GÉNÉRALITÉS SUR LES CORPS GRAS COMPOSÉS
rancidité;, lorsqu’elle s’exerce lentement et qu’elle donne naissance à des matières volatiles; d’autres fois elle a lieu avec développement de beaucoup de chaleur; enfin c’est à elle qu’est due la propriété siccative de r certaines huiles employées en peinture; cette action est surtout favori- ' sée par le contact d’une matière azotée en décomposition; elle paraît alors se rattacher aux phénomènes de la fermentation. Les graisses des animaux à sang chaud, les huiles d’olives, d’amandes douces, de navette et de colza, ne sont pas siccatives, tandis que celles de lin, de noix, d’œillette et de ricin, le sont (voy. Graisses et Huiles). Veau ne dissout aucun corps gras, tandis qu’ils sont solubles dans l’alcool absolu,
: plus solubles dans l’éther et dans les essences, et plus solubles encore ■ dans les graisses liquides. Le chlore et le brome décomposent les corps gras; il se fait des composés particuliers, et il se dégage des acides . chlorhydrique et hromhydrique. h’iode colore les corps gras en brun,
: mais cette couleur disparaît au bout de quelque temps. Les acides, en général, séparent et isolent les acides gras des corps gras neutres en .s’unissant avec la glycérine; quelquefois l’acide se combine aussi avec ; les acides gras et fournit des composés nouveaux.
L’acide sulfurique s’unit avec plusieurs corps gras neutres , tels • que la stéarine, la margarine et l’oléine, et forme des acides sulfogras;
' ces acides, soumis à une action plus prolongée de l’acide sulfurique, se dédoublent en acides stéarique, margarique, oléique, et en glycérine; c'est une saponification comme l’opéreraient les alcalis et la plupart des bases. L’acide sulfurique peut encore se combiner avec ces trois acides gras et avec la glycérine, et donner naissance aux acides sulfostéarique, sulfomargarique , sulfoléique et sulfoglycérique , lesquels, traités par l’eau, sont décomposés en acide sulfurique et en acides stéarique, margarique, oléique, ou en glycérine; la saponification par l’acide sulfurique a conduit à un mode de préparation nouveau des bougies stéariques (voy. Bougies). L’acide azotique et l’acide hypoazotique agissent d’une manière spéciale, qui sera examinée plus loin : ils oxydent la substance grasse.
Les alcalis et les oxydes non alcalins déplacent la glycérine des corps gras, tandis que les acides gras se combinent avec les alcalis et les oxydes , avec lesquels ils forment des savons et les emplâtres. Soumis à la distillation avec de la chaux vive en poudre, les acides gras qui constituent les corps neutres subissent une altération ; un équivalent d’acide carbonique prend naissance sous l’influence de cette base , aux dépens des éléments des acides et s’unit avec elle, tandis qu’il distille une substance neutre toute nouvelle , n’ayant aucune des propriétés des
corps qui l’ont produite ; la découverte de ces corps est due à M. Bussy (voy. Acides gras).
MM. Bernard et Barreswil ont fait voir tout récemment que le sue pancréatigue décomposait aussi en quelques heures les corps gras neutres en acides gras et en glycérine.
»e la stéarine {stéarate de glycérine). — , 2H66C68Qo
Glycérine. Acide stéarique.
La stéarine de bœuf peut être représentée par 2 équivalents d’acide stéarique anhydre, et 1 équivalent de glycérine, moins 8 équivalents d’eau ; tandis que celle de mouton léserait par le même nombre d’équivalents d’acide et de glycérine, moins 4 équivalents d’eau. La stéa-, rine forme la majeure partie de la graisse de mouton (suif), de veau, de bœuf; on la trouve aussi dans une grande quantité d’autres corps gras. Elle est solide, blanche, nacrée, sans odeur ni saveur, douce au toucher, et cassante comme de la cire ; son point de fusion est entre CO® et 62°. Chauffée plus fortement, elle bout et donne naissance ‘aux produits ordinaires de la décomposition des graisses par le feu ; elle est insoluble dans l’eau, fort peu soluble dans l’alcool froid et anhydre, plus soluble dans ce menstrue bouillant; par le refroidissement, tout ce qui est dissous se précipite sous forme de flocons blancs. L’éther bouillant la dissout en très-grande proportion ; mais à la température de -f- 15° il n’en relient plus que V225 de son poids. Traitée par l’acide sulfurique, elle donne de l’acide stéarique libre et une combinaison d’acide sulfurique et de glycérine. L’acide azotique exerce sur elle la même action que sur l’acide stéarique et la glycérine séparés. La stéarine, soumise à l’action des alcalis hydratés , fournit un stéarate de la base et met la glycérine en liberté. La stéarine ne possède pas toujours les mêmes propriétés, puisqu’elle peut provenir de sources fort variées, et se trouver unie ainsi à beaucoup de corps étrangers.
Préparation. On obtient la stéarine en versant sur du suif de mouton, préalablement fondu au bain-marie, cinq ou six fois son volume d’éllier sulfurique; par le refroidissement , le mélange se prend en une masse cristalline, que l’on exprime fortement et qu’on lave à plusieurs reprises avec de l’éther jusqu’à ce qu’elle soit fusible à -f 62°; dans çel état , elle constitue la stéarine.
DE l’oléine.
! De la margarine {margarate anhydre de glycérine).
La margarine a été longtemps confondue avec la stéarine. Elle existe ans la graisse humaine et dans plusieurs autres graisses , ainsi que ans l’huile d’olives; elle est ordinairement mélangée d’oléine et de éarine. Elle est incolore, inodore, cristallisée en petites aiguilles décées , soluble dans l’alcool, plus soluble dans l’éther que ne l’est la . éarine ; car, à froid , 5 grammes en dissolvent à peu près 2 de margane. Elle fond à 47°, tandis que la stéarine ne fond qu’à 62°. Dis- :llée, elle donne les mêmes produits que la stéarine et la plupart des orps gras. Les acides et les alcalis la changent en glycérine libre, et il acide margarique, qui devient libre ou qui s’unit à l’oxyde. Elle '/a pas encore été analysée à l’état de pureté. On extrait aisément la Margarine en dissolvant la graisse humaine ou la graisse de porc dans lalcool bouillant; par le refroidissement, on obtient des cristaux d’un liane mat, qui, purifiés par de nouvelles cristallisations, deviennent isibles à 47°. D’après MM. Pelouze etBoudet, la matière blanche crisiilline qui se dépose en faisant refroidir l’huile d’olives est une comiinaison de margarine et d’oléine (margarate et oléate de glycérine); •arsqu’onla comprime, on en extrait la partie liquide. M. Broméis dit ^ voir retiré la margarine pure en exprimant le beurre et en faisant I ristalliser à plusieurs reprises dans l’alcool éthéré.
De rolcfiie {oléate de glycérine).
L’oféma constitue la partie fluide des graisses et des huiles grasses; Ile prédomine dans les huiles, tandis qu’elle est peu abondante dans 3s graisses. Elle est inodore, incolore, insipide; sa densité est de 0,90 à • ',92; elle se décompose, de même que la stéarine et la margarine, par action de la chaleur; elle se solidifie par l’action d’un froid assez inense, et cela d’autant plus facilement qu’elle est moins pure. L’acide ’izolique concentré la décompose en acide sébacique et en plusieurs au- •’es produits (Laurent). L’acide sulfurique et tous les autres acides anaogues la transforment en acide oléique en isolant la glycérine ou en >cn emparant. Sous l’influence du glucose et de l’acide sulfurique , l’oéine retirée delà moelle épinière s’est colorée en rouge (voy. Albumine ).
Par
’érine
les oxydes métalliques, elle est transformée en oléate et en glylibre. Soumise à l’aclion de l’air, l’oléine absorbe de l’oxygène,
dégage de l’acide carbonique, et finit par s’épaissir considérablement. Elle se môle en toutes proportions avec l’éther, les huiles grasses et les huiles volatiles.
Pour l’obtenir, on traite les graisses par l’alcool bouillant, comme pour la préparation de la margarine ; parle refroidissement, l’alcool abandonne la plus grande partie des matières cristallisables, en retenant en dissolution l’oléine; on distille l’alcool, puis on y ajoute de l’eau, et l’on maintient le tout en ébullition pendant quelque temps, afin de dissoudre une matière colorante, que l’oléine retiendrait sans cela; on décante et l’on refroidit de nouveau la liqueur : lorsqu’il ne se dépose plus rien, on peut considérer l’oléine comme pure.
D’après les remarques de MM. Pelouze et Boudet, il paraîtrait qu’il existe quelques différences entre l’oléine des graisses et celle des huiles siccatives; car, sous l’influence de l’acide hypoazotique , cette dernière n’éprouve aucune altération sensible, tandis que l’oléine des graisses et des huiles non siccatives se transforme en élaidine et en acide élaïdique.
De la bntyréoline.
On donne ce nom à l’huile fluide du beurre , que l’on obtient en comprimant le beurre lavé à l’eau chaude et refroidi , et que l’on avait regardée pendant longtemps comme de l’oléine. Elle diffère de celle-ci sous beaucoup de rapports (voy. Broméis, Ann. de chim., février 1843) , mais surtout en ce que les alcalis la transforment en glycérine et en acide oléobutyrique, H30C3'îO'^,HO.
De la palininc {palmate de glycérine).
La palmine obtenue en traitant , môme à froid , l’huile de ricin par l’acide hypoazolique , est blanche, insipide, fusible .à 43”, insoluble dans l’eau, soluble dans le double de son poids d’alcool à 30”, très-soluble dans l’éther, saponifiable et décomposable par les alcalis en glycérine et en acide palmique.
Acide palmique, He^cesQio, 2H0. — Il est en aiguilles blanches et soyeuses, fusibles à 44”, et qui, après avoir été fondues et refroidies, donnent une masse de cristaux groupés en étoiles. Il est volatil sans altération, et facilement soluble dans l’alcool et dans l’éther. Il peuti former avec l’alcool vi nique un éther (voy. p. 178). On l’obtient en décomposant par l’acide tarlriciue chaud le i)almate de potasse préparé eni
DE LA PIIOCÉNINE. 459
I isant agir à chaud la palmine sur la potasse; l’acide palmique, mis à [ I , se concrète à la surface de la liqueur, et il suffit de le dissoudre ins l’alcool bouillant, pour qu’il cristallise par refroidissement.il : t également le résultat de l’action de l’acide hypoazotique , ou de l’ade azotique pur sur l’huile de palme à chaud.
: De la nalmitine ( palmitaie de glrcérme) . — — r: i — — ^ —
^ ° ' Glycerme. A. palmitique.
; La palmitine est d’un blanc éclatant et sous forme cristalline , fort :iiu soluble dans l’alcool bouillant, se dissolvant, au contraire, en iutes proportions dans l’éther porté à cette température, d’où elle se repose, parle refroidissement, sous forme de très-petits cristaux. Elle i: nd à 48”, et par un abaissement de température , elle se prend en une uasse dure et friable, qui a l’aspect de la cire. Traitée par les oxydes III les acides , elle abandonne de la glycérine et se change en acide palliiitique. Pour l’obtenir, on exprime l’huile de palme dans un linge , afin Ven séparer les parties fluides , et l’on traite le résidu quatre ou cinq liiis par l’alcool bouillant, puis on le dissout dans l’éther chaud ; on lîitre , et , par le refroidissement , il se dépose des cristaux de pal- I litine.
De la niyrlstlnc (myristate de glycérine).
Pour se procurer la myristine, on traite à froid le beurre de muscade ■ar l’alcool j on comprime le résidu entre des feuilles de papier buvard , t l’on dissout dans l’éther bouillant; on filtre, et, par le refroidissement, la dissolution éthérée se prend en une bouillie composée de pe- Ms cristaux. La myristine pure est formée par des aiguilles soyeuses [Lui fondent à 31° en une huile transparente. Elle se distingue des autres Il iibstances grasses par la résistance qu’elle oppose à l’action des alcalis l;iydratés, car on ne peut la décomposer en acide myristique et en glycérine, qu’en la faisant fondre avec de la potasse solide.
Elle contient, d’après les analyses de Playfair, 75,55 de carbone, -2,18 d’hydrogène, et 12,27 d’oxygène.
De la phocénlnc (de phocœna, marsouin).
Elle existe dans l’huile de marsouin commun. Elle est très-tluide à 17° 0°, légèrement odorante, et sans action sur le tournesol; elle se
dissout très-bien dans l’alcool bouillant. La potasse la transforme en acide phocénique sec et en glycérine ; l’acide sulfurique concentré la fait passer à l’état d’acide phocénique.
Préparation. On dissout dans l’alcool chaud l’huile de marsouin , on laisse refroidir; au bout de vingt-quatre heures, on décante l’alcool qui surnage l’huile, et on le distille; il reste dans la cornue une matière huileuse qui, étant traitée par l’alcool faible et froid, fournil la phocéniiie.
De In butyrine.
La hutyrine , ordinairement colorée en jaune , peut cependant être incolore, suivant l’espèce de beurre qui l’a fournie; elle ne paraît se congeler qu’à 0°; son odeur est celle du beurre chaud; sa densité est de 0,908. Elle est sans action sur le tournesol, et insoluble dans l’eau; l’alcool bouillant la dissout en toutes proportions ; la potasse la transforme en une masse savonneuse composée d’acides butyrique, margarique et oléique, de glycérine et de potasse, provenant d’une certaine quantité d’oléine et d’une autre matière grasse contenue dans la butyrine. L’acide sulfurique concentré la change en acide butyrique.
Préparation de la hutyrine. Après avoir isolé le beurre du lait de beurre, on l’abandonne pendant plusieurs Jours dans une capsule, et l’on obtient une substance grenue et un liquide composé de hutyrine, d’acide butyrique, d’une autre matière huileuse, et d’un peu de stéarine. On traite ce liquide à plusieurs reprises par de l’alcool d’une densité de 0,796, d’abord à la température de 19°, puis à la température de l’ébullition; aussitôt qu’il est entièrement dissous, on le laisse refroidir; une partie de l’huile et de la stéarine se précipite : la dissolution alcoolique qui la surnage , distillée avec ménagement , fournit de l’alcool dans le récipient, et dans la cornue une huile composée de hutyrine et d’une très-petite quantité d’acide butyrique : on fait digérer cette huile avec un lait de carbonate de magnésie, qui transforme l’acide butyrique en butyrale de magnésie; on traite par l’eau, qui dissout ce butyrate; la hutyrine restante est séparée de l’excès de carbonate de magnésie au moyen de l’alcool chaud, qui ne dissout que la hutyrine; U suffit alors, pour l’avoir pure, d’évaporer lentement le liquide.
De rhirclnc.
Elle existe dans les graisses de bouc et de mouton; unie à l’oléine, i elle constitue la partie liquide du suif. L’alcool la dissout beaiicoupi
DE LA CÉTINE. 461
ieux que l’oléine; saponifiée par la potasse, elle fournit de l’acide rcique.
De l’élaldinc (de èXatç, olive),
£ Elle estle résultat de l’action de l’acide hypoazotique sur les huiles amandes douces, de lin, de noisettes, et de noix d’acajou en parlicui*r. Elle est blanche comme l’axonge et ressemble à la stéarine. Elle nd à 35® et se dissout en toute proportion dans l’éther sulfurique, «alcool à 0,8975 de densité, bouillant, n’en dissout que i/^oo nids, et, par le réfroidissement, la dissolution se trouble sans cristal- >oer. Chauffée dans une cornue de verre, l’élaïdine bout, se décom- "»se, et fournit de l’eau , de l’acide sébacique , de l’acroléine , un liquide iiileux empyreumatique, et de l’acide élaïdique. Les alcalis caustiques saponifient à chaud, en donnant naissance à un acide particulier lucide élaïdique). On l’obtient en versant dans 100 parties d’huile d’ot/es 3 parties d’acide hypoazotique préalablement mêlé de 9 parties aacide azotique à 38 degrés : au bout de soixante-dix minutes, rimile tt solidifiée: on traite la masse solide par l’alcool bouillant, qui laisse I poser l’élaïdine par le refroidissement : on la comprime dans du paternon collé, pour absorber une très-petite proportion de matière J.iileuse. Elle est formée, selon Meyer, de
Carbone = 78,36 Hydrogène = 12,05 Oxygène = 9,59
De la Céline (de x.tToç, baleine, margarate et oléate de cétyline , oxyde de célyle de Liebig).
‘ On trouve la Céline dans le sperma ceti ou blanc de baleine , qui esl ' rmé de celte matière grasse et d’un peu d’huile; elle fait également u’tiede la graisse de plusieurs cétacés. Elle est solide, sous forme de mes brillantes, incolores, douces au toucher, insipides, fragiles, peu loranles, et .sans action sur le lournesol. Elle fond à 49® centigrades, isllllée, elle fournit de la cétine non altérée, qui s’est volatilisée en une nile liquide incolore, des acides oléique, margarique et acétique, de ’au, une matière odorante, une matière jaune, et une huile empyreu- •slique jaunâtre; on n’y trouve ni acide sébacique ni riiuile volatih' ue donnent les corps gras formés d’oléine et de stéarine. La cétine est
insoluble clans l’eau et peu soluble dans l’alcool bouillant, d’où elle se; dépose presque en totalité, parle refroidissement, sous forme de cristaux; lamelleux, brillants et nacrés. 100 parties d’alcool bouillant en dissolvent 16 parties, mais elles n’en retiennent que 3 parties après le refroidissement. L’éther et les essences la dissolvent très-bien. Lorsqu’oi: chauffe pendant plusieurs jours 100 parties de cétine avec 100 parties de potasse et 200 parties d’eau , on obtient une masse savonneuse, composée ù'éthal, d’acide éthalique, et d’un peu de matière organique colorée; on facilite la saponification de la cétine en en faisant fondn» 2 parties avec 1 partie de potasse caustique et en traitant la masse pa» l’eau et par l’acide chlorhydrique ; on recommence ce traitement.
Préparation. On obtient la cétine en soumettant à plusieurs reprises d’abord à froid , puis à chaud, le blanc de baleine du commerce à l’action de l’alcool, qui dissout toute la matière huileuse et laisse la cétine pure.
De la myricine.
Elle existe dans la cire. Elle est pulvérulente, cristalline, fusible a 70°, pouvant être en partie sublimée à une température élevée, solubU dans 200 parties d’alcool bouillant et dans ICO parties d’éther, insolubb dans l’eau. Chauffée pendant longtemps avec une dissolution de polass" caustique, elle se saponifie et donne du palmitate de potasse et de la mélissine, matière qui se rapproche de l’éthal.
On obtient la myricine en traitant à plusieurs reprises la cire avec d» l’alcool bouillant; la myricine reste indissoute.
Les graisses sont, en général, formées de stéarine, de margarine et d’oléine. Elles existent dans tous les tissus des animaux ; elles sont Irèsi abondantes sous la peau, près des reins, dans l’épiploon, à la base di cœur, à la surface des muscles, des intestins, etc. ; elles sont conteniiej dans une sorte de tissu cellulaire dont elles remplissent toutes les cai vités, sous forme de petits globules revêtus d’une enveloppe albumineuse ou fibrineuse, ce dont on peut facilement se convaincre en plaçant sui le porte-objet du microscope une tranche mince du tissu graisseux d ui animal. La graisse est quelquefois incolore, et le plus souvent jaunâtrej lorsqu’elle est mélangée à quelque matière étrangère : tantôt elle eif inodore, tantôt elle offre une odeur particulière produite parquelqun
i)ES GRAISSES. 463
Iraces d’un corps volalil. Elle est toujours plus fusible que les principes qui la constituent, pris isolément. Elle est neutre au papier de tournesol; cependant celle qui se trouve entraînée dans la circulation paraît être acide ou formée d’acides gras unis à de la soude. Sa composition varie suivant la nature et la qpantité de chaque principe immédiat qui la constitue, et suivant les sources qui la produisent.
Lorsque la graisse est soumise à la distillation, elle se décompose, fournit presque toujours une certaine quantité d’acide margarique, et tous les produits auxquels chaque principe qui entre dans sa composiion peut donner naissance. L’acide sulfurique faible, s’il n’est pas employé dans une trop forte proportion, la décompose en partie , isole de h glycérine avec laquelle il se combine, et, en mettant ainsi des acides .gras en liberté, lui donne une plus grande dureté; les fabricants de rcliandelles emploient cet acide pour blanchir et durcir le suif. Si le poids lie l’acide sulfurique dépasse de la moitié celui de la graisse, il se comîüine avec les acides gras et avec la glycérine, et donne des acides sul- 'foglycérique , sulfostéarique , sulfomargarique et sulfoléique. L’acide aypoazotique aussi rend la graisse plus dure, et le savon qu’elle fouri.iit alors avec les alcalis contient des acides gras dont le point de fusion est bien plus élevé que celui de l’acide élaïdique qui se produit lorsqu’on 'uoumet les huiles à l’action du même acide.
J’ai exposé, à la page 456, l’action des alcalis et autres bases sur les :orps gras.
Graisse de mouton (suif). — Elle est incolore, presque inodore dans ’état de fraîcheur; mais elle acquiert une très-légère odeur de chan- Jelle par son exposition à l’air ; sa consistance est assez ferme ; 100 paries d’alcool bouillant à 0,821 en dissolvent 2,26; les acides et les dcalis la transforment en une substance analogue à la cire et en une 'huile très-soluble dans l’esprit-de-vin (Braconnot); saponifiée par les 'hases, 100 parties de cette graisse fournissent 95,1 de matière savonineuse et 4,9 de matière soluble; il se développe, pendant celte opérabon, un principe odorant analogue à celui que les moutons exhalent ' ^ans certaines circonstances. La matière savonneuse est formée d’acides 'déarique, oléique et margarique, et d’une petite proportion d’acide hircique. On emploie cette graisse pour faire du savon , de la cliantlelle, et les bougies stéariques; il paraît que les chandeliers augmenlent sa consistance et .sa blancheur en y ajoutant un peu d’alun. Suivant quelques praticiens, le suif employé en lavemeJit, A la dose de 30 A grammes, est avantageux pour faire cesser les anciens dévoiements et quelques dysenteries.
Graisse de bouc. — Elle est analogue à la graisse de mouton. On l’emploie aux mêmes usages et pour la préparation de l’acide hircique.
Graisse de porc {axonge, saindoux). — Elle est molle, incolore, inodore lorsqu’elle est solide ; mais elle répand une odeur désagréable si onia met dans l’eau bouillante ; sa saveur est fade : elle fond à environ 27®. Cent parties d’alcool bouillant, d’une densité deO, 816, en dissolvent 2,80. Traitée par les alcalis , 100 parties de cette graisse produisent 94,7 d’acides gras et 5,3 de matière soluble. On l’emploie comme aliment; ort en fait usage dans la corroierie, la liongroierie et l’éclairage; elle sert ^ graisser les roues des voitures, etc. ; V onguent napolitain est composé de parties égales de graisse de porc et de mercure métallique très-divisd par l’agitation; V onguent gris n’est autre chose que ce même onguenll étendu dans 7 parties d’axonge. Les expériences de Vogel prouvent quea dans ces préparations, le mercure est à l’état métallique et non pas si l’état d’oxyde, comme on l’avait cm. La graisse oxygénée est le produill que l’on obtient en faisant chauffer cette graisse avec un dixième de sort poids d’acide azotique, h'onguent citrin résulte du mélange de l’azotatd de mercure provenant de l’action de 90 grammes de mercure et dd 120 grammes d’acide azotique avec 1 kilogramme de graisse : on conw mence par faire fondre celle-ci, on y verse l’azotate et on agite ; suivanS M. Cédié, la pommade récemment préparée contient de l’azotate de i)ro-| toxyde de mercure , tandis que l’ancienne ne renferme que du mercur^ métallique. L’axonge fait encore partie des pommades cosmétiques el| de quelques autres préparations pharmaceutiques. Elle renferme 38 par-< lies de matière solide et 62 de graisse liquide. '
Graisse de bœuf. — Elle est d’un jaune pâle ; son odeur est très-légère ;| 100 parties d’alcool bouillant , d’une densité de 0,821 , en dissolvent 2.52^ saponifiée par les bases, elle fournit 95 parties de matière savonneuse etj 5 de matière soluble : il se développe, pendant celte opération, un priiH cipe odorant, analogue à celui que les bœufs exhalent dans certaines cii
constances. Uhuile de pied de boeuf Qsi employée comme aliment, prin
cipalement pour les fritures; la difficulté avec laquelle elle se fige el| s’épaissit fait qu’on la recherche pour le graissage des mécaniques.
Graisse de jaguar. — Elle a une couleur Jaune orangée et une odeiii particulière très-désagréable; 100 parties d’alcool bouillant â 0,82t en dissolvent 2,18; traitée par les bases salifiables, elle se saponifie et ac-| quierl une odeur forte , semblable à celle qui se réi)and quelquefois dans| les ménageries d'animaux féroces. |
Graisse rf'oie,— Elle est légèrement colorée en Jaune; .son odeur ost| agréable ; elle parait être aussi Fusible que la graisse de porc.