EXTRACTION DU SUCRE. B
pour prouver ce fait jusqu’à l’évidence, les auteurs imaginèrent d’essayer d’utiliser la propriété découverte par M. Péligot dans le sucrate de baryte, et un succès complet couronna leur tentative, puisqu’ils parvinrent à extraire le sucre cristallisablepur, et d’une manière presque complète, des mélasses bfutes, que la fabrication du sucre livrait, avant eux, à la distillerie. La baryte, en effet, n’enlève aux mélasses que du sucre cristallisable, avec un peu de principe colorant, et le sucrate, lavé, puis traité par l’acide carbonique, donne du carbonate de baryte et du sucre à peu près pur. Le sucrate de baryte est un sel monobasique, sensiblement soluble dans l’eau, et peu ou point soluble dans l’eau saturée d’hydrate de baryte; de là la nécessité d’employer dans l’application de ce procédé un excès de baryte. Le sucrate n’est pas plus soluble à chaud qu’à froid ; il se forme également dans ces deux circonstances , mais avec une rapidité variable. La formation du sucrate est instantanée à 100" ; tandis qu’à -|- 15", elle peut exiger 20 à 24 heures ])our être complète. Elle s’accomplit pendant des temps différents, entre ces deux limites de température.
MM. Dubrunfaut et Leplay peuvent pratiquer leur procédé de diverses manières, mais ils donnent la préférence à la méthode suivante:
Ils transforment le carbonate de baryte, soit naturel, soit artificiel, en baryte, en le calcinant avec du charbon dans un four à réverbère ordinaire ; le produit brut de cette réaction est attaqué par l’eau à chaud , et fournit ainsi une dissolution bouillante d’hydrate de baryte. Cette dissolution est ajoutée, dans cet état, soit à la mélasse, soit aux jus de canne ou de betterave, en proportion suffisante pour fournir au sucre un équivalent de baryte, et en outre pour donner à l’eau mère une teneur en baryte telle qu’elle puisse saturer 15 à 16 grammes d’acide sulfurique monohydraté par litre. Cette dernière condition est utile à connaître pour perdre le moins de sucre possible dans les eaux mères. Le sucrate de baryte, ainsi formé, est mis à égoutter dans des baquets en bois faisant fonctions de filtres; puis on le lave méthodiquement. Le sucrate lavé qui sort de ce travail est transporté dans de grandes cuves, où il est traité par un courant d’acide carbonique jusqu’au refus.
Le sucrate ainsi traité offre un magma boueux qui contient le sucre libre en dissolution dans l’eau , et le carbonate de baryte en suspension ; on dépose ce mélange dans des sacs que l’on met à égoutter; ces sacs sont ensuite soumis à une pression énergique, et, pour achever de leur enlever le sucre qu’ils renferment, on les traite par l’eau , dans un appareil de macération.
Les eaux sucrées qui sortent de ce travail peuvent retenir un peu de
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baryte carbonatée en dissolution; on les clarifie, puis on les fait jiasser sur un filtre à charbon en grains, contenant une couche épaisse de plâtre en poudre grossière. Ce filtre achève d’épurer le sirop, qui ii’offre plus la moindre trace de baryte. Il est concentré et mis à cristalliser par les méthodes ordinaires.
Les eaux mères saturées de baryte sont soumises à un traitement carbonique, pour leur enlever, à l’état de carbonate, la baryle qu’elles contiennent. Les eaux mères ainsi débarylées peuvent, surtout quand elles viennent des mélasses, être soumises à la calcination, pour fournir les sels de potasse et de soude qu’elles contiennent.
Le carbonate de baryte produit par ce travail est calciné de nouveau, et il sert ainsi de pivot aux opérations, en ne provoquant d’autre dépense que celle de la calcination et le remplacement des pertes inévitables.
Ce procédé, ainsi qu’on le comprend, est tel, qu’il est de toute impossibilité qu’il reste, même dans les sirops eaux mères de cristallisation, un sel de baryte, l’élimination définitive de cette base étant effectuée à l’état de sulfate , qui est] doué d’une insolubilité presque absolue. Je me suis assuré, en versant du sulfate de soude dans de l’eau sucrée préparée avec du sucre du commerce, que ce sucre ne retenait pas la plus légère trace de baryle ; j’ai encore obtenu un résultat négatif, en cherchant la baryte dans les cendres fournies par le sucre, décomposé à une haute température.
Le sucrate de baryte a une saveur amère détestable ; sa présence dans le sucre serait donc facilement révélée par cette saveur. D’une autre part, si l’on considère que ce sel ne pourrait exister dans des sirops sans se révéler par sa saveur et par le trouble qu’il y produirait pendant la concentration , on comprendra qu’il est impossible qu’une négligence d’ouvrier ne se révèle pas forcément aux yeux de tout le monde, alors même que les sirops ne seraient pas soumis à un contrôle de réactifs plus précis.
J’ajouterai que la fabrication du sucre par la baryle a provoqué, depuis huit à dix mois, une grande manipulation de baryte et de sulfure de baryum , dans deux grands établissements. Chacun de ces grands établissements a préparé jusqu’à 2 ou 3,000 kilogr. de sulfure de baryum par jour; aucun des nombreux ouvriers qui ont exécuté ces travaux n’a été incommodé. Est-ce à dire pour cela que les sels de baryle solubles ne sont pas vénéneux? Non, certes; j’ai prouvé depuis longtemps qu'ils ont une action toxique des plus énergiques (voyez ma Médecine légale, l, 111, et ma Toxicologie générale, t. D‘‘, 4® édition). Le saccharate de