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DES PHÉNOMÈNES CHIMIQUES DE LA RESPIRATION

On admet aujourd’hui que, pendant l’inspiration, le sang veineux exhale du gaz acide carbonique, et absorbe de l’oxygène; que celui-ci, dissous dans le sang , forme avec le carbone une certaine quantité d’acide carbonique dans les poumons, mais qu’une autre partie de l’oxygène est portée dans tous les vaisseaux capillaires au moyen des artères, et que là ce gaz produit les actions oxydantes nécessaires à la vie, c’est-à-dire qu’il donne avec le carbone du sang de nouvelles quantités d’acide carbonique qui se dissolvent dans le sang veineux, et qui ne sont exhalées que lorsque ce sang est arrivé dans les poumons par l’artère pulmonaire. On voit donc que, dans le poumon, en même temps que l’air cède de l’oxygène au sang veineux, celui-ci laisse dégager de l’acide carbonique provenant à la fois de celui qui s’est formé dans les poumons et dans les capillaires ; cet acte s’opère à travers la membrane très-mince des cellules bronchiques, soit par endosmose, soit tout simplement par suite des lois ordinaires de la dissolution des gaz dans les liquides exposés à l’air. Indépendamment de ce qui se passe dans les poumons et dans les vaisseaux capillaires, on croit devoir rattacher à la respiration la formation des gaz que les animaux exhalent par d’autres voies que par les poumons; ainsi la perspiration cutanée et les vapeurs qui humectent le canal intestinal seraient des produits de la respiration : on sait que dans les animaux à sang chaud, la perspiration pulmonaire est beaucoup plus active que les autres ; tandis que dans les animaux à sang froid, dans les grenouilles par exemple, la perspiration cutanée est assez énergique pour qu’ils puissent continuer à vivre pendant plusieurs jours après leur avoir enlevé les poumons.

Quelle peut être la cause de la prompte coloration du sang veineux pendant la respiration ? Sans contredit elle lient à l’absorption de l’oxygène, lequel se combine probablement avec quelques principes du sang, et forme un composé rouge vif peu stalile qui est détruit dans les vaisseaux capillaires.

Quelles sont les sources de la chaleur animale? Sans prétendre pouvoir les assigner d’une manière complète, il est certain qu’il se développe de la chaleur pendant que l’oxygène de l’air s’unit au carbone du sang veineux dans les poumons et dans les vaisseaux capillaires, pendant que les organes s’assimilent une partie du sang pour vivre et se développer, pendant qu’aux dépens du sang il se forme des matériaux d’excrétion comme l’iirine, la sueur, etc. La production de la chaleur animale est donc un phénomène complexe dont il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’assigner toutes les causes.

M. Dumas a émis sur les phénomènes chimiques de la respiration

une opinion qu’il importe d’indiquer ; suivant lui , sous l’influence de l’ox'ygène absorbé, les matières solubles du sang se changent en acide lactique, comme l’a vu M. Mitscherlicli ; l’acide lactique se convertit lui-même en lactate de soude; ce dernier se transforme, par une véritable combustion, en carbonate de soude, qu’une nouvelle portion d’acide lactique vient décomposer à son tour. Le sang s’oxyde donc dans les poumons : il respire réellement dans les capillaires de tous les autres organes, là où la combustion du carbone et la production de chaleur se réalisent surtout. Quoi qu’il en soit, on peut admettre que le phénomène de la respiration est général et s’accomplit dans toutes les parties de l’économie animale; mais que le contact du sang et de l’air ne s’effectue que dans les poumons (Dumas).

MM. Andral et Gavarret ont publié un travail dont le but était de déterminer la quantité d’acide carbonique qui, dans un temps donné, s’échappe par le poumon de l’homme, tant dans l’état de santé que dans l’état de maladie. Voici les conclusions auxquelles ils sont arrivés :

D’ La quanti lé d’acide carbonique exhalé par le poumon dans un temps donné varie en raison de l’âge , du sexe et de la constitution des sujets.

2“ Chez l’homme comme chez la femme, celle quantité se modifie suivant les âges, indépendamment du poids des individus.

3° Dans toutes les périodes de leur vie comprises entre 8 ans et la vieillesse la plus avancée, l’homme et la femme se distinguent par la quantité d’acide carbonique qui est exhalé par les poumons dans un temps donné; toutes choses égales d’ailleurs, l’homme en exhale toujours une quantité plus considérable que la femme : celte différence esL surtout remarquable entre 16 et 40 ans, époque pendant laquelle l’hommei fournit par le poumon presque deux tiers autant d’acide carbonique quel la femme.

4° Chez l’homme, la quantité d’acide carbonique exhalé va sans cesse» croissant de 8 à 30 ans, et cet accroissement devient subitement trèsgrand à l’époque de la puberté; à partir de 30 ans, l’exhalation commence à décroître, et par degrés d’autant plus marqués que l’homma s’approche davantage de l’extrême vieillesse ; elle peut devenir alors cei qu’elle était vers l’âge de 10 ans.

5" Chez la femme, l’exhalation de l’acide carbonique augmente suivant les mêmes lois; mais, au moment de la puberté, en même leiui»^ que la menstruation apparaît, celte exhalation , contrairement â ce qiiit arrive chez l’homme, s’arrête dans son accroissement, et reste station-' naire jusqu’à la lin de la meiisirualion ; à celle époque, rexhalalioii d'a-

UES LIGUEURS UES SÉCRÉTIONS. 74 i

eide carbonique augmente de nouveau d’une manière notable, puis elle décroît comme chez l’iiomme.

6” Pendant toute la durée de la grossesse, l’exhalation de l’acide carbonique par le poumon s’élève momentanément au chiffre fourni par les femmes parvenues à l’époque du retour.

7° Dans les deux sexes, et à tous les âges, la quantité d’acide carbonique exhalé par le poumon est d’autant plus grande , que la constitution est plus forte et le système musculaire plus développé.

M. Scharling a conclu de ses recherches : 1° que l’homme expire des quantités variables d’acide carbonique aux diverses époques de la journée ; 2” que, toutes choses égales d’ailleurs, l’homme brûle plus de carbone quand il est rassasié que lorsqu’il e.slâjeun, et plus aussi à l’état de veille que pendant le sommeil; 3" que dans le cas d’un malaise ou à l’état de défaillance, la quantité d’acide carbonique expiré est moindre qu’à l’état normal.

M. Dumas admet qu’un homme brûle, terme moyen, 10 grammes de carbone par heure, soit 240 grammes dans les vingt-quaire heures (A?in. de chimie, août 1843).

Je terminerai ce (jui me reste à dire sur la respiration en trajzscrivant les résultats des expériences faites sur des cochons d’Inde par MM. Lassaigne et Yvart, dans le but de déterminer l’influence du régime alimentaire sur la respiration. 1" Sous un régime d’aliments non azotés , les animaux ne tardent pas à souffrir et à diminuer de poids; 2° pendant cette période de souffrances , il y a moins d’oxygène d’absorbé, et l’air expiré contient moins d’acide carbonique; la température de la surface cutanée diminue, ce qui prouve la relation qui existe enire les fonctions respiratoires et la production de la chaleur animale. 3” La proportion d’azote contenue dans l’air ne peut jamais suppléer à celle qui manque dans les substances alimentaires.

DES MQIJEURS DES SÉCRÉTIOMS.

On a pensé pendant longtemps que le sang artériel, porté dans toutes les parties du corps, éprouve dans certains organes une altération particulière dont le résultat est la production d’un li(|uide qu’il ne contenait point : cette opération est connue sous le nom de sécrétion ; d’après cette hypothèse, l’urine serait sécrétée dans les reins, la bile dans le foie, la salive dans les glandes salivaires, etc.; aucun des fluides sécrétés n’existerait dans le sang : on ignore complètement la manière dont celte transformation s’opérerait. Les expériences de MM. Prévost

et Dumas ont fourni des résultats qui me paraissent propres , sinon à renverser, du moins à ébranler cette théorie des sécrétions; ils ont vu : 1° que Ton ne sait pas encore où se forment l’iirée et les divers composants de l’urine ; 2° que le sang contient de l’urée ; 3“ que ce principe immédiat est éliminé par le rein à mesure qu’il se forme; aussi ne regardent-ils cet organe que comme une surface éliminatrice analogue à la peau; 4° que lorsqu’on enlève les reins aux animaux, le sang retient toute l’urée : ce dernier fait a été vérifié par Vauquelin.

On a divisé les liquides sécrétés en alcalins et en acides. Cette distinction me conduit tout naturellement à parler de l’existence des courants électriques coïncidant avec l’acidité et l’alcalinité dans les corps organisés. Voici le résumé d’un travail intéressant de M. le D*’ Donné sur ce sujet {Ann. de chim. et de phys., décembre 1834) : 1° Il existe des courants galvaniques dans les corps organisés; c’est à la surface des membranes et dans les organes hétérogènes qu’il faut les chercher; ils ii’existent pas indifféremment dans tous les points du corps, mais ils sont déterminés par l’état acide et alcalin des organes; 2" que l’on mette l’un des pèles d’un galvanomètre très-sensible en contact avec la bouche, qui est alcaline, et l’autre pôle en contact avec la peau, qui est acide , on aura des courants très-manifestes qui feront dévier l’aiguille de 15, 20, et quelquefois de 30 degrés; la membrane muqueuse buccale sera le côté résineux ou négatif, et la peau le côté vitré ou positif; par conséquent, le courant doit aller de la bouche à la peau, de l’intérieur à l’extérieur ; 3° lorsqu’on met l’un des pôles du galvanomètre en contact avec la membrane muqueuse gastrique , qui est acide, et l’autre avec la vésicule biliaire, ou même avec l’un des points quelconques de l’intérieur du foie, qui sont alcalins, l’aiguille est déviée de 30, 40 et 50 degrés, quelquefois davantage; cet effet persiste après la mort, parce qu’il résulte d’une action purement chimique; 4° on trouve de semblables courants entre l’estomac et toutes les parties des intestins, entre la rate et l’estomac, la rate jouant le rôle d’organe négatif, entre l’estomac et la vessie, entre ce dernier organe et les intestins, etc.; il n’en existe pas, au contraire, entre les deux reins, ni entre deux portions d’intestins prises à quelque distance l’une de l’autre, ni entre le foie et le pancréas, le foie et la rate, le foie et les intestins, etc.

Quelle peut être l’action physiologique de ces eourants , leur influence sur les combinaisons et les décompositions entre les divers olémenls do l’organisation ? G’est ce que l’on ignore.

Voici les principaux résultats d’un travail intéressant publié par le professeur Andral sur l’état d’acidité ou d’alcalinité de quelques li- I

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