DE LA CHIMIE ORGANIQUE
tière colorante. L’analyse microscopique fournit ici , comme dans beaucoup d’autres cas , des caractères précieux que l’analyse par la voie sèche et l’analyse par la voie humide sont incapables de fournir ; car le sang , comme tout corps organisé qu’on attaque par les réactifs ou par les moyens de l’analyse ordinaire, perd son caractère distinctif ; il cesse d’être corps organisé : on le décompose pour en extraire la fibrine , l’albumine , des sels alcalins , l’oxyde de fer, etc., c’est-à-dire des substances qui peuvent se trouver, non-seulement dans le sang, mais dans une foule d’autres substances du règne organique.
Les formules qu’on applique aux composés organiques sont fournies par tes résultats de l’analyse élémentaire. C’est pourquoi nous allons revenir à Ce mode d’analyse sur lequel il importe de nous étendre davantage.
Les anciens chimistes analysaient les substances organiques en les traitant, par la calcination, dans un appareil distillatoire. Ils obtenaient ainsi un résidu solide , des liquides qui avaient passé à la distillation, et des esprits (gaz)quis’étaient volatilisés. Suivant eux , ces résultats étaient conformes à la théorie des philosophes grecs, d’après laquelle la terre , l'eau, Y air et le feu formaient les quatre éléments du monde. Le résidu solide (1 charbon ) (1) représentait la terre; Iesliquides de la distillation ( eau , huile de goudron , carbures liquides d’hydrogène , acide acétique , esprit de bois , etc.) représentaient Veau , et les gaz ( acide carbonique , oxyde de carbone , hydrogène, azote, carbures gazeux d’hydrogène , etc.) indiquaient l’air. Quant au quatrième élément {feu), il était considéré comme l’âme ou le lien invisible de tous les corps combustibles.
Comme toutes les substances organiques traitées de cette
(1) Toute substance organique laisse , après sa combustion , un résidu de charbon , parce que l'oxygène et l'hydrogène ne s’y trouvent pas en quantité assez forte pour enlever tout le carbone à l'état d'adde carbonique ou à l'état de carbure d'hydrogène. Le charbon est , en outre, souvent mêle de silice, d oxydc de fer , d'oxyde de manganèse , de sels alcalins et de seb terreux.
EXPOSÉ DES ÉLÉMENTS
manière donnent des résultats à peu près identiques , il est facile de comprendre combien le champ de l’analyse chimique des matières organiques devait être borné pour les anciens chimistes. C’est après la découverte de l’oxygène et après les découvertes qui se sont depuis succédé rapidement, que l’analyse élémentaire a suivi une direction nouvelle, conforme aux progrès de la science.
On détermine aujourd’hui les éléments d’un composé organique , non pas, comme le faisaient les anciens , par la calcination et la distillation , mais par la combustion au moyen de l'oxygène et en pesant les produits qui se forment. Par cette combustion , le carbone et l’hydrogène de la matière à analyser se séparent, l’un à l’état d’acide carbonique , l’autre à l’état d’eau. T.’azotc, ai la matière en renferme, se sépare à l’état de gaz élémentaire; les sels alcalins, terreux et métalliques, s’il y en a , restent sous forme de cendres (1). Or, la composition de l’eau et de l’acide carbonique étant connue , il sera facile d’évaluer en poids la quantité de carbone et la quantité d’hydrogène que renferme la matière soumise à l’analyse.
Voilà le principe général de l’analyse élémentaire de la chimie organique. Maintenant nous allons y joindre quelques développements indispensables.
1° On brûle une quantité déterminée de matière à analyser avec un oxyde qui cède facilement son oxygène aux corps combustibles. On emploie de préférence l'oxyde de cuivre ou le chromate de plombai). La combustion s’opère dans un tube de verre très-peu fusible , placé sur une grille de fer. La matière à analyser, contenue dans le tube , est mélangée et
(i) Les matières également riches en carbone et en hydrogène brûlent rapidement avec une flamme jaune éclatante , tandis que les matières plus riches en carbone qu'eu hydrogène brident bien plus difficilement. Les matières animales sont très-peu combustibles.
(a) On se sert particulièrement du chromate de plomb dans l’analyse des matières qui renferment du chlore.
DE IA CHIMIE ORGANIQUE. OOg
entourée de chaque côté d’oxyde de cuivre ; on y ajoute encore du cuivre métallique si la matière contient de l’azote (1).
Dans la figure suivante , la partie a ( extrémité fermée ) renferme de l’oxyde de cuivre , la partie b , un mélange d’oxyde de cuivre et de matière à analyser , la partie c, de l’oxyde de cuivre, enfin la partiel (extrémité ouverte) du tube renferme du cuivre métallique.
2° Pour recueillir l’eau et Y acide carbonique qui se dégagent pendant la combustion de la matière organique , on fait communiquer le tube précédent avec un petit tube pesé d’avance , contenant du chlorure de calcium sec et avec un petit appareil à boules (appareil de Liebig) , également pesé d’avance, contenant une solution dépotasse caustique, marquant W à 45" à l’aréomètre de Baumé.
Figure de l’appareil à boules de Liebig.
3° La combustion étant terminée , on pèse de nouveau le tube contenant le chlorure de calcium et l’appareil renfermant la solution de potasse. L’augmentation de poids du premier indique l’eau qui s’est formée, et l’augmentation de poids du dernier, l’acide carbonique. Or , la composition de l’eau et celle de l’acide carbonique étant connues , on connaîtra les quantités d’hydrogène et de carbone fournies par une quantité déterminée de matière à analyser.
Lorsque la matière à analyser renferme de l’azote, il faut diviser l’analyse en deux opérations distinctes. Dans la pre-
U) L'acide nitreux , qui pourrait se produire , est réduit par le cuivre mé tallique.
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mière , on dose l’hydrogène et le carbone ; c’est l’opération que nous venons de décrire sommairement. Dans la dernière, on reçoit l’azote en volume , à l’état de gaz élémentaire.
Dans l’opération qui a pour but de doser l’azote , il faut autant que possible expulser tout l’air du tube, en faisant le vide et en opérant dans une atmosphère d’acide carbonique , produite au moyen de la calcination du bicarbonate de soude placé dans une extrémité du tube qui , du reste , est disposé comme dans l’analyse précédente.
L’eau et l’acide carbonique qui se dégagent sont reçus dans une cloche graduée , contenant une dissolution de potasse. L’eau et l’acide carbonique sont absorbés, et l’azote , insoluble dans la solution de potasse, déplace son volume de liquide (voy .Analyse de l’air, p 172). Il est ensuite facile de réduire le volume en poids, sachant que 1000 centimètres cubes de gaz azote , à 0° et sous la pression de 0m,76 , pèsent 1*,2679.
Pour obtenir des résultats exacts d’analyse , il est indispensable de s’astreindre à une foule de précautions dont les détails sont du ressort de )a chimie analytique.
C’est d’après les données de l’analyse élémentaire , qu’on établit la formule d’un composé. Il faut ici distinguer la formule brute ou empirique de la formule rationnelle. La première indique purement et simplement les quantités relatives des éléments du composé. Le dernière est destinée en quelque sorte à rendre compte du groupement des molécules élémentaires dont les proportions sont exprimées par la formule empirique. La formule empirique exprime un fait réel , tandis que la formule rationnelle joint à ce fait des théorie que l’expérience est loin de conlirmer toujours. Exemple : La formule empirique de l’éther sulfurique est ClH!0.
La formule rationnelle de l’éther est , d’après M. Liebig , = C‘HH-0. D’après cette formule , l’éther est l’oxyde d’un radical particulier (non isolé ), appelé éthyle (Ç*H5). Suivant M. Dumas, la formule rationnelle de ce même éther est = C‘H*+HO, c’est-à-dire un monohydrate d’hydrogène bicarboné.
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