DE LA MORPHINE
de ciircuma, et rétablissent la couleur bleue du tournesol rougi par un acide, ce qui n’a pas lieu avec la narcotine. La morphine est insoluble dans l’éther.
Elle est soluble dans plusieurs alcalis , et notamment dans la potasse , ce qui permet de la séparer de la narcotine, qui ne se dissout pas dans ces agents. Chauffée avec un excès d’hydrate de potasse à 200®, on obtient un liquide d’une odeur fortement ammoniacale, d’une saveur brûlante, renfermant de la méthylamine.
La morphine neutralise les acides, aveic lesquels elle forme des sels simples ou doubles, crislallisables, d’une saveur amère, désagréable, précipitables par les carbonates alcalins; l’infusion de noix de galle ne les trouble qu’autant qu’ils contiennent de la narcotine. L’ammoniaque les précipite quand les dissolutions sont concentrées; si, au contraire, elles sont très-étendues, ou il n’y a point de précipité, ou, s’il s’en forme un, il est redissous par un excès d’ammoniaque.
L’acide azotique, versé par gouttes sur la morphine, lui communique i une belle couleur rouge , caractère que partagent la strychnine impure ■ et la brucine, mais qui n’appartient pas à la narcotine. M. Anderson vient de prouver que, par la réaction de cet acide sur cette base, il se t forme des hases volatiles qu’il n’a pas encore examinées {Comptes rendus des séances de V Académie des sciences, 29 juillet 1850).
L’acide acétique faible la dissout rapidement
Elle décompose la plupart des sels métalliques des six dernières classes.
Mise en contact avec une très petite quantité de sesquichlorure de fer i non acide, ou très-peu acide et étendu, la morphine devient bleue, cairactère qui n’appartient ni à la narcotine, ni à la strychnine, ni à la t brucine, ni à aucun autre alcali végétal; si le sel de fer était Jaune,
( on obtiendrait une nuance verte, produite par le mélange des coui leurs jaune du sel de fer et bleue de la morphine. D’après Pelletier, il [ paraîtrait que, pendant la réaction de la morphine sur les sels de 5 sesquioxyde de fer, une portion de la morphine s’emparerait d’une [■partie de l’oxygène du sesquioxyde de fer, tandis qu’une autre iiortion •'de morphine se combinerait avec l’oxyde de fer ramené à un état d’oxydation inférieur. Les acides, l’alcool et l’éther acétique non acide^ font disparaître la couleur bleue à l’instant même ; aussi ne se manifeste-t- ' elle pas si l’on emj)loie un sel de fer acide, ou lorsqu’on fait usage d’une dissolution alcoolique de morphine (Robinet).
L’acide iodique et Viodale acide de potasse , mêlés avec de la morphine ou avec un sel de morphine, sont instantanément décomposés, et l’iode
est mis à nu d’abord avec une couleur rouge , et immédiatement après avec la couleur bleuâtre qui le caractérise ; cette réaction a lieu lors même que la liqueur ne contient qu’un demi-milligramme de morphine (Sérullas, 1830).
Le carbonate de morphine cristallise en prismes courts. Le sulfate offre des ramifications cristallines et même des prismes. Le chlorhydrate, Ht8C34Az06, HCl, 6H0, est sons forme de houppes soyeuses ou de rayons solubles dans 20 parties d’eau froide et dans 1 d’eau bouil* lante. Vazotate est également rayonné. Le tartrate et le sous-méconate cristallisent en prismes. Vacétate est sous forme de dendrites ou de demi-sphères aiguillées dans l’intérieur; il est inodore, d’un blanc légèrement grisâtre, et d’une saveur amère ; il est très-soluble dans l’eau et dans l’alcool, insoluble dans l’éther; les dissolutions alcooliques et aqueuses, abandonnées à elles-mêmes à l’air libre, se décomposent spontanément et laissent déposer de la morphine, mais cette décomposition a ses limites; l’acide azotique, l’acide indique et le sesquichlorure de fer, agissent sur lui comme sur la morphine ; une dissolution d’un sel d’or le colore en bleu.
Extraction de la morphine. On fait macérer l’opium dans de l’eau à 38“ c. ; on sature l’acide libre par du marbre; on évapore, jusqu’en consistance de sirop, dans un vase de porcelaine, afin d’éviter tout contact avec le fer, qui colorerait la matière en rouge foncé, et on ajoute un excès de chlorure de calcium pur; on continue à faire bouillir pendant quelques minutes ; il se produit du chlorhydrate de morphine et de codéine solubles, et du méconate de chaux insoluble; on sépare celui-ci après avoir ajouté un peu d’eau, et on évapore la liqueur jusqu’à ce qu’elle cristallise; on dissout les cristaux dans l’eau bouillante; on mêle la dissolution avec du charbon animal non alcalin, pour la décolorer; au bout de quelques heures, l’addition d’un peu d’acide rend la matière colorante plus soluble, et par conséquent plus facile à séparer. On décompose les chlorhydrates de morphine et de codéine ainsi purifiés et chauffés jusqu’à l’ébullition, par l’ammoniaque, qui précipite la morphine-, si celle-ci n’était pas blanche, on devrait la traiter par l’alcool bouillant (Robertson, Journal de pharm., mars 1833). On peut aussi retirer la morphine des pavots indigènes, et môme des capsules sèches de ces pavots, comme l’a prouvé M. Tilloy.
L’empoisonnement que détermine la morphine dissoute dans les acides ne diffère en rien de celui que produit l’opium , toutefois il est plus grave à dose égale (voy. Opium et mon Traité de méd. lég., t. III , 4“ éd.). On administre l’acétate, le sulfate, et surtout le chlorhydrate de nior-
Da LÀ CODÉINE. 423
phine, à la dose de 1 à 2 centigrammes, en pilules ou dans un sirop , toutes les fois que l’opium est indiqué ; on augmente graduellement la dose, jusqu’à en faire prendre 10 ou 15 centigrammes par jour. Les observations de M. Bailly tendent à prouver que s’il est des cas où les sels de morphine agissent avantageusement, il en est une multitude d’autres dans lesquels l’opium doit leur être préféré. On emploie aussi les sels de morphine à l’extérieur, dans des vésicatoires, et comme calmants.
De la codéine. H‘®C**AzO®,2HO.
La codéine , découverte en 1832, par Robiquet, dans l’opium, est sous t forme de petites aiguilles très-blanches, ou de prismes droits à base irhomboïdale tantôt aplatis, tantôt allongés, contenant 2 équivalents t d’eau ; elle est fusible à 150° : alors elle a perdu son eau ; chauffée plus t fortement, elle se décompose. Mille parties d’eau à 15“ dissolvent 12,6 de (codéine, tandis qu’il s’en dissout 58,8 si l’eau est bouillante; en mettant iplus de codéine dans ce liquide bouillant, la partie non dissoute forme lune couche comme huileuse au fond du vase; celte dissolution est très- > sensiblement alcaline. Elle forme des sels avec les acides; V azotate est ' très-facilement cristallisable, et la codéine n’est point rougie par l’acide U azotique, comme la morphine.
Si l’on traite la codéine par de l’acide azotique très-étendu , on obtient une base substituée, la nürocodéine ; si , au contraire, l’acide est d’une concentration moyenne, une action fort violente a lieu, accom- I pagnée d’un dégagement de vapeurs d’acide hypoazotique; la dissolu- ' lion est de couleur orange, et dépose, par l’addition de l’eau, un acide 'résineux. Si l’on fait évaporer l’acide azotique, en chauffant au bain- ’ marie, on obtient l’acide nouveau sous forme d’une masse poreuse jau- ' nâtre, facilement soluble dans l’alcool, dont il est précipité par l’eau;
1 tout porte à croire que sa formule dérive de celle de la codéine, par la ■ substitution de AzO, et par l’addition de plusieurs équivalents d’oxygène. Si l’on traite cet acide par une dissolution de potasse étendue, il colore la liqueur en rouge foncé et se dissout ;|en faisant bouillir en vases clos celte dissolution , on recueille dans le récipient, où l’on a ' nais préalablement de l’eau , une base volatile d’une odeur particulière très-forte. Si l’on sature par l’acide chlorhydrique ce liquide distillé , et qu’on évapore le sel au bain-marie , on obtient des cristaux abondants facilement solubles dans l’alcool absolu; le chlorure de i)latine donne avec U dissolution de ces cristaux un beau précii)ilé jaune; ce
sel est formé de H^Ca, HAzCl, PtCl ; d’où il suit que la base dont il s’agit est la méthylamine de M. WuiTz (Anderson, Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences , 29 juillet 1850).
La codéine est insoluble dans les alcalis. La chaux potassée et la chaux sodée, par l’action de la chaleur, donnent avec la codéine de la méthylamine et de la propxjlamine , H^CSAz; d’où il suit qu’il existe une certaine analogie entre l’action de la chaux sodée et celle qu’exercent successivement l’acide azotique et la potasse sur la codéine (Anderson, Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, 29 juillet 1850).
Les sels de sesquioxyde de fer ne bleuissent pas la codéine; l’infusion de noix de galle précipite abondamment ses dissolutions, caractères qui la distinguent essentiellement de la morphine.
Elle exerce une action très-prononcée sur la moelle épinière, et ne paralyse pas, comme la morphine, les extrémités pelviennes; ses effets délétères, à une dose un peu élevée, sont incontestables, d’après M. Kunckel. A petite dose, elle provoque un sommeil différent de celui que détermine l’opium. D’après M. Barbier (d’Amiens), elle agit merveilleusement contre certaines névroses abdominales.
Extraction. On verse du chlorure de calcium dissous dans une dissolution aqueuse d’opium convenablement rapprochée; il se forme du méconate de chaux insoluble, et le liquide tient en dissolution, entre autres produits, du chlorhydrate de morphine et de codéine; on filtre, et on verse de l’ammoniaque dans le liquide : la morphine se précipite, tandis que la liqueur relient du chlorhydrate de codéine et d’ammoniaque ; on fait évaporer et cristalliser: les cristaux obtenus, composés de codéine, d’acide chlorhydrique et d’ammoniaque, sont redissous dans l’eau et cristallisés de nouveau ; alors ils présentent de petites houppes soyeuses et mamelonnées, parfaitement blanches, de chlorhydrate de codéine, ne contenant plus d’ammoniaque; on les broie avec de la potasse caustique un peu étendue, qui produit du chlorure de potassium soluble, et la codéine se précipite sous forme d’une masse qui devient de plus en plus consistante, et qui, étant lavée avec un peu d’eau, peut être réduite en poudre. L'hydrate de codéine impur ainsi obtenu, séché et traité par l’éther bouillant, est dissous en partie, et abandonne la codéine par une évaporation spontanée , surtout si l’on ajoute un peu d’eau, lorsqu’il s’est déjà déposé quelques cristaux (/!»«• de chimie, novembre 1832).
DE LA NARCOTINE.
De la oarcélne. H*°C®*AzO**.
La narcéine , découverte en 1832, par Pelletier, dans l’opium , est en aiguilles blanches et soyeuses qui paraissent être des prismes à quatre pans; elle est inodore, d’une saveur légèrement amère, un peu styplique, fusible à 92°, décomposable au delà de 110° sans se sublimer. Elle est soluble dans 230 parties d’eau bouillante et dans 375 d’eau froide, soluble dans l’alcool bouillant et insoluble dans l’éther. Elle est décomposée par les acides minéraux concentrés. Si ces acides sont affaiblis, ils se combinent avec elle et forment des sels; ces combinaisons se produisent avec des phénomènes remarquables : ainsi , au mo- : ment où l’acide chlorhydrique, par exemple, touche la narcéine, celle-ci prend une couleur bleue magnifique ; si l’on ajoute assez d’eau pour dissoudre le sel , la dissolution est incolore ; souvent, avant de se décolorer, la matière prend une teinte d’un rose violacé; l’apparition de ces teintes diverses dépend de la présence d’une quantité variable d’eau. La narcéine ainsi dissoute dans les acides faibles peut en être précipitée ^sans altération. L’acide azotique concentré ne la rougit point, mais la ’ transforme en acide oxalique. Elle agit à peine sur l’économie animale.
Extraction. Ou commence par priver l’extrait aqueux d’opium de la narcoüne , de la morphine et de l’acide méconique qu’il renferme, en le traitant successivement par l’eau, par l’ammoniaque à la température de rébullition, et par de l’eau de baryte; on sépare l’excès de baryte par le carbonate d’ammoniaque, puis on chauffe la liqueur pourchasser l’excès de ce carbonate ; on évapore la liqueur jusqu’en consistance de sirop épais, et on l’abandonne à elle-même; au bout de quelques i jours, on obtient une masse pulpeuse sur laquelle on remarque des ' cristaux ; on laisse égoutter cette masse, et on la traite par l’alcool à 40 degrés bouillant; le solutum contient la narcéine; il ne s’agit, pour l’obtenir pure, que de le distiller et de purifier, au moyen de l’alcool, les cristaux qui se déposent (voy. Journ. depharm., novembre 1832).
De la Marcotlnc,|H’®C^®AzO*'.
La narcoline {substance cristallisable de l’ opium, sel de Derosne, prin~ cipe cristallisable de l’opium)., découverte par Derosne en 1802, n’a été trouvée, jusqu’à présent, que dans l’opium. Elle est solide, blanche, ou légèrement colorée en jaune, inodore, insipide et cristallisée en prismes droits, à base rhomboïdale. Chauffée graduellement dans un
tube de verre, elle fond, comme les graisses, à 170°, devient transparente et se conserve dans cet état, même après le refroidissement; si l’on élève la température à 200°, elle se décompose, répand une fumée épaisse d’une odeur ammoniacale, et laisse un résidu brun poreux d’acide humopique , H23C‘^8017. Elle est à peine soluble dans l’eau froide, et soluble dans 500 parties d’eau bouillante ; l’alcool bouillant la dissout à merveille, et la laisse déposer en grande partie par le refroidissement : elle est très-soluble dans l’éther; l’huile d’olives et l’huile d’amandes douces la dissolvent lentement, à une température inférieure à celle de l’ébullition. Aucune de oes dissolutions n’agit sur les couleurs végétales à la manière des alcalis; cependant la harcotine est rangée aujourd’hui parmi ces corps, parce qu’elle neutralise en gi’ande partie certains acides , et qu’elle forme avec eux des composés cristallisables comparables aux sels : ainsi le sulfate et le chlorhydrate de narcotine peuvent cristalliser; à la vérité, l’acide acétique , qui dissout la narcoline à froid, s’en sépare aussitôt qu’on soumet la dissolution à l’évaporation; d’où il suit que l’acétate ne constitue pas une véritable combinaison. L’acide azotique dissout la narcotique à froid, sans la faire passer au rouge; la dissolution est jaune ; si, au contraire, on la convertit préalablement en sulfate en y ajoutant un excès d’acide sulfurique, la moindre trace d’acide azotique lui fait prendre aussitôt.une couleur rouge de sang très-intense.
M. Anderson vient de prouver que l’acide azotique fournit avec la narcoline une grande variété de produits qui dépendent de la concentration de l’acide ; si l’on opère à une température basse et avec un acide trèsétendu , on obtient des hases dérivées qui n’ont pas encore été examinées ; mais par l’action d’un acide plus concentré , il se forme un acide jaune résineux ; cet acide, traité par une dissolution dépotasse, donne une base volatile , laquelle, unie au chlorure de platine, fournit des résultats correspondants à la méthylamine (voy. ce mot, et Comptes rendus des séances de l’ Académie des sciences, 29 juillet 1850).
Si l’on fait chauffer une dissolution saturée de narcotine dans l’acide sulfurique étendu avec du bioxyde de manganèse, il se forme de l’acide opianique et de la cotarnine, Hi^C^eAzO^.
La narcotine, chauffée avec une dissolution concentrée de potasse, fournit de l’acide narcotique. Si on la distille à 220° avec un excès d’iiydrate de potasse ou de soude, on obtient dans le récipient une base liquide k réaction fortement alcaline, d’une odeur à la fois ammoniacale et de harengs, formant avec les acides sulfurique et chlorhydrique des sels très-solubles dans l’eau et dans l’alcool, et que M. Wertheim a
DE LA THÉBAÏNE OU PARAMORPHINE. 427
proposé de nommer œnylamine — H^G^Az {Journ. de pharm. , juin 1850).
Traitée par le bichlorure de platine, la narcotine donne la narcogénine, H^^C^eAzOïo, laquelle se décompose facilement en narcotine et eu cotarnine.
Extraction de la narcotine. On l’obtient en traitant le marc d’opium (opium épuisé par l’eau) par l’acide acétique bouillant, qui dissout la narcotine; on verse dans la dissolution un alcali qui précipite la narcotine, que l’on fait dissoudre à chaud dans l’alcool pour la purifier.
La narcotine n’est pas employée en médecine: on peut consulter ce que J’ai dit dans mon Traité de médecine légale (4® édition), relativement à son action sur l’économie animale, et au rôle qu’elle joue dans l’emt poisonnement par l’opium.
Acide opianique, H9C2009,HO. — Il est le résultat de l’action de l’acide . sulfurique et du bioxyde de manganèse sur la narcotine. Il cristallise en prismes transparents, d’une saveur amère, fusibles à 140°, non volatils, solubles dans l’eau, à moins qu’on ne l’ait maintenu fondu pendant longtemps , car alors il est lactescent, dur et insoluble dans l’eau. L’acide sulfureux le transforme en acide opianosulfureux. L’acide sulfhydrique le change en acide suif opianique, H9G20Q7S2. L’acide azotique étendu ou le bioxyde de plomb le font passer à l’état d’acide hémipinique, H'îGi005,H0.
De la (hébaïne ou paramorphine.
Elle est blanche, à peine soluble dans l’eau, d’une saveur plutôt âcre et slyptique qu’amère, très-soluble dans l’alcool et l’éther, même à froid , et cristallisable en petits prismes aiguillés qui grimpent sur les parois des vases. Elle fond à 150", et se décompose ensuite sans se volatiliser, et en donnant des produits azotés. Elle se dissout dans les acides et forme des sels qui ne cristallisent pas. Elle ne fond jamais en gouttes Imileuses dans l’eau bouillante, comme la codéine. Enfin elle ne rougit pas par l’acide nitrique et ne bleuit pas par les sel.s de fer. Elle est composée des mêmes éléments que la morphine, et dans les mêmes proportions; par conséquent ces deux substances sont isomères.
Du reste la paramorphine est fort rare dans l’opium , qui n’en recèle <Iiie des proportions minimes. M. Magendie attribue la vertu excitante de i opium à la paramorphine; celte 0|)iiiion ne repose sur aucune expérience exacte.
De la pscudomorphlne. H'®G*^AzO*.
C’est Pelletier qui a trouvé ce principe dans l’opium , où il n’existe pas constamment; on le retire principalement des opiums, qui donnent par leur précipitation au moyen de l’ammoniaque , un précipité de morphine très-chargé de narcoline.
La pseudomorphine est d’autant plus importante à connaître pour le toxicologiste, qu’elle possède trois des caractères les plus tranchants de la morphine, ainsi qu’on le verra plus bas; mais avec un peu d’attention , il n’est pas possible de confondre ces deux corps.
Cette substance est, pour ainsi dire, insoluble dans l’eau , car il en faut 13,000 fois son poids à froid , et 800 à chaud pour la dissoudre.
Elle l’est encore moins dans l’alcool absolu et l’éther , mais les dissolutions de potasse ou de soude caustique la dissolvent en grande quantité; si l’on sature les bases par un acide, la matière se précipite en entraînant un peu de l’acide précipitant.
¥A\q incristallisable , sans saveur sensible, et neutre aux réactifs colorés, ce qui la distingue de la morphine.
Les acides un peu étendus favorisent sa dissolution dans l’eau, mais non pas au même degré: ainsi les acides sulfurique et azotique la dissolvent à peine, l’acide chlorhydrique un peu plus, et l’acide acétique beaucoup plus.
L’acide sulfurique concentré la brunit et la dénature. L’acide azotique concentré agit sur elle comme sur la morphine, en lui faisant prendre une couleur rouge des plus intenses , et en la changeant en acide oxalique.
Elle décompose aussi l’acide iodique en mettant de l’iode à nu comme la morphine; enfin elle devient d’un bleu intense par le contact des sels de sesquioxyde de fer, et particulièrement du sesquichlorure, comme la morphine. Elle est formée des mêmes principes que celle-ci, mais dans des proportions différentes.
Porptayroxlne.
Elle a été retirée de l’opium de Smyrne par Merck.
Do la papavérliic. H”C^'’AzO®.
La papavérine a été extraite de l’opium par Merck. Elle est en cristaux confus, aciculaires et blancs; elle ramène au bleu le papier de
DE LA VOMIÇINE OU BDUCINE.
tournesol rougi par un acide; elle est insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’éther et dans l’alcool froids, plus soluble dans l’alcool bouillant. L’acide sulfurique concentré la bleuit. Elle forme avec les acides des sels en général peu solubles dans l’eau ; le chlorhydrate est remarquable par la facilité avec laquelle il cristallise ; le chlorure de platine donne, avec ce chlorhydrâte, un précipité jaune, dncristallisable, insoluble, même à cjiaud, dans l’eau et dans, l’alcool. •On extrait la papavérine des résidus provenant de la préparation de la smorphine. D’après Merck, on peut avaler des quantités assez considérables de papavérine, sans éprouver des symptômes fâcheux {Journ. de , oharm. , mai 1850).
De la chélldonine.
Elle existe dans le chelidonium ma/Ms ( famille des papavéracées). Elle ^îsl cristallisable, incolore, inodore, d’^ine saveur amère, insoluble dans ’eau , soluble dans l’alcool et l’éther.
La chéléritrine existe aussi dans le chelidonium majus; elle semble identique avec la sanguinarine.
La glaucine et la glaucoprine paraissent constituer deux alcalis que ’ ’on retire du glaucium luteum (papavéracée).
AlaCAlilS DES STRYCHIVOS*
Ces alcalis sont la strychnine et la brucine.
De la vomlclne ou brucine. H*®C*®Az’0®,8H0.
La brucine a été découverte en 1819, par Pelletier et Caventou, dans 'écorce delà fausse angusture {strychnos nux vomica, famille des logainiacées), où elle existe combinée avec l’acide gallique; elle a été trouvée Idepuisrdans la noix vomique et dans la fève de Saint-Ignace. Hydratée, elle ^ist sous forme de prismes obliques, à base parallélogramique, ayant ■ quelquefois plusieurs lignes de longueur, ou en masses feuilletées, d’un hlanc nacré ayant l’aspect d’acide borique, ou en champignons; elle est inodore, et douée d’une saveur amère très-prononcée. Chauffée dans ' petit tube de verre, elle fond à une température un peu supérieure à \ celle de l’eau bouillante, abandonne 16 p. 100 d’eau, et se congèle comme de la cire lorsqu’on la laisse refroidir; si on continue à la chauffer, elle perd 8 équivalents d’eau, et se décompose. Elle est inaltérable â l’air.
Elle se dissout dans l’alcool presque en toutes proportions. L’éther et les huiles grasses n’ont pas sur elle une action bien marquée; les huiles volatiles en dissolvent un peu ; l’eau bouillante en dissout la 500® partie de son poids, et l’eau froide la 850® partie ; ces dissolutions ramènent au bleu le papier de tournesol rougi par un acide, et verdissent le sirop de violettes. Elle s’unit aux acides pour former des sels neutres et acides d’une saveur amère, pour la plupart cristallisables. Elle devient rouÿc lorsqu’on la mêle avec de l’acide azotique; cette couleur passe au jaune si on élève un peu la température , et prend une belle couleur violette par le protochlorure d’étain : on peut, à l’aide de ce caractère, rendre sensibles les plus petites traces de brucine ; en agissant sur la brucine , l’acide azotique donne naissance à la cacothéline, matière cristallisable, d’un rouge orangé, et à un liquide volatil qui n’est pas encore bien connu. Elle est séparée de ses combinaisons salines par les oxydes de la première classe, tandis qu’elle sépare de leurs combinaisons salines tous les oxydes des six dernières; quelquefois la brucine et une partie de l’oxyde restent en combinaison^ et forment un sel double. C’est à la brucine que la fausse angusture doit ses propriétés vénéneuses; elle agit sur la moelle épinière en déterminant des contractions tétaniques (voy. mon Traité de médecine légale, t. III , 4® édition).
Extraction. On épuise l’écorce d’angusture par l’alcool bouillant ; on réunit les liqueurs et on les fait évaporer ; on traite le produit par l’eau, qui en sépare une assez grande quantité de matière grasse; on filtre la dissolution , et on la précipite par le sous-acétate de plomb ; pour en séparer l’excès de plomb , on filtre de nouveau , et on y fait passer un courant de gaz sulfhydrique, qui en précipite le plomb en excès , la liqueur, bien purgée de celui-ci et filtrée de nouveau, est mise à évaporer, après y avoir ajouté un excès d’acide oxalique, qui s empare de la brucine , et chasse l’acide acétique qui était combiné avec elle, 1 oxalate de brucine impur est traité à 0° par l’alcool anhydre, qui dissout tout, excepté cet oxalate : on fait bouillir celui-ci avec de 1 eau et de la magnésie, pour précipiter la brucine, que l’on fait dissoudre dans 1 alcool bouillant, d’où elle cristallise par refroidissement.
De lo strychnine, H**C^’Az*0*.
La strychine, découverte en 1818 par MM. Pelletier et Caventou, qui lui avaient d’abord donné le nom de vauqueline, se trouve dans la noix vomique {strychnos nux vomica), dans la fève de Saint-Ignace, dans le bois de couleuvre (strychnos colubrina), et dans l’upas tieuté.