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DU BLANCHIMENT

DE LA TEIIVTIIRE.

On désigne sous le nom de teinture l’art qui a pour objet de fixer les principes colorants sur certaines substances, qui sont principalement les fils et les tissus de coton, de chanvre, de lin, de laine et de soie. On ne parvient, en général , à atteindre ce but d’une manière convenable, qu’aulant que l’on a fait subir aux divers fils dont je parle trois opérations distinctes: 1” le blanchiment, que l’on appelle quelquefois décreusage, désuintage ; 2“ l’application des mordants; 3“ la fixation de la matière colorante.

S P**. — Du blauehliueut.

Pour se faire une idée de cette opération , il faut savoir que les fils et les tissus de chanvre, de lin, de soie, etc., que l’on veut blanchir, sont formés de fibres blanches et d’une matière colorante : il s’agit donc simplement de détruire celle-ci pour que la fibre devienne blanche. On ne pratique l’opération que je vais décrire que dans le cas où les tissus doivent recevoir une teinte légère ou partielle, comme pour les toiles peintes.

Blanchiment des fils de chanvre, de lin et de coton. 1° On laisse pendant quelques jours ces substances dans de l’eau limpide, afin de leur faire éprouver un commencement de fermentation propre à faciliter la séparation du principe colorant, et d’un enduit appelé parou, dont les tisserands se servent dans le tissage des toiles. 2° On les lessive en les plongeant dans une dissolution de potasse ou de soude caustiques qui ne soit pas concentrée, et qui ait été préparée d’avance avec une partie de chaux vive éteinte par le moyen de l’eau , 2 parties de carbonate de potasse ou de soude, et une plus ou moins grande quantité d’eau : le but de cette opération est de dissoudre dans l’alcali une portion de la matière colorante; on lave ces tissus à grande eau. 3” On les plonge dans une dissolution aqueuse de chlore, qui, comme je l’ai dit, détruit lo principe colorant et le transforme en une matière très-soluble dans les alcalis; si la dissolution de chlore était trop concentrée, le tissu Ini-méme pourrait être attaqué; si elle était trop faible, l’action serait jn’esque nulle; on se sert j)lus particulièrement aujourd’hui d’une dissolution de clilorure de chaux, qui offre tous les avantages du chlore, sans avoir autant d’inconvénients: on lave les tissus A grande eau. d" On les passe A plusieurs reprises , et en les frottant , dans une disso-

kUion de savon chaude. 5° On les met en contact avec de l’acide sulfurique très-faible, afin de dissoudre une certaine quantité d’oxyde de fer qui , pendant le cours de l’opération, se dépose sur ces substances, principalement sur le coton, et les colore en jaune; on les lave de nouveau. 6° On renouvelle plusieurs fois, et successivement, les immersions dans la lessive et dans la dissolution de chlore, ainsi que les lavages (Berthollet).

Avant d’avoir adopté ce procédé , on blanchissait les toiles en les lessivant de temps en temps, les étendant sur le pré et les arrosant deux ou trois fois par jour.

Blanchiment de la soie et de la laine. Si , après avoir décreusé la soie, on veut la rendre encore plus blanche, on l’expose à la vapeur du soufre en ignition (gaz acide sulfureux). La laine doit être désuintée d’abord, puis traitée par une faible dissolution de savon tiède, pour s’emparer du suint qui peut rester à la surface ; enfin on doit la mettre en contact avec le gaz acide sulfureux.

Décreusage. Le décreusage est une espèce de blanchiment moins parfait que le précédent, que l’on fait subir aux tissus de coton, de lin, de chanvre et de soie, qui doivent être teints en une couleur foncée. Pour décreuser le lin, le chanvre et le coton, on fait bouillir ces matières avec de l’eau , pendant deux heures; on les laisse égoutter; on les fait bouillir de nouveau pendant deux heures avec une dissolution de soude rendue caustique par la chaux; on les lave à grande eau, et on les fait sécher à l’air. Pour 100 kilogrammes de chanvre ou de lin, on prépare la dissolution avec 15 seaux d’eau et 2 kilogrammes de soude, tandis qu’on ne met que 1 kilograipme soude pour la même

quantité de colon. — Décreusage de la soie. La soie est un liquide visqueux, contenu dans un appareil glanduleux du bombyx du mûrier {phalœna mori) ^ qui se solidifie par l’action de l’air. Elle contient: 1® une matière azotée soluble (gomme de Roard) ; 2" une matière azotée insoluble dans l’eau; 3” une huile volatile odorante; 4“ de la cire; 5® une matière colorante jaune, si la soie est jaune. La réunion de ces matières constitue le vernis de la soie, que l’on peut dissoudre en entier par l’alcool ou l’éther et l’eau , dans un digesteur distillatoire. D’après M. Roard, on décreuse les soies, écru blanc ou jaune, en les faisant bouillir pendant une heure avec quinze fois leur poids d’eau, et une plus ou moins grànde quantité de savon, suivant la nuance que l’on désire; il faut plonger la soie dans le bain une demi-heure avant que le liquide soit en ébullition, et la retourner souvent: dans cette opération, la soie perd la totalité ou la majeure partie de son vernis.

DE l’application DES MORDANTS. 295

Désuintage. La laine est enduite d’une matière que l’on appelle suint, composée d’un savon à base de potasse qui en fait la majeure partie , d’une substance animale particulière odorante, de chaux, de carbonate de chaux ^ de carbonate et d’acétate de potasse et de chlorure de potassium (Vauquelin); la quantité de suint est d’autant plus consi- ‘ dérable que la laine est plus fine. On donne le nom de désuintage à l’opération qui a pour objet de lui enlever l’enduit dont je parle : celte opération consiste à plonger la laine, pendant un quart d’heure, dans un bain presque bouillant préparé avec 3 parties d’eau et 1 partie d’urine pourrie ou ammoniacale , à laquelle on ajoute quelquefois du savon; on la remue de temps en temps, puis on la relire; on la fait égoutter; on la lave à grande eau, et on la fait sécher au soleil. Le bain qui a déjà servi est encore très-utile pour d’autres opérations du môme genre. On pratique quelquefois le désuintage sans employer d’urine. La laine désuintée contient encore deux matières grasses, l’une solide, l’autre fluide, qu’on peut lui enlever en la soumettant à l’action de l’alcool et de l’éther dans le digesleur dislillatoire : ainsi privée de ces deux graisses, elle renferme, outre l’oxygène, l’hydrogène, le carbone et l’azote qui la constituent , du soufre.

S 11* — De l’appllcadou fies mordants.

On donne le nom de mordant à toute substance qui, étant dissoute dans l’eau , a la faculté de s’unir aux tissus préalablement décreusés , désuintés ou blanchis, que l’on veut teindre, et d’augmenter leur affinité pour les principes colorants, sans que les fibres textiles perdent leur forme et leur consistance. Si l’on ne faisait pas usage de mordants, la teinture serait facilement enlevée par les lavages avec de l’eau, et surtout avec les savons alcalins. Le nombre des mordants est presque infini , cependant on emploie le plus ordinairement Valun : aussi celte opération de la teinture est-elle souvent désignée sous le nom d'alunage. Dans la teinture écarlate, on se sert du protochlorure d’étain; on emploie souvent aussi le bichlorure d’étain , surtout pour aviver les couleurs rouges de la cochenille et de la garance; dans les toiles peintes, on fait usage d’acétate d’alumine, et pour le rouge d’Andrinople, on emploie la noix de galle.

Alunage de la soie. On laisse la soie pendant vingt-quatre heures fians une dissolution faile avec 1 partie d’alun pur, contenant à peine nii denii-rnillième de son poids de sulfate de fer et 00 parlics d’eau ; on la lord et on la lave; on agil à la température ordinaire j)üur faire

absorber à la soie une plus grande quantité de sel , et lui conserver son brillant sans l’altérer.

Alunage de la laine. Après avoir fait bouillir pendant une heure 1,000 parties de laine dans l’eau de son , afin de la dégraisser, on la lave à l’eau froide , et on la fait bouillir de nouveau avec 8 à 9,000 parties d’eau, 250 parties d’alun du commerce, et un peu de crème de tartre; on la fait égoutter et on la lave.

Alunage du coton, du chanvre et du lin. On met ces tissus dans une dissolution légèrement chaude, préparée avec 3 parties d’eau et 1 partie d’alun; on laisse refroidir le bain; on les relire vingt-quatre heures après , on les lave et on les fait sécher. L’alun doit être pur lorsqu’on opère sur le colon, car s’il contenait seulement Vme sulfate de fer, les nuances seraient altérées.

Avant de teindre les étoffes de ligneux alunées, on les plonge pendant quelque temps dans deux bains d’eau dans laquelle on a délayé 6 à 8 p. o/o de bouse de vache, sans que l’on sache encore ce qui se passe ; il est probable que la bouse agit par les phosphates qu’elle renferme.

S ill. — De la flxatlon des matières colorantes.

On prépare le bain de teinture en faisant dissoudre la matière colorante dans l’eau boiiillaule, et on y plonge le tissu, préalablement blanchi et combiné avec le mordant. Si la matière colorante n’est pas soluble par elle-même, on la rend soluble à l’aide d’un autre corps; alors on plonge dans le bain le tissu blanchi , et sans être imprégné de mordant, et on précipite la matière colorante au moyen d’une troisième substance. Dans tous les cas, on dispose les tissus que l’on veut teindre, de manière que toutes leurs parties soient en contact avec la couleur pendant le même temps. La température du bain qui sert à teindre les soies, le chanvre et le lin, doit être portée successivement de 30" à 75". On teint presque toujours au bouillon les laines et les cotons. Ces opérations étant terminées, on lave les tissus, afin de leur enlever le principe colorant, qui n’est que superposé.

Des teintures rouges.

On obtient ces couleurs avec la garance, les bois de Campêche et du Brésil, la coclienille, le carthame, etc.

Garance {rubia Unctorum). On ne fait usage que des lacines, les

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