XVI INTRODUCTION HISTORIQUE
de V Introduction; il appartenait aox épisynthétiques, ou éclectiques .coDciliateurs; il vivait probablement sous Trajan, et précéda Galien. Il parait avoir été un grand praticien, chirurgien aussi énergique que bon observateur; il a décrit avec une grande précision diverses variétés d'hydrocèles, le diagnostic différentiel de rhydrocèle, de rhématocèle, des hernies scrotales; il admit diverses phases de la hernie : hernie inguinale, scrotale, hernie scrotale produite d'emblée. Il opérait rhydrocèle par incision et excision d'une partie de la vaginale. Il semble que sous le nom de rhacosis il ait défini Téléphanliasis des bourses et l'excision de cette tumeur. Il traite de l'ablation des écrouelles par incision ou avec excision d'un lambeau de peau en forme de myrte, c'est-à-dire les deux incisions curvilignes. Il décrit le dragonneau et établit la véritable nature de l'affeciion produite par le ver de Médine, ce qui prouve que lui aussi a vécu et étudié d'abord à Alexandrie.
C'est peut-être à la même époque qu'il faut rattacher l'existence d'Antyllus, cité par Oribose, Aéiius, Paul d'Égine, Avicenne, Rhazès, et qui a donné une description complète et trés-minutieuse de la saignée des diverses veines, de Tartériotomie, des ventouses avec ou sans scarifications, et enfin, décrit la bronchotomie ou trachéotomie par incision transversale entre deux cartilages.
Ces exemples suffiraient à prouver que Rome représente à cette époque un centre d'activité chirurgicale d'une grande importance. Tous les savants et les praticiens viennent à Rome, et y transportent les enseignements de la Grèce et de l'école d'Alexandrie ; les doctrines se modifient sous l'impulsion des méthodistes et des épisynthétiques; la chirurgie semble ne recevoir que des influences faibles de ces discussions doctrinales, car elle reste le plus souvent éclectique ; elle s*inspire de l'anatomic et surtout de l'étude clinique; elle s'enrichit d'observations, de bonnes descriptions d'opérations, que pendant plusieurs siècles les compilateurs s'approprieront en les dénaturant quelquefois ; malheureusement, les chirurgiens semblent avoir peu écrit, ou pluiôt leurs ouvrages étaient peu répandus, et c'est pour ainsi dire de seconde main qu'on peut les juger.
Pour mieux comprendre cette période, il n'est pas inutile de se représenter le développement donné à Rome aux spécialités exercées quelquefois par des médecins. C'est à peu près à l'époque où vivait Celse que la médecine vétérinaire était dogmatisée par Columelle. Selon l'expression de Peyrilhe, les enfants légitimes d'Esculape étaient nombreux, mais bien plus grande était la cohorte des enfants illégitimes : médecins-dentistes, herniaires, phébotomisies, oculistes, médecins sédentaires ou tenant boutique, médecins bateleurs ou voyageurs. Parmi ces spécialistes, il faut sans doute comprendre des médecins au moins fort habiles et très-célèbres puisque l'histoire a conservé leur nom. Tel est Crilon, le dentiste, sous Néron; tel est Éros, l'oculiste, qui eut une habileté et une réputation si remarquables qu'il put s'affranchir, acheter une charge de sextumvir, offrir des statues aux temples, et mourir encore millionnaire.
Martial nous montre combien l'art de réformer ou de pallier les difformités était devenu important, et combien, à côté du médecin et du chirurgien, existaient de spécialistes exploitant la vanité romaine, tant masculine que féminine.
Il est d'autant plus difficile d'établir une séparation entre les chirurgiens éclectiques et certains spécialistes que nous sommes dans l'ignorance des titres et des droits des médecins ou des chirurgiens de cette époque. Nous savons cependant que César accordait le droit de bourgeoisie romaine aux vrais médecins; qu'il y avait des chirurgiens militaires ou légionnaires; ainsi, Glycon accompagna Pansa et Octave; Antistlus fit œuvre de chirurgien légiste habile dans la description des
INTBOOUCTION HISTORIQUK. X^H
Yingt-Urois ble8sare$ de César; enGu, des médecins et cliirargiens célèbres étdent en'favearà la cour des empereurs et plas encore des impératrices; ils accompagnaient le prince dans les expéditions, et sans doute il y eut une organisation de la chirurgie militaire dont les basés sont demeurées inconnues.
£n résumé, si les écoles de Pergame et d'Alexandrie existaient encore, c'est à Rome que se trouvait placé le centre de la pratique, de la réputation et de la richesse rémunératrice du talent. Il est à regretter que cette époque soit sidififeUe à reconstituer, et que nous soyons réduits à des hypothèses pour montrer l'influence des écoles de l'Orient sur les progrès de la chirurgie à Rome.
§ VI. — État de la ehlrorglc de CMIeM * P««l d'Aglae.
Cette période, qui s'étend du règne de Marc-Aurèle jusqu'à la prise d'Alexandrie par les Arabes, con^prend près de cinq siècles (161 à 641); elle offre, dans ses premières années, une importance considérable, c'est-à-dire qu'elle est occupée par Galien.
Galien est né à Pergame, sous Adrien, ?ers 131 ; il est Grec et il écrit pour les Grecs; il étudia l'anatomie à Pergame, à Smyrne, à Corinthe, puis enfin à Alexandrie. C'est à Pergame qu'il débuta dans la carrière chirurgicale, et à vingt-neuf ans il était chargé de soigner les gladiateurs dans cette ville.
Il est difficile de séparer en Galien le médecin du chirurgien ; cependant il semble que le réformateur qui imposa ses doctrines médicales, physiologiques et même anatomiques pendant près de quinze siècles, n'a pas eu en chirurgie proprement dite une influence aussi considérable. Comme encyclopédiste, il a consené les travaux de ses contemporains et de ses devanciers auxquels il a fait de si larges emprunts qu'il ne serait pas aisé de faire connaître les opinions propres à Galien en chirurgie. D'ailleurs, par ses citations et par ce que nous avons rapporté précédemment, on reconnaît que l'urgence d'une réforme, d'un retour à la doctrine hippocratique était moins évidente en chirurgie qu'en médecine, parce que les progrès de l'anatomie, de la physiologie même, avaient affaibli rinflueuce des doctrines des nombreuses sectes dont Galien a fait une critique souvent sévère et même passionnée. Quoi qu'il en soit, la partie chirurgicale des œuvres de Galien nous fait apprécier de grands progrès en chirurgie, acceptés à ré|)oque même où Galien écrivait ses traités Des lieux affectés^ Des bandages^ Guy de Chauliac a parfaitement mis en lumière les préceptes de Galien en chirurgie. Galien eiige du chirurgien une grande habitude de la dissection, une connaissance exacte des parties du corps humain, et d'ailleurs, la chirurgie est pour lui une partie de la médecine.
Il fit plus, en ajoutant des connaissances de physiologie très-remarquables, et qui sont l'origine de la science physiologique.
Galien tient grand compte des indications locales; il a prouvé qu'il savait chercher la cause des paralysies loin de l'organe affecté, en diagnostiquant une paralysie du radial par contusion de l'épaule.
Les affections inflammatoires sont mieux étudiées que dans Hippocrate; il montre que le tissu cellulaire est le siège du phlegmon, et insiste sur les avantages de h compression dans les fractures comme moyen préventif du phlegmon. A o5té ^ phlegmon^ l'érysipèle, le phlegmon êrysipélateux, le phlegmon sqnirrhen suite de la nécrosé, sont décrits avec détails.
XVIIl INTRODUCTION HISTORIQUE.
Les tomeors, le squirrhe, le cancer, sont, d'autre part, très-mal connus dans leur nature, et dans leur traitement empirique figurent des remèdes dont bon nombi'e sont ridicules, telles sont les dilTérences d*action de la graisse de chèvre et de la graisse de bouc, de la graisse de léopard et de la graisse d*our$. L'incurabilité du cancer était si bien appréciée que Galien ne le traitait que lorsqu'il était récent, n'y louchait que lorsqu'il pouvait extirper le cancer avec ses racines. Sur les écrouelies, Galien reproduit Léonides. Les maladies des yeux occupent une large place dans la chirurgie : la nomenclature comprend près de cent affections diverses, toutes dénommées en termes grecs.
La cataracte est, suivant lui, une eau coagulée située entre l'uvée et le cristallin ; d'ailleurs, on ne retrouve pas dans Galien de progrès notables au point de vue du traitement des maladies des yeux.
I^s angines^ les maladies de l'oreille, sont décrites avec un grand soin. /Galien a reconnu que l'otite suppurée peut se terminer par la mort. L'art dentaire n'est pas négligé; Galien invente la lime et cautérise les dents cariées avec la sandaraque, qui d'ailleurs les brise.
Dans l'étude des plaies, Galien apporte une précision anatomique bien supérieure aux connaissances bippocraiiques; il les divise en plaies par solution de continuité, plaies avec perte de substance, plaies venimeuses. Pour les divers organes, le cerveau et l'intestin, en particulier il indique les caractères pronostiques et symptomatologiques.
Les hémorrhagics^ grâce aux travaux de Rufus, sont bien mieux étudiées que par Celse. Galien parle du ihrombus, qui bouche l'artère, et comme moyens hémostatiques, de la pression, de l'application du doigt, de la torsion et de la ligature des vaisseaux. Celle-ci est décrite^ et il est remarquable que la cautérisation seule ait été si longtemps employée, tandis que la ligature tombait dans i'oublî. Galien a vu le sang couler des artères; il reproche à ses contemporains d'ouvrrr les artères dans la saignée, et, décrivant une saignée malheureuse, parie des jets inégaux du sang.
L'empyème, la trépanation du sternum, les fractures, les luxations, et surtout les ulcères, qui comprennent les IIP, IV* et V* livres de la Méthode, sont décrits aiec grands détails, bien qu'il ne semble pas que, depuis Hippocrate, de réels progrès sur ces sujets aient été accomplis. Cependant, dans les fractures, Galien recherche la position physiologique la plus convenab!e pour le membre.
Les affections des voies urinaires sont plus négligées qu'on ne s'y serait attendu après les travaux d'Alexandrie; mais la rétention d'urine est étudiée avec soin dans ses symptômes; elle a sa cause dans la paralysie de la vessie, dans un obstacle au passage de l'urine ou dans la suppression de l'urine; la rétention ou Tincontinence s'observe dans les fractures de la colonne vertébrale; mais elle est considérée comme un phénomène inflammatoire.
Citons, |>our terminer, le traité Des bandes et des moyens de les appliquer {De fasciis liber), dont l'authenticité est mise en doute.
En résumé, il est certain que Galien pratiqua la chirurgie, au moins pendant quelques années, et que, grâce à son érudition remarquable, les progrès accomplis dans l'art avant lui ou de son vivant ont été légués aux vulgarisateurs ou aux compilateurs des époques suivantes.
Galien mourut en l'an 201, sousSeptime Sévère, laissant plus de cinq cents traités, qui constituaient une encyclopédie des sciences médicales, et semblaient devoir servir de base à de nouveaux progrès. Il n'en fut pas ainsi, parce que l'Oc-
INTaOOUGTlON UISTORIQUE. XIX
cidenl était dès loi-is livré aux luttes, aux révolutions de la décadence et à Taffaissement intellectuel, qui en fut la conséquence. Pendant quatre siècles, la science chirurgicale est réduite à des travaux de compilation. En Tabsence d'Ûribase, Aétius» Alexandre de Tralles, et Paul d'Égine, cette période serait restée dans Toubli le plus profond. La chirurgie occupe une place bien restreinte dans leurs œuvres; cependant Paul d'Égine (650), dans un de ses livres consacré à la chirurgie, prouve par la précision de ses descriptions, que la pratique chirurgicale progressait encore. La distinction de Tauévrysme vrai du faux, et le traitement par la ligature suivant Philagrius, les opérations autoplastiques, la trachéotomie, la taille latérale, la fracture de la rotule, le traitement de la pierre par les injections dissolvantes, sont les points nouveaux que Pauld'JÈgine mit en relief.
§ Vil. — Ia chirurgie do HW au XII' siècle.
Au temps même de Paul d'Égine, le monde européen et le monde grec étaient déjà bouleversés. Les Lombards et les premiers papes n'avaient pas entretenu à Rome le foyer scientiGque. Les Arabes avaient conquis la Syrie, la Palestine, la . Perse, TÉgypte. Les écoles de Pergame et d'Alexandrie venaient d'êtres détruites par les sectateurs de Mahomet; fiyzance ne comptait que des compilateurs obscurs; en Gaule, les luttes des Neustriens et desAusirasiens, la décadence des Mérovingiens, empêchaient tout développement d'une science que les Latins avaient à peine introduite.
A ne considérer que les grands traits de l'histoire de la chirurgie, il apparaît que du Yii* à la fin du xu'' siècle, cette science n'a pas fait de progrès, et ce n'est qu'avec certaines difficultés qu'on suit la conservation des doctrines grecques, à travers les Arabes, et par l'école de Salerne.
Cette période présente à l'étude la chirurgie des Arabes et la chirurgie en Occident.
Les Arabes, au début de leurs conquêtes, restèrent longtemps le peuple guerrier et nomade, et, par leurs croyances mêmes, se détournaient de la médecine, et surtout de l'anatomie et de la chirurgie. Cependant, les peuples conquis avaient conservé les traditions de la science grecque, et celle-ci, recueillie par les Syriaques, les Persans, les Juifs eux-mêmes, fut transmise aux Arabes. Les Pandectes d'Aèron,pvèire chrétien, écrites en syriaque (650)^ étaient traduits en arabe en 685. Honam et son Gis traduisaient Hippocrate et Galien; les nestoriens ou jacobites chrétiens, qui avaient dû chercher en Perse un asile contre la persécution, étaient à Djhondisabour les vulgarisateurs de la médecine grecque ; ce sont eux qui furent appelés à Bagdad pour collaborer à la création de l'Académie, qui fut une des illustrations du règne des Abassides. Tels furent les précurseurs de Rhazès {x^ siècle), de Hali-Abbas (Qn du x« siècle), d'Avicenne, dans le kalifat d'Orient, et des illustres médecins du kalifat d'Occident, au xu* siècle : Avenzoar, Averrhoes à Séville; enfin, Abulcasis, le chirurgien de Séville. Cette période arabe, ou plutôt de vulgarisation de la médecine grecque chez les Arabes, effectuée par les peuples soumis aux Arabes, est fort pauvre en documents chirurgicaux. Rhazès parle à peine de la chirurgie, dont la pratique était abandonnée aux infidèles, pour les villes conquises, et aux toubibes, jongleurs, reboateurs et noMgidens pour les tribus nomades.
Abalcasis est véritablement chirurgien ; il nous a laissé une <