CHROME
Etymologie. Le nom de chrême vient du grec , couleur, à cause des
colorations variées qu’affectent les composés de ce corps.
Propriétés physiques. Le chrome est d’un blanc grisâtre , friable et presque infusible. Il est encore plus difficile à fondre que le manganèse. Son poids spécifique est 5, 9.
Propriétés chimiques. Il est inaltérable à la température ordinaire. A la chaleur rouge , il se transforme en oxyde vert. L’acide azotique et l’eau régale l’attaquent elle dissolvent difficilement. L’acide fluorhydrique le dissout à chaud , avec dégagement d’hydrogène. Les carbonates et les azotates alcalins le changent en acide chromiquc , à l’aide de la chaleur. Le chlore peut se combiner directement avec le chrome. Le
rmiRACÉs.
4ào
soufre ne se combine avec lui que par voie indirecte. Le chrôinc s’allie avec la plupart des métaux.
État. Les principales espèces minérales contenant du chrôme , sont :
1° La wolkonskoite. Ce minéral se rencontre particulièrement dans le gouvernement de Pern en Sibérie. 11 est d’un beau vert d’herbe , et se trouve disséminé en veinules dans du grès. C’est un composé d’oxyde de chrôme , de peroxyde de fer, de magnésie, de silice et d’eau.
2° Le spinelle rouge ( rubis ) se rencontre en cristaux octaédriques réguliers d'un très-beau rouge, transparents et extrêmement durs C’est de l’acide chromique combiné avec de l’alumine et de la magnésie ( Vauquelin).
3° "L'émeraude se trouve cristallisée en prismes hexaédriques réguliers d’un très-beau vert poireau. C’est de l’oxyde de chrôme mélé de silice, de glucyne, d’alumine, d’oxyde de fer et d’oxyde de tantale.
4° Les diallages et les serpentines ne renferment ordinairement que des traces d’oxyde de chrôme.
5° Le protoxyde de chrôme natif se trouve en petite quantité au Couchet, dans le département de Saône-et-Loire et en Dalécarlie ( Suède ).
Le chrôme existe dans tous les terrains, depuis les terrains primitifs jusqu’aux terrains d’alluvion. Les minéraux chromiféres donnent avec le borax un verre couleur d'émeraude , lorsqu’on chauffe le mélange dans la flamme extérieure du chalumeau. Chauffés avec du nilre, ils colorent l’eau en jaune ; s’il y a un peu de manganèse , la coloration est verte.
Préparation. Pour obtenir le chrôme pur, on chauffe l’oxyde de chrôme avec du charbon pulvérisé dans un creuset brasqué. Quant à l'oxyde de chrôme, on l’obtient de différentes manières : 1° En réduisant le chromate de potasse par le charbon; 2" en calcinant le chromate de mercure, le chromate de plomb ou le chromate d’argent , dans un creuset brasqué ; 3" en réduisant, par les sulfures alcalins , le minerai
ferrages.
appelè/êr chromé ; k" en traitant une dissolution de chromatc par l’acide sulfureux , et en précipitant par l'ammoniaque.
Historique. Le chrême a été découvert en 1797 , par Vauquelin , dans le plomb spaihique de Sibérie.
Composés oxygénés.
Il existe deux degrés d’oxydation du chrome , t° le protoxyde, 2n l’acide chromique. Ledeutoxyde de chrême est uu oxyde intermédiaire analogue aux oxydes intermédiaires du fer et du manganèse.
1° Le protoxyde de chrôme ( oxydale ) est pulvérulent et d’un beau vert d'herbe , quand il a été obtenu par la calcination du chromate de mercure. En décomposant le chlorure de chrôme par l’ammoniaque , on obtient l’oxyde de chrôme sous forme de petits grains cristallins d’un gris verdâtre, contenant 6 éq. d’eau. Il perd son eau par la calcination , et prend une très-belle couleur verte qui s’applique facilementsur la porcelaine , et qui résiste à toute température, il est trèsdifficile à réduire. A l’état sec (anhydre) , il est inattaquable par les acides qui le dissolvent , au contraire, assez vite, à l’état d’hydrate d'oxyde. II fond très -difficilement avec le borax, et donne un verre d’un beau vert émeraude. 11 joue le rôle d’une base faible , à l’égard des acides puissants. L’oxyde de chrôme calciné est insoluble dans les acides; ce qui le rapproche du peroxyde de fer et de l’alumine.
Composition. Cr’O'1 ouCrCH = 351,819 (Cr).
501,819 = (Cr CH).
Il a une composition analogue à celle du peroxyde de fer et de l’alumine ; aussi peut-il donner des composés tout à faitanaloguesà ceux que donnent ces oxydes. 11 existe un alun de chrôme, comme il y a un alun de fer et tm alun d’alumine.
FER RACES
2° Le Peroxyde de chrome ( acide chromique) est d’un beau rouge de rubis , très-soluble dans l’eau et dans l’alcool. Il rougit la teinture de tournesol. C’est un véritable acide. II se décompose, par la chaleur , en oxygène et en protoxyde de chrême. II se décompose sous l’influence de la lumière ; car un linge imbibé d’acide chromique se colore en vert, au contact des rayons du soleil. Le fer , le zinc , l’étain , etc. le changent facilement en protoxyde. L’acide sulfurique faible se combine avec l’acide chromique , équivalent à équivalent ; le composé qui en résulte est rouge, et cristallise en petits prismes quadrangulaires déliquescents, qui , dans l’alcool absolu, donnent naissance à une réaction violente , souvent accompagnée d’explosion. Les produits qui en résultent sont de l’éther et du protoxyde de chrême. L’acide chromique est un acide très-puissant. Il se combine avec les oxybases stables pour former les chromâtes. Il est isomorphe avec l’acide sulfurique (SO3).
Composition. CrO*.
Pour retirer l’acide chromique du chromate de potasse , on s’y prend de la manière suivante : on prépare , par voie de double décomposition , du chromate de plomb jaune insoluble , qu’on lave et qu’on calcine jusqu’au rouge. Ensuite on fait un mélange avec 4 parties de chromate de plomb calciné , 3 parties de spath fluor et 5 parties d’acide sulfurique concentré. On chauffé ce mélange dans une cornue de plomb ou de platine ; il se dégage un fluorure de chrême gazeux qui , étant recueilli dans l’eau , se décompose en acide chromique et en acide fluorhydrique. En évaporant à sec, on a pour résidu l’acide chromique pur. Celui-ci est d’abord brun ; mais , à mesure qu’il se refroidit , il ne tarde pas à devenir rouge.
Le deutoxjde est un oxyde intermédiaire d’un rouge foncé. L’eau le décompose, à chaud , en protoxyde qui précipite et en acide chromique qui reste en dissolution. La potasse exerce sur lui la même action. Il donne avec les acides des sels d'un
FERRACÉS.
rouge sale. On peut considérer cet oxyde comme un composé de 1 équivalent de protoxyde de chrôme , et de 1 équivalent d’acide chromique.
On l’obtient eu mêlant du chlorure de chrôme avec une dissolution de chroma te de potasse. (Maus).
Composés chlorés.
1° Le protochlorure est de couleur fleur de pêcher , infusible et fixe. Par le grillage , il se transforme en oxyde vert. Il est très-soluble dans l’eau et insoluble dans l'alcool. Sa dissolution est verte. Il absorbe le gaz ammoniac avec production de lumière. Il joue le rôle d’acide en présence des chlorures alcalins; c’est ainsi qu’il forme avec le chlorure de sodium , un cblorosel cristallisable , d'un beau vert.
Le chlorure de chrôme aqueux perd son eau par l’action de la chaleur , et se colore en beau violet.
Composition. Cr1 Cl5 correspondant au protoxyde (0*0*).
On l’obtient en traitant l’oxyde de chrôme par l’acide chlorhydrique.
Le chlorure de chrôme présente , suivant qu’il est calciné ou non calciné, les mêmes modifications que l’oxyde conrespondant ( H. Rose ).
2° Le perchlorure ( chloride ) est très-volatil et d’un rouge de sang magnifique. Sa vapeur ressemble tout à fait au gaz nitreux. Il dissout l’iode. Il fume à l’air et enflamme l’alcool instantanément- Dans l’eau , il se décompose en acide chromique et en acide chlorhydrique.
Chauffé dans un tube de porcelaine , il se décompose en chlore et en oxyde de chrôme très-compacte , ressemblant au fer oligiste.
Composition. Le prétendu perchlorure est une combinaison de perchlorure et d’acide chromique , = Cr Cl3 -f- 2 Cr0‘ ( H. Rose ).
t'KUKACJJS.
On l’obtient en distillant un mélange de 10 parties de sel marin, 16, 9 p. de chromate neutre de potasse, et 30p. d’acide sulfurique concentré. Ce chromate, de chloride de chrômc peut être considéré comme le type d’une série de composés analogues aux perchlorurcs de tungstène , de molybdène etc. (1).
Le fluor , le ùrôme et Y iode donnent avec le chrome des composés analogues à ceux que produit le chlore.
Le soufre se combine indirectement avec le chrome , pour former des sulfures correspondant aux oxydes. Ces sulfures sont en général peu stables et faciles à décomposer.
Sels de chrome.
A. Sels à base de protoxyde. Ils sont colorés en violet ou en vert très-foncé. Leur saveur est douceâtre et astringente. Ils ont tous une réaction acide. Ils ont beaucoup d’analogie avec les sels d’alumine et les sels de fer au maximum.
1» Les alcalis y produisent un précipité verdâtre ( protoxyde de chrôme hydraté ) , soluble dans un excès de carbonate alcalin et dans les acides. Ce précipité abandonne son eau par la chaleur , et prend une couleur plus foncée. A la chaleur rouge, il devient incandescent, se colore en beau vert et devient insoluble dans les acides.
2° Le cyanoferrure de potassium ne trouble pas les sels de chrôme.
3° Les sulfures alcalins y forment un précipité gris verdâtre. L’hydrogène sulfuré ne trouble pas les sels de chrôme.
4" Calcinés avec du nitre , ils donnent du chromate de potasse.
Le plus remarquable des sels de protoxyde de chrôme, c’est
(l) Ph. Walter, sur le chromate de chloride de chrome ( Annal. de Pogg. ; ïuii, pug. i54).
FËRRACÉS.
le sulfate double de potasse et. de chrome , appelé alun de chrome = Cr!03 ( SO3) 3+KO, SOJ-+- 2k HO. On l’obtient, en mêlant directement ensemble le chromate acide de potasse avec de l’alcool et de l’acide sulfurique. Par le refroidissement, il se dépose des cristaux octaédriques violets tout à fait semblables aux octaèdres de l’alun ordinaire. La dissolution devient verte par l'ébullition , de violette qu elle était.
B. Chromâtes. Ces sels sont remarquables par leurs belles nuances de coloration. Les chromâtes terreux et les chromâtes alcalins sont solubles et colorés en jaune ou en jaune orangé. Le chromate neutre de plomb est d’un très-beau jaune , et souvent employé comme couleur par les peintres. Le chromate basique de plomb est d'un rouge de cinabre. Les chromâtes d’argent et de mercure affectent différentes nuances de rouge.
1° Ils sont décomposés par l’acide chlorhydrique bouillant, avec dégagement de chlore.
2° Les corps désoxygénants , tels que l’acide sulfureux , l’acide azoteux, l’alcool bouillant, etc., les décomposent en réduisant l’acide chromique à l’état d’oxyde de chrome.
3° Les chromâtes alcalins forment des précipités jaunes dans les sels de plomb et de bismuth ; et des précipités rouges dans les sels de mercure, ils précipitent les sels d’argent en rouge foncé , et les sels de cuivre en rouge sale. Dans les chromâtes neutres, l'oxygène de la base est le tiers de l’oxygène de l'acide. 11 existe des chromâtes acides ( bichromates ) et des chromâtes basiques ( sous-chromates) dont la composition yarie. Voici les principaux chromâtes :
Chromate de potasse. Il cristallise en petits prismes droits à base rhomboïdale. Ces cristaux sont transparents , jaunes, d’une saveur fraîche et amère , et contiennent S équivalents d’eau. Le chromate de potasse est soluble dans 2 parties d’eau froide. Sa couleur jaune persiste même dans une dissolution très-étendue d’eau. Soumis à la chaleur, il perd son eau de cristallisation , et fond sans s altérer.
FEKRACJSS.
Composition. KO, CrO’-f 5 HO= 1 équiv. de chromate de potasse cristallisé. Ce sel est souvent employé comme réactif.
Bichromate de potasse. Ce sel cristallise en larges tables rectangulaires d’un beau rouge orangé ( cristallisation du cyanojcrrure de potassium ). Il est soluble dans environ
10 p. d’eau froide; il est, par conséquent , moins soluble que le sel précédent. Au rouge naissant , il se décompose partiellement en oxygène et en oxyde de chrome , sous forme de paillettes micacées d’un beau vert. Le bichromate de potasse est employé en teinture. Les chromâtes de plomb et de baryte sont également employés dans les arts, comme matières tinctoriales.