‹ Éléments de chimieChapitre 262 sur 378 · DE LA DEI.PHINE · texte numérisé non relu

DE LA DEI.PHINE

pesantes que l’eau , inaltérables à l’air, fusibles tà90®, en partie volatiles à 140“; lorsque l’atropine est fondue, elle se boursoufle et briile avec une flamme très-éclairante, en laissant un charbon noir et brillant. Elle est soluble dans 299 parties d’eau froide, très-soluble dans l’alcool, et moins soluble dans l’éther; sa dissolution aqueuse possède une forte réaction alcaline. Elle donne avec les bases des sels neutres incrlstallisables, solubles dans l’eau et dans l’alcool, et moins solubles dans l’éllier. Le chlorure d’or fournit avec eux un précipité cristallin, d’un jaune de soufre, peu soluble dans l’acide chlorhydrique.

Son action sur l’économie animale est des plus énergiques; elle détermine à ta fois une sensation de sécheresse dans la bouche, et une constriction dans le palais , accompagnées de vertiges et de violents maux de tête ; elle dilate aussi très-fortement les pupilles, à faible dose et d’une manière persistante.

Al.CAI.lfS RCTinÉS D’ACTUEfS De la delphlne.

MM. Lassaigne et Feneulle ont découvert en 1819, dans la graine du delphinium staphysagria , une substance alcaline désignée sous le nom de delphine, et qui est solide, incrislallisable , d’un aspect légèrement ambré, devenant presque blanche par la division, d’une saveur insupportable par son àcr'eté, persistante. Elle fond à 120“; à une température plus élevée, elle se décompose. L’eau la dissout à peine, tandis qu’elle est soluble dans l’éther et surtout dans l’alcool. Plusieurs acides faibles la dissolvent sans l’altérer et forment des sels. L’acide sulfurique concentré la rougit avant de la charbonner. Le chlore, qui n’agit pas sur elle à froid , l’attaque vivement à 150“ ou 160°, la colore en vert , puis en brun foncé, et la rend extrêmement friable. Elle est composée, d’après Berzelius, de 73,56 de carbone, de 8,71 d’hydrogène, de 5,78 d’azote, et de 11,94 d’oxygène. Elle est vénéneuse (voy. ma Médecine légale, t. III, 4“ édit.).

Le sulfate, l’azotate, le chlorhydrate et l’acétate de delphine, sont trèssolubles, incristalllsables, d’une saveur extrêmement amère et Acre ; la potasse, la soude et l’ammoniaque, en précipitent la delphine, sous forme de flocons qui , recueillis sur un filtre, présentent l’aspect de ralumine en gelée.

Extraction. On réduit en pâte les graines de staphysafgre gris ou niarron qui contiennent la delphine; on épui.Se la ))tUe par l’alfcool d

436 DEUXIÈME PAHTIE.

36 degrés bouillant, on lillre et on distille les litjueurs alcooliques; l’extrait alcoolique résultant est chauffé jusqu’à l’ébulUtion et à plusieurs reprises avec de l’eau acidulée par l’acide sulfurique ; on précipite le solutum par la potasse ou l’ammoniaque , qui séparent de la delphine impure; on passe l’alcoolat au noir animal; on filtre et on évapore: le produit est de la delphine encore impure, celle du commerce; on la redissout dans de l’eau acidulée par l’acide sulfurique; on filtre, et on verse goutte à goutte dans la dissolution de l’acide azotique ordinaire ou étendu de la moitié de son poids d’eau, qui sépare une matière résineuse rousse, souvent très-noire; on ajoute de l’acide tant qu’il se précipite de la résine; au bout de vingt-quatre heures, lorsque la matière résinoïde est collée au fond du verre, on décante et on précipite la delphine de la liqueur par la potasse étendue de beaucoup d’eau; on lave le précipité à plusieurs eaux et on le fait dissoudre dans l’alcool à 40 degrés; on distille la liqueur alcoolique, et le résidu est traité par l’eau distillée bouillante, qui n’agit pas sur la delphine, et qui dissout un peu d’azotate de potasse; enfin la delphine est dissoute dans l’éther, d’où on la retire pure par l’évaporation ; la matière que l’éther ne dissout point porte le nom de staphysain, corps d’apparence résinoïde, sur la nature duquel on n’est pas fixé d’une manière certaine.

De la vératiittc. H‘®C®*AzO®.

La vératrine, découverte en 1819 par MM. Pelletier et Caventou, et à peu près à la même époque par Meisner, existe dans les graines du veratrum officinale, dans les racines de Velléhore blanc et des colchiques. Elle est sous forme d’une résine presque entièrement blanche, incristal-

lisable, inodore, mais susceptible de provoquer des éternuments violents lorsqu’elle est appliquée sur la membrane pituitaire, môme à une dose très-faible : sa saveur est excessivement âcre, sans mélange d’amertume. Elle entre en fusion à 115° c. , et offre l’apparence de la ciie, par le refroidissement, elle se prend en une masse translucide, de couleur ambrée. L’eau bouillante n’en dissout qu’un millième de son poids, et acquiert une àcreté sensible. Elle ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide , et salure les acides, avec lesquels elle forme des sels cristallisables quand ils sont étendus d’eau. L’alcool et l’éther la dissolvent très-bien. L’acide azotique la fait passer au rouge, puis au jaune; l’acide sulfurique la colore d’abord en jaune, puis en rouge de sang, puis enfin en violet, caractères qui la distinguent de la colchicine. Les alcalis ne la dissolvent point. Elle exerce sur l’économie ani-

DE LA MÉNISPERMJNE ET DE LA PARAMÉNISPERMINE. 437 male une acüon analogue à celle de l’ellébore blanc, du colchique et de la cévadille, d’où on la relire; elle esl le principe actif de ces végétaux (voy. mon Traité de médecine légale, t. III , 4® édition).

Le sulfate de véralrine est en longues aiguilles très-déliées, qui sont des prismes à quatre pans; chauffé, il perd son eau de cristallisation, se charbonne, et dégage des vapeurs d’acide sulfureux. Le chlorhydrate est sous forme de cristaux moins allongés que les précédents, Irès-solubles dans l’eau et dans l’alcool , décomposables par le feu.

Extraction de la vératrine. On traite la cévadille par l’alcool , par l’eau acidulée avec l’acide sulfurique, par la potasse, par l’alcool, par le charbon animal, par l’eau aiguisée d’acide sulfurique, et par l’acide azotique, comme je l’ai dit en parlant de la delphine (voy- p. 436); ce dernier acide y fait naître un précipité poisseux noir; on décante le liquide , et on le décompose par la potasse , qui fournit un composé de vératrine, de sahadilline , et d’une matière résino-gommeuse. On traite ce précipité jaunâtre par l’eau bouillante, qui dissout surtout la saba~ dilline et la matière résino-gommeuse; la sahadilline se dépose sous forme de cristaux à mesure que la liqueur se refroidit; la matière résino-gommeuse vient nager à la surface sous forme de. gouttelettes huileuses, qui se séparent bien à mesure que l’on évapore la liqueur. La matière que l’eau bouillante n’a point dissoute contient principalement la vératrine : on la traite par l’éther pur, qui dissout la véralrine, et il suffit, pour l’obtenir, d’abandonner le solutum éthéré à l’air libre.

De la sabadallinc.

La sahadilline existe dans la cévadille, dans la racine d’ellébore blanc, dans le colchique, etc.; elle est sous forme d’étoiles solitaires qui paraissent des hexaèdres; elle est blanche, très-âcre, fusible à 200", et alors elle a un aspect résineux et brunâtre , décomposable par la chaleur sans se sublimer, assez soluble dans l’eau chaude, très-soluble dans l’alcool , insoluble dans l’éther, Irès-soluble dans les acides sulfurique et chlorhydrique étendus d’eau, avec lesquels elle forme des sels cristallisables. Elle est composée de carbone, 64,18; d’hydrogène, 6,88; d’azote, 7,95, et d’oxygène, 20,99.

Extraction (voy. Vératrine).

De la uiénlApcrniliio et de lo pnraméiilHiierininc.

La ménispermine , découverte dans les enveloppes de l’amande de la roque du Levant, est composée de 72,.3l de carbone, de 9,31 d’azote.

de 7,87 d’hydrogène, et de 10,52 d’oxygène; sa formule est donc H‘2C18Az02. Elle est solide, blanche, opaque, ayant l’aspect du cyanure de mercure, et cristallisée en prismes à quatre pans terminés par une pyramide à quatre faces, insipides et sans action sensible sur l’économie animale. Elle entre en fusion à 120°, et se décompose en laissant beaucoup de charbon si on la chauffe à une température supérieure en vases clos , tandis que , chauffée à l’air, elle disparaît, probablement en se décomposant, mais laisse à peine du charbon. Elle est insoluble dans l’eau; l’alcool et l’éther la dissolvent mieux à chaud qu’à froid. Les acides plus ou moins étendus la dissolvent en se saturant et en formant des sels; le sulfate neutre cristallise en aiguilles prismatiques. L’acide sulfurique concentré à chaud la dissout sans se colorer sensiblement. L’acide azotique concentré la change, à l’aide delà chaleur, en une matière jaune résinoïde et en acide oxalique. Elle n’a point d’usages.

Extraction. On traite par l’alcool bouillant, et à plusieurs reprises, les enveloppes de l’amande de la coque du Levant; on laisse refroidir pour séparer de la cire qui se dépose : on distille les liqueurs décantées, et l’on obtient un extrait que l’on traite d’abord par l’eau froide pour dissoudre une matière brune acide , puis par l’eau bouillante légèrement acidulée; ce dernier solutum est décomposé par l’ammoniaque, qui en précipite un composé brun de ménispermine, d’une seconde matière analogue à la première, la paraménispermine, de résine jaune alcaline, d’une matière noire, de phosphate de chaux, etc. On le traite par l’acide acétique étendu d’eau, qui dissout les trois premières matières; on décompose de nouveau lesolutum par l’ammoniaque, qui y fait naître un précipité jaune grisâtre, lequel, étant traité par l’alcool à froid, cède à ce liquide la résine jaune alcaline; on décante, et on agit sur le résidu par l’éther sulfurique, qui dissout la ménispermine , que l’on peut obtenir cristallisée par l’évaporation, et laisse , sous forme d’une masse mucilagineuse, la paraménispermine. Pour obtenir celle-ci cristallisée, on dissout celte masse dans l’alcool absolu , et on l’abandonne dans une éluve à 45® c. Elle a la même composition que la ménispermine; elle fond à 250°, et se volatilise à l’état de vapeurs blanches- Les acides la dissolvent sans donner de sels {Ann. de chim., octobre 1833).

De l’hnrmalinc. H'*C*’Az*0*

Elle existe, dans la graine du peganum harmala, à l’état de phos- |)hale. Elle est en paillettes nacrées, incolores, peu solubles dans l’eau et dans l’éther, très-solubles dans l’alcool bouillant. Elle se combine

DE LA PÉLOSINE. 439

avec le chlore, le brome, le cyanogène, les acides sulfurique, chroraique, etc. Si on la fait dissoudre à chaud dans de l’acide cyanhydrique étendu d’alcool, on ohlient V hydrocyanharmaline , substance cristallisable, inaltérable à l’air, quoique très-instable. Le sulfate d’harmaline , dissous dans l’eau et mêlé d’alcool , donne , par l’acide azotique concentré, du sulfate de chrysoharmine d’un jaune d’or. A 120®, le bichromate d’harmaline est changé en harmine.

De l’harmine, et de la porphyrharmino.

Elle existe aussi dans la graine du peganum harmala. Elle est en ai- : guilles incolores, presque insolubles dans l’eau, très-peu solubles à • froid dqns l’alcool et l’éther.

Extraction de l’harmaline et de l’harmine. On traite les graines du ^peganum par de l’eau salée aiguisée d’acide sulfurique; il se forme des chlorhydrates de ces deux bases qui se précipitent ; on les fait dissoudre dans l’eau ; on décolore la liqueur par le charbon animal ; on filtre , et i l’on verse peu à peu dans le liquide filtré , que l’on porte à la température de 60° à 80", de l’ammoniaque; la différence de solubilité permet de séparer ces deux bases (Fritzche).

La porphirharmine , d’une belle couleur rouge pourpre, est obtenue en traitant lentement par l’alcool les graines du peganum.

De la berberlne. I^’®C**AzO®.

On la trouve dans l’épine-vinette , dont elle constitue la matière colorante , et dans la racine de Colombo. Elle est en aiguilles jaunes, déliées, fusibles à 120°, sans action sur le tournesol, mais formant avec les acides des sels jaunes, inaaltérables à l’air, et facilement cristallisables.

De la bébéérlne, H*®C®*AzO®, et de la sépéérine.

Elle existe, conjointement avec la sépéérine, dans l’écorce de bébééru. Elle est solide, amorphe, d’un jaune-citron, alcaline, soluble dans l’éther. La sépéérine est insoluble dans cet agent.

De la péloslne. H*>C”AzO®.

La pélosine existe dans la racine du cissampelos pareira {radix pareirœ bravœ , de la famille des ménispermées). Elle forme avéc l’eau un

DEUXIÈME PARTIE, liydrale à 3 équivalents d’eau, et avec l’acide chlorhydrique, un sel incristallisabie, déliquescent, soluble dans l’eau, dans l’alcool et dans l’éther. L’hydrate, abandonné pendant quelque temps à l’air et à la lumière, se colore, dégage de l’ammoniaque, et se trouve transformé en pellatéine , H^iC'î^AzO^, insoluble dans l’éther, et jouissant aussi de propriétés alcalines (BOdeker, Journ. de pharm., septembre 1849).

De l’acouitlue.

MM. Hesse et Geiger ont retiré l’aconitine des feuilles sèches deraconitum napellus. Elle est blanche, grenue, non cristalline, de l’éclat du verre, inodore, d’une saveur amère, puis âcre, inaltérable à l’air, peu soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool, moins soluble dans l’éther; ces dissolutions sont alcalines; le solutum aqueux ne prédpite pas le chlorure de platine. Elle forme avec les acides des sels neutres qui paraissent incristallisables, et qui donnent avec le chlorure d’or un précipité épais d’un jaune blanchâtre , peu soluble dans l’acide chlorhydrique. L’acide azotique la dissout sans la colorer. Chauffée, elle fond à 80°et ne se volatilise pas; à 120° elle commence à brunir et fournit des vapeurs ammoniacales en se décomposant. Elle produit, lorsqu’elle est portée sur l’œil , une dilatation de la pupille qui ne dure que peu de temps. Elle est très-vénéneuse. On l’obtient comme l’atropine (voy. p.434).

De la colchlclne.

MM. Geiger et Hesse ont retiré la colchicine des graines du colchicum autumnale, en suivant le môme procédé que pour l’extraction de Vatropine et de l’aconitine. Elle cristallise d’une dissolution dans l’alcool aqueux, sous forme d’aiguilles prismatiques, incolores, d’une saveur amère, légèrement alcaline ; elle est inaltérable à l’air et fusible à une douce chaleur. L’eau , l’alcool et l’éther, la dissolvent. L’acide azoti(iue concentré la colore en bleu et en violet foncé, qui passe peu à peu au vert-olive et au jaune ; la teinture d’iode, le chlorure de platine, et l’infusion de noix de galle, la précipitent. Elle neutralise complètement les acides et donne des sels facilement cristallisables. On ne connaît pas sa composition. Son action sur l’économie animale est très-énergiqne; elle détermine, â très-petite dose, des vomissements et des selles.

DE LA PIPÉRINE.

De la plpérlne. H®’C'®Az*0’“,2H0.

. La pipérine , découverte par Oerstedt en 1820, a été préparée en grand ■)ar Pelletier ; elle existe dans les diverses variétés de poivre ; les cubèbes ;onliendraient, d’après M. Monheini, une substance analogue, à laquelle il adonné le nom de cubébin. Pour l’extraire, on épuise le poivre par de l’aloool à 0,84, et, après avoir évaporé, on ajoute à l’extrait une lessive de poassequi dissout la résine, en laissant de la pipérine impure que l’on )iirifiepar des lavages à l’eau et par des cristallisations dans l’alcool, ille est sous forme de pri.smes incolores, presque insipides, fusibles à dOO®, se décomposant à une température plus élevée. Elle est insoluble ! lans l’eau froide, soluble dans l’eau chaude, dans l’alcool et dans l’éther, iiurtout à l’aide de la chaleur; elle n’offre que des propriétés alcalines 1 rès-faibles, cependant elle s’unit avec les acides. L’acide sulfurique

• 'oncentré la dissout avec une couleur rouge de sang foncé. L’acide azoi ique la colore en jaune rougeâtre; si l’on chauffe, l’action est trèstinergique, et il se dégage d’abondantes vapeurs d’acide hypoazotique,

1 l’une odeur particulière ressemblant à celle des amandes amères; il se ' orme une résine brunâtre , dont une partie flotte à la surface, et dont

’autre reste dissoute dans l’excès d’acide azotique; on précipite cette lernière portion par l’eau; en évaporant l’excès d’acide au bain-marie, )n obtient un résidu brun qui se dissout dans la potasse avec une ma- •;nifique couleur rouge de sang; si l’on fait bouillir, il se dégage une

• mse volatile^ d’une odeur particulière aromatique, formant un très-beau iel avec l’acide chlorhydrique, qui cristallise en aiguilles de 3 centii nèlres de longueur, après avoir été dissous dans l’alcool absolu (Antlerson. Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, du *29 juillet 1850).

Lorsqu’on chauffe au bain d’huile â une température de 150" â 160" Jn mélange de pipérine et de trois fois .son poids de chaux sodée, on obtient dans le récipient une liqueur huileuse alcaline, possédant toutes le.s propriétés de hpicoline, H7Ci2Az, et dans la cornue un corps d’apparence résinoïde soluble dans l’alcool absolu , d’où il est précipité par l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique, sous forme de flocons d’un jauneisabelle ; cette matière résinoïde a pour formule H67C120Az3020. D’après mm. Werlheim et Rochleder, la pipérine pourrait être considérée comme une espèce de pseudosel, renfermant les éléments de la picoline unis à un groupe organique formé de H30C38AzO>o. m. Wurtz, qui ne partage pas <^Ue manière de voir, considérerait plulAl la ])ipérine comme une base

organique conjuguée du type qu’offrent la Ihiosinnamine et les corps basiques que l’on obtient en ajoutant une ammoniaque aux éthers cyaniques.

Page 1