ARTICLE IL
DE I/ACTIOiV DES DITERS AGEMTS CIIIIMIQIJES OU WATOIELS SER EES CORPS ORGÀA'If^lJE.S.
Sans entrer dans l’examen détaillé de l’aclion qu’exercent les divers agents qu’on peut mettre en contact avec les substances organiques, il est un certain nombre de phénomènes assez bien caractérisés et assez fréquents pour qu’on puisse les énoncer d’une manière générale, sans prétendre les appliquer à l’étude spéciale des corps, mais en ne les considérant que comme des altérations que peuvent sans cesse éprouver Jes principes immédiats soumis à ces agents.
Action du calorique. — Lorsqu’on soumet les corps organiques à l’action de la chaleur en vases clos, on voit, si la température est peu élevée :
1° qu’ils distillent sans altération ou qu’ils ne se volatilisent pas ; ainsi l’alcool, l’éther, l’esprit de hois, l’acide acétique, etc., passent dans le récipient; l’amidon, le sucre, l’albumine, la fibrine, etc., restent dans la cornue; 2° qu’ils se volatilisent en partie, tandis qu’une autre portion est décomposée; tels sont l’acide oxalique et l’indigotine; 3" qu’ils sont altérés et complètement décomposés ; tels sont l’amidon , le sucre, l’albumine, la fibrine. Parmi les corps organiques décomposables à une température peu élevée, il en est qui commencent par perdre l’eau qui entrait dans leur composition , et qui, par cela seul, constituent des corps nouveaux; je citerai l’acide tartng'we^ H-t O^o, 2H0 ; si on le chauffe modérément, il fond, perd un demi-équivalent d’eau, et devient acide tartralique, 1 i/jHO ; si le thermomètre marque 200'*, il •
perd un équivalent d’eau et se trouve transformé en acide tartrélique, j H'* C8 0‘0,H0; ce dernier acide, chauffé avec précaution, perd son équivalent d’eau et laisse l’acide tartrique anhydre, lequel, à son
tour, si on continue à le chauffer, sera, si je puis m’exprimer ainsi, plus radicalement décomposé, et fournira de l’acide pyruvique, de l’acide pyrotartrique et de l’acide acétique (voy. A. tartrique). Si la température est très-élevée, son action se fasse sentir pendant un temps suffisant, tous les corps organiques, même ceux que j’ai signalés comme |i étant volatils à une chaleur modérée, sont décomposés ; les produits ; de ces décompositions sont loin d’être les mômes pour les substances J azotées et pour celles qui ne le sont pas.
Les corps organiques non azotés, soumis â l’action d’une chaleur rouge, dans une cornue munie d’appareils propres à recueillir les [
DE l’action des DIVERS AGENTS CIIUVriQUES OU NATURELS. ^ pi’oduils volatils et les gaz, donnent presque toujours un résultat identique; dans le récipient, on trouve un liquide qui, d’abord légèrement jaunâtre et formé presque en totalité d’eau, devient peu à peu plus foncé, acide et odorant, jusqu’à ce qu’enfin il passe une sorte de goudron noir, épais, qui se fige à la fin de l’opération; pendant tout ce temps, il s’est dégagé des gaz, et dans la cornue il ne reste que du charbon. Ces divers produits sont assez complexes; ils consistent, en général, pour les liquides, en eau, en acide acétique, en esprit pyroacétique, et en goudron, dans lequel figurent, comme produits secondaires, la créosote , la paraffine, et d autres substances analogues; enfin les produits gazeux seiont de 1 oxyde de carbone, de l’acide carbonique, de l’iiydrogène ordinaiiement carboné, et de 1 acide sulfliydrique , si le corps organique contenait du soufre. Cette opération seule suffirait pour donner une idée de la composition des substances organiques non azotées, puisque dans tous les produits obtenus on ne trouve que du carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène; mais elle est insuffisante pour faire connaître la proportion de ces éléments et pour distinguer les principes immédiats les uns des autres: c’est ce qui fit dire à Homberg, après avoir ainsi distillé près de quatorze cents plantes différentes , que oe mode d’analyse était fautif, puisque le chou et la cigué donnaient les mêmes rcsultats. Si ces premiers produits sont soumis de nouveau à l’action d’une température élevée , ils se dédoublent encore, et donnent une autre portion de charbon et les composés les plus simples que ces éléments puissentproduire, c’est-à-dire de l’eau, de l’oxyde de carbone, de l’acide carbonique et quelques carbures d’hydrogène. ’
^ Les substances azotées, outre les corps qui précèdent, fournissent de l’ammoniaque par l’union de l’azote avec l’hydrogène, de l’acide cyanhydnque, quelquefois de l’acide cyanique ou du cyanogène par l’union de 1 azote avec le carbone, produits qui se combinent avec l’ammoniaque et donnent autant de sels différents; parmi eux, le carbonate d’ammoniaque prédomine; on le voit cristalliser sur les parois de l’allonge et de là cornue. MM. Stenhouse et Anderson ont prouvé que plusieurs de ces substances fournissent aussi, outre l’ammoniaque, des bases organiques huileuses volatiles (voy. Légumine et la page de la Chimie animale'^ On a désigné sous le nom de corps pyrogénés ceux qui proviennent de la décomposition par le feu des matières organiques. S’il n’est pas encoie permis d établir pour toutes ces matières les lois deformation des COI PS pyrogenes, du moins connaît-on déjà une de ces lois, formulée ainsi par son auteur, M. Pelouze : lorsqu’on décompose un aci e organique au bain d’huile , il se forme un acide ptjrogéné qui dif~
fère de l'acide primitif par de Veau et de l’acide carbonique, ou par l’un ou l’autre de ces corps. On constate en effet, pendant celle décomposition, un dégagement de vapeur d’eau et d’acide carbonique purs. Ainsi
H3C7Q5 __ CQ2 H3C6Q3
Acide gallii][ue. Acide carbonique.
Hec8Qio 2H0
Acide malique. Eau.
H4Ci4Qi4 2 C02
Acide méconique. Acide carbonique. ’ Acide mitaméconique.
On parviendra, sans aucun doute, à multiplier ces lois, lorsqu’au lieu de décomposer les corps organiques à une forte chaleur, on opérera , au contraire, à une température aussi basse que possible.
Action de l’oxygène et de l’air atmosphérique. — Si ces deux gaz sont secs, ils n’agissent guère à la température ordinaire sur les matières organiques ; il n’en est pas de même s’ils sont humides, car alors ils se combinent avec elles, même à froid, et leur font éprouver une combustion lente, désignée par Liebig sous le nom d’érémacausie; c’est ce qui a lieu avec les huiles grasses et essentielles, la fibrine, l’albumine, la caséine. Si , au contraire, on les chauffe avec un excès d’oxygène ou d’air, il arrive, ou que l’oxygène se combine avec elles sans former de l’eau ni de l’acide carbonique, ou bien, ce qui a souvent lieu, que ce gaz se combine avec l’hydrogène et le carbone de la matière organique, et donne naissance à de l’eau et à de l’acide carbonique ; ne sait-on pas que le bois finit par se transformer à l’air en humus, en acide carbonique, et en eau ? En général la présence des bases alcalines favorise ces combustions lentes. Des substances poreuses , telles que l’éponge et le noir de platine, la pierre ponce, le charbon de bois, etc., déterminent quelquefois le transport de l’oxygène sur certaines matières organiques qui ne l’eussent pas absorbé si elles avaient agi seules , ou qui ne l’eussent absorbé que très-lentement.
Exemples. En contact avec la mousse de platine, l’oxygène fait passer rapidement l’alcool à l’état d’acide acétique, et il se forme de 1 eau.
H6C4Q2 04 H3C403IW 2H0
Alcool. ’ Oxygène. Acide acétique. ’ Eau.
En présence du noir de platine, le sucre est décomposé à 160" par l’oxygène, et donne de l’eau et de l’acide carbonique.
Acide pyrogallique.
H4C8Q8 Acide maléique.
DK l’action des DIVERS AGENTS CHIMIQUES OU NATURELS. 7
Action des acides. — Parmi les nombreuses réactions que les acides énergiques et concentrés exercent sur les matières organiques non azotées, j’examinerai celles qui présentent les phénomènes les plus généraux.
D’abord, et c’est le cas le plus simple, l’acide peut s’unir avec certains principes immédiats qui Jouent le rôle de bases, et former des sels : tels sont le sulfate de quinine, l’acétate de morphine, etc. ; d’autres fois il se produit des composés particuliers dans lesquels on retrouve l’acide uni à la substance «ans altération ; je citerai la dissolution du camphre dans l’acide azotique; dans un très-grand nombre de cas, les acides, au lieu de se combiner avec les corps organiques, les décomposent, en se décomposant souvent eux-mêmes, et les transforment en d’autres corps : c’est ce qui va ressortir de l’examen de l’action particulière des principaux de ces acides.
Acide azotique. Le plus ordinairement , l’acide azotique agit en cédant une partie ou la totalité de son oxygène, et en passant à l’état d’acide hypoazotique, de bioxyde d’azote, ou même d’azote; l’oxygène cédé peut s’unir au corps organique : ainsi l’essence d’amandes amères , devient HO (acide benzoïque). Il peut se combiner avec son hydrogène, ainsi l’alcool sera changé en aldéhyde :
H6C4Q2 2Az05,H0 4H0 2AzO^
Alcool. ^ Acide azotique. Eau. ’ Acide hypoazotique. ’ Aldéhyde.
Il peut surtout, lorsqu’il est concentré, s’unir à la fois à l’hydrogène et au carbone du corps organique, et donner naissance à de l’acide oxalique : c’est ce qui a lieu avec les corps riches en carbone, tels que le sucre, la gomme, l’amidon, le ligneux, les acides tartrique, citrique, malique, etc. Dans certains cas, lorsque l’hydrogène seul est brûlé par une partie de l’oxygène de l’acide azotique, et que celui-ci est ramené à l’état d’acide hypoazotique, ce dernier acide prend la place de l’iiydrogène dans le nouveau corps formé: ainsi l’acide benzoïque,
^‘'^‘•îsforméen acide nitrobenzoïque,Ei(jU ^Xz0^,0^,E0^
et] en un autre acide binitrobenzo'ique , 2AzO^, 03,H0. On sait par les ti avaux récents et importants de M. Zinin, que l’on peut transformer en alcalis organiques, à l’aide de l’acide sulfhydrique, les ^carbures d hydrogène préalablement traités par l’acide azotique, et changés en produits dans lesquels entre un composé azoté.
Acide sulfurique. Il peut, quand il est concentré, à raison de sa grande affinité pour l’eau, décomposer un certain nombre de corps or-
gai)k|U6s, sans se décomposer lui-même, et en déterminant la formation d une cei laine quantité d’eau, aux dépens de l’iiydrogène et de l’oxygène de ces corps ; ainsi
H6C4Q2 SQ3, HO S03, 2H0 RSC^O
Alcool. Acide sulfurique. Acide sulfurique. ' Bther sulfurique.