DES ÉTHERS EN GÉNÉRAL
:in hydrate de bicarbure d’hydrogène = H'îC4,H0, et l’alcool, comme un bihydrate du même carbure=H‘‘C^, 2H0 ; le bicarbure d’hydrogène jouait le rôle de base. Les éthers simples qui résultent de l’action des hydracides sur l’alcool n’étaient que des sels anhydres composés de ce même bicarbure et de l’hydracide employé; ainsi on représentait l’éther chlorhydrique par C^, H Cl. On considérait les éthers composés comme des sels hydratés ayant pour base le même bicarbure ; ainsi les
éthers acétique et azotique avaient pour formules HO, ^ acétiqur ’
et H'îC^HO, Az 0^. Quant aux acides viniques (éthers viniques), c’étaient des sels acides hydratés ayant pour base le même bicarbure d’hydrogène ; ainsi l’acide sulfovinique était représenté par H'^C^,2S03,2H0.
En Allemagne on envisageait les choses différemment. L’éther ordinaire était regardé comme un oxyde composé d’oxygène et d’un radical hypothétique^E^Ç>^^ quel’on n’avait pas isolé, et auquel on avait donné le nom d’éthyle. L’alcool de vin n’était qu’un hydrate d’oxyde d’éthyle = HS C'iO, HO. Les éthers simples formés par les hydracides constituaient des chlorures, des bromures, etc., d’et/iy/e; ainsi les éthers chlorhydrique, bromhydrique, etc., étaient représentés par de V éthyle et du chlore ou par de l’éthyle et du brome =HS Cl, ou bien HS C'î Br. Les éthers composés étaient considérés comme des sels anhydres à base d’oxyde d’éthyle et d’un acide ; c’est ainsi qu’on représentait l’éther acétique par RS C^ 0, R3 C^ 0», et l’éther azotique par HS G^ 0, Az OS. Les éthers viniques ne différaient de ces derniers qu’en ce qu’ils étaient hydratés et qu’ils contenaient plus d’acide. Je décrirai plus loin, en parlant des carbures d’hydrogène , le gaz éthyle, récemment découvert par M. Frankland ; mais je puis dire, dès à présent, que ce gaz ne joue aucunement le rôle qui lui avait été assigné par Liebig dans l’éthérification.
Ces deux théories, qui ont joui d’une si grande célébrité , et qui ont été l’occasion de découvertes importantes, ne soutiennent pas le plus léger examen, en présence des expériences si curieuses et si intéressantes de iM. Régnault, qui est arrivé à ce résultat que la molécule H^C"^ 0 doit être considérée comme la molécule primitive, d’où l’on déduit, par de
simples substitutions, tous les produits que l’on obtient soit avec l’alcool, soit avec l’éther.
Les éthers neutres sont, en général, peu solubles dans Veau, mais ils se dissolvent dans 1 alcool et dans l’dtAer ordinaire; les éthers acides sont solubles dans 1 eau. Presque tous les éthers neutres ï,on[. volatils. Les étheis biacides qui ne se volatilisent pas sont tous décomposés par
la chaleur tantôt en alcool et en acide, tantôt en alcool , en étheP ovdl-* naire, en bicarbiire d’hydrogène, etc., et en charbon. Par une ébullition plus ou moins prolongée avec l’eau, les éthers acides et les élliers neutres solubles dans l’eau sont décomposés en acides et en alcool. Soumis à l’action du chlore sec à la lumière diffuse, les éthers neutres perdent, en général, deux molécules d’hydrogène, qui sont remplacées par deux molécules de chlore; à la lumière solaire, ils perdent, au contraire, tout l’hydrogène, excepté l’éther siiccinique, qui conserve toujours un équivalent d’hydrogène. Les éthers chlorés, ainsi formés, sont décomposés par l’alcool et la potasse, et donnent des produits divers, parmi lesquels on trouve toujours l’acide chlor acétique, HC'îCl^O'^, tandis que l’ammoniaque fournit toujours, entre autres corps, de la chloracétamüle = H^C4C13Az 02.
DES ÉTHERS SIMPLES OU DU PREMIER GENRE
Ces éthers sont l’éther ordinaire et les éthers préparés avec un hydr acide.
»c l’éthcr Oi-tlinnirc {hydratiquc, sulfurique). IPC^O.
Cet éther est improprement nommé éther sulfurique, puisqu’on pourrait également l’appeler éther phosphorique , éther arsénique , fluorhydrique, fluoborique ou chromique, acides avec lesquels on l’obtient aussi bien qu’avec l’acide sulfurique. Il est egalement le résultat de 1 action des chlorures de zinc, d’étain, de potassium, etc., sur 1 alcool.
Il est sous forme d’un liquide très-limpide, incolore, dune odeiii forte et suave, et d’une saveur chaude et piquante; son poids spécifique à 0*’ est de 0,736; il ne rougit point Vinfusum de tournesol. Il se volatilise à toutes les températures, et il entre en ébullition à 35°,6 sous la pression de 0,76 c.; ce phénomène a même lieu à 8° ou 10”, si l’éther est placé sous une cloche vide; le poids spécifique de la vapeui qui en résulte, comparé à celui de l’air, est de 2,586: cest à la facilité avec laquelle cette vaporisation a lieu qu’il faut attribuer le refroidissement subit qu’éprouvent les corps sur lesquels ce liquide a été appliqué. On peut tirer parti de ce fait, en médecine, pour diminuer certains maux de tête , la chaleur intense que déterminent les briilures, etc.; il suffit d’appliquer et de souffler de l’éther sur la partie affectée. Soumis à l’action d’une chaleur rouge, l’éllier se décompose complètement; d’après
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Th. de SiUlssiire, il fournil un mélange de bicarbure d’hydrogène et de gaz oxyde de carbone, avec une petite quantité d’acide carbonique, d’iiuile, de goudron et de charbon ; il se produit aussi de l’aldéhyde. Si, au lieu de soumettre l’éther à l’action de la chaleur, on le refroidit en le mettant sous le récipient delà machine pneumatique, et en faisant le vide, il se vaporise en partie; si on absorbe la vapeur à mesure qu’elle se forme, au moyen de l’acide sulfurique concentré, une autre portion d’éther se congèle, d’après Configliachi , tandis que M. Bussy n’a jamais pu le solidifier à 57° au-dessous de 0°.
L’éther est mauvais conducteur du fluide électrique; il réfracte fortement la lumière; sa puissance réfractive est de 5,197.
Abandonné cà lui-même dans un flacon bouché contenant de l’air, il se décompose, perd une partie de sa volatilité et de son odeur suave, et il se forme de l’eau, de l’aldéhyde et de l’acide acétique, surtout si l’on débouche souvent le flacon et que la température soit élevée ( Planche).
Si, étant exposé à l’air, on l’approche d’un corps en ignilion, il absorbe l’oxygène de l’atmosphère avec dégagement de calorique et de lumière; il se produit une flamme blanche très-étendue, fuligineuse, beaucoup plus éclairante que celle de l’alcool, et susceptible de noircir les corps blancs. La vapeur d’éther, mêlée avec le gaz oxygène ou avec l’air atmosphérique , et soumise à l’action d’une étincelle électrique ou d'un corps enflammé, détone et se trouve décomposée. L’éther dissout environ y^QQ de phosphore; <à la longue, celte dissolution donne nai.s- .sance, d’après Zeize, à des corps organiques phosphores; il dissout à peu près i/o,, de soufre; par l’évaporation, on obtient le phosphore et le soufre cristallisés. Viode se dissout dans l’éther, mais la dissolution s’altère au bout de quelque temps. Le chlore et le brome le décompo.senl; les résultats obtenus par l’action du chlore varient suivant la manière dont on fait l’expérience.
Si l’on fait arriver dans un ballon exposé A la himière diffuse une certaine quantité de chlore et de la vapeur d’éther en excès, on produit entre autres corps l’éther monochloré , !I'‘C‘^C10. Si, dans les mêmes conditions, on continue A faire pas,ser du chlore jusqu’A épuisement, il .SC forme de V éther bichloré, IPC-iCl^O, liquide oléagineux, d’une odeur de fenouil , d’une densité de 2,5, décomposable vers 140°, sans entrer en ébullition , et que l’on peut transformer en éther hmilfuré, H^C'^S^O, eu le chauffant au milieu d’un courant de gaz acide sulfhydrique : on voit que 2 équivalents de soufre ont remplacé les 2 équivalents de chlore. Si 1 on fait passer en excès du chlore bien sec sur de l’éther chloré , pré-
paré avec de l’élher anhydre à l’ombre, et débarrassé de l’éllier et de l’éther chlorhydrique qu’il renfermait, et qu’on fasse l’expérience au soleil, on obtient des cristaux blancs d’éther quintichloré, Cl^ O ; d’où il suit que tout l’hydrogène de l’éther a été remplacé par du chlore. Ces cristaux fondent à 69° et se décomposent à 300°,. sans bouillir, en sesquichlorure de carbone , G16, et en aldéhyde chloré, C^CHO^, d’après
l’équivalence suivante :
2G'iC15 0 = C4C16,C*Cl4 02.
Si l’on fait arriver rapidement sur de l’éther exposé au soleil une grande quantité de chlore , l’action est très-énergique , la matière noircit et s’enflamme.
L’eau dissout environ le dixième de son poids d’éther; lorsqu’on agite pendant quelque temps ces liquides, il se produit deux couches : l’une supérieure, composée d’éther et d’un peu d’eau; l’autre inférieure, formée d’eau et d’un peu d’éther. L’éther dissout au moins autant de cyanogène que l’eau. Le potassium et le sodium sont oxydés par lui, et il y a une légère effervescence, due à un dégagement de carbure d’hydrogène. Le baryum, le strontium et le calcium, agissent probablement de la même manière.
En mettant de l’élher sulfurique en contact avec le fer, le zinc, le cuivre, et d’autres métaux facilement oxydables, on obtient des quantités notables d’acétates métalliques , ce qui tient à la décomposition de l’éther, lequel, sous l’influence de l’air, passe à l’état d’acide acétique; l’or et l’argent ne produisent rien de semblable.
Si l’on met une goutte d’éther dans un verre froid, et que l’on plonge dans le verre un fil de platine d’environ un demi-millimètre de diamètre, roulé en spirale, et préalablement chauffé sur un morceau de fer ou à la flamme d’une bougie, le fil devient resplendissant, presque d’un rouge blanc dans quelques parties du verre, et ce phénomène continue tant qu’il y a une quantité suffisante de vapeur et d’air; il se forme en même temps de l’acide lampique.
A la température ordinaire, les alcalis anhydres sont sans action sur l’éther; mais si l’on abandonne le mélange à lui-même pendant longtemps et au contact de l’air, l’éther se colore en brun, et il se forme des acétates et des formiates de ces bases.
Les acides chlorhydrique et acétique dissolvent l’éther, et l’eau ne le sépare que de la dernière de ces dissolutions (Boullay). V acide sulfurique concentré le décompose à l’aide de la chaleur; il se forme de l’eau,
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de riuiile douce de vin, du carbure liydrogène, du gaz acide sulfureux, du gaz acide carbonique, et il se dépose du cliarbon. L’acide sulfurique anhydre donne, avec l’éllier vinique anhydre bien refroidi, de l’acide iséthionique, H^C^O, 280^, et de l’acide œthionique, H^C^0,4S03. V acide azotique n’agit point sur lui à froid; il le décompose si on élève la température, et le transforme en aldéhyde et en acides formique et oxalique.
Il ne parait pas avoir beaucoup d’action sur les sels; il forme toutefois des composés définis en s’unissant à certains chlorures; Kuhlmann a obtenu une combinaison cristalline d’éther et de sesquichlorure de fer. J’ai déjà i)arlé des phénomènes qu’il présente avec le chlorure d’or (^voy. p. 640 du t. I®*')- H dissoutle sublimé corrosif par l’agitation. Yogel a observé que le exposé au soleil pendant quelques jours, se
décompose et laisse déposer du protochlorure et du carbonate de mercure sous forme d’une poudre blanche, phénomène qui annonce à la fois la décomposition de l’éther et celle de la préparation mercurielle.
Valcool et l’éther s’unissent et forment un liquide incolore, limpide, décomposable par l’eau , qui s’empare de l’alcool et sépare l’éther sous forme de petits globules, lesquels viennent à la surface. La liqueur minérale anodine d’Hoffmann n’est autre chose qu’un mélange fait avec parties égales d’alcool et d’éther concentrés. Les huiles fixes et essentielles , le camphre, les résines , etc. , peuvent être dissous par l’éther.
L’éther est un des calmants et des antispasmodiques les plus accrédités et les plus généralement employés en médecine. Il est administré avec le plus grand succès dans une foule d’affections nerveuses et dans un très -grand nombre de fièvres intermittentes : donné une heure avant l’accès, il le prévient souvent, ou du moins il s’oppose à ce que le frisson se manifeste. On le fait prendre depuis 6, 8 ou 10 gouttes, jusqu’à 2 grammes et même plus ; cependant il faut être circonspect sur son emploi, car, à forte dose, il détermine l’inflammation des tissus du canal digestif, tous les symptômes de l’ivresse, et la mort (voy. mon Traité de médecine légale, t. Itl , 4® édit.). On le donne ordinairement sur un morceau de sucre ou dans une potion antispasmodique.
Loisquon le fait inspirer, il agit comme un puissant anest/iesig'we^ cest-à-dire quil rend l’individu insensible : aussi l’ernploie-t-on souvent sous cette forme avant de pratiquer des opérations chirurgicales tres-douloureuses. Depuis quelques années, on lui préfère pour cet usage le chloroforme, quoique celui-ci soit d’un emploi plus dangereux.
Préparation de l’éther ordinaire au moyen de l’acide sulfurique. L’appaicil dont on se sert (voy. pl. 3, fig. 2) consiste dans une cornue liibii-
lée en verre d’une capacité triple du volume du mélange à y iniro* dnire; au col de cette cornue, on adapte avec beaucoup de soin une allonge communiquant avec un ballon C tubulé lui-même et joint à un serpentin D; à la tubulure de la cornue, on fixe un tube courbé à angle droit .B; dont la branche verticale doit plonger de (|uelqucs centimètres dans le liquide alcoolique, tandis que la branche horizontale, armée d’un robinet J, communique avec un flacon 0^ servant de réservoir et contenant de l’alcool. Alors les quantités d’alcool et d’acide étant pesées dans le rapport de 70 parties d’alcool à 32 degrés, et de 100 parties d’acide concentré (1), on en fait le mélange à part, en ayant soin d’ajouter par petites portions l’acide dans l’alcool, et de remuer continuellement; une fois le mélange achevé, on l’introduit dans la cornue, que l’on place ensuite dans un bain de sable disposé sur un fourneau; et, après avoir bien hermétiquement fermé toutes les jointures et convenablement refroidi le récipient, on chauffe peu à peu la cornue, que l’on maintient à 140° pendant toute l’opération ; pour cela, on introduit un thermomètre dans la cornue; déjà, aune douce chaleur, on voit la distillation commencer; alors on ouvre le robinet du tube qui amène l’alcool, afin de le faire arriver en quantité correspondante à celle de l’éther qui distille, et pour que le niveau du mélange dans la cornue reste toujours le môme. Si l’opération est bien dirigée, il ne se forme que de l’eau et de l’éther; mais, comme presque toujours il passe à la distillation, outre ces deux corps, un peu d’alcool et d’acide, ainsi que de l’huile douce de vin, il faut rectifier l’éther; pour cela, on l’agite avec un sixième de son poids de carbonate de potasse desséché, ou avec de la chaux récemment calcinée : on laisse le tout en digestion pendant quelques heures, l’élher vient à la surface ; on le distille dans un ajipareil semblable au précédent, dont on aurait seulement remplacé le tube conducteur de l’alcool par un bouchon fermant exactement la tubuline, et l’on chauffe très-doucement. Dans la crainte que l’éther ne retienne encore de l’eau et de l’alcool , on le fait digérer avec une grande quantité de chlorure de calcium pulvérisé, puis on le distille au bain-mai ie. Dans la préparation de l’élher ou pendant sa rectification , il faut surtout avoir soin de ne laisser dégager aucune vapeur, car par son poids spécifique celle-ci tend à gagner la partie inférieure de l’appartement, et pourrait arriver jusqu’aux charbons allumés contenus dans le fourneau
(I) Si l’alcool ou l’acide coiUenaii trop d'eau, il iic sc formerait point d’éther ; on n’obtiendrait que de l’eau et de l’aleool.
Dii l'Éther ordinaire.
et s’enflammer; de là des accidents souvent terribles. 11 faut se garder, par les mêmes motifs, de transvaser de l’étlier le soir dans le voisinage d’un corps allumé.
Théorie. D’après M. Mitsclierlicli, l’acide sulfurique agit sur l’alcool en vertu de la force catalytique (voy. t. I®'’, p. 9); il détermine la décomposition de l’alcool en éliminant 1 équivalent d’eau, sans s’emparer ni de l’étber ni de l’eau; en effet, si l’on néglige quelques réactions intermédiaires, on a