DES SUCS INTESTINAUX
ultérieure par les vaisseaux chylifères. Or, l’albumine ne produit rien de pareil. J’ajouterai que la matière du suc pancréatique, coagulée jar l’alcool absolu, puis desséchée à une douce chaleur, se dissout fainlement et complètement dans l’eau; tandis que l’albumine, traitée de a même manière, ne se dissout pas d’une manière semblable (/owm. îepharm., mai 1849).
Il importe, lorsqu’on fait des recherches sur le suc pancréatique, de savoir que ce liquide est très-facilement altérable à 40" ou 45" c. , et (u’il perd la plupart de ses propriétés; aussi M. Bernard a-t-il eu soin l’agir sur du suc pancréatique frais.
DES SUCS IMTESTiniAlJS;.
On désigne sous ce nom un mélange de sucs fournis par les tubes de .iieberkuhn , de fluide perspiratoire exhalé par les artères des intestins, i t de mucus intestinal plus ou moins visqueux, entraînant avec lui les
• ellules ôi' épithélium cylindrique; mais comme les sucs intestinaux sont iiélangés de bile, de suc pancréatique, etc., il est évident qu’il a été ü-mpossible d’étudier les sucs intestinaux à l’état de pureté. Les sucs inf3stinaux, tels qu’ils ont pu être examinés, sont acides dans le duodélum , et leur acidité va en diminuant jusqu’au bas de l’iléum, où sou- >ent même elle est remplacée par un état alcalin. D’après M. Bernard, is seraient acides dans la digestion des viandes et de la graisse, etalca- 'ns dans la digestion des matières sucrées amylacées et herbacées ; cette 'Ssertion ne s’accorde guère avec les expériences de Tiedemann et ■ melin, qui, après avoir nourri des chiens avec du sucre exclusivement, int vu que le contenu de l’intestin grêle était acide du haut en bas. On *e peut pas dire d’une manière absolue que les matières amylacées ' oietit toujours transformées en glucose dans les inleslins grêles, car ^ela n’a pas lieu chez l’homme et chez les carnivores auxquels on a fait I rendre de l’amidon cru; mais si la fécule a été donnée cuite, la transi'onnation en dextrine et en glucose s’effectue constamment chez Hiomme, chez tous les mammifères, chez les oiseaux carnivores et gra-
I ivores, etc. Qu’importe, comme l’ont établi MM. Bouchardat et San- ' ras, que le suc pancréatique puisse aussi opérer celte Iraiisforrnalion ;
' n’en est pas moins vrai, d’après les expériences de MM. Magendie et •■erriard , qu’elle a lieu sans sa présence.
Quelle est la [)art que peuvent prendre les sucs intestinaux dans la
* igeslion des matières albuminoïdes? C’est ce «pie l’on ignore. Pour ce ►>ui concerne les gros intestins, on sait; 1" que l’acidité, «pii avait consi-
dérablement diminué ou même lolalement disparu à la fin de l'ileum , reparaît de nouveau dans le cæcum; 2“ qu’il existe dans cet intestin une matière analogue à Tosmazome , de l’albuminose , celle matière qui rougit par le chlore , et que j’ai signalée dans le suc pancréalique, etc. Quelle est l’action de ces diverses substances sous le rapport de la digestion , et pent-on raisonnablement admettre avec Schultze qu’il y a une digestion cœcale qui répéterait la digestion stomacale?
DEIS PUÉMOMÉNES CIlIlHIQtJES DE EA DIGESTIOIW.
Insalivation. J’ai déjà dit que la salive ne joue qu’un rôle chimique fort restreint pendant la digestion (voy. Salive, p. 688).
Chymification. Cette opération a pour but la transformation, dans l’estomac , des aliments en une pâte molle appelée chyme. Le chyme n’est-il que l’aliment non rfmows et ramené à l’étal globulaire, comme le
veutM. Blondlot; ou bien serait-il le produit d’une rfisso/tition del’alimentl sans transformation, comment l’ont pensé MM. Bouchardat et Sandras ; ou bien enfin serait-il le résultat d’une dissolution et d’une transformation de l’aliment? Cette dernière opinion me paraît la seule soutenable; du reste, voici l’hypothèse mise en avant par MM. Bouchardat et Sandras ■ d’après eux, les matières azotées (fibrine, albumine, caséum, gluten' seraient dissoutes dans l’estomac au moyen de l’acide chlorhydrique libre qu’il contient; leur digestion et leur absorption se feraient presque exclusivement dans ce viscère, puisqu’on ne trouve plus dans les intestins la dissolution chlorhydrique dont on constate si abondammen la présence dans l’estomac. Il en serait de même des substances amylacées , dont les diverses transformations ne sont pas cependant encoi’4 suffisamment connues. La graisse ne serait pas attaquée dans l’estomac et passerait dans le duodénum, émulsionnée par les alcalis fournis par b foie et le pancréas. Le chyme ne serait qu’un mélange de résidus d’aliments non dissous, mais dont la dissolution pourrait avoir lieu da« les intestins, et d’excrétions des divers organes destinés à former ph» tard les matières excrémentitielles, et non une substance préparée pou l’assimilation.
J’admets que toutes’ les substances albuminoïdes, à savoir la fibriius l’albumine liquide, l’albumine concrète, la caséine, le gluten, etc^ sont dissoutes et transformées en une matière à laquelle M. Mialhc donné le nom d’albuminose , et dont il a fait connaître les caraclèrell Sous l’influence d’un acide dilué, du suc gastrique, dit M. Bérardil les matières azotées neutres sont ramollies, gonflées, hydvaléeai
DES PHÉf^OMÈNES CHIMIQUES DE LA DIGESTION. 70i
plus OU moins désagrégées; leur affinité de cohésion étant détruite , iquelques-unes prennent un aspect gélatinifornie , et acquièrent une sorte de transparence; au fur et à mesure que ces substances éprouvent a modification que je viens de décrire , la pepsine intervient ; son premier effet est de précipiter, de coaguler la matière devenue semi-lij]uide : de là la formation de celte couche pulpeuse, opaque, molle, souvent grisâtre, qui fait partie du chyme, et qui se réduit par l’agila- ..ion en molécules d’une extrême ténuité, mais que le microscope démontre encore; celle couche est ultérieurement dissoute et transformée en albuminose.
Faut-il rappeler que le suc gastrique est sans action sur les principes ;p’as et sur les matières amidonnées , qui ne sont attaquées que dans le oanal intestinal ?
Albuminose. L’albuminose pur, celui qui est le résultat de la digesion de la fibrine, est liquide, incolore, d’une odeur et d’une saveur qui ■appellent en définitive l’odeur et la saveur de la viande. Évaporé à une iiouce chaleur, il consti^tue l’albuminose solide, d’un blanc jaunâtre, très-soluble dans l’eau et insoluble dans l’alcool. La dissolution aqueuse n’est troublée ni parla chaleur, ni par les alcalis, ni par les acides, ni nar la pepsine , tandis qu’elle est précipitée par les sels de plomb, de mercure et d’argent, ainsi que par le chlore, le tannin , etc. iâ Chxjme. Le chyme est une matière pultacée, le plus souvent grisâtre, J’apparence homogène , d’une consistance de crème et de gruau épais, oujours acide, quoique sa saveur soit quelquefois légèrement douceâtre. Quant à sa composition, elle doit varier suivant la nature des diments qui lui ont donné naissance ; mais elle est toujours complexe, et cela doit être d’après ce qui précède; admettons que l’alimentation qui ’a fourni contenait à la fois des substances albuminoïdes non encore I ransformées, déjà dissoutes ou non, de ces matières déjà changées en übuminose , des matières amylacées en bouillie, mais non encore chanlïéesen dextrine et en glucose, des matières grasses non attaquées, etc.; ■d l’on réservait le nom de chyme à la matière pulpeuse du composé complexe que je viens de faire connaître , sa composition serait moins compliquée, puis(|u’elle ne s’appliquerait qu’au résultat de l’action du «HIC gastrique sur les matières azotées. 'Toujours est-il que la diversité ide compo.silion du chyme enlève le peu d’importance que l’on avait pu attacher jusqu’à ce jour aux analyses de Marcel, d’Emmerl, de VVerner, 'de Leurel et Lassaigne, et queje crois cependant devoir indiquer, pour rien omettre sur ce sujet.
Marcel fil, en 1813, l’analyse du chyme d’une poule d’Inde, qui
avait été nourrie seulement avec des véfîétaux, et il conclut de ces ex* périences, 1° que le chyme n’était ni acide ni alcalin, et qu’il était presque enlièrernent dissous par l’acide acétique; 2° qu’il contenait de l’albumine, du fer, de la chaux, et un chlorure alcalin; 3° qu’il ne renfermait pas de gélatine ; 4° qu’il donnait quatre fois plus de charbon que le chyle retiré d’un chien que l’on avait nourri avec des substances végétales; 5“ que le chyme qui provient d’une nourriture végétale donne plus de matière animale solide que tout autre fluide animal; tandis qu’il paraît contenir, au contraire, moins de substances salines. 1,000 parties de ce chyme fournirent 12 parties de charbon et 200 parties de matière solide , dans lesquelles il y avait 6 parties de sel.
Emmert avait annoncé, en 1807, que la partie fluide des aliments digérés dans l’estomac des herbivores et des carnivores renfermait, entre autres produits, beaucoup de gélatine, un acide fixe, qu’il croyait être l’acide phosphorique , et du protoxyde de fer. Suivant Werner, le chyme de ces animaux renferme un acide fixe sécrété par la membrane muqueuse de l’estomac ; il ne se coagule point comme le; chyle (Tubingue, 1800). Enfin, MM. Leuret et Lassaigne établissent que le chyme recueilli sur plusieurs hommes et sur un très-grand nombre d’animaux rougissait toujours le papier de tournesol, et que celuii que rendaient volontairement certaines personnes, quelque temps aprèsi le repas, était toujours acide. Le chyme d’un épileptique, mort subitement après avoir pris une tasse de lait, était composé d’acide lactique, d’une matière analogue au sucre de lait, d’albumine soluble dans l’eau , d’une matière grasse, d’une substance analogue au caséum; enfin d’iu» peu de chlorure de sodium et de phosphate de soude, et de beaucoup de phosphate de chaux.
Chylification. L’opération qui a pour but la séparation du chyme en chyle et en excréments porte le nom de chylification. Elle s’opère par-^ ticulièrement dans le canal intestinal, toutefois MM. Leuret et Las-* saigne pensent qu’elle commence dans l’eslomac. « Si on ouvre urt animai pendant la digestion, disent-ils, on voit facilement les vaisseau^ blancs de l’estomac, et si on a choisi un cheval, on peut recueillir le li-^ quide qu’ils contiennent, et reconnaître que c’est du véritable chyle.
C’est particulièrement dans le duodénum, et sous l’influence de Id bile, du suc pancréatique et des sucs intestinaux, que le chyme se trans-* forme en chyle et en excréménts. La bile , qui est indispensable à Idl digestion duodénale, joue un rèle chimique encore peu connu ; on sail seulement que le chyle se formerait sans elle^ que sans elle les matièreii' grasses seraient émulsionnées et absorbées; son action consislerail-eIl«‘