DE LA PUTRÉFACTION
lactalede potasse et de chaux, une matière colorante jaune azotée, retenant de la chaux; d’où il résulte qu’il doit être regardé comme une sorte de savon qui serait le résultat de l’action de la graisse du muscle sui’ l’ammoniaque provenant de la décomposition de la fibrine, de l’albumine, etc. , et non pas, comme on l’a cru pendant longtemps, une modification de la chair musculaire (voir l’art. Fermentation).
Moyens propres à prévenir la putréfaction. — On a i)i’oposé plusieurs moyens pour empêcher la putréfaclion; j’en ai fait connaître quelquesuns en parlant de l’influence de l’eau sur cette décomposition spontanée (voy. p. 817j. M. Wislin veut que l’on conserve les matières animales en les plongeant pendant quelques minutes seulement dans de l’eau bouillante (1832). Chaussier a prouvé le premier que les cadavres ou leurs parties pouvaient se conserver parfaitement en les plongeant dans une dissolution saturée de sublimé corrosif , et en remplaçant celui-ci à mesure qu’il était décomposé: en effet, ce sel , en se combinant avec les substances animales , forme un composé de bichlorure de mercure et de substance animale, qui est dur, imputrescible, inaltérable à l’air, et inattaquable par les vers et par les insectes (voy. p. 636). Ce procédé, qui mérite la préférence sur beaucoup d’autres, est très-dispendieux et I défigure complètement les substances que l’on désire consei’ver. Ja» I nicki propose de faire, au moyen de la machine pneumatique , le vide ! autour de la substance à conserver, de remplir les intestins avec de la glace pilée, et de geler artificiellement les viandes en opérant comme on le fait pour congeler le mercure dans le vide (Comptes rendus, séance du 25 septembre 1850).
Les matières animales peuvent encore être conservées par le procédé d’Appert.
Gannal a prétendu qu’en injectant dans l’aorte des cadavres plusieurs litres d’une dissolution d’acétate ou de sulfate d’alumine mêlés d’un sel de cuivreou d’un composé arsemca/^ il empêchaitla génération des insectes , et que les cadavrespouvaient servir à la dissection; il a été plus loin, puisqu’il a voulu embaumer les corps à l’aide du même liquide ! Pour ce qui concerne les dissections , tout en reconnaissant que le liquide alumineux et arsenical conservait assez bien les cadavres , il a fallu renoncer A son emploi , tant les scalpels et les autres instruments étaient rapidement
Irouillés et mis hors de service. Quant à V embaumement, je dirai bientôt ce qu’il faut penser du liquide alumineux.
Le D’’ Sucquet a inventé deux procédés de conservation qui ne laissent rien à désirer. S’agit-il de la dissection, il a recours au sulfite de soude (voy. <. I , p. 390); est-il (jueslion d’embaumer les cadavres, il
emploie le chlorure de zinc (voy. 1. 1, p. 472}. L’Académie de médecine, chargée de déterminer lequel des deux procédés, celui deGannal on de Sucquet, était préférable, confia la solution du problème à une commission composée de MM. Caventou, Londe , Blandin , Poiseuille, et moi. On inhuma deux cadavres, l’un à côté de l’autre, dans le jardin de l’École pratique de la Faculté de médecine de Paris ; les deux bières étaient en sapin de môme qualité et de môme épaisseur, les draps qui enveloppaient les corps étaient de môme étoffe ; tout était donc dans les mômes conditions, si ce n’est que l’iin d’eux avait été injecté par Gannal, avec un sel alumineux non arsenical, et l’autre par Sucquet, avec du chlorure de zinc (1). On exhuma les cadavres au bout de quinze mois: celui qu’ avait injecté Gannal était tellement pourri, qu'on ne pouvait pas l’ approcher ; celui que Sucquet avait injecté était parfaitement conservé. Ce résultat, écrasant pour Gannal, fut bientôt connu de toute l’Europe, et assigna au procédé Gannal, sans addition d’arsenic, la place qu’il doit occuper à l’endroit des embaumements ; il n’est pas aujourd’hui un médecin instruit et consciencieux qui songe à proposer la méthode Gannal , s’il tient à ce que le cadavre soit conservé.
On peut encore prouver et rendre incontestable l’efficacité du procédé Sucquet, en visitant le musée d’anatomie normalequej’ai créé à ta Faculté : là on verra des membres entiers , cuisses , jambes , pieds, bras, avantbras et mains, etc., disséqués depuis cinq ans, de manière à montrer les muscles , les tendons , les aponévroses, les artères, les veines et les nerfs, dans un état de conservation tel que l’on est saisi d’admiration; tous les jours, les nombreux élèves qui recherchent ces pièces pour en faire leur profit peuvent se convaincre que jamais l’art n’était parvenu à ce degré de perfection, et qu’ils n’ont rien de mieux à faire , lorsqu’ils voudront conserver les cadavres en terre, que d’agir comme on l’a fait pour les pièces qu’ils peuvent toucher. La préparation de ces pièces, qui sont dures comme du bois, se fait en trempant les chairs dans une dissolution de chlorure de zinc, dont 1e degré varie suivant les tissus, de 4 à 12 de l’aréomètre de Baumé, et non pas 38, comme pour l’embaumement; le sel de zinc décolore les tissus et en réduit beaucoup le volume ; il ne s’agit plus que de les gonfler et de leur donner le volume
(1) Avant l’injection, les commissaires avaient analysé les deux liqueurs ; celle de Gannal, quoiqu’il eût affirmé qu’elle n’était pas arsenicale, contenait une telle proportion d’arsenic, qu’elle fut rejetée par la commission, qui ne permit à Gaiiiia! de faire l’injcclion qu'avec imc autre liqueur non arsenicale