ALCALIS NATURELS VOLATILS
Ces alcalis sont la nicotine , la conicine et là théobromine.
De la nicotine.
Elle a été découverte par Vauquelin en 1809, et étudiée en 1828 par MM. Posselt et Reimann. On la trouve dans différentes espèces de nicotiana , dans les macrophylla rustica et glutinosa. Pour l’isoler, on fait bouillir dans l’eau les feuilles de tabac hachées; on passe à travers une toile, et on évapore la liqueur jusqu’en consistance sirupeuse; on traite le produit par le double de son volume d’alcool marquant 36 degrés; on décante la liqueur brune pour la séparer du dépôt noir qui s’est formé; on concentre la liqueur par la chaleur, puis on la traite par la potasse dissoute, et on agite le tout vivement avec de l’éther; celui-ci dissout la nicotine et quelques autres matières; on ajoute à la dissolution éthérée, petit à petit, de l’acide oxalique en poudre, qui précipite la nicotine à l’état d’oxalate sous forme d’une couche sirupeuse; on lave celleci à plusieurs reprises avec de l’éther pur ; on la décompose à l’aide de la potasse, et on enlève par l’éther la nicotine isolée; on chauffe en vases clos et au bain-marie la dissolution éthérée; la majeure partie de l’éther se volatilise; il en reste pourtant une portion mêlée d’ammoniaque et d’eau, qui ne distille pas, même à 100° ; on transvase dans une autre cornue le liquide restant, et on le maintient, pendant un jour entier, à une température de 140°, en faisant traverser la cornue par un faible courant de gaz hydrogène; après ce temps , on change de récipient et l’on chauffe à 180°; la nicotine passe alors goutte à goutte et parfaitement pure. On retire 400 grammes de cet alcali de 9 ou 10 kilogrammes de tabac de Virginie.
La nicotine est sous forme d’un liquide oléagineux, transparent, incolore, assez fluide, anhydre, d’une densité de 1,048, devenant brun et s’épaississant au contact de l’air, dont il absorbe l’oxygène , d’une odeur âcre ne rappelant que peu celle du tabac, d’une saveur brûlante. Elle ne se congèle pas à —10° c. ; elle se volatilise à 250° environ, en laissant un résidu charbonneux; ses vapeurs sont tellement irritantes, qu’on respire avec peine dans une pièce où l’on a vaporisé une goutte de cet alcali. Elle est très-inflammable et brûle avec une flamme fuligi-
DE LA CONICINE.
leiise. Elle bleuit le papier rouge de tournesol humide. Elle est très-souble dans l’eau , dans l’alcool , dans les huiles grasses et volatiles, ainsi (ue dans l’éther, qui même la sépare facilement d’une dissolution iqueuse. L’iode et le chlore la décomposent. Elle se combine, en déga- ;eantde la chaleur, avec les acides, et elle précipite de leurs dissoluions l’alumine et tous les oxydes métalliques. Lorsqu’on chauffe la iiicotine avec de l’acide azotique, il se dégage d’abondantes vapeurs ouges, et si l’on ajoute un excès de potasse, on obtient une nouvelle base ’olatile, qui paraît être Véthÿlamine (voy. p. 446 et Anderson, Comptes endus des séances de l’Académie des sciences, du 29 juillet 1850). La niotine se combine directement avec les hydracides ; ses sels simples cristallisent difficilement, parce qu’ils sont déliquescents; les sels doubles Itju’elle donne avec différents oxydes métalliques cristallisent mieux, ■fous ces sels sont insolubles dans l’éther.
Le tabac de la Havane en contient 2 pour 100; celui de Maryland, 1!, 3; celui de Virginie, 6, 9; celui d’Alsace, 3, 2; celui du Pas-de- ’lalais ,4,9; celui du Nord ,6,6; et celui du Lot , 8.
C’est à la nicotine principalement que le tabac à priser doit la propriété d’exciter la membrane muqueuse nasale ; elle y est beaucoup plus bondante que dans les tabacs à fumer, dits légers , tels que le maryland, ’alsace , etc.
On peut considérer la nicotine comme un composé d’ammoniaque, i 13 Az , et d’un carbure d’hydrogène, i
Une goutte de nicotine donne la mort à un chien vigoureux. Ap- )liquée en frictions, elle détermine des convulsions violentes; la ’espiration devient très-active et râlante; les extrémités postérieures se )aralysent, et la bouche de l’animal se couvre d’écume; cependant, orsque la mort n’est pas la conséquence de ces symptômes, ils cessent în général au bout d’une heure. Elle ne dilate pas les pupilles.
De 1« eonicine (conine ou ciculine). H'*^C‘®Az.
Cet alcali fut observé pour la première fois en 1826 par Gieseke, et ••solé â l’état de pureté par Geiger en 1831. 11 est contenu dans toutes les parties de la ciguë (conium maculatum), mais en plus grande quantité dans la semence, d’où on l’extrait. Récente, elle est incolore ou légère- *Dent jaune; mais, au contact de l’air libre ou dans des flacons mal • emplis, elle s’altère peu A peu et devient brune; elle offre une odeur fnit désagréable, qui porte A la tête et excite le larmoiement, et une sapeur extrêmement âcre, qui rappelle l’odeur et la saveur des souris; sa
densité est de 0,89. Elie est volatile , sans altération , et bout à 170° ; elle est peu soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool et dans l’éther. L’iode détermine dans la conicine un précipité blanc , épais, qui devient vert-olive et d’un éclat métallique , si l’iode est en excès. Le chlore agit d’une manière analogue. L’acide azotique lui communique une belle teinte rouge; l’acide chlorhydrique gazeux la colore en pourpre, puis en indigo foncé. Elle neutralise cependant très-bien tous les acides affaiblis, et donne des sels en général déliquescents et ne cristallisant pas.
On peut la considérer comme étant formée d’ammoniaque, H^Az, et d’un carbure d’hydrogène, H^2Ci6.
Extraction. On distille avec de la potasse dissoute les graines de ciguè écrasées; il passe dans le récipient de la conicine et de l’ammoniaque; on salure le liquide distillé par l’acide sulfurique, et on évapore jusqu’en consistance d’extrait mou; en traitant celui-ci par un mélange d’alcool et d’éther, on dissout le sulfate de conicine; le sulfate d’ammoniaque reste; on évapore le sulfate de conicine , et on le décompose par la potasse ; la conicine vient à la surface ; on la décante , et on la fait séjourner pendant quelque temps sur du chlorure de calcium, qui lui enlève l’eau ; on la distille.
De la théobromlue. H^C'Âz'O*.
Elle a été découverte par Woskresensky dans le cacao. Pour l’obtenir, on traite la poudre de celte gi'aine par l’eau bouillante , et l’on ajoute à la dissolution évaporée de l’acétate de plomb, qui précipite toutes les matières , excepté la Ihéobromine; le liquide filtré et évaporé, étant repris par l’alcool bouillant, dépose cette substance à l’état de poudre blanche, cristalline, peu soluble dans l’eau, dans l’alcool et l’éther, volatile à 250°. Elle donne, avec les acides concentrés, des combinaisons qui sont détruites par l’eau. Le tannin fournit avec elle une combinaison soluble. Le bichlorure de mercure la précipite en blanc. Elle est sans usages.
Des alcalis végétaux pou étudiés et peu counus.
La curarine a été découverte par MM. Boussingaiilt et Foulin dans une substance appelée curare, dont les habitants de l’Amérique méridionale se servent pour empoisonner leurs flèches. 11 paraît , selon M. de Ilumboldt, que le curare est extrait d’une liane de la famille des slrychnées. La curarine est amorphe, d’un aspect résinoïde, et excessivement