‹ Éléments de chimie minérales précédés d'un abrégé de l'histoire de la scienceChapitre 67 sur 84 · ARGENT · texte numérisé non relu

ARGENT

Étymologie. Argent vient de Argentum ( lat. ) ,ou plutôt de ifyvfu (argent ) qui lui-même dérive de àpyit , blanc.

Propriétés physiques. L’argent est d’un blanc très-pur; il réfléchit fortement la lumière lorsqu’il a été poli. Obtenu par voie de précipitation, il sc présente sous forme de petits grains cristallins d'un blanc mat , qui prennent un grand éclat sous le brunissoir. Il est un peu plus élastique , conséquemment plus sonore que l’or. Après l’or, c’est le plus malléable et le plus ductile des métaux. On peut le réduire en feuilles si minces, qu’il en faudrait 100,000 pour faire une épaisseur de 2 centimètres ; avec un grain d’argent, on peut faire un fil de 2500 mètres de longueur. Il est plus tenace que l’or ; un (il de 2 millimètres de diamètre exige un poids de 85 kilog. pour se rompre. Quant à la densité de l’argent , les auteurs varient depuis le nombre 10, 474 jusqu’au nombre 10,542, ce qui tient probablement à l’état de pureté plus ou moins grand dans lequel on l’a obtenu. La densité de l’argent parfaitement pur est 10,510 ( Gay-Lussac). L’argent se dilate de^ en longueur, deO0 à 100°. Il fond à la température rouge tirant sur le blanc cerise, ou vers 550°; il est, comme beaucoup d’autres métaux , susceptible de cristalliser, par le refroidissement, en octaèdres ou en cubes. Il est peu volatil à la température ordinaire de nos fourneaux. Chauffé dans un four à porcelaine, au milieu d'une brasque de charbôn, il perd environ 0,005 de son poids. Mais , exposé au foyer d’une lentille ou à la température du chalumeau , il se volatilise promptement et ses vapeurs brûlent avec une flamme verdâtre scintillante.

Propriétés chimiques. L’argent est inaltérable dans l’air et dans l’eau, ce qui lui a valu, de la part des anciens, l’épithète de noble. S’il se ternit à l’air, ce n’est pas qu’il s’y oxyde; il se sulfure alors au contact de l’acide sulfhydrique qui peut se

trouver accidentellement mêlé à l’air. L’argent présente, pendant sa fusion , un singulier phénomène : il absorbe une quantité prodigieuse d’oxygène (au moins jusqu’à 22 fois son volume) ; cette absorption est comparable à une véritable dissolution de ce gaz dans l’argent liquide. Dès qu’on vient à refroidir l’argent en le plongeant dans l’eau, l’oxygène se dégage aussitôt avec une effervescence tumultueuse (Gay-Lussac). Les anciens chimistes paraissent avoir eu connaissance de ce phénomène. Sam. Lucas dit expressément que, au moment où l’argent fondu se fige sous l’eau, il se produit un mouvement d’effervescence remarquable; mais il ne donne aucune explication positive à cet égard. La présence d’une petite quantité d’or suffit pour faire perdre à l’argent la propriété d’absorber ainsi l’oxygène à une température élevée. Chauffé avec du phosphore , l’argent présente le même phénomène qu’avec l’oxygène : par un refroidissement brusque, il abandonne le phosphore en répandant une très-belle gerbe de feu. Un alliage d’argent et de cuivre soumis au grillage éprouve une perte notable; car le cuivre entraîne, en s’oxydant, une certaine quantité d’argent.

Action des acides. Le seul acide qui attaque et dissolve bien l’argent, même à froid, c’est l’acide azotique. L’acide sulfurique ne l’attaque qu’autant qu’il est concentré et bouillant : il y a alors dégagement d’acide sulfureux et formation de sulfate d’argent. L’acide chlorhydrique l’attaque très-peu, même à chaud. L’eau régale dissout très-bien l’argent en le transformant en chlorure. — L’argent se dissout , à chaud , dans une dissolution de sulfate de fer au minimum il s’y oxyde à la faveur de l’oxygène de l’air qu’absorbe le sel de fer ; mais l’argent se précipite à mesure que la liqueur se refroidit (Wœhler).

L’argent se combine directement , à l’aide de la chaleur , avec le soufre , le sélénium , l 'arsenic et le phosphore.

Le chlore, le brôme, l’iode et le fluor attaquent l’argent par voie directe , soit à chaud , soit à froid.

AUHACÉS.

L’argent s’allie avec presque tous les métaux. Il refuse cependant de s’allier avec le fer et avec le cobalt.

État . L’argent est abondamment répandu dans la nature. Il se rencontre quelquefois à l’état natif; mais le plus souvent on le trouve minéralisé par le soufre ou par le sélénium. Il accompagne un grand nombre de minéraux , tels que les pyrites arsénicales, la galène, le cuivre pyriteux, la blende, le sulfure d’antimoine, le mispickel, etc. Les minerais d’argent appartiennent aux terrains primitifs ou aux terrains de transition. On en trouve également dans les terrains secondaires; caries minerais terreux que l’on exploite au Pérou, sous le nom de pacos , ont leur gisement dans des bancs calcaires. Voici les principaux minerais d’argent :

1° Sulfure simple { Glanzerz ). Il existe en cristaux cubiques ou octaédriques d’un gris de plomb foncé. Au chalumeau, il donne un bouton d’argent pur. Il a la même composition que le sulfure artificiel.

2° Sulfures doubles ( sulfure d’argent combiné avec des sulfures ou des arséniures de cuivre, d’antimoine et de plomb). Ces minéraux sont très-abondants. On connaît trois espèces de sulfure d’argent et d’antimoine , désignées sous les noms de j Rothgewdchs , de SprOdglanzerz et de Myargyrite. Ces sulfures sont d’un rouge foncé et demi-transparents. Leur cassure est conchoïde. Au chalumeau , ils donnent de l’argent pur. On rencontre ces espèces à Schemnitz ( Hongrie ), en Saxe, etc.

3° Sulfure d'argent arsénical ( rubin-blende ). Il ressemble absolument au Sprôdglanzerz ; il est seulement d’un rouge plus clair.

4° Sulfures multiples. Le fahlerz ou argent gris est un sulfure multiple d’argent , de cuivre, de zinc, de fer , d’antimoine et d’arsenic.

Le fahlerz de Habacht - Fundgrube , près de Freyberg (Saxe ) , contient , d’après les analyses de H. Rose :

AURACÉS.

0,313 d’argent ,

0,148 de cuivre ,

0,060 de fer ,

0,010 de zinc ,

0,246 d’antimoine ,

0,212 de soufre ,

. . . d’arsenic.

Le •weissgültigerz ou argent blanc diffère du Fahlerz en ce qu’il contient du plomb. II est d’un gris de plomb ou d’un gris clair. Le wissmutli-bleierz est d’un gris de plomb clair , et cristallisé quelquefois en aiguilles capillaires ; il contient } outre les métaux déjà nommés , une certaine quantité de bismuth. On le trouve à Schafbach dans la forêt Noire.

5° Séléniures. Le séléniure simple a été observé , par Del Rio , parmi les minéraux de Tasco ( Mexique ). Le séléniure cuivreux ( eukaïrite ) est d’un gris de plomb , et répand , au chalumeau , une forte odeur de radis. On le trouve dans la mine de Skicherum en Suède.

6° Tellurure. Cette espèce a été trouvée par G. Rose dans la mine de Siranowski (Sibérie). Elle est accompagnée de blende noire , de cuivre pyriteux et de tellurure de plomb.

7° Carbonate ( argent de Selb). Ou ne l’a jusqu’ici trouvé que dans la mine de Venceslas , près de Wolsach (royaume de Wurtemberg).

8° Chlorure. Il est d’un gris de perle, quelquefois nuancé de bleu. Il est demi-transparent, d’un éclat diamantin, etcristallisé en cubes. Fondu au chalumeau avec de la potasse , il donneun bouton d’argent pur. On le trouve disséminé en petits grains cristallins dans les pacos du Pérou. On le trouve aussi dans beaucoup d’autres pays, mais jamais on ne l’y rencontre en masses considérables. Cette espèce est très-fréquemment exploitée. Le minerai de chlorure dont on a apporté , il y a quelques années , plusieurs quintaux en France, se compose :

rin : le fer et le cuivre qui s'y trouvent se changent en sulfates ou en oxydes (si la température est très-élevée), tandis que l’argent se transforme en chlorure. Après ce grillage , on réduit la masse en poudre fine , et on l’agite avec 50 p. de mercure , 30 p. d’eau et 6 p. de fer pendant 16 à 18 heures , dans des tonneaux. Dans cette action, les sulfates se dissolvent ainsi que le fer qui se change en chlorure , en s’emparant du chlore du chlorure d’argent; l’argent, mis en liberté , s’amalgame avec le mercure. Enfin cet amalgame est soumis à de fortes pressions et à une température suffisamment élevée , pour en séparer tout le mercure et pour obtenir l’argent métallique.

Les minerais traités par amalgamation sont , en général , pauvres ; c’est à peine si la quantité d’argent qu’on en retire compense la quantité de mercure qu’on perd, y compris les combustibles, le temps el la main-d’œuvre. La raine de Frey- , berg où l’on emploie le procédé que nous venons d’indiquer, ne donne guère que 100 grammes d’argent pour 60 kilog.de minerai. Dans ces cas. on mélange ordinairement les minerais pauvres avec les minerais plus riches.

L’argent obtenu par l’un ou par l’autre procédé n’est jamais pur. Il contient toujours des traces de métaux étrangers , le plus souvent du cuivre et du plomb. Voici le procédé indiqué par M. Gay-Lussac , pour obtenir de l’argent chimiquement pur( au titre de ). On fait un mélange de 100 parties de chlorure d’argent sec ( 1 équivalent ) , de 4, 2 p. de charbon ( 1 éq. ) , de 70, 4 p. de craie ( 2 éq. ). On chauffe d’abord ce mélange à une chaleur modérée Lorsque l’effervescence (due au dégagement d’acide carbonique) a cessé, on porte la chaleur jusqu’au rouge blanc : l’argent entre en fusion et se sépare sous forme de culot parfaitement pur.

M. Becquerel a entrepris une série de travaux sur l’application des forces électro-chimiques à l’extraction de l’argent, du cuivre et du plomb, sans l’intermédiaire du mercure. Les recherches de ce savant ont surtout porté sur la séparation de l’argent du plomb dans la galène .•

AÜRACÉS.

« L'opération, dit l’auteur, est tellement rapide, que 2 kilog. d’argent peuvent être aujourd’hui retirés à l’état métallique d’un minerai d’argent, dans l’espace de 6 heures (1). »

Historique. L’argent est un des métaux le plus anciennement connus. Les alchimistes le désignaient parle symbole de la lune ou de Diane C , par allusion à l’éclat de ce métal.

Composés oxygénés.

L’argent a , comme tous les métaux nobles, très- peu d’affinité pour l’oxygène. On ne connaît qu’un oxyde d’argent rigoureusement défini. L’existence d’un peroxyde d’argent à proportions définies , obtenu par Ritter, sous forme de longues aiguilles , en décomposant , par la pile, une dissolution étendue d’azotate d’argent , est au moins douteuse.

Oxyde. Il est pulvérulent et de couleur olive foncée. Il est un peu soluble dans l’eau ; sa dissolution a une réaction légèrement alcaline. L’oxyde d’argent est une base puissante; il se rapproche , sous ce rapport , des alcalis et du protoxyde de plomb. Il est fusible et attaque , comme la litharge , les silicates et les vases de grès. La simple chaleur suffit pour le réduire. Déjà la lumière du soleil le noircit et le change en partie en argent métallique avec dégagement d’oxygène , ce qui prouve que l’oxyde d’argent est peu stable à l’état isolé. Il est très-soluble dans l’acide azotique et dans l’ammoniaque. Sa dissolution ammoniacale , abandonnée pendant plusieurs mois à elle-même, laisse déposer de l’argent métallique , avec dégagement d’une certaine quantité d'azote provenant de la décomposition de l’ammoniaque. L’acide chlorhydrique décompose l’oxyde d’argent , et le transforme partiellement en chlorure d’argentinsoiuble. L’oxyde d’argent se combine avec plusieurs oxydes métalliques , tels que les oxydes de cuivre ,

(l) Comptes rendus des séances de l'Académie des idences de Paris-, l3 juillet

de fer , de manganèse ; il devient alors très-stable et cesse d’être complètement réductible par la chaleur.

Composition : AgO, = 1351,607 (Ag)

1451,607 = 1 équiv. d’oxyde d’argeut.

On le prépare en précipitant l’azotate d’argent par la potasse ou la soude. On dessèche le précipité avec beaucoup de précaution , au-dessous de la chaleur rouge.

Composés chlorés.

Comme tous les métaux nobles , l’argent a beaucoup d’affinité pour le chlore. Il forme avec ce gaz un chlorure correspondant à l’oxyde.

Chlorure. Obtenu par voie de précipitation, il est blanc, caillebotté et très-lourd. Quand on agite, pendant quelques minutes, le vase contenant le précipité de chlorure d’argent, il se forme bientôt , pendant le repos , deux couches bien distinctes , dont l’inférieure est formée par tout le chlorure d’argent qui s’y trouve , et que l’on peut ainsi séparer sans avoir, pour ainsi dire , recours au filtre (M. Gay-Lussac). Cette circonstance a été mise à profit dans les essais des monnaies d’argent par la voie humide. — Le chlorure d’argent, exposé à la lumière directe ou diffuse du soleil , bleuit et devient violet et même noir. La présence d’une très-petite quantité de chlorure de mercure s’oppose à la production de ce phénomène. Le chlorure d'argent est le plus insoluble de tous les composés métalliques ; il faut peut-être plus de cent millions de parties d’eau pour en dissoudre une partie (Gay- Lussac ). Cette circonstance est éminemment précieuse dans les analyses en ce qu’elle permet de doser l’argent , à l’état de chlorure, avec une très-grande exactitude. Exposé aune température élevée , le chlorure d’argent fond avant la chaleur

AÜRACÉS.

rouge, et il donne, par Ierefroissement,une masse demi-transparenle, perlée et flexible comme de la corne, ce qui lui a valu le nom d 'argent corné. La chaleur blanche ne l’altère point, il ne se décompose même pas lorsqu’on le calcine avec du charbon ; mais il est facilement réduit par un courant d’hydrogène ainsi que par toutes les substances organiques hydrogénées : il y a formation d’acide chlorhydrique. II se réduit encore très-facilement quand on le chauffe avec de la chaux ou de la potasse ; c’est par ce moyen qu’on peut préparer de l’argent chimiquement pur(voy. Préparation). Presque tous les métaux, et particulièrement le cuivre, le fer et le zinc, peuvent servira réduire le chlorure d’argent.

Le fer et le cuivre le réduisent â sec et à la température ordinaire. La réduction est beaucoup plus prompte lorsqu’on le mouille avec une dissolution de sel marin. Si l’argent est allié avec un métal étranger , la lame de cuivre ou de fer ne précipitera d’abord que l’argent parfaitement pur et sans aucun mélange de métal étranger. Le chlorure d’argent est insoluble dans les acides azotique , chlorhydrique et sulfurique. Il est insoluble dans les alcalis fixes et très-soluble dans l’ammoniaque. Sa dissolution ammoniacale exposée à l’air laisse déposer, à la longue, de petits cristaux cubiques de chlorure d’argent, à mesure que l’ammoniaque s’évapore; à la température de l’ébullition, elle laisse déposer un produit fulminant. Il se fond en toutes proportions avec la litharge , la galène et avec beaucoup d’autres sulfures.

Les chlorures alcalins dissolvent , à chaud , une certaine quantité de chlorure d’argent, et donnent, par le refroidissement, des composés cristallins. Le chlorure d’argent récemment préparé par la voie humide, se dissout dans tous les hyposulfites solubles.

On peut employer le chlorure d’argent pour argenter certains métaux. Avec 8 parties de ce chlorure, 3 p . de potasse ordinaire, 1 p. de craie et 1 p. de sel marin, on fait une poudre propre à argenter le cuivre et le laiton. On frotte le métal

avec le doigt ou avec un bouchon de liège. L’opération se fait à froid.

Composition : AgCI ou AgCl*.

Le meilleur moyen de préparer le chlorure d’argent consiste à précipiter l’azotate d’argent par une dissolution de sel marin.

Bromure. Il est tout à fait analogue au chlorure. Comme celui-ci , il noircit à la lumière ; il est insoluble dans l'eau et dans l’acide azotique; cependant, il est un peu moins soluble dans l’ammoniaque que le chlorure.

Jodure. Il est analogue au précédent. Il est insoluble dans l’eau et exige 2500 fois son poids d’ammoniaque pour se dissoudre. Il noircit également au contact de la lumière. C’est l’iodure d’argent qu’on emploie dans le procédé photographique de M. Daguerre. Le chlorure et le bromure peuvent, jusqu’à un certain point , remplacer l’iodure.

Fluorure. Il est déliquescent et soluble dans l’eau.

Composés sulfurés.

Le soufre se combine très-facilement avec l’argent : la vaisselle d’argent noircit au contact de l’hydrogène sulfuré , ou de toutes les substances qui , comme les œufs , les choux, les cheveux , contiennent du soufre.

• Sulfure. Il est d’un gris noirâtre et très-fusible. Chauffé au eontaet de l’air , il se réduit en argent métallique avec dégagement d’acide sulfureux. Beaucoup de métaux le réduisent à l’aide de la chaleur ; le mercure le réduit par trituration , à la température ordinaire. Fondu , il s’unit avec l’argent en toutes proportions.

Composition. AgS analogue à celle de l’oxyde (AgO).

On peut l’obtenir en combinant directement , à l’aide de la chaleur , le soufre avec l’argent.

Sèlèniure. Il est d’un gris blanc , fusible et du reste entièrement semblable au sulfure.

Le phosphore peut se combiner directement avec l’argent,

55a Ali RACÉS. -

à l’aide de la chaleur ; mais à mesure que la température s’abaisse , l’argent abandonne presque la totalité du phosphore.

Arsèniure. Il est d’un gris foncé et prend, parle frottement , l’éclat de l’argent. Il est très-fusible et stable. On l’obtient en faisant fondre un mélange d’argent réduit en poudre , d’acide arsénieux et de flux noir.

Alliages d’argent.

L’argent fournit de nombreux alliages. Le chrôme , le fer et le cobalt , ne paraissent pas pouvoir s’allier avec l’argent ; car lorsqu’on les chauffe avec ce métal , quelle qu’en soit la proportion , on n’obtient qu’une masse hétérogène , dans laquelle l’argent se trouve disséminé sous forme de grenailles.

Le nickel a plus d’aflinité pour l’argent que le cobalt. L’alliage composé de 0,865 d’argent et de 0,135 de nickel est d’un blanc grisâtre et très-magnétique. Le zinc donne des alliages d’un blanc bleuâtre , malléables et ductiles. Lorsqu’on les soumet à l’action de la chaleur , le zinc se volatilise et entraîne avec lui une quantité très-notable d’argent.

Les alliages de platine et d’argent sont moins blancs et moins ductiles que l’argent lui-même ; l’acide azotique les attaque et dissout presque tout le platine en même temps que l’argent , tandis que cet acide n’attaque point le platine isolément.

Le mercure s’amalgame très-bien avec l’argent , mieux à chaud qu a froid. Les amalgames qui contiennent un excès de mercure ont une consistance butyreuse ; l’excès de mercure s’écoule quand on comprime ces amalgames dans une peau de chamois ou dans des vases de bois poreux. Lorsqu’on mêle ensemble dans un vase 3 p. d’une dissolution saturée d’azotate d’argent et 2 p. d’une dissolution saturée d’azotate de mercure, et que l’on place au fond du vase un amalgame fait avec 7 p. de mercure et 1 p. d’argent, on remarque qu’au bout de 2 à 3 jours , tout l’argent est précipité à l’état d’amalgame solide , composé de petits grains cristallins groupés en forme

Ali K ACES. 553

de ramifications. Les anciens connaissaient cet amalgame sous le nom A' arbre de Diane.

Cuivre. Les alliages de cuivre et d’argent sont d'une haute importance. Ils constituent V argent en circulation , la monnaie, l'argent des bijoutiers, etc. Le cuivre rend l’argent plus dur, et empêche la monnaie de s’user. Les monnaies d’argent de France contiennent ~ de cuivre; en d’autres termes, elles sont au titre légal de ~^-o. Comme il était difficile de tomber exactement sur. les proportions indiquées, la loi a accordé une tolérance de au-dessus et de ~ au-dessous du titre légal. Depuis l'adoption du procédé d’essai par la voie humide , une tolérance de ■— pourrait suffire aujourd’hui.

Les médailles d’argent sont au titre de avec une tolérance de 7^-. Les objets d’orfèvrerie et de bijouterie ont deux titres : l’un de ■— l’autre de la tolérance est de Les objets qui se trouvent au-dessous ou au- dessus du titre légal , y compris la tolérance , sont déclarés faux et brisés. L’argent au titre de donne de mauvaise argenterie ; car les acides tels que le vinaigre , l’attaquent , et le vert de gris qui se développe n’est pas sans danger pour la santé du consommateur.

Le titre de l’argent monnayé varie singulièrement suivant les pays. Voici des pays dont la monnaie d’argent est d’un titre très- élevé :

Royaume de Hanovre : Un écu ou florin de 2 4 mariengroschen de Georges, titre légal poids 13 gram. 066, valeur 2 fr. 90. cent.

États du Mogol : Roupie de Madras, d’Arcate, de Pondichéry , double fanon , fanon , titre

Royaume de la Grande-Bretagne : Crown ou couronne de 5 shillings , shilling ancien , titre

Grand-duché de Toscane Vieux ducaton deCosmelII, titre t~, poids 21^ ,231, valeur 6 fr. 65 cent.

Royaume néerlandais : Drye gulden desProvinces-Unies, titre 7777, poids 31n-, 550, valeur 6 fr. 38 cent.

États-Unis : Dollar, titre 7--, poids 27®r, valeur5fr. 42c.

Les monnaies d’argent , d’un titre très-bas , sont faites avec, un mauvais alliage ; car lorsque le cuivre y entre en proportion trop grande , l’alliage n’est point uniforme ; les pièces fabriquées avec ces alliages sont rougeâtres dans les points les plus saillants. Voici des pays où l’on rencontre des monnaies d’argent du plus bas titre :

Royaume de Prusse : Silbergroscben , titre 7*—, poids 23,192, valeur 0, fr. 11 cent.

Raguse : Pièces de 12 grossettes , titre rflf. •

Empire d? Autriche : Pièce de 10 kreutzers, titre -pffi;, valeur 0, fr. 43 cent.

Empire de Turquie : Piastre de 40 paras ou 120 aspres (1780), titre 600, valeur 2 fr, ; pièces de 3 piastres (1811) , même titre, valeur 4 fr. 14 cent.

Analyse des alliages d'argent et de cuivre (essai des monnaies

d’argept).

Il existe deux procédés pour analyser les monnaies d’argent, l’un par la voie sèche , l’antre par la yoie humide ; ce derpier est beaucoup plus récent.

1° Le procédé par la voie sèche, connu sous le nom de pour pellation (1), est assez ancien. Son origine paraît remonter au xn® siècle , vers le règne de Philippe-Auguste. Ce procédé est fondé sur la propriété que possède le plomb d’entraîner , en s’oxydant , l’oxyde de cuivre dans la substance de la cour pelle faite avec la poudre d’os caleinés (phosphate de chaux). L’argent reste intact dans la coupelle , sous forme de bour ton ( bouton de retour), La coupellation n’indique le titre de l’argent qu’à -7— près, le plus ordinairement audessous du titre réel. Ainsi , en mettant à 4 coupelle de l’argent au titre de 900, on aura un bouton dé retour qui ne pèse que 896 ou 897. L’opération , qui dure environ un

(1) Ce nom -vient de coupelle , petite coupe faite avec des 05 falcinéj, dans laquelle on chauffe l'alliage.

AURACÉS. 555

quart d’heure, se fait dans de petits fours appelés moufles. Les monnaies frappées en France, antérieurement à 1829, sont au titre de 903 à 902» , conséquemment 3 ou 4 millièmes audessus du titre légal; car pour que la monnaie sortit à la coupelle au titre légal de 900, on était obligé de la fabriquer réellement au titre de 903. Ce fut là un sujet de vives réclamations de la part des directeurs des monnaies. C’est alors que M. Gay-Lussac fit connaître le procédé par la voie humide, procédé beaucoup plus exact et plus expéditif que l’ancien. Dans la coupellation, l'opérateur n’est ni maître ni juge de la température à laquelle il fait son essai. S’il chauffe trop (au rouge blanc très- vif), une partie de l’argent se volatilise , et il y a conséquemment perte. S’il ne chauffe pas assez, le bouton de retour peut contenir une certaine quantité de plomb. Il est donc très-difficile de se maintenir dans les limites de la température nécessaire. Du reste, «un homme de mauvaise foi peut toujours frauder avec la coupellation » (Gay- Lussac). 11 serait à désirer que la coupellation fût abandonnée dans toutes les monnaies de l’Europe , comme elle a déjà été abandonnée par les monnaies de Paris et de Londres.

2 “Essai par la voie humide. Ce procédé repose sur le fait suivant : La même quantité d'argent pur ou allié exige pour sa précipitation une quantité constante de dissolution de sel marin. Un équivalent d’azotate d’argent est exactement précipité par un équivalent de chlorure de sodium : AgO, N O5 -f Na Cl = Ag Cl -i-NaO, N O5; en d’autres termes , 1 gramme d’argent pur est exactement précipité par 0fr-, 54274 de chlorure de sodium.

Les conditions propres et indispensables pour faire un essai par la voie humide , sont :

1° Une liqueur dite normale , faite avec 0,r ,54274 de chlorure de sodium pur , dans un décilitre d’eau distillée. Cette dissolution, à la température de 20° centigr., précipite exactement i gram. d’argent pur;

2° Une liqueur dite décime , c’est-à-dire dix fois plus faible

556 ACBACÊS.

que la liqueur normale ; de telle sorte qu’un décilitre de cette liqueur ne précipite que — gram. d’argent pur, et qu’il faut 10 décilitres ou un litre de liqueur décime pour précipiter 1 gramme d’argent pur ;

3° Une liqueur décime d’argent (azotate d’argent), qui doit être telle que 1 litre neutralise exactement 1 litre de dissolution décime de sel marin ;

4° De l’argent pur (voyez sa préparation page 547) .

Quant aux détails et à l’exécution de cet admirable procédé, voy. le mémoire de M. Gay-Lussac : Instruction sur f essai des matières d’argent par la voie humide ; 1832. Paris, Imprimerie royale, in-4° (88 pages avec 6 planches).

Sels d’argent.

Caractères généraux. Ils sont incolores lorsque l’acide est lui-même incolore. Ils sont en général parfaitement neutres; leur saveur est astringente et métallique. La lumière les noircit en les réduisant en partie.

1° Les alcalis y produisent un précipité brun olivâtre (oxyde), soluble dans l’ammoniaque.

2° Le cyanoferrure les précipite en blanc ( 1 équivalent de cyanure de fer + 2 équiv. de cyanure d’argent).

3° L’acide chlorhydrique et les chlorures solubles y forment un précipité blanc , caillebotté , insoluble dans l’eau et dans les acides (l’acide chlorhydrique très-concentré en dissout une petite quantité) , éminemment soluble dans l’ammoniaque. Ce précipité exposé à la lumière devient d’un violet foncé. L’hyposulfite d’argent seul n’est pas précipité par le chlorure de sodium, car l’byposulfite de soude qui se forme dissout le chlorure d’argent;

4° Les arséniates alcalins les précipitent en brun chocolat , et les arsénites en jaune.

5» Les phosphates alcalins les précipitent en jaune serin , et les pyrophosphates en blanc ;

AURACÉS.

fi* Les chromâtes alcalins les précipitent en rouge intense.

Le fer , le cuivre , l’étain, le plomb , etc., précipitent l’argent de ses dissolutions.

Espèces.

Azotate. Il cristallise en lames minces , rhomboïdales , transparentes , complètement anhydres. Il est soluble dans son poids d’eau froide et dans une proportion moindre d’eau chaude. Il fond très-facilement et se prend, par le refroidissement, en une masse cristalline à laquelle on a donné le nom de pierre infernale. Dans cet état il est journellement employé comme caustique. Cet azotate d’argent , destiné aux usages de l’art de guérir, est ordinairement noir , particulièrement à sa surface ; ceci tient à ce qu’une partie de l’azotate a été réduite par le métal (fer) de la petite lingotière dans laquelle on coule la pierre infernale. La coloration grisâtre de la pierre infernale tient surtout à ce qu’on prépare celle-ci avec l’argent du commerce qui n’est jamais pur et qui contient le plus ordinairement du cuivre. Pendant la fusion , l’azotate de cuivre se réduit en oxyde de cuivre d'un brun foncé, qui est entraîné par l’azotate d'argent fondu. Pour faire de la pierre infernale blanche et de bonne qualité , il faut chauffer l’azotate d’argent (fait avec de l’argent ordinaire) , puis le laisser refroidir lentement ; de cette manière l’oxyde de cuivre gagne le fond du vase et s’y dépose. On reprend l’azotate d’argent qui se trouve au-dessus de l’oxyde de cuivre , et on le fait fondre et refroidir de nouveau. L’azotate d'argent déflagre sur les charbons ardents et , mêlé avec du soufre et du phosphore , il détonne sous le choc du marteau. Lorsqu’on verse du protochlorure d’étain dans une dissolution étendue d'azotate d’argent, on obtient, après l'addition de quelques gouttes d’acide sulfurique affaibli , un précipité pourpre, mais qui n’a pas , comme le pourpre de Gassius , la propriété de colorer les verres. En précipitant l’azotate d’argent par l’eau de chaux exempte de chlorure , on obtient un précipité brun

AlîHACÉS.

qui, repris par l’ammoniaque , donne , après la dessiccation , une poudre fulminante ( Argent fulminant).

L’azotate d’argent noircit à ia lumière. Il tache la peau en violet foncé. Cette coloration ne disparaît qu’après la destruction complète de l’épiderme. Appliqué sur les étoffes de nature organique , il les noircit également. Cette propriété a été mise à profit pour teindre ou marquer le linge ; la tache est ineffaçable. L’azotate d’argent se réduit quand on le fait bouillir avec du charbon ou du phosphore.

Composition AgO, N 0e.

On le prépare en dissolvant l’argent par l'acidè azotique , en évaporaut et en reprenant l’azotate par l’eau bouillante ; les cristaux se déposent par le refroidissement.

Sulfate. Il cristallise en prismes blancs et brillants. Il est anhydre et soluble dans 100 parties d’eau. Il est très-soluble dans l’acide sulfurique concentré ; c’est ce qui permet de séparer de l’argent des quantités d’or très-petites. Les monnaies d’argent anciennes, les monnaies de la République et de l’Empire contiennent environ un millième d’or. On ne connaissait alors aucun moyen propre à séparer complètement l’argent de l’or. On sait aujourd’hui qu’eu attaquant par l’acide sulfurique concentré en excès et à chaud , l’alliage d’argent aurifère , on dissout tout l’argent ; lorsque la liqueur est très-étendue , le sulfate d’argent reste seul en dissolution , tandis que l’or se dépose.

Phosphate. Il est d’un beau jaune serin , noircissant promptement à la lumière. Il est insoluble dans l’eau , et soluble dans un excès de son propre acide. On l’obtient par voie de double décomposition.

Chlorate. Il cristallise en prismes carrés qui noircissent à la lumière. Il dèflagre sur les charbons ardents et se transforme en chlorure. 11 détonne facilement par le choc. La détonation est des plus terribles , lorsqu’on mêle préalablement le chlorate avec du soufre ou avec du phosphore.

AU RACÉS. 55g

h’iodate et le bromate d’argent sont à peu près analogues au chlorate.

Des fausses monnaies.

À. Des fausses monnaies d’argent.

Les monnaies d’argent peuvent être fausses 1° par altération du titre ; 2° par la substitution d’un autre métal à la totalité de l’argent.

Fausses monnaies d'argent par altération du titre. Dans ce cas, la pièce est presque toujours au-dessous du titre légal. Ainsi, en France, une pièce marquée au coin des monnaies françaises ordinaires est fausse, si au lieu d’être au titre légal de 900 , elle se trouve au titre de 500 , de 600, etc. En Prusse, en Autriche et dans d’autres pays où le titre légal est beaucoup moins élevé qu’en France , des pièces d’argent du titre de 500, de 600, etc. , peuvent n’être pas fausses , suivant le titre convenu. Les pièces d’argent au titre de 500 sont de couleur rouge ; elles seraient encore plus rouges , si le faux monnayeur n’employait pas l’artifice suivant : il chauffe la pièce , dans une moufle , au rouge obscur ; la couche superficielle du cuivre s’oxyde ; l’oxyde de cuivre s’enlève ensuite facilement au moyen de l’eau acidulée. Mais ces pièces se reconnaissent par leur légèreté; d’ailleurs la légère couche d’argent de la surface s’use rapidement et trahit la fraude. En lesrâclant avec un canif, on met facilement le cuivre à découvert. Mais le meilleur moyen de constater la fraude , c’est la coupellation. C’est par ce moyen qu’on a découvert qu’il y avait autrefois en circulation des pièces de six francs , dont le titre n’était que de 630.

On altère quelquefois le titre, en trempant une pièce de cuivre dans une dissolution d’argent. Celui-ci se précipite sur le cuivre et acquiert par le frottement l’éclat qui le caractérise.

Lus fausses monnaies d’argent par altération du titre sont

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AURÀCÉS.

rares. Il n’en est pas de même des fausses monnaies par substitution. Celles-ci sont beaucoup plus fréquentes. On n’y trouve ordinairement pas de trace d’argent. Les métaux employés pour être substitués à l’argent sont :

1° L’étain. La fraude est ici trop grossière , pour n’être pas reconnue sur-le-champ. Les pièces ainsi falsifiées sont d’abord presque de moitié plus légères que les pièces d’argent véritable, dont elles imitent le coin. Lorsqu’on les ploie, elles font entendre le cri de l’étain. Elles ont un son mat , et elles développent , par le frottement , une certaine odeur propre à l’étain.

2° L'étain et V antimoine ( alliage ). Les pièces faites avec cet alliage ont à peu près le son de l’argent. Elles sont en général mal coulées et mal frappées. Elles donnent avec l’eau régale une dissolution dans laquelle une lame d’étain précipite l’antimoine métallique. Elles ne donnent pas de bouton de retour , lorsqu’on les passe à la coupelle. La couleur de la coupelle indique , jusqu'à certain point , après l’opération , les métaux qui entrent dans l’alliage. Une poussière blanche indique l’oxyde d’étain ; la couleur jaune indique l’oxyde de plomb ; la couleur noire indique l’oxyde de cuivre ; enfin l’antimoine tache la coupelle en gris.

B. Des fausses monnaies d or .

Les fausses pièces d’or sont faites , en général , avec plus de soin que les fausses pièces d’argent. La fraude consiste particulièrement dans l’altération du titre. En chauffant ces pièces avec de l’acide sulfurique , on dissout le métal étranger ( qui est ordinairement du cuivre) et l’or reste intact. C’est surtout au moyen de la balance qu’on découvre aisément la fraude. Les fausses .pièces d’or sont en général trés-légères , parce quelles se composent de métaux beaucoup plus légers que l’or.

Des faux monnayeurs de Birmingham étaient parvenus fabriquer des pièces imitant le son et la densité des véritables

Die

Al RACÉS.

pièces d'or. A cet effet , ils employaient une lamelle de platine (1) contournée en spirale , de manière à laisser très-peu d’intervalle entre chaque spire. Les intervalles de ces tours de spirale étaient remplis avec du plomb ou avec de l’étain , dont la quantité était si bien calculée, que le poids de la pièce fausse représentait exactement le poids de la pièce véritable. Puis en prenant les couches supérieure , inférieure et latérale d’une véritable pièce d’or , ils les appliquaient , au moyen d’une soudure , sur la spirale de platine préparée de la manière que nous venons d’indiquer. Les pièces ainsi fabriquées ont le son et la densité de véritables pièces d’or. Mais il est facile , au moyen des acides forts, de découvrir les jointures qui existent entre l’alliage de platine et les lamelles d’or. Enfin, on constate immédiatement la fraude au moyen de la coupellation.

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