydrique et carbonique , qui se combinent avec elle, et il se dégage de l’ammoniaque. Si l’alcali a été employé en excès , il ne se forme pas de dépôt brun , parce que la matière qui le constitue est soluble dans l’alcali , auquel elle çoramunique cependant cette couleur. Si, au lieu de potasse , on faisait agir sur le cyanogène de l’ammoniaque liquide, on obtiendrait, entre autres produits, de l’acide oxalique et une substance blanche cristalline, qui parait être de Ihirée.
La potasse absorbe l’eau avec dégagement de calorique et s’y dissout en ti’ès-grande quantité ; l’hydrate formé contient cinq équivalents d’eau ; la dissolution est incoloi’e , caustique , et susceptible de cristalliser en rhomboèdres pointus, dont les arêtes sont ordinairement remplacées par des faces ; quelquefoisxe sont des octaèdres groupés ensemble, par exemple, lorsque après avoir concentré une dissolution de potasse on
DES OÏYDES DE POTASSIUM, la laisse longtemps en repos dans un vase clos et dans un endroit frais; ces cristaux mis dans le vide perdent de l’eau et deviennent 2 KO, 3 HO. Elle s’empare subitement du gaz acide carbonique de l’atmosphère , et se transforme en carbonate déliquescent. Les acides peuvent se combiner avec elle et former des sels de potasse, en général solubles, que j’examinerai après avoir fait l’histoire du peroxyde. Les acides carbazotique, perchlorique , tartrique et fluorhydrique silicé, précipitent pourtant la potasse.
Lorsqu’on chauffe dans un creuset de l’acide silicique et de la potasse, ces deux corps se combinent et donnent des silicates, qui , selon les proportions d’acide ou de base qu’ils contiennent, offrent des propriétés différentes. La potasse attaque l’alumine, le verre et la porcelaine; aussi doit-on éviter de la concentrer dans des vases faits avec ces sortes de matières.
Caractères distinctifs de la potasse pure. 1® Elle verdit le sirop de violettes, 2° elle n’est point troublée par l’acide carbonique , 3" elle est précipitée en blanc par l’acide perchlorique et par l’acide fluorhydrique silicé; 4° le chlorure de platine la précipite en Jaune-serin; le précipité est dur, cristallin, grenu, et adhérent aux parois du verre; 5° l’acide tartrique en excès forme dans ses dissolutions un précipité blanc cristallin , 6® le sulfate d’alumine y détermine aussi un précipité blanc cristallin de sulfate double d’alumine et de potasse.
Elle est formée de 83,99 de protoxyde et de 16,01 d’eau.
La potasse pure est souvent employée dans les laboratoires comme réactif. Son action caustique est tellement forte , qu’on ne l’a presque jamais employée à l’intérieur; on l’a cependant administrée, très-étendue, dans la gi'avelle, les coliques néphrétiques, les scrofules, la lèpre, etc. La potasse dont on se sert pour ouvrir les cautères, et qui , par cela même, porte le nom de. pierre à cautère, contient le plus ordinairement : 1° potasse ; 2° caiinonate, sulfate de potasse et chlorure de potassium; 3'^ acide silicique; 4° oxydes de fer et de manganèse, qui cependant s’y trouvent accidentellement.
Empoisonnement. Lorsqu’il s’agira de déceler la potasse dans les matières vomies ou dans celles que l’on trouvera dans le canal digestif après la mort, on s’assurera que la masse suspecte rétablit la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide, même après l’avoir fait bouillir, c’est-à-dire après avoir dégagé l’ammoniaque qu’elle pouvait renfermer; puis on l’évaporera jusqu’à siccîté. Lorsque le produit sera fi’oid , on l’agitera pendant huit à dix minutes avec de l’alcool pur et concentré , qui dissoudra une portion de potasse; on fera bouillir pendant quelques mi-
3ô6 PREMIÈRE PARTIE.
nules : on filtrera , on évaporera jusqu’à siccité , et on carbonisera le produit dans un creuset d’argent; la cendre sera successivement traitée par l’alcool froid très-concentré , qui dissoudra la potasse non transformée en carbonate, puis par l’eau distillée, afin de dissoudre le carbonate de potasse qui s’est produit en assez grande quantité pendant l’incinération ; ces dissolutions de potasse seront facilement reconnues, à l’aide des réactifs, surtout si on les a concentrées. Ce procédé est fondé sur ce que les sels de potasse qui existent habituellement dans les aliments et dans les liqueurs animales ne sont pas dissous par l’alcool concentré dans les conditions précitées ; il faut pourtant en excepter l’acétate de potasse et les autres sels à acide organique , qui se décomposeraient par l’incinération en laissant du carbonate de potasse : aussi ne doit-on jamais affirmer qu'il y a eu empoisonnement par la potasse, si le commémoratif, les symptômes et les lésions de tissu, n’autorisent pas les experts à tirer une pareille conclusion.
Le meilleur moyen de neutraliser la potasse dans l’estomac consiste à faire prendre aux malades de l’eau légèrement vinaigrée.
Extraction. On obtient la potasse en décomposant le carbonate de potasse pur par la chaux vive. On prépare d’abord le carbonate en projetant par cuillerées, dans une bassine de fonte presque rouge, un mélange pulvérulent fait avec 1 partie d’azotate de potasse pur et 2 parties de crème de tartre (bitaiTrate de potasse); ces deux sels se décomposenj avec dégagement de calorique et de lumière, et il y a formation d’eau , d’acide carbonique, de gaz azote, etc.; le résidu blanc est du carbonate dépotasse, contenant peut-être un peu de tartrate ou d’azotate de potasse. Dans cette expérience, l’oxygène de l’acide azotique se combine avec l’hydrogène et le carbone de l’acide tartrique, et la potasse des deux sels s’unit à l’acide carbonique provenant de l’action de l’oxygène sur le carbone. Alors on fait bouillir ce carbonate de potasse avec 7 parties d’eau (Liebig), et avec un poids de chaux vive hydratée égale au sien , que l’on ajoute par petites parties, jusqu’à ce que celle qui a été mise précédemment se soit changée en une poussière sableuse, se déposant facilement, et jusqu’à ce que l’on n’obtienne plus de précipité par l’eau de chaux dans un peu de liqueur filtrée (1) ; il se forme du carbonate de chaux insoluble, et la potasse reste en dissolution; après quelques
(1) Si l’on n’employait que 4 parties d’eau, on n’obtiendrait point dépotasse caustique, puisque celle-ci , si elle est eu dissolution concentrée, décompose le carbonate de chaux , et lui enlève l’acide carbonique (Liebig).
heures d’ébullition, on passe à travers une toile, et on fait bouillir le précipité qui reste sur la toile , avec une nouvelle quantité d’eau , afin de dissoudre toute la potasse. Alors on la fait évaporer à grand feu jusqu’en consistance de sirop dans une bassine d’argent , et on la coule dans une autre bassine d’argent bien sèche ; on la concasse et on la renferme sur-le-champ dans des flacons bouchés à l’émeri. La potasse à la chaux ainsi obtenue sera plus pure que la potasse dite à l’alcool, préparée par les moyens ordinaires, si l’on a pris les précautions suivantes ; elle sera surtout remarquable par l’absence de chlorures. 1° Il faut que l’azotate de potasse ait été cristallisé un assez grand nombre de fois pour ne pas retenir la moindre trace de chlorures ; 2° le carbonate de chaux doit être du marbre de Carrare, lavé avant et après la calcination poui; le débarrasser des chlorures qu’il renferme habituellement ; 3° les liqueurs doivent être filtrées à travers une toile exempte de chlorures , et non à travers du papier blanc , attendu que celui-ci , blanchi par du chlorure de chaux , céderait une portion de chlore à la potasse ; 4“ la potasse ne doit pas être fondue dans la bassine d’argent, sans quoi elle renfermerait une portion notable de ce métal.
M. Arfus a proposé en 1846, pour avoir du carbonate de potasse pur, de transformer le carbonate du commerce en acétate, d’humecter celui-ci, et de le laisser à l’air jusqu’à ce qu’il soit tombé en déliquium; les sels étrangers se déposetîf'f ori décante ; on évapore la liqueurjusqu’à siccité, et on décompose l’acétate solide dans un creuset de Hesse chauffé au rouge. Ce procédé est plus économique que les autres. {Journ. de cj^im. méd., juin 1846.)
Si , comme on le fait habituellement et à tort , on se sert de potasse du commei'ce, composée de carbonate et de sulfate de potasse, de chlorure de potassium, d’acide silicique, d’oxydes de fer et de manganèse, et quelquefois d’un peu de carbonate de soude, on doit la soumettre aux mêmes opérations : on la fait dissoudre dans l’eau, et on la traite par la chaux vive hydratée, qui ne lui enlève que l’acide carbonique; en sorte que le liquide provenant de ce traitement est formé de potasse et des autres produits que je viens de nommer. Ce liquide, étant évaporé jusqu’à siccité, donne la potasse à la chaux (pierre à cautère), dont on peut extraire par l’alcool la potasse, et qui porte alors le nom de potasse à l’alcool ; à la vérité , celle potasse impure contiendrait de la soude , si le carbonate du commerce renfermait du carbonate de cette base.
Peroxyde de potassium — KO®. — Il est constamment le produit de l’àf t ; sa couleur est jaune verdâtre , sa texture cristalline ; il est caustique et
verdit le sirop de violettes ; il est très-facilement décomposé par presque tous les corps simples non métalliques, qui lui font perdre de l’oxygène et le ramènent é l’étal de protoxyde.
Il est décomposé par l’eau, qui le transforme en potasse, en dégageant de l’oxygène.