‹ Éléments de chimieChapitre 28 sur 378 · DU BROME · texte numérisé non relu

DU BROME

Haie, en fournissent beaucoup. H existe aussi dans les végétaux et les animaux qui vivent dans la Méditerranée, dans l’éponge marine, dans les cendres du ianthina violacea , mollusque de Sainte-Hélène, d,ans les eaux mères du varech , dans le cadmium de Silésie, dans un minerai de zinc, au Pérou, à l’état de bromure d’argent, etc. Il est probable qu’il accompagne souvent, sinon toujours, l’iode, et qu’on en découvrira parlonl où ce dernier corps existe.

Le brome est liquide à la température ordinaire, d’un rouge noirâtre quand il est vu en masses et par réflexion, et d’un rouge hyacinthe lorsqu’on l’interpose en couches minces entre l’ceil et la lumière. Il a une odeur pénétrante très-désagréable, sa saveur est des plus fortes; son poids spécifique est de 2,966.

Il décolore le tournesol et le sulfate d’indigo sans les rougir, et colore fortement la peau en jaune.

Il est très-volatil, et entre en ébullition à 63°, d’après M. Pierre; la vapeur rutilante qu’il fournit est très-foncée, et d’une couleur semblable à celle de l’acide hypoazotique. A la température de 22° — 0°, il peut se solidifier et devenir très-dur en un instant; alors il offre une structure cristalline, une couleur gris de plomb, et il se brise par le choc. Il n’est point conducteur du fluide électrique ; il n’agit point directement sur Yoxygène, toutefois il existe un composé d’oxygène et de brome (acide bromique) que l’on obtient par des moyens indirects. Il suffit de verser du brome sur du soufre sublimé pour obtenir un sulfure de brome liquide, d’un aspect huileux. Le sélénium se combine avec lui à froid, et donne un bromure solide, d’un rouge brun, qui répand des vapeurs à l’air.

M. Poggialeest parvenu à combiner le brome avec le bore. Le bromure BoBr3 est gazeux, incolore, d’une odeur très-piquante, d’une saveur trèsacide, analogue à celle de l’acide chlorhydrique; il rougit fortement le tournesol, éteint les corps en combustion, et répand à l’air des vapeurs blanches. Il est indécomposable par la chaleur. Mis dans l’eau, il la décompose et fournit de l’acide borique et de l’acide bromhydrique. Il brûle avec une flamme verte nuancée de bleu, si on l’enflamme avant que les vapeurs blanches se soient déposées ou qu’elles aient été dissoutes dans l’eau. Le chlore enlève le bore à ce gaz. On l’obtient en faisant passer des vapeurs de brome pur à travers un mélange d’acide borique vitrifié et de charbon chauffé au rouge. {Journ, depharm., mai 1846.)

Lq carbone parait être sans action sur lui; toutefois il est possible d’obtenir un composé de brome et de carbone en décomposant le periodure de carbone par le brome. Vhijdrogène n’agit sur lui ni à la tempe-

rature ordinaire, ni sous l’influence des rayons lumineux; il se combine, au contraire, avec lui , et forme de l’acide bromhydrique, si on expose le mélange à la flamme d’une bougie, ou si on introduit une lige de fer en ignition.

Le brome s’unit au chlore à la température ordinaire, et donne un chlorure liquide jaune rougeâtre, très-odorant, volatil, et soluble dans l’eau.

Caractères distinctifs du brome. 1° Ses propriétés physiques ; 2° sa grande volatilité et la vapeur rutilante qu’il fournit; 3° lorsqu’on le combine à froid en très-petites proportions avec un peu de phosphore, il y a production d’une flamme très-vive.

Extraction, On verse sur un mélange pulvérisé de bromure de potassium et de bioxyde de manganèse, placé dans un petit appareil distillatoire, de l’acide sulfurique étendu de la moitié de son poids d’eau; on chauffe, et il se dégage aussitôt des vapeurs rutilantes de brome qui viennent se condenser dans l’eau froide, dont on a rempli le récipient; à la fin de l’expérience, on sépare le brome, qui occupe le fond du récipient , et on le distille sur du chlorure de calcium , pour le priver de l’eau qu’il pourrait retenir. — Théorie. Le bioxyde de manganèse cède un équivalent d’oxygène au potassium, qu’il transforme en protoxyde; l’acide sulfurique s’empare de cet oxyde pour former du sulfate de pro’ loxyde de potassium; le brome devenu libre se dégage; d’autre part, le protoxyde de manganèse provenant de la décomposition du bioxyde s’unit avec une autre portion d’acide sulfurique, et donne naissance à du sulfate de protoxyde de manganèse.

2 SQ3, HO KBr Mn Q2 KO, SQ3 Mn 0, SQ3 2 HO Br

A. sulfurique. ’ Bromure. * Biôxyde. Suif, de pot. ’ Suif, de maqg. ’ Eau. ^ Brome.

Le brome agit sur l’économie animale à la manière des poisons irritants, et à peu près comme l’iode : aussi a-t-il été employé comme antiscrofuleux et contre le goitre (voy. mon Traité de médecine légale,, t. III, 4® édit.). Il sert à la préparation des plaques daguerriennes.

DE L'IODE. I. Équivalent. =

(De iwâ’Yiç, violet. )

L’iode est un corps simple, découvert dans la soude de varech, en 1811, par Courtois, salpêtrier de Paris. On l’a déjà trouvé à l’élal d’iodure de mercure et d’iodure d’argent, uni au sulfure de plomb dans l'argent

DE l’iode. -71

vierge de serpentine. Il existe dans l’eau de la mer Méditerranée, de l’Océan, delà Baltique, dans l’eau de plusieurs salines, dans les eaux minérales sulfureuses, dans le plomb blanc de la mine de Catorce en Amérique, dans Tazotate de soude naturel, qui renferme un peu d’iodure de sodium et une proportion plus forte d’iodate de soude. La houille et le coke en contiennent aussi assez abondamment pour qu’on puisse espérer l’obtenir économiquement (Bussy). On le trouve également dans les fucus, les ulves, où il est à l’état d’iodure de potassium. M. Chatin vient de prouver que toutes les plantes qui croissent dans l’eau douce en contiennent. Déjà l’on savait que les agaves, les romeritos (sorte de barille qui végète dans les jardins flottants des lacs d’eau douce des environs du Mexique), que le cresson {nasturtium officinale), que les cendres de betteraves et de certaines conserves recueillies dans un cours d’eau douce , en renferment. Il existe également dans l’éponge , dans le foie de morue, dans divers mollusques marins, et dans plusieurs polypiers. M. Chatin en a découvert tout récemment dans des alcyonelles, des éponges d’eau douce , ainsi que dans beaucoup d’autres animaux appartenant aux groupes des amorphes, des rayonpés, des articulés et des vertébrés. Enfin , d’après ce professeur, on trouverait encore de iode dans l’eau de rOurcq, de la Seine, de la Marne, de l’Oise, du puits de Grenelle, et dans les étangs de Ville-d’Avray et de Meudon. ( Voy. les Comptes rendus des séances de VAcad. des sciences, n°® du 22 avril et du 6 mai 1850. ) Quoi qu’il en soit, on n’a jamais trouvé l’iode à l’état de pureté; presque toujours il est combiné avec un métal et notamment avec du potassium.

L’iode est solide à la température ordinaire; il est sous forme ^^e petites lames d’une couleur grise bleuâtre, d’un éclat métallique, d’une faible ténacité, et ayant l’aspect de la plombagine; sa saveur est âcre, son odeur a de l’analogie avec celle du chlore; son poids spécifique est de 4,948 à 16° c. , et celui de sa vapeùr de 8,716 (Dumas). Sa forme cristalline parait être l’octaèdre allongé à base rhomboïdale. Le meilleur moyen pour obtenir de beaux cristaux d’iode consiste à abandonner une dissolution d’acide iodhydrique au contact de l’air dans un flacon ouvert; l’oxygène de celui-ci s’unit à l’hydrogène de l’acide, et l’iode se dépose.

Il détruit les couleurs végétales et colore la peau et le papier en jaune , mais cette couleur ne larde pas à disparaître.

L’iode, mis en contact avec le calorique, fond à 107°; il se volatilise entre 175 et 180°, et il répand des vapeurs violettes très-belles, que l’on peut apercevoir facilement en mettant une certaine quantité d’iode sur

une plaque de fer ou dans un ballon de verre que Ton a fait chauffer. Lorsqu’on recueille ces vapeurs dans une cloche ou dans un récipient, on remarque qu’elles se condensent pour former de nouveau les lames cristallines. L’iode donne même des vapeurs très-sensibles à la température ordinaire. La lumière ne l’altère point. Il est électro-négatif rapport à l’hydrogène, et électro-positif par rapport au soufre et à l’oxygène (voy. pag. 30).

Le gaz oxygène n’agit sur lui ni à froid ni à une température élevée, à moins que ces deux corps ne soient mis en contact à l’état naissant; car alors ils se combinent et peuvent donner deux acides, l’acide indique et l’acide périodique.

On peut combiner l’iode avec le soufre. Le sulfure d’iode obtenu est d’un gris noir, amorphe ou cristallisé en prismes, décomposable à là lumière et à l’air: ce dernier agent, à la température et à la pression ordinaires, le transforme, au bout de quelques jours , en iode qui se volatilise, et en soufre qui reste; à une température élevée, celte décomposition a lieu instantanément. On emploie avec succès ce sulfure, sous forme de pommade , dans plusieurs maladies de la peau; et notamment contre la gale. On doit à M. Luna, professeur espagnol et savant distingué, un travail intéressant sur ce sulfure, qu’il propose de préparer ainsi : On triture, dans un mortier de verre, une partie de soufre, et l’on ajoute successivement, et par petites portions, huit parties d’iode . sec; lorsque le mélange est devenu homogène, on le chauffe dans une capsule de porcelaine; dès qu’il est fondu , on le verse dans des moules en fer-blanc ou en porcelaine, semblables à ceux dont on se sert pour j obtenir le beurre de cacao, et quand il est refroidi, on l’introduit dans ! des vases opaques que l’on bouche parfaitement.

Le bore est sans action sur l’iode.

L’iode n’exerce à froid aucune action sur le charbon; mais placé dans ' des circonstances particulières , il peut s'unir avec lui, et donner nais- ' sance à deux composés, le periodure et le protiodure de carbone, dé- j couverts par Sérullas. \

Le sulfure de carbone liquide (liqueur de Lampadius) dissout l’iode à ; froid, et donne un liquide d’un beau violet ; il suffit de verser ce sul- | fure dans de l’eau saturée d’iode pour qu’il enlève tout l’iode à l’eau : ; aussi voit-on la dissolution aqueuse se décolorer, et le sulfure de carbone se précipiter et former une couche d’un beau violet. Par l’évaporation de ce liquide violet, à la température ordinaire, le sulfure de carbone se volatilise, et l’iode cristallise. (Lassaigne.)

Le gaz hydrogène n’exerce aucune action sur l’iode à froid ; mais à

DE l’iode.

une température rouge, il peut se combiner avec lui, et donner naissance à du gaz acide iodhydrique.

Si l’on projette de l’iode dans un flacon plein de chlore gazeux, il se forme aussitôt du prolochlorure d’iode I Cl, brun, demi-liquide, contenant peut-être un peu d’iode en excès ; car si l’on fait arriver un courant de gaz clilore sur ce composé, il se décolore peu à peu, devient blanc jauiicilre, répand une odeur irritante, et constitue le perchlorure d’<We, 1 C13, solide, crislallisable et déliquescent.

L’iode est soluble dans l’eau pure, mais en petite quantité, dans la proportion de 7 sur 1,000 environ de son poids. Lorsque l’eau est chargée d’un sel , de chlorhydrate ou d’azotate d’ammoniaque plus particulièrement, elle en dissout une plus grande quantité, quoique, suivant Gay-Lussac, ce phénomène soit indépendant de toute décomposition.

Caractères distinctifs. Indépendamment de ses projiriétés physiques, qui , à la rigueur, serviraient seules à le faire reconnaître, on peut le distinguer de tous les autres corps : 1” par les vapeurs violettes qu’il fournit lorsqu’on le volatilise; 2“ par la belle couleur bleue qu’il communique à une dissolution d’amidon dans l’eau ; ce moyen est si sensible qu’il permet de retrouver des traces d’iode qui ne pourraient être décelées par d’autres agents; il faut toujours opérer avec des liqueurs plutôt acides qu’alcalines; le corps bleu, formé par suite de l’action de l’iode sur l’amidon, devient blanc lorsqu’on le chauffe jusqu’à 90° c. ; celui-ci reprend la couleur bleue dès qu’on le fait refroidir; si, au contraire, on le fait bouillir pendant quelques minutes, il se décolore entièrement pour ne plus reprendre sa première coloration; dans ce dernier cas, il s’est formé de l’acide iodhydrique qui reste dans la liqueur. ( Yoy. tome 11, article Amidon. )

Il sert à la préparation des plaques daguerriennes. Il doit être rangé

parmi les stimulants; il agit directement sur le système reproducteur, et particulièrement sur l’ulérus, d’après Coindet: aussi est-il regardé comme un des emménagogues les plus actifs. A la dose de 4 à 6 grammes, il détermine l’ulcération de la membrane muqueuse de l’estomac, et la mort. (Voy. mon Traité de médecine légale, tome III, 4° édit.) Des observations nombreuses ont prouvé qu’il pouvait faire disparaître complètement ou incomplètement la plupart des goitres, et que son usage était également suivi de succès dans une multitude d’affections scrofuleuses, dans les indurations des testicules, dans la blennorrhagie, etc. Il peut être employé à 1 intérieur, à la dose de 5 centigrammes dissous dans 400 grammes d’eau distillée, mêlée à 6 centigrammes de sel commun ; extérieurement on le prescrit soit en solution indurée plus chargée d’iode, soit sous forme

74 PREMIÈEIE PARTIE.

de pommade, dans laquelle on fait entrer aussi l’iodure de potassium, l’iodure de soufre, ou lesiodures de mercure. Il serait imprudent d’administrer à l’intérieur une forte dose d’iode , qui ne manquerait pas d’agir comme poison, ainsi que je l’ai déjà dit (voy. lodure de potassium).

Extraction. Après avoir dissous dans l’eau toutes les matières solubles contenues dans le produit de la calcination de certains fucus et varechs, on évapore la liqueur jusqu’au point où elle laisse cristalliser les sels qu’elle contient, et en particulier le carbonate de soude; on décante, et l’on obtient ainsi toute la liqueur surnageante , qui porte le nom d’eau mère de soude de varech. Cette eau contient plusieurs substances, et entre autres du sel marin et de l’iodure de potassium (composé d’iode et de potassium). On la concentre et on l’introduit dans une cornue avec une certaine quantité de bioxyde de manganèse et d’acide sulfurique concentré; on adapte au col de cette cornue une ^ allonge et un ballon bitubulé, et on chauffe doucement. Bientôt l’iode se volatilise sous forme de vapeurs violettes, et vient se condenser dans le col de la cornue ou dans le récipient, en lames bleuâtres, cristallines, i qu’il faut laver avec de l’eau contenant un peu de potasse pour le débarrasser d’une certaine quantité d’acide sulfurique qu’il renferme; ensuite on le fait sécher en le pressant entre deux feuilles de papier, et on le distille de nouveau ; il reste dans la cornue du sulfate de potasse et du sulfate de protoxyde de manganèse. Suivant M. Gaultier de Claubry, le fucus saccharinus fournit plus d’iode que les autres espèces dont il a fait j l’analyse. — Théorie. Le bioxyde de manganèse cède un équivalent j d’oxygène au potassium de l’iodure et le transforme en protoxyde de : potassium qui s’unit à l’acide sulfurique; l’iode est mis à nu; le pro- : toxyde de manganèse provenant du bioxyde décomposé, se combine avec une autre portion d’acide sulfurique et forme du sulfate de protoxyde. ■

Ainsi :

2 SQ3, 2 HO Kl Mn Q2 __ KO SQ3 Mn 0, SQ3 2 HO V

Acide sulfurique. ’ lod. de pot. ’ B. de mang. Suif, de pot. ^ Suif, de maug. ’ Eau. Iode.

En procédant ainsi , il se produit, d’après M. Soubeiran, une certaine quantité de chlorure d’iode, parce que les eaux mères contiennent des | chlorures qui sont décomposés en mettant du chlore à nu , ce qui occasionne une perte.

M. Persoz , après avoir examiné et discuté le procédé qui vient d’être décrit et ceux qui ont été proposés soit par M. Soubeiran, soit par \ MM. Labiche et Chantrel, donne la préférence au suivant, aussi bien I'

DE l’iode. 7 5

pour extraire l’iode des eaux mères de la soude de varech, que pour retirer celui que renferment les eaux des bains iodurés dans la composition desquels on l’a fait entrer, et même de l’urine des malades soumis à un traitement ioduré. {Journal de pharmacie, août 1847.)

On commence par faire passer du gaz acide sulfureux dans les eaux iodurées , jusqu’à ce qu’elles exhalent une légère odeur; on fait alors dissoudre successivement dans la liqueur 1 partie de sulfate de bioxyde de cuivre et une partie de bisulfite de soude; on. l’abandonne ensuite à elle-même ou on la fait bouillir, suivant que l’on désire avoir immédiatement, ou seulement au bout de quelques heures, un précipité deprotiodure de cuivre; on lave celui-ci sur un filtre, on le dessèche, et on en extrait l’iode en le calcinant en vases clos, après l’avoir mélangé à deux équivalents de bioxyde de manganèse.

Théorie. Le sulfate de bioxyde de cuivre et le bisulfite de soude se décomposent et donnent du sulfate de soude et du sulfite de bioxyde de cuivre insoluble; celui-ci se précipiterait s’il n’y avait pas dans la liqueur un excès d’acide sulfureux, et l’opération serait manquée; cet acide agit encore en ramenant le sulfite de bioxyde à l’état de sulfite de protoxyde; c’est sur celui-ci que doit agir l’iodure de potassium. En vertu de la loi des doubles décompositions, il se formera du sulfite de potasse soluble et du protoiodure de cuivre insoluble. L’acide sulfureux offre encore l’avantage de décolorer les liqueurs et de transformer en iodure ' de potassium l’iodate de potasse qu’elles pourraient contenir. (Voy. le Journal de pharmacie de janvier 1837 pour un autre procédé d’extrac- ; tion de l’iode, donné par M. Barruel.)

L’iode est rarement pur ; quand il est entièrement soluble dans Ualcool et volatil sans résidu , il retient encore des quantités notables de fer; on reconnaît très-bien ce métal en faisant bouillir, pendant quelque temps, l’iode avec de l’acide chlorhydrique affaibli ; mais on n’enlève pas ainsi tout le fer : on n’y parvient qu’en traitant l’iode tenu en suspension dans quinze ou vingt fois son poids d’eau par un courant rapide de ■ gaz acide sulfhydrique; tout le fer se trouve dans le soufre déposé. Pour ' obtenir 1 iode pur, on sature par la potasse l’acide iodhydrique qui reste I dans la liqueur, et l’on fait arriver du chlore en excès dans l’iodure de ’ potassium dissous; quand l’iode qui s’est précipité a été redissous par un excès de chlore, on verse celte liqueur dans une autre dissolution d iodure de potassium, contenant au moins trois fois plus d’iodure que la piemière. L’iode se précipite; il est ensuite recueilli, lavé et séché. (Millon , Ann. de ch. et de phys.^ tome IX; 1843.

DU PHOISPHOUE. Ph. Équivalent — 400.

(De lumière, parce qu’il est lumineux dans l’obscurité.)

Le phosphore n’a jamais été trouvé pur dans la nature; il entre dans la composition de plusieurs produits minéraux et animaux; combiné avec l’oxygène, le carbone, l’azote et l’hydrogène, il constitue la laitance de carpe et une partie de la matière cérébrale et des nerfs; uni à l’oxygène et à la chaux, il fait la base de la portion dure du squelette des animaux et de toutes les parties ossifiées. Le phosphate de chaux, qui existe si abondamment en Estramadure, et plusieurs autres phosphates métalliques que l’on trouve dans la nature, contiennent également du phosphore.

Le phosphore pur est un corps solide, transparent ou demi- transparent, d’un aspect corné, incolore (1), flexible, et assez mou pour céder au couleau; on le raye facilement avec l’ongle; il a une odeur d’ail très-sensible, il parait insipide; son poids spécifique est de 1,840; la densité de sa vapeur à 500" c. est de 4,355.

Si l’on met du phosphore au fond d’une fiole contenant de l’eau, et qu’on élève la température jusqu’à 44°, 2 c., il enire en fusion et il est transparent comme une huile blanche; si on le laisse refroidir trèslentement, il conserve sa transparence et se solidifie; toutefois il n’est pas rare de voir le phosphore, ainsi fondu, rester liquide pendant plusieurs minutes au milieu d’une eau dont la température n’est que de 12° ou 15° c. ; mais il se solidifie aussitôt qu’on le touche avec un corps étranger. D’après M. Thénard, le phosphore chauffé jusqu^à 70° et refroidi subitement devient noir; pour que cela ait lieu, il faut agir sur du phosphore distillé au moins trois ou quatre fois, et dans certains cas huit à dix. Si on rompt la pellicule qui se forme à la surface du phosphore fondu, au moment où il va se figer, et que l’on fasse écouler les parties encore liquides, il ne cristallise qu’avec la plus

(1) Quand le phosphore est jaunâtre , jaune verdâtre ou brunâtre, qu’il a été conservé à l’abri du contact de la lumière , et qu’il ne doit par conséquent pas sa couleur à cet agent, ces colorations dépendent, d’après Dupasquier, d’une certaine quantité de phosphore d’arsenic ; cet arsenic provient de l’acide sulfurique employé pour obtenir le phosphate acide de chaux {Journ- de pharm., septembre 1814). Dupasquier aurait dû dire que, l’acide sulfurique du commerce étant rarement arsenical, les colorations dues â cette cause doivent être fort rares.

DU riiospiiORE. 77

grande difficulté; on obtient, au contraire, facilement des cristaux de phosphore en le dissolvant dans les huiles essentielles et surtout dans le sulfure de carbone. Si, lorsqu’il est fondu dans l’eau chaude, on agite pendant quelque temps la fiole qui le contient, il se convertit en une poudre que l’on a employée en médecine; cette poudre est bien autrement ténue sî, au lieu d’eau, on a employé de l’alcool à 36 degrés. Soumis à une température d’environ 290", le phosphore se volatilise et peut être distillé (voy. pl.-3, fig. 6) ; on fait ette expérience dans une atmosphère d’hydrogène : on maintient un courant de ce gaz dans une petite cornue tubulée, dans laquelle on a placé une vingtaine de grammes de phosphore, et qui communique avec un récipient également tubulé et portant un tube recourbé, dont l’extrémité plonge dans un vase rempli d’eau ; lorsque l’air de l’appareil a été chassé et remplacé, par l’hydrogène, on chauffe la cornue avec quelques charbons rouges, et la distillation du phosphore a lieu rapidement : par ce moyen, le phosphore volatilisé peut se condenser sans avoir le contact de l’air, qui l’enflammerait. Si le phosphore est soumis pendant longtemps à une température de 240" à 250", il devient rouge.

La lumière solaire change en rouge la couleur blanche du phosphore pur renfermé dans de l’eau privée d’air, dans de l’huile d’olives, de l’esprit-de-vin ou de l’éther, etc., sans que le phosphore passe à l’état d’acide; le même phénomène a lieu lorsque le phosphore est placé sous une cloche vide ou dans le vide d’un baromètre : dans ce dernier cas , il se dépose en paillettes brillantes contre les parois de l’instrument. Le phosphore rouge est plus dense que le phosphore ordinaire; son poids spécifique est de 1,964. Il est inaltérable à l’air, insoluble dans l’éther et dans l’alcool. Il est moins combustible que le pliosphore ordinaire, ne donne aucune lueur dans l’obscurité, et ne s’enflamme à l’air libre qu’à la température de 260". Schroeler, à qui l’on doit ces détails, a reconnu que la production de cette matière rouge résulte d’une transformation isomérique du phosphore, qui jouit de propriétés nouvelles et très-différentes de celles qu’il possède dans l’état ordinaire. On peut encore obtenir ce phosphore rouge par l’action d’une faible lumière diffuse.

Le fluide électrique agit sur le phosphore, qui a le contact de l’air comme le calorique; du reste, ce corps simple est électro-positif par rapport à l’azole, et électro-négatif \idiV rapport au bore et au carbone (voy. page 30).

Le gaz oxygène, très-sec et extrêmement pui’, n’exerce aucune action sur lui, à une lenipéralure qui ne dépasse pas 27", et sous la pression

78 PRliMlÈfUi PAIlTlli.

ordinaire de l’atmosphère; mais si on diminue la pression, lors môme que le thermomètre marque 20, 15, 10 ou 6°, le phosphore se combine avec le gaz, brûle, devient lumineux dans l’obscurité, et se transforme en acide hypophosphorique. Cette phosphorescence est-elle le résultat de la combinaison lente du phosphore avec l’oxygène ? Berzelius ne le pensait pas, et il l’attribuait à la vaporisation du phosphore; en effet, disaitil, le phosphore luit dans les gaz azote et hydrogène purs, et même dans le vide barométrique, et il continue à luire jusqu’à ce que l’espace oùla phosphorescence se produit soit saturé de vapeurs de phophore. Cependant quelques expériences récentes de Fischer tendent à prouver que la phosphorescence du phosphore est due réellement à son oxydation. Quoi qu’il en soit, la combinaison du phosphore avec l’oxygène à froid est d’autantplus facile que la diminution de pression est plus considérable: aussi l’opère-t-on à merveille lorsqu’on introduit dans le vide barométrique du phosphore avec quelques bulles de gaz oxygène ; toutefois elle cesse de se produire si la température est à 5 -f- 0" ou au-dessous. Si, au lieu de diminuer la pression, on l’augmente, l’oxygène ne se combine avec le phosphore qu’à une température au-dessus de 27°. Enfin la combustion du phosphore dans l’oxygène peut encore avoir lieu au-dessous de 27", lorsque l’on mêle ce gaz avec une plus ou moins grande quantité d’un autre gaz, tel que de l’azote, de l’hydrogène ou de l’acide carbonique, qui agissent de la même manière que la diminution de pression : on doit la plupart de ces détails à M. Bellani de Monza.

Si l’on place un fragment de phosphore dans une petite coupelle , et qu’on l’introduise dans un flacon rempli de gaz oxygène, après l’avoir enflammé, il se dégage beaucoup de calorique et une lumière des plus jj vives; l’oxygène est absorbé par le phosphore, et il en résulte un nuage ' dense, d’une couleur blanche, qui n’est autre chose que de l’acide | phosplîorique susceptible de rougir la teinture de tournesol. Une por- ! lion de phosphore employé passe à l’état d’oxyde rouge et tapisse l’intérieur de la coupelle. Cet acide, cet oxyde, et l’acide hypophosphorique, sont les seuls produits qui résultent de l’action directe du phosphore sur le gaz : on connaît cependant plusieurs autres composés de phospliore et d’oxygène que l’on obtient par des moyens indirects : tels sont les acides hypophosphoreux et phosphoreux , et l’oxyde Jaune de phosphore. Enfin, si l’on frotte un morceau de phosphore avec un corps quelconque, au milieu de l’air, le phosphore prend feu immédiatement.

Le soufre peut, en se combinant avec le phosphore, donner naissance ’ à plusieurs composés plus fusibles que le phosphore; tels que PM S, - Ph* S, PM 12 S, Ph> Ph*S* (Berzelius, Journ. de pharm.f an- >|

DU l'IlOSPllOrxE.

née 1843). Pour les obtenir, on broie les deux corps dans un mortier de porcelaine , en ajoutant de l’eau tiède.

Le phosphore fondu dissout le sélénium ; les séléniures formés décomposent l’eau. Le bore ne se combine pas avec le phosphore. On ne connaît pas bien l’action du carbone sur ce corps.

Le phosphore, mis en contact avec le gaz hydrogène, se combine en partie avec lui et forme de l’hydrogène phosphoré; cette combinaison a lieu bien plus facilement lorsque l’hydrogène prend naissance sous l’influence du phosphore. Le chlore s’unit en deux proportions avec le phosphore, et donne naissance à deux chlorures. On obtient le perchlorure, Ph Cl^ en traitant le phosphore directement par le chlore gazeux ; il est surtout caractérisé par la propriété qu’il possède de décomposer l’eau avec une grande rapidité, en produisant des acides chlorhydrique et phosphorique.

Ph C15 5 HO Ph 05 5 HCL

Perchlorure. ^ Eau. Acide phosphorique. ’ Acide chlorhydrique.

Il est blanc, solide , cristallin , et bout à 148». Il est formé de 15,29 de phosphore, et de 84, 71 de chlore.

On prépare le protochlorure, Ph Cl^, en dissolvant à chaud un excès de phosphore dans le perchlorure ; par le refroidissement, tout le phosphore non combiné se précipite; il devient facile alors de le séparer; on parvient aussi à opérer cette séparation en distillant à une douce chaleur dans des vases bien secs. Ce protochlorure est liquide, incolore, fumant à l’air, d’une densité de 1,45; il bout à 78”. Il est formé de 23,13 de phosphore , et de 76,87 de chlore.

Le phosphore se combine avec le brome à la température ordinaire, avec dégagement de beaucoup de chaleur et de lumière, et produit deux bromures, dont l’un est liquide et l’autre solide. Il y aurait quelque danger à opérer sur plus de 10 ou 12 centigrammes de chacun de ces corps, parce que le mélange en/îawme serait projeté au loin instantanément.

Le phosphore s’unit à {'iode en diverses proportions et avec dégagement de chaleur et de lumière. Lorsqu’on met ensemble, dans un tube de verre, une partie de phosphore et huit parties d’iode, on obtient un iodure d’un rouge orangé brun, fusible à environ 100”, volatil à une température plus élevée, et servant à la préparation de l’acide iodliydrique. Viodure phosphoreux de Berzelius contient douze parties d’iode pour une de phosphore, et Viodure phosphorique vingt.

Caractères distinctifs du phosphore. 1” Ses propriétés physiques; 2” il brûle à chaud dans le gaz oxygène ou dans l’air, avec grand éclat,

80 PIIEMIÈIÎE PARTIE.

et donne des vapeurs blanches d’acide phosphorique et de l’oxyde rouge de phosphore fixe.

Le phosphore a été découvert par Brand, de Hambourg , en 1669.

Usages. Le phosphore est employé pour faire l’analyse de l’air et pour la construclion des briquets phosphoriques. Parmi les moyens proposés pour faire ces briquets, le plus simple consiste à remplir d’eau à 70“ ou à 80“ un petit flacon de cristal, et à y introduire de petits fragments de phosphore; ceux-ci fondent, occupent la partie inférieure du flacon, et chassent l’eau. Lorsque la majeure partie de celle-ci est expulsée, le petit appareil se trouve presque rempli de phosphore fondu ; alors on le laisse refroidir en tenant le flacon dans l’eau, et on le bouche lorsqu’il est froid. Chaque fois que l’on veut se servir de cet instrument, on introduit dans le flacon l’extrémité d’une allumette soufrée, afin de détacher quelques molécules de phosphore; on frotte cette extrémité sur un bouchon de liège: par ce moyen , la température se trouve élevée , et le phosphore s’enflamme. Ces briquets, à moins d’être parfaitement bouchés, ne peuvent pas servir longtemps, parce que le phosphore absorbe promptement l’oxygène de l’air et passe à l’état d’acide hypopliosphorique déliquescent. Les allumettes phosphoriques J dites chimiques, seront décrites à l’article Chlorate de potasse.

On emploie encore le phosphore pour faire unepâte avec laquelle on détruit promptement et à coup sûr les rats, les souris, les mulots, etc., quand on l’a étendue en couches légères sur des tranches de pain trèsminces. Ces animaux la mangent avec avidité. Si on l’a hachée avec des vers, elle détruit parfaitement les taupes, les loirs, les grillons, etc. On l’obtient avec 20 grammes de phosphore, 400 d’eau bouillante, 400 de farine de blé, de seigle ou de sarrazin, 400 de suif fondu , 200 d’huile de noix, et 250 de sucre en poudre. On peut la colorer avec du noir de fumée. (Aug. Dubois, Journ. de pharm., août 1849.)

Action du phosphore sur V économie animale. Le phosphore, à petites doses, doit être regardé comme un excitant volatil puissant, dont l’action est très-prompte, très-intense, mais peu durable; il augmente l’activité de tous les systèmes de l’économie animale, et principalement du système nerveux. Les expériences d’Alphonse Leroy, de Pelletier et deBouttatz, prouvent qu’il irrite les organes de la génération et qu’il éveille singulièrement l’appétit vénérien. 11 a été administré dans les maladies asthéniques, aiguës ou chroniques, où il ne faut exciter que momentanément, mais d’une manière très-intense: ainsi son emploi a été, aspure-t-on, suivi de succès dans les fièvres dites ataxiques et adynnmiques,

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