‹ Éléments de chimie minérales précédés d'un abrégé de l'histoire de la scienceChapitre 19 sur 84 · IODE · texte numérisé non relu

IODE

Ktymoi.oc.if-. Le nom d’iode vient du grec ixîtit (violet) , en fusant allusion à la couleur des vapeurs de ce corps élémentaire.

Propriétés physiques. L’iode est un corps solide, d'un gris noir , se présentant sous forme de paillettes d'un éclat métallique. II peut cristalliser en octaèdres , soit par voie de sublimation , soit par la conservation de l’acide iodhydrique aqueux dans des vases incomplètement fermés. Il a une odeur trèsfaible à la température ordinaire. Cette odeur, rappelant un peu celle du chlore , devient de plus en plus forte, à mesure que la température s’élève. Sa saveur est âcre. Sa densité est 4,948. Il fonda 107°, et bout entre 175 et 180°. L’iode répand alors des vapeurs violettes très-caractéristiques, tout à fait semblables à celles de l’indigo. Ces vapeurs sont tellement épaisses et intenses , qu’elles paraissent noires. La densité de la vapeur d’iode est 8,7°. Déjà, à la température ordinaire, l'iode se volatilise, et disparaît peu à peu, lorsqu’il est exposé à l’air. On distille l’iode entre 175° et 180°. On peut le distiller à une température bien plus basse, en faisant intervenir un autre corps volatil, comme de la vapeur d’eau , qui

CHT.ORACÉS.

l/fO

entraîne les vapeurs d'iode. I/iode est très-peu soluble dans l'eau. L’eau en prend j~. Il sedissout assez bien dans les dissolutions aqueuses de sulfate d'ammoniaque , de chlorure d'ammonium et d’iodure de nickel; mais son véritable dissolvant est l’alcool , qu'il colore en brun jaunâtre ( teinture d’iode).

Propriétés chimiques. L’iode, comme le chlore, forme avec l’hydrogène un hydracide dont la composition est analogue à celle des acides chlorhydrique , bromhydrique et fluorhydrique. Les oxacides d’iode sont aussi peu stables que les oxacides de chlore. L’iode , comme le chlore, se combine directement avec beaucoup de métaux , pour donner naissance à des iodures isomorphes avec les chlorures correspondants. L’iode colore l’amidon en violet foncé , en bleu et en rouge bleuâtre. Cette coloration n’a point lieu lorsque l’iode est combiné avec un autre corps , ou à l’état d’iodure, d’acide iodhydrique, etc. L'iode est mis en liberté par le chlore, et la coloration (amidurc d’iode), se manifeste, tant que le chlore n’est pas employé en excès. L’amidure d’iode se décolore à la température voisine du point d'ébullition de l’eau , et il recouvre sa coloration par refroidissement (Sérullas).

Caractères distinctifs. L’iode tache la peau, le papier, etc., en jaune; mais, la tache disparait au bout de quelques instants, ce qui la distingue de la tache, également jaune, produite par l’acide nitrique , laquelle persiste et ne disparait qu’après la destruction de l’épiderme (1). La coloration par l'amidon et les vapeurs violettes distinguent l’iode de tous les autres corps.

État. L’iode existe combiné avec le potassium , le sodium , le magnésium ( iodures ) dans les eaux de la mer et dans certaines eaux minérales. Il existe, dans quelques mines du Mexique , combiné avec l’argent et le plomb. Les plantes marines, les éponges , différentes espèces de fucus , et en particulier le

(O Le perchlorurc de platine tache également la peau en jaune. Cette tache ne se volatilise pas à l’air, ne détruit pas l’épiderme , et s'enlève par

l'eau.

CHLO RACÉS.

fucus zaccharinus , laissent après leur combustion une cendre ( soude de varec ) , qui renferme, outre un grand nombre de sels de soude (carbonate, sulfate, chlorure de sodium, etc.), de l'iode combiné avec le sodium ou le potassium , le tout soluble dans l'eau- Les eaux qui surnagent et qui tiennent ces sels en dissolution, s'appellent eaux-mères.

Préparation. On retire l'iode des cendres des plantes marines ( soude de varec). A cet effet, on dissout la soude de varec dans l'eau , et l’on sépare , par voie de cristallisation , le carbonate et d’autres sels de soude. L’iodure de sodium cristallisant le dernier, reste dans les eaux-mères. En chauffant dans une cornue un mélange d’iodure de sodium, d’acide sulfurique et de peroxyde de manganèse , on obtient l’iode qui se volatilise sous forme de vapeurs violettes , lesquelles viennent se condenser dans le col de la cornue ou dans le récipient , en lamelles grisâtres, cristallines. La théorie de la préparation de l'iode est absolument la même que celle de la préparation du chlore ( voy. Préparation du chlore ).

Equivalent de l'iode: I = F (2 atomes) = 1579,50.

Usages. L’iode, paraissant exercer une action particulière (altérante ) sur le système glandulaire, et notamment sur la glande thyroïde , est souvent employé en médecine contre les goitres et les scrofules. Pris à la dose de quelques gros , l’iode agit comme un poison corrosif, sur l’estomac et les voies digestives ( Or fila).

Historique. L’iode a été découvert en 1813, parM.Courtois.

Acide iodhydriquc.

SïSONïmes. Acide hydriodiquc , lodwasserstoffsiiure (altcin.).

Propriétés physiques. L’acide iodhydriquc est un gaz incolore, fumant à l’air. Il a une saveur acerbe et astringente. Son odeur est analogue à celle des acides chlorhydrique et bromhydrique. Sa densité est 4,38495 (calculée). Il est très-soluble dans l’eau , comme les acides chlorhydrique et

CHLORACÉS.

bromhydriquc. L’acide iod hydrique dissout une assez grande quantité d’iode : la dissolution est d’un brun foncé.

Propriétés chimiques. L’acide iodhydrique est moins stable que l'acide bromhydriquc qui , comme nous l’avons vu , est lui-mème moins stable que l’acide chlorhydrique. En faisant passer de l’acide iodhydrique, avec de l’oxygène, à travers un tube incandescent, il y a décomposition complète et formation d’iode et d’eau. La dissolution aqueuse d’acide iodhydrique se décompose à l’air. L’oxygène de l’air forme , en se combinant avec l’hydrogène, de l’acide iodhydrique , de l’eau, et l’iode est mis en liberté. La dissolution se décolore de plus en plus, et au bout d’un certain temps , la décomposition de l’acide iodhydrique est complète. L’iode , en se déposant lentement, forme de très-beaux cristaux octaédriques (\oy. Iode). L’acide iodhydrique se comporte avec les métaux et les oxybases , comme les acides chlorhydrique et bromhydriquc.

Caractères distinctifs. 1° Quelques bulles de chlore qu’on fait passer dans un tube de verre contenant du gaz acide iodhydrique , produisent aussitôt des vapeurs violettes d’iode. Ces vapeurs , en se condensant , laissent déposer de petits cristaux diode.

2° L’acide iodhydrique précipite le nitrate d’argent en blanc jaunâtre , qui se fonce sous l’influence de la lumière. Ce précipité est très-peu soluble dans l’ammoniaque.

3" L’acide iodhydrique ne colore l'amidon en bleu qu’a près que l’on a mis préalablement l’iode en liberté, au moyen du chlore qu’il faut ajouter avec précaution; autrement il se formerait du chlorure d iode qui ne colore pas l’amidon.

État. L’acide iodhy drique peut se rencontrer dans la nature partout où des iodures naturels ( iodures de potassium, de sodium) se trouvent accidentellement en contact avec des acides puissants.

Préparation. On pourrait préparer l’acide iodhydrique avec l’iodurc de sodium et de l’acide sulfurique , si ( comme pour l’acide bromhydriquc), il ne se produisait pas, en même

«HLOaACÉS.

temps , un peu d’iode et d’acide sulfureux qui rendent l’acide iodhydriquc impur. Pour préparer l’acide iodhydrique hydraté, on fait arriver du gaz acide sulfbydrique sur un mélange d’eau et d’iode très-divisé. L’acide sulfhydrique cède son hydrogène à l’iode et laisse déposer du soufre qu’on sépare par la tiltration. La chaleur chasse l’excès d’acide sulfhydrique, et il reste de l’acide iodhydrique dissous dans l’eau. Cette dissolution suffisamment concentrée boutà 128°, et sa densité est 1,7.

Procédé pour préparer l’acid# iodhydrique an/y </re(gazeux):

On met dans une cornue un mélange d’iode , de phosphore et d’un peu d’eau à laquelle on peut ajouter du verre grossièrement pilé. Par une légère élévation de température l’eau se décompose et ses éléments donnent naissance à de l’acide iodhydrique qui se dégage , et à de l’acide hypophosphoreux qui reste. Le gaz acide iodhydrique étant très-dense, on peut le recevoir, comme le chlore , dans un flacon rempli d'air, au fond duquel vient se rendre le tube par lequel se dégage l’acide iodhydrique ; ce gaz ne peut être recueilli ni sur le mercure ni sur l’eau , car il attaque le mercure et il est absorbé par l’eau.

Composition. La composition de l’acide iodhydrique est tout à fait analogue à celle des acides bromhydrique et chlorhydrique. Formule : I H= P H* == 1 équivalent. On en fait l’analyse au moyen du potassium.

Détermination de la densité de l’acide iodhydrique par le calcul : 0,0688 = 1 vol. d’hydrogène.

8,0711 = 1 vol. de vapeur d’iode.

8,7699 =2 vol. d’acide iodhydrique, la moitié = 4,38495 = 1 vol. d’acide iodhydrique.

100 parties d’acide iodhydrique , se composent de 99,216 d’iode.

0,784 d’hydrogène.

Avec ces données on trouve l’équivalent de l’iode = 1579,50 (1).

CIItOKACES.

Usage. L’acide iodliydrique est un excellent réactif des sels de palladium ( Lassaigue).

Jodures.

Les iodures sont tout à fait analogues aux chlorures et aux bromures , avec lesquels ils sont isomorphes. Ils précipitent les sels de protoxyde de mercure , de plomb et d’argent , comme les chlorures et les bromures. Le précipité hlanc d’iodure d’argent est insoluble dans l’ammoniaque , tandis que le chlorure s’y dissout facilement.

Caractères distinctifs. 1° Le chlore , plus puissant que l’iode, décompose les iodures en mettant l’iode en liberté. L’addition d'un peu d’empois ou d’amidon donne la coloration bleue caractéristique de l’iode.

2° Chauffés avec de l'acide sulfurique et du peroxyde de manganèse , les iodures donnent naissance à des vapeurs violettes diode.

3° Les iodures , chauffés avec un chlorure alcalin , dégagent des vapeurs d’iode. Les iodures de potassium et de sodium font exception.

Les iodures sont généralement moins stables que les chlorures. Du reste, leur préparation et leur composition sont analogues à celles des chlorures et des bromures, que les iodures peuvent remplacer dans une foule d’usages.

Formules :

1 M ( équivalents).

1* M ( atomes).

Acide périodique.

Etymologie. Acide lieptaiodiquc , du grec m « (sept), par allusion aux y vol. d’oxygène qui font partie de L’équivalent de cet acide.

Syn. Acide iodique (de quelques auteurs); acide hyperiodique, lodsiiure (allem.).

Propriétés physiques . L'acide périodique existe sous forme cristalline ; il n’attire pas l’humidité de l’air ; il est insipide et

CHtORACÉS. l45

inodore. La chaleur le décompose en vapeurs d’iode et en oxygène.

Propriétés chimiques. L’acide périodique est moins stable que l’acide iodique. Il cède facilement son oxygène aux corps qui en sont avides. II est isomorphe avec l’acide perchlorique.

Préparation. On fait arriver du gaz chlore dans une dissolution d'iodate de soude , à laquelle on ajoute trois fois autant de soude qu’il y en a dans l’iodate neutre. Il se produit du chlorure de sodium très-soluble et du periodate de soude peu soluble. On transforme ensuite , par voie de double décomposition , le periodate de soude en periodate d’argent. Celui-ci , d’un jaune orangé , donne , traité par l’eau, de l’acide périodique soluble , et un sous-iodate d’argent d’un jaune paille, insoluble.

Composition. L’acide périodique se décompose, par la chaleur , en 2 volumes de vapeurs d’iode et en 7 volumes d’oxygène ; de là sa formule = I O1 ou I* O7 ( atomes ).

Periodates, heptaiodates ( iodates de quelques auteurs).

Les periodates ont à peu près les mêmes propriétés que les perchlorates avec lesquels ils sont isomorphes.

Traités par un corps désoxygénant , comme les acides sulfureux , azoteux , ils donnent de l’iode qui colore l’amidon en bleu (Voy. Iodates).

Composition. MO, IO7 : l’oxygène de l’oxy-base est à l’oxygène de l’acide comme 1:7.

Usages. Les periodates peuvent servir dans les mêmes circonstances que les iodates et les chlorates.

Acide iodique.

Syn. Acide iodeux (de quelques chimistes ).

Propriétés physiques. L’acide iodique est solide , ayant l’aspect d’une poudre blanche, cristallisable en lames hexagonales , attirant fortement l’humidité et tombant en jjéliquium.

CHLO RACÉS.

Son odeur rappelle celle de l’iode. Sa saveur est acerbe et astringente. Plus stable que l’acide chlorique et que l’acide bromique , l'acide iodique ne se décompose qu’à la température de 250°, en oxygène et en vapeurs d’iode.

Propriétés chimiques. II décolore les couleurs végétales. Comme les oxacides de chlore et de brème , il cède facilement son oxygène aux corps qui en sont avides; si les produits de la réaction sont gazeux , la décomposition est ordinairement accompagnée de détonation et de dégagement de lumière. L’acide iodique est isomorphe avec l’acide chlorique et avec l’acide bromique. Uni aux bases , il forme des iodates isomorphes avec les chlorates et les bromates.

Préparation. On prépare l’acide iodique par un procédé analogue à celui qui sert à préparer les acides chlorique et bromique. A cet effet , on ajoute à une dissolution bouillante de soude , des quantités successives d iode jusqu’à ce que la dissolution reste définitivement colorée en jaune. Il se produit de l’iodure de sodium très-soluble et de l’iodate de soude peu soluble. Le filtre opère la séparation de l’iodate de soude. Celui-ci est, par voie de double décomposition , changé en iodale de baryte, auquel on ajoute de l’acide sulfurique pour former du sulfate de baryte insoluble; l’acide iodique reste en dissolution.

On prépare également l’acide iodique en chauffant 1 partie d’iode avec 5 parties d’acide nitrique pur concentré. Il se dégage des vapeurs nitreuses ; et en chassant, par la chaleur, l’excès d’acide nitrique employé , on obtient pour résidu de l’acide iodique aqueux.

Composition. A la température de 250°, l’acide iodique se décompose en 2 volumes de vapeurs d’iode et 0 volumes d’oxygène. De là sa formule = IOs ou 1*0*.

Iodates ( iodites de quelques auteurs).

Les iodates sont tout à fait analogues aux chlorates et aux bromates , avec lesquels ils sont isomorphes, iis sont tous éga-

CHLORACÉS. 1 47

lement décomposés par la chaleur, avec dégagement d’oxygène et formation d’iodures.

Traités par un corps désoxygénant , tel que l’acide sulfureux , les iodates donnent un précipité d’iode qui communique à l’amidon une teinture bleue caractéristique.

Quand on les traite par le chlore , il y a également de l’iode mis en liberté.

Composition. Comme dans les chlorates et dans lesbromates, l’oxygène de l'acide est à l’oxygène de la base comme 5:1.

Les iodates sont , en général , insolubles ou peu solubles dans l’eau.

Préparation. Pour préparer les iodates (alcalins) , on mêle de l’iode en poudre avec un alcali en dissolution. Il se produit un iodate peu soluble qui se dépose , et un iodure qui reste en dissolution. Ainsi, pour préparer, par exemple, l’iodate de potasse , on mêle de l’iode en poudre avec une dissolution de potasse concentrée. On l’y mêle par portions successives, jusqu’à ce que la dissolution reste colorée. Par le repos, il se dépose de l’iodatede potasse; et l’iodure de potassium reste en dissolution. Il se produit lèquiv. d’iodatepour 5 équiv. d’iodure ; car l’iode enlève 5 équiv. d’oxygène à 5 équiv. de potassium pour former léquiv. d’acide iodique. Cette réaction peut être formulée de la manière suivante :

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