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CHAPITRE IX

LE MUSCLE

Sommaire. — Constitution des muscles.

I. Myoplasma. Coagulation du myoplasma : myosine et myosérum. Substances albuminoïdes du myoplasma. Coagulation du muscle et rigidité musculaire.

II. Matières colorantes du muscle. Hémoglobine et myobémaline.

III. Matières extractives du muscle. Les sels. Le glycogène, l’inosite, l’acide lactique. La créaline.

On distingue 3 sortes de muscles: les muscles striés, les muscles lisses, le muscle cardiaque. On sait que les muscles striés sont constitués par des fibres musculaires allongées présentant des striations transversales et pourvues d'une enveloppe nommée le sarcolemme ; — que les muscles lisses sont constitués par des cellules fusiformes, allongées, sans sarcolemme ; — que le muscle cardiaque est constitué par des fibres striées courtes, divisées et anastomosées entre elles, sans sarcolemme. Les fibres ou les cellules musculaires sont réunies en masses musculaires plus ou moins considérables par du tissu conjonctif.

Les masses musculaires comprennent ainsi une masse musculaire proprement dite englobée dans du tissu conjonctif. Le sarcolemme des muscles striés peut être considéré au point de vue chimique

MYOPLASMA, MYOSÉRUM. 173

comme du tissu conjonctif: on admet en général qu’il est constitué par une substance voisine de l’élastine, laquelle est la substance fondamentale des fibres élastiques.

Laissant de côté le tissu conjonctif du muscle, nous étudierons la composition de la substance musculaire proprement dite.

Le muscle contient des substances protéiques, des sels, des matières extractives, les unes azotées, les autres ternaires. 100 parties de muscle humain contiennent environ 25 p. 100 de résidu solide et 7b p. 100 d’eau. Ces matières solides comprennent: substances protéiques, 15 à 20 p. 100 du muscle ; sels minéraux, 3 p. 100 du muscle, etc.

Il est très difficile d’étudier la substance musculaire non transformée, telle qu’elle existe dans le muscle vivant : celte substance musculaire subit en effet très rapidement, à la température ordinaire, une transformation importante, aussitôt que le muscle est séparé de l’animal.

Pour obtenir cette substance musculaire non transformée, il faut opérer de la façon suivante : Par l’aorte d’une grenouille, on fait passer un courant d’eau salée à 6 p. 1000, afin de bien débarrasser tout l’appareil circulatoire, et notamment les vaisseaux des muscles, du sang qu’ils peuvent contenir. On refroidit les masses musculaires à — 10° ; on hache, avec des ciseaux fortement refroidis, les muscles refroidis; on broie ce hachis de muscles dans un mortier refroidi à — 10° au moyen d’un pilon refroidi à — 10°. On obtient ainsi une neige muscu-

LE MUSCLE

laire qu’on soumet à l’énergique pression d’une presse elle-même fortement refroidie. La neige musculaire ainsi pressée laisse sourdre un liquide de consistance sirupeuse appelé plasma musculaire ou myoplasma.

On admet que ce myoplasma existe dans le muscle vivant, parce que l’expérience a démontré les deux faits suivants : le muscle refroidi à — 10° est inexcitable à cette température ; le muscle refroidi à — 10° recouvre toutes ses propriétés lorsqu’il est ramené à la température ordinaire. Donc dans l’opération de la préparation du myoplasma, on n’a pu déterminer de modification ni par le refroidissement, ni par la division et la pression du tissu musculaire.

Laissons le myoplasma, préparé comme nous venons de le dire, se réchauffer. Il se forme rapidement un caillot floconneux et très légèrement rétractile se déposant au fond d’un liquide clair, le sérum musculaire ou myosêrum.

Le caillot est essentiellement constitué par une substance albuminoïde, la myosine. Ce phénomène de coagulation présente quelque analogie avec le phénomène de coagulation spontanée du sang ; c’est pour rappeler cette analogie que les auteurs ont employé les termes plasma et sérum. En poursuivant cette analogie, nous pouvons admettre l'existence dans le myoplasma d’une substance génératrice de la myosine, la substance myosinogène, équivalente à la substance fibrinogène du sang. De même que dans la coagulation spontanée du sang,

LA MYOSINE.

la substance fibrinogène est transformée et donne de la fibrine insoluble dans le plasma sanguin ; de même, dans la coagulation spontanée du muscle, la substance myosinogène se transformerait en fournissant de la myosine. — Mais, hâtons-nous de le dire, ce ne sont là que des hypothèses.

Le myosérum contient deux substances albuminoïdes en solution : une globuline et une albumine, une myoglobuline et une myoalbumine. Traité en effet par le sulfate de magnésie dissous à saturation, le myosérum précipite une substance albuminoïde présentant toutes les propriétés des globulines : soluble dans les solutions salines neutres diluées, précipitée partiellement de ses solutions par dilution, par dialyse, par le chlorure de sodium dissous à saturation à froid ; précipitée totalement par le sulfate de magnésie dissous à saturation à froid. Cette myoglobuline en solution saline diluée est coagulable à 63°. — Débarrassé de cette myoglobuline, le myosérum, saturé de sulfate de magnésie, précipite, par addition d’acide, une nouvelle substance albuminoïde, soluble dans l’eau et dans les solutions salines diluées, non précipitée de ses solutions par dialyse ou par dilution, ou par le chlorure de sodium ou le sulfate de magnésie dissous à saturation à froid, la myoalbumine. Cette myoalbumine coagule à 73°.

Le caillot est essentiellement constitué par la myosine. La myosine est une substance insoluble dans l’eau, soluble dans les solutions salines neutres, notamment dans les solutions de chlorure

LE MUSCLE

de sodium et de chlorure d’ammonium contenant de b à 10 p. 100 de sel, précipitée de ses solutions par dialyse, par dilution, totalement précipitée par le sulfate de magnésie dissous à saturation : c’est donc une globuline. Comme le fibrinogène et la fibrine elle est coagulée àb6°; comme le fibrinogène elle est totalement précipitée par le chlorure de sodium dissous à saturation à froid dans ses solutions.

La myosine se distingue du fibrinogène par sa non-transformation par le fibrinferment. La myosine se distingue de la fibrine par sa précipi tabilité totale par le chlorure de sodium dissous à saturation à froid.

Le caillot musculaire, le myocaillot , n’est pas uniquement formé par la myosine : il renferme une autre substance albuminoïde à laquelle on a donné le nom de paramyosinogène (ou musculine). Cette substance, qui est une globuline, comme la myosine, se distingue de cette dernière substance par sa coagulabilité à 47°.

Le myopla&ma contiendrait donc 4 substances albuminoïdes : le myosinogène, le paramyosinogène, la myoglobuline et la myoalbumine. Abandonné à lui-même à la température ordinaire, ce myoplasma coagule spontanément : cette coagulation résulterait de la transformation du myosinogène en myosine. En se précipitant, cette myosine entraînerait le paramyosinogène non transformé pour constituer le myocaillot : le myosérum ne contenant plus que 2 substances albuminoïdes, la myoglobuline et la myoalbumine.

LA RIGIDITÉ MUSCULAIRE. il 1

Cette transformation du myosinogène en myosine serait un phénomène de fermentation diastasique, comme la transformation du fibrinogène en fibrine : elle se produirai t sous linfluence d’un ferment soluble le myosin ferment, préparable comme le fibrinferment.

Nous avons présenté ces notions sous forme dubitative, parce qu’elles ne nous semblent pas démontrées. Le parallèle qu’on a tenté de faire entre la coagulation spontanée du sang et la coagulation spontanée du myoplasma, repose sur des hypothèses et nullement sur des faits précis : c’est donc, au moins actuellement, une simple vue de l’esprit, rien déplus.

Cette coagulation du plasma musculaire qui s’accomplit in vitro, s'accomplit-elle dans le muscle laissé en place ? Oui, répondent les auteurs : c’est grâce à cette transformation que se produit la rigidité musculaire. On sait que plus ou moins vite après la mort, les masses musculaires deviennent rigides. Si l’on soumet à la pression le muscle rigide, on obtient un liquide qui ne coagule pas spontanément comme le myoplasma que nous avons étudié : le liquide obtenu contient une myoglobuline et une myoalbumine, mais ne contient ni myosine, ni paramyosinogène en quantité appréciable. Si l’on fait macérer un muscle rigide, haché dans une solution de chlorure de sodium ou de chlorhydrate d’ammoniaque à 10 p. 100, on obtient une liqueur contenant en solution de la myosine et du paramyosinogène. Nous retrouvons ainsi dans le muscle rigide les substances du plasma coagulé.

Non seulement le muscle rigide est un muscle

Chim. phvsiol. — 2' édit. 12

LE MUSCLE

coagulé, mais encore tout muscle coagulé est ou a été rigide : l’expérience démontre de la façon la plus nette que la rigidité apparaît au moment où il n’est plus possible de retirer du muscle convenablement refroidi de plasma spontanément coagulable.

La rigidité et la coagulation du muscle sont donc un seul et même phénomène. Or, si l’on soumet à la presse, à la température ordinaire, un muscle, au moment où il est pris sur l’animal vivant, le liquide qui s’écoule est du myosérum. On peut donc affirmer que l’action mécanique exercée par la presse, à la température ordinaire, sur le tissu musculaire, a suffi pour en provoquer la rigidité.

Le muscle vivant, au repos et reposé, a une réaction neutre ; le muscle vivant et fatigué a une réaction acide. — Le muscle rigide a une réaction acide. — La réaction acide du muscle rigide apparaît-elle en même temps que la rigidité, est-elle en rapport avec la coagulation du muscle ? Probablement non, ainsi qu’il résulte des faits suivants :

1. Le plasma musculaire préparé à froid, comme nous avons dit, coagule sans devenir acide : il ne prend une réaction acide que quelque temps après la formation du myocaillot.

2. Un muscle vivant fatigué a une réaction acide sans être pour cela rigide.

Les muscles sont colorés en rouge ; ils doivent cette coloration partie à V hémoglobine du sang qui

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