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DES OXYDES D’OR

Il existe deux oxydes d’or.

Le protoxyde, Au2Q, est pulvérulent, d’un violet si foncé à l’état d’hydrate, qu’il semble noir; desséché, il offre la couleur bleue violette du pourpre de Cassius. Il ne se décompose qu’à 250”, en donnant de l’oxygène et de l’or. La lumière directe est sans action sur lui. L’acide chlorhydrique le transforme en or métallique et en sesquichlorure d’or soluble. Les acides sulfurique, azotique et acétique, ne se combinent pas avec lui. La potasse et la soude ne le dissolvent qu’à l’état naissant. L’ammoniaque fournit avec lui un composé violet et fulminant.

Préparation,. On évapore à siccité une dissolution de chlorure d’or, et l’on chauffe la masse sur un bain de sable, en agitant continuellement jusqu’à ce qu’elle ait pris une teinte jaune-serin, sans dépasser la température de 150” ; si l’on verse alors de la potasse caustique sur le mélange, il se sépare un précipité noir violet de protoxyde d’or, et la liqueur se colore fortement en jaune par la dissolution d’une partie de l’oxyde dans l’alcali; on filtre, et l’abide azotique, ajouté de manière à saturer

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très-exactement la potasse, précipite le reste de l’oxyde sous forme d’un hydrate gélatineux d’un violet foncé (L. Figuier, Ann. de chim. et de phys., juillet 1844).

Le sesquioxyde hydraté (acide aurique), Au^O^, est un produit de l’art; il est brun, à peine soluble dans l’acide azotique concentré, d’où il peut être entièrement précipité par l’eau, insoluble ou presque insoluble dans l’acide sulfurique, soluble dans l’acide chlorhydrique, avec lequel il forme un sesquichlorure stable, que l’eau ne précipite point; il est décomposable par la lumière en or et en oxygène, ainsi que par la chaleur à 245”; il est susceptible de se combiner avec les alcalis et avec d’autres oxydes métalliques, vis-à-vis desquels il joue en quelque sorte le rôle d’acide pour former des aurates, dont les acides, excepté l’acide chlorhydrique, précipitent l’oxyde d’or; desséché dans le vide ou à l’air libre, il contient 24 pour 100 ou 8 équivalents d’eau ; il se réduit en partie si on cherche à lui enlever de l’eau à la chaleur du bain-marie. On l’a employé dans les scrofules compliquées de syphilis , à la dose de 5 à 50 milligrammes par jour.

Préparation. On évapore presque jusqu’à siccité le chlorure d’or, et l’on reprend par quelques gouttes d’eau régale le léger dépôt de protochlorure d’or qui reste toujours après l’action de la chaleur; on dissout ce chlorure dans l’eau, et la solution brune qui en résulte est saturée trèsexactement par du carbonate de soude dissous ou solide, et exempt, autant que possible, de chlorure, pour éviter la formation du chlorure double d’or et de sodium; la liqueur est portée à l’ébullition en maintenant toujours son exacte neutralité; on fait bouillir pendant une demi-heure, ou plutôt jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité par l’action de la chaleur ; mais comme la liqueur retient à peu près 14 pour 100 d’or, à l’état de chlorure double d’or et de sodium, après l’avoir filtrée on la saturera par du carbonate de soude, qui produira à chaud la transformation du chlorure double existant dans la liqueur en aurate de soude avec dégagement d’acide carbonique; la liqueur verdâtre, saturée par de l’acide sulfurique, laissera précipiter le restant du sesquioxyde, si on la chauffe; si l’acide sulfurique était employé en excès, il se formerait de l’acide chlorhydrique, qui dissoudrait l’oxyde précipité; il est dès lors avantageux de laisser à la liqueur verdâtre une réaction légèrement alcaline (Figuier).

Autres oxydes d’or. — Oxyde intermédiaire^ Au^O^. Son exislence est douteuse; il serait le résultat de l’action du protochlorure d’étain sur le sesquichlorure d’or.

Acide peraurique.— M. Figuier pense qu’il existe un acide plus oxygéné que l’acide aurique.

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On ne connaît réellement que les chlorures d’or, le chloriiydrate de sesquichlorure, et le séléniate. L’azotate et le sulfate préparés avec l’oxyde d’or et les acides azotique et sulfurique concentrés ne contiennent que très-peu d’oxyde en dissolution , et il suffit d’y ajouter de l’eau pour le précipiter en entier.

Chlorhydrate de sesquichlorure d’or {muriate d’or, sel d’or, chlorure d'or). — Il cristallise en prismes quadrangulaires aiguillés ou en octaèdres tronqués, d’un jaune foncé, qui se liquéfient en été; il est doué d’une saveur styptique très-astringente et désagréable , et se décompose par le calorique en acide chlorhydrique et en sesquichlorure d’or, à moins qu’on ne chauffe davantage, car alors il fournit en outre du chlore et du protochlorure d’or; et si la température est encore plus élevée , on finit par n’obtenir que du chlore et de l’or spongieux et mat. Il attire fortement l’humidité de l’air, et se dissout très-bien dans l’eau; le solutum, d’une couleur jaune plus ou moins foncée, suivant son degré de concentration , rougit Vinfusum de tournesol et colore l’épiderme de presque toutes les substances végétales et animales en pourpre foncé: cette couleur est indélébile. Il peut être décomposé, ainsi que le sesquichlorure d’or, Au2C13, par un très-grand nombre de corps simples ou composés, avides d’oxygène, qui s’emparent de l’oxygène de l’eau, tandis que l’hydrogène s’unit au chlore , et il se précipite de l’or.

1® Si l’on met un cylindre de phosphore dans ce solutum étendu, et qu’on renouvelle celui-ci à mesure qu’il se décolore, on pourra, au bout de quelque temps, en mettant le cylindre dans l’eau bouillante, fondre le phosphore qui était en excès, et obtenir un canon d’or pourpre susceptible d’étre bruni. 2° Le sulfate de protoxyde de fer, versé dans cette dissolution , la précipite tout à coup en brun , et on voit paraître à la surface du liquide des pellicules d’or excessivement minces; le précipité formé par l'or métallique en prend tout l’éclat par le frottement, le sel de fer passe à l’état de sulfate de sesquioxyde. 3® L’éther et les huiles volatiles (substances avides d’oxygène) commencent par s’unir avec cette dissolution ; mais, au bout de quelque temps, l’or se précipite en lames, en écailles ou en feuillets brillants. 4° L’azotate de protoxyde de mercure précipite le chlorure d’or en bleu gris ; le précipité est

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formé de bioxyde de mercure el de protoxyde d’or. 5° Le gaz hydrogène elles acides phosplioreux el hypophosphoreux , tels qu’ils sont obtenus dans les laboratoires, le décomposent également. 6“ L’élaiii fournit le réactif le plus sensible pour reconnaître les plus petites quantités d’or : une dissolution de ce métal, assez étendue pour que le sulfate de protoxyde de fer n’indique pas sa présence, donne, par une lame d’étain, avec l’addition de quelques gouttes d’acide chlorhydrique, une nuance rose, et détermine, au bout de quelques heures, un précipité de pourpre de Cassius (slannale de protoxyde d’or).

Les a/ca/is (potasse , soude, baryte, stronliane, et chaux), versés en petite quantité dans le chlorhydrate de sesquichlorure d’or peu acide, en précipitent un sous-chlorure jaune, tandis qu’ils en séparent de l’oxyde brun si on les emploie en excès et que l’on chauffe la liqueur. Si le chlorhydrate est très-acide, il se forme des sels doubles solubles, et il n’y a point de précipité (1); cependant, suivant M. Figuier, la potasse précipite celle dissolution à froid au bout d’un certain temps, même lorsqu’elle est très-acide. L’acide sulfhydrique et les sulfures y font naître un dépôt chocolat foncé, qui est du sulfure d’or. Lq cyanure jaune de potassium et de fer ne le précipite point; toutefois la liqueur verdit et laisse déposer, au bout d’un certain temps, du bleu de Prusse provenant du cyanure. L’acide oxalique à chaud réduit l’or instantanément sous forme d’une poudre noire, et il se dégage de l’acide carbonique. Vammoniaque en sépare des flocons jaunes rougeâtres lorsqu’on l’emploie en petite quantité; un excès d’ammoniaque change celte couleur en jaune-serin : les flocons ainsi obtenus, lavés et séchés â une douce chaleur, constituent V or fulminant , qui est solide, jaune, insipide, inodore, décomposableparlachaleur, par les rayons lumineux concentrés, ou par un frottement subit et vif; cette décomposition est accompagnée d’une forte détonation. Suivant M. Dumas, l’or fulminant pourrait être représenté par les deux formules suivantes, l‘’2H3Az, Au2 (J3,H0; 2" H3 Az, Au2Az, 4H0. Proust, Berlhollel, etM. L. Figuier, le considèrent, au contraire, comme un composé de sesquioxyde d’or et d’ammoniaque (sous-aurate d’ammoniaque) = Au203,2H3Az, HO.

On emploie ce sel dans les arts pour préparer le pourpre de Cassius et l’or métallique très-divisé.

(1) Pelletier n’admettait point l’existence des sels doubles dont je parle; il les t considérait comme de simples mélanges.

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Préparation. Pour obtenir le sel cl’or jaune, on chauffe dans une capsule de poicelaine, au bain-rnarie saturé de sel marin, 1 partie d’or pur avec 2 parties d’eau régale composée de 3 parties d’acide chlorhydrique, de 1 partie d’acide azotique, et de 1 partie d’eau distillée. Si l’on veut avoir le chlorure d’or rouge, on emploie de l’eau régale ne contenant que 2 parties d acide chlorhydrique (/owrna^ de pharmacie, mai 1844).

Du pourpre de Cassius {stannate de protoxyde d’or), 3St02, Au20,4H0. — Le pourpre de Cassius, si souvent employé dans la peinture et dans la coloration des porcelaines et des verres, est un stannate de protoxyde d’or.

Préparation. On dissout 20 grammes d’or dans 100 grammes d’eau régale faite avec 4 parties d’acide chlorhydrique et 1 partie d’acide azotique; on évapore presque jusqu’à siccité; on dissout le produit dans l’eau, on filtre, on étend le liquide de manière à avoir de litre; on place alors quelques fragments de grenaille d’étain dans la liqueur, qui se trouble bientôt et devient bleuâtre en quelques minutes ; on voit sa teinte se foncer peu à peu , et au bout d’un quart d’heure elle a pris une couleur pourpre admirable; le précipité s’est déposé, et il n’y a plus qu’à le recueillir sur un filtre; si le précipité ne se déposait pas , il suffirait de chauffer légèrement le liquide et d’y ajouter un peu de sel marin (Figuier, loc. cit.). Il est inutile de dire que c’est l’oxygène de l’eau qui oxyde les deux métaux, pendant que l’hydrogène de ce liquide se combine avec le chlore du chlorure d’or.

Les préparations d’or, employées autrefois par plusieurs praticiens , étaient bannies depuis longtemps, lorsque Chrestien proposa de les introduire de nouveau dans la pratique de la médecine. L’or métallique, le pourpre de Cassius, le chlorhydrate de sesquichlorureet de sodium, et l’oxyde d’or, ont été administrés comme antisyphilitiques et anliscrofuleux, et paraissent avoir réussi dans quelques circonstances où les préparations mercurielles avaient échoué; onlesemploie ordinairement en frictions sur la langue, savoir : l’or métallique à des doses croissantes de 1 à 20 centigrammes par jour ; le sesquioxyde d’or et le pourpre de Cassius de 5 à 50 milligrammes, et le sel double d’or et de sodium de 2 à 16 milligrammes : on associe ce dernier à quelque poudre végétale inerte. Administrés à plus forte dose et de la même manière, ils excitent puissamment le système artériel et donnent lieu à des accidents fâcheux. (On peut consulter avec fruit l’ouvrage du docteur Legrand, intitulé de l’Or et de son emploi en médecine; Paris, 1 vol.)

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