‹ Eléments de chimie physiologiqueChapitre 92 sur 137 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

LA SALIVE

Sommaire. — Conslilution chimique de la salive. La mucine, le sulfocyanure. Propriété diastasique de la salive : la ptvaline. Saccharification de l’amidon : les dextrines et la maltose. Comparaison de la saccharification par la salive et de la saccharification par les acides.

Différentes glandes, dites glandes salivaires, situées au voisinage ou dans les parois de la cavité buccale, déversent leur sécrétion dans cette cavité. La salive mixte est formée par le mélange des différentes salives : parotidienne, sous-maxillaire, sublinguale et buccale.

Comme tous les liquides de l’organisme, la salive mixte contient en solution des sels minéraux. Ces sels sont surtout des chlorures et des phosphates, des sels de potasse, de soude et de chaux. On doit aussi signaler dans la salive la présence d’une petite quantité de carbonates d’alcalis, auxquels il faut rapporter sa réaction légèrement alcaline.

Parmi les éléments organiques de la salive, il en est 3 à signaler : une mucine, une substance albuminoïde, un sulfocyanure.

La mucine salivaire provient surtout de la sécrétion de la glande sous-maxillaire; la salive sousmaxillaire est manifestement plus visqueuse que les autres salives.

LA SALIVE

Supposons isolée cette mucine salivaire : c’est une substance blanche, filamenteuse et gluante. Elle se dissout dans les solutions très étendues d’alcalis caustiques (potasse, soude, ammoniaque), donnant des liqueurs à réaction neutre lorsque le dissolvant n’est pas employé en excès. Ces solutions neutres ne sont ni coagulées, ni précipitées à l’ébullition. Elles sont précipitées par l’alcool en présence de sels. Elles sont précipitées et précipitées totalement par addition d’acide acétique : le précipité produit est absolument insoluble dans un excès quelconque d’acide acétique (l’acide acétique ne précipiterait pas ces solutions en présence d’un excès de chlorure de sodium, b à 10 p. 100, par exemple). Elles sont également précipitées par une petite quantité d’acide chlorhydrique, mais le précipité se redissout dans un excès de cet acide. Bouillies avec l’acide sulfurique ou l’acide chlorhydrique dilués, les solutions de mucine salivaire sont dédoublées en une substance albuminoïde et un hydrate de carbone, capable de réduire la liqueur cupropotassique de Fehling : cet hydrate de carbone est la gomme animale de Landwehr.

En se fondant sur ces quelques propriétés de la mucine salivaire, on peut la mettre en évidence dans la salive, la préparer ou la doser.

En traitant la salive par l’acide acétique, on détermine la production d’un précipité insoluble dans un excès d’acide acétique : ce précipité est un précipité de mucine, car, de toutes les substances contenues normalement dans la salive, aucune, si

LA MUCINE SALIVAIRE.

ce n’est la mucine, ne possède cette double propriété;—les autres éléments de la salive, chlorures, phosphates, sels d’alcalis et de terres alcalines, sulfocyanures, etc., ne sont pas précipités par l’acide acétique ; — la petite quantité de substance albuminoïde contenue dans la salive peut être précipitée par l’acide acétique, mais le précipité se redissout dans un excès d’acide.

On peut préparer la mucine salivaire en partant de la salive; mais le plus souvent on se sert pour faire cette préparation de la macération aqueuse des glandes sous-maxillaires de veau. La liqueur contenant en solution la mucine est additionnée de petites quantités d’acide chlorhydrique : un précipité se forme; on continue d’ajouter l’acide chlorhydrique jusqu’à ce que la liqueur en contienne 0,15 p. 100 : le précipité s’est redissous. On précipite la mucine de cette liqueur acide en diluant par 5 volumes d’eau distillée.

Enfin, pour doser la mucine salivaire, on ajoute à la salive de l’acide acétique en excès; on lave le précipité avec de l’eau fortement acétique jusqu’à ce que les eaux de lavage n’entrainent plus ni matières salines, ni substances albuminoïdes.

La salive contient toujours une très petite quantité d’une substance albuminoïde , coagulable par la chaleur, appartenant au groupe des globulines. Cette substance existe dans la salive en quantité extrêmement petite.

Enfin la salive renferme des sulfocyanures.

LA SALIVE

Les sulfocy anures se rattachent au groupe du cyanogène. — On sait que l’acide cyanique a pour formule CAzOH, et le cyanate de potasse CAzOK. L’acide sulfocyanhydrique répond à la formule GAzSH ; c’est donc de l’acide cyanique dans lequel l’oxygène divalent a été remplacé par le soufre également divalent; le sulfocyanure de potassium est GAzSK.

Les sulfocyanures d’alcalis sont des sels solubles dans l’eau, et dans l’alcool. Lorsqu’on ajoute à leurs solutions une solution de chlorure ferrique, on fait apparaître une coloration rouge sang intense que l’acide chlorhydrique fort ne fait pas disparaître (les acétates d'alcalis donnent également avec le chlorure ferrique une coloration rouge foncé, mais cette coloration disparaît en présence d’un excès d’acide chlorhydrique).

On peut affirmer l’existence dans la salive de sulfocyanure pour les raisons suivantes :

La salive acidulée par l’acide chlorhydrique et additionnée d’une solution étendue de chlorure ferrique prend une coloration rouge sang intense.

L’extrait alcoolique de salive donne la même réaction colorée.

L’extrait alcoolique contient une substance sulfurée, car, après action d’un mélange de chlorate de potasse et d’acide chlorhydrique (mélange oxydant), il présente les réactions des sulfates : cette substance sulfurée, soluble dans l’alcool puisqu’elle existe dans l’extrait alcoolique, ne peut être ni un sulfate neutre, ni une substance albuminoïde, ni

Page 1