DE LA STRYCHNINE
Elle est sous forme de cristaux presque microscopiques, qui sont des prismes à quatre pans, terminés par des pyramides à quatre faces surbaissées; sa saveur est d’une amertume insupportable; elle est inodore. Soumise à l’action du calorique, elle fond lorsqu’elle est pure, sans perdre de l’eau, noircit, et se décompose rapidement entre 312" et 315". Elle est inaltérable à l’air. Elle n’est soluble que dans 6,667 parties d’eau à 10®, et dans 2,500 parties d’eau bouillante.
Elle se dissout beaucoup mieux dans l’alcool à 0,835 bouillant; l’alcool anhydre ne la dissout pas; les huiles volatiles la dissolvent égalecment, surtout à chaud ; elle est insoluble dans les huiles fixes , dans les ÿgraisses et dans les éthers; sa dissolution alcoolique rétablit la couleur ' bleue du tournesol rougi par un acide. Elle se combine avec les acides ^ î ;et forme des sels excessivement amers , et pour la plupart cristallisat'bles. Le .chlorhydrate de strychnine en dissolution concentrée, traité I par le brome et par l’ammoniaque, donne de la strychnine monohromée, 'ôous forme d’un précipité blanc; si l’on substitue le chlore, on obtient . a strychnine chlorée. L’acide azotique ne rougit la strychnine qu’autant qu’elle n’est pas parfaitement débarrassée d’une matière jaune dont il : îst souvent difficile de la priver entièrement, ou de brucine : aussi irouve-t-on dans le commerce plusieurs échantillons de strychnine ilanche, qui rougissent par l’acide azotique. Chauffée avec cet acide, elle ; lonne des bases volatiles qui n’ont pas encore été examinées (Anderson, 'Comptes rendus des séances de V Académie des sciences , 29 juillet 1850)* ;}uand on fait chauffer la strychnine avec de l’acide iodique dissous, quelque pure qu'elle soit, la liqueur se colore en rouge de vin , et pourant on finit par en séparer un iodale incolore sous forme de longues liguilles transparentes (Sérullas). Une dissolution de chlore fait naître ians les sels de strychnine un précipité blanc.
En versant sur la strychnine quelques gouttes d’acide sulfurique , 103,HO, mêlé ou non d’acide azoteux, elle ne se colore pas; mais, si ’on ajoute la plus petite quantité de bioxyde puce de plomb, Pb02, la iqueur devient d’abord bleue, puis violette, rouge et jaune (Marchand); m obtient une teinte violette plus vive, si l’on substitue le bichromate le potasse au bioxyde de plomb (Otto). Avec un mélange de chlorate de )olasse et d’acide sulfurique, on transforme la strychnine en acide tryc/migue ( Rousseau ). Lorsqu’on verse une dissolution alcoolique de ■h ychnine dans un des sels des six dernières classes , le sel est décomposé, la strychnine s’empare de l’acide, l’oxyde métallique se précipite; quelquefois cependant tout l’oxyde n’est pas précipité, et il se
forme un sel double soluble. Les sels de potasse, de soude, de baryte, de slrontiane, de magnésie, de chaux et d’ammoniaque, ne sont pas décomposés par la strychnine. La potasse fournit, avec la strychnine, de la quinoléine (voy. p. 414).
La strychnine du commerce est quelquefois sophistiquée par 40 ou 50 parties sur 100 de magnésie, et quelquefois par du phosphate de chaux ou de la brucine: dans ce dernier cas, elle rougira par l’acide azotique ; dans les deux autres , il suffira de la calciner pour avoir pour résidu la magnésie ou le phosphate de chaux.
Extraction. On obtient la strychnine en traitant à plusieurs reprises par l’eau ordinaire, dans un vase clos, la voix vomique réduite en poudre; les décoctions contiennent de la strychnine combinée avec un excès d’acide igasurique, de la gomme, de la matière coloranle, et un peu de matière grasse : on concentre les décoctions jusqu’à ce qu’il reste peu d’eau, puis on ajoute par portions de la chaux pulvérisée, dont on a soin de mettre un léger excès; cet alcali s’empare de l’acide igasurique, et l’on obtient un précipité épais et gélatineux, composé d’igasurate de chaux et de strychnine; ce précipité, lavé et séché, est traité par l’alcool à 38 degrés, chaud, qui ne dissout que la strychnine, la substance grasse, et un peu de matière colorante. On répète l’action de l’alcool deux fois, ou jusqu’à ce qu’il n’ait plus de saveur amère; on filtre et on distille ; lorsque la liqueur a la consistance d’un sirop trèsclair, on la délaie dans un peu d’alcool froid, et l’on voit aussitôt se déposer au fond des vases une poudre grasse, d’un blanc mat, principalement composée de strychnine; on lave celle poudre jusqu’à ce que toute la matière colorante soit enlevée, et on la traite par l’alcool bouillant, par le refroidissement, la strychnine se dépose en cristaux bien détachés. On distille ensuite les eaux mères successivement à la moitié, aux trois quarts, etc., et l’on trouve dans le bain-marie, après chaque refroidissement, des cristaux plus volumineux encore que les précédents, mais moins blancs (procédé de Henry père, modifié par Robiquet).
La strychnine, à la dose d’environ 1 centigramme, donne lieu à des effets prononcés sur un chien de forte taille : elle exerce une action stimulante spéciale sur la moelle épinière, et produit un vrai tétanos, son action est plus énergique que celle de l’extrait alcoolique de noix vomique et de fève de Saint-Ignace. Le sulfate, le chlorhydrate et l’azotate, agissent de la même manière, mais peut-être avec plus d’énergie. Il est évident que la thérapeutique retirera les mêmes avantages de ces médicaments que de la noix vomique; mais leur administration peut
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élre suivie des plus grands dangers, si on ne les donne pas à des doses excessivement faibles. Le sulfate et le chlorhydrate sont les sels neutres les plus employés en médecine.
AliCAIilS DES SOLASÉES.
Ces alcalis sont la solanine, l’hyosciamine, la daturine et l’atropine.
De la solantno.
La solanine a été découverte en 1821 par M. Desfosses, dans les baies ! de morelle {solanum nigrum), de douce-amère, et dans les liges de cette dernière plante; les feuilles de morelle n’en contiennent pas. M. Morin,
1 de Rouen , l’a trouvée depuis dans les fruits du solanum mammosum ; ;MM. Payen et Chevalier, dans les baies du solanum verbascifolium, et ’M. Baup, dans tes germes de la pomme de (erre. Elle est en prismes qua- I drangulaires aplatis, blancs ojiaques, semblables à la cholestérine; elle t est inodore, d’une saveur âcre, amère et nauséabonde. Elle fond un peu ; au-dessus de 100" ; si l’on élève davantage la température , elle se décomipose, et fournil, entre autres produits, une huile pyrogénée, fétide, un jfpeu animalisée. Elle est très-peu soluble dans l’eau, dans l’éther, dans ■ : l’huile d’olives et dans l’essence de térébenthine; l’alcool la dissout trèsbien ; elle ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide. (Elle s’unit avec les acides et donne des sels neutres amers, peu ou point ' cristallisables, que l’eau ne décompose point, et qui sont décomposables [par les alcalis, lesquels en séparent la solanine; elle n’est point rougie [ par l’acide azotique, qui lui communique, au contraire, une teinte ver- ’ dâlre. Elle détermine le vomissement et le sommeil; elle est plus émé- I tique et moins calmante que l’opium. On l’obtient en décomposant par ' l’ammoniaque le suc filtré des baies de morelle parfaitement mhres, où l-elle existe à l’état de malate; le précipité, d’une couleur grisâtre, est * traité par l’alcool bouillant, qui dissout la solanine, et la laisse déposer f' par l’évaporation.
De rhyoHcyainIne.
Cet alcali a été obtenu, par Geiger et par Hesse , avec les semences de josquiame. Il est cristallisé en aiguilles douées d’un éclat soyeux, sans ! odeur lorsqu’il est sec; niais s’il est humide et surloul impur, il offre II. 28
une odeur très-désagréable et étourdissante. Chauffé, il fond en un liquide huileux et se volatilise en partie par une chaleur plus forte; une autre partie se décompose. Il est soluble dans l’eau, et dans cet état il présente une réaction alcaline très-énergique. L’iode fait naître dans cette dissolution un précipité abondant couleur de kermès; le chlorure d’or y détermine un précipité blanchâtre. Il neutralise très-bien les acides sans se colorer. Frotté sur l’œil en quantité très-petite, il dilate fortement la pupille.
De la daturlne.
Geiger et Hesse ont extrait la daturine du datura stramonium. Elle est sous forme de prismes incolores, très-brillants, inodores, d’une sa-» veur d’abord amère, puis âcre comme celle du tabac. Distillée, elle se volatilise en partie ; mais il s’en décompose une portion notable qui donne de l’ammoniaque; elle ne se volatilise pas dans l’eau chaude. Les alcalis dissous agissent sur elle comme sur l’atropine et l’hyosciamine. Elle se dissout dans 280 parties d’eau froide, et dans 72 parties d’eau bouillante; elle est moins altérable parce liquide aéré que l’atropine et l’hyosciamine. L’alcool la dissout très-bien ; elle est moins soluble daus l’éther. La dissolution aqueuse se comporte avec le papier rougi et avec les autres réactifs , comme celle d’hyosciamine. Les sels qu’elle forme avec les acides donnent de très-beaux cristaux, en général inaltérables à l’air et facilement solubles. Elle est très- vénéneuse, et détermine, lorsqu’on la porte sur l’œil, une forte dilatation de la pupille, qui persiste pendant plusieurs jours. On l’obtient avec les semences du datura, et par le même procédé que l’iiyosciamine (voy. Journ. de pharm., février, 1834).
De l’atropine. H*®C®^AzO®
Elle existe dans toutes les parties de la belladone (atropa belladona), d’où on l’extrait en épuisant particulièrement la racine sèche réduite en poudre, par l’alcool à 90 centièmes. On traite le produit concentré par environ V24 de son poids de chaux vive, puis le liquide filtré est saturé par quelques gouttes d’acide sulfurique, et évaporé à une douce chaleur; après quoi l’on décompose de nouveau ce sulfate par une solution très-concentrée de carbonate de potasse; on filtre lorsque le liquide se trouble , et l’atropine cristallise quelque temps après.
Elle est en aiguilles très-fines, inodores, d’une saveur très-amère, plus